Skip to main content

Full text of "Bulletin"

See other formats


Digitized by the Internet Archive 
in 2014 



https://archive.org/details/bulletin6318soci_0 



/$7t//e£lfl, *£e ÙZ S(?Cté&ê /t*'/Z^ef?iertJ (ûeajrtàne Série jA r * ' /J3 , 



y°/. 236. 




SÉNATEUR, MEMBRE DE L'INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE (ACADÉMIE DES SCIENCES) 
PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 



fim tmmtraue, de laa^àfr. M Part* • Prt>cs'/ir' /Jules . 

DESSIN AU CRAYON 
TRANSFORME EN GRAVUKE EN TA I LLE- 1)0 UCE . 



BULLETIN 



DE 



r r 



LA SOCIETE D'ENCOURAGEMENT 



POUR 



L'INDUSTRIE NATIONALE, 



PUBLIE SOUS LA DIRECTION 



DES SECRÉTAIRES DE LA SOCIÉTÉ, 

MM. COMBES ET PELIGOT , 

MEMBRES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES. 



SOIXANTE -TROISIEME ANNEE. 
DEUXIÈME SÉRIE. — TOME XL 

ï.eï Société a été reconnue comme établissement d'utilité publique »nr ortlouuouce royale 

du 81 avril C'tîl. 




|3ane , 



MADAME VEUVE BOUCHARD-HUZARD, 

IMPRIMEUR DE LA SOCIETE , 
RUE DE l'ÉPERON-SAINT-AïîDRÉ-DES-ARTS , 5. 

1864 



SECRÉTARIAT 



DE 



LA 



SOCIÉTÉ. 



Communications, dépôts, renseignements, abonnements au Bulletin, 
tous les jours, de midi à quatre heures. 



RÉDACTION DU RULLET1N. 

Renseignements, tous les jours, de deux à cinq heures. 



63' ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XI. — Janvier (864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 



DONATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ. 

Dans la séance du 13 janvier 1864, M. Dumas, Président, a annoncé que 
le Conseil municipal de la ville de Paris , voulant donner à la Société d'en- 
couragement un témoignage particulier des sympathies que lui inspirent ses 
travaux et les services qu'elle rend aux industriels, lui avait voté, sur la pro- 
position de M. le sénateur Préfet de la Seine, une subvention annuelle de 
6,000 francs. 

M. Dumas a également annoncé au Conseil que M. Fauler, membre de la 
chambre de commerce de Paris, remettait à la Société un capital de 4,143 f r . 
provenant d'une souscription ouverte dans l'industrie du cuir, et destinée 
à venir en aide aux inventeurs malheureux appartenant à cette industrie. 



BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L'INDUSTRIE. 

Rapport fait par M. Albert Barre, au nom du comité des beaux-arts appliqués 
à l'industrie, sur les procédés de gravure en relief et en taille-douce 
de M. Dulos, graveur de l'Académie des sciences, de V Observatoire, de 
l'Administration des ponts et chaussées et de l'École polytechnique, rue des 
Mathurins-Saint- Jacques , n° 1 1 . 

L'importance prise, à notre époque, par les ouvrages et les journaux illus- 



A 



BEAUX-ARTS. 



très, la rapidité d'exécution et le bon marché, conditions esssentielles du 
succès de ces publications, ont provoqué depuis longtemps la recherche de 
procédés permettant, à l'exclusion du burin, de graver directement, de con- 
vertir en gravure typographique principalement, l'œuvre du dessinateur. 

La plus grande partie des nombreux essais tentés en vue de ce résultat 
peuvent se ramener à un principe général, celui de la morsure par les 
acides. Appliquée à la taille-douce, la morsure offre un concours précieux; 
mais dès qu'il s'agit d'en prolonger l'action, comme il est nécessaire pour la 
gravure en tailles de relief, l'acide, qui ronge latéralement aussi bien que 
dans le sens de la profondeur, atténue les vigueurs du dessin et en compro- 
met les finesses. 

C'est en vain que, pour éviter ce grave inconvénient, on a fait intervenir 
l'électricité, la dorure, les surcharges de vernis, les encrages partiels, etc., etc. ; 
la multiplicité même des travaux faits dans cette direction n'a servi qu'à 
mieux démontrer l'insuffisance des procédés de cette nature. 

Cependant, en appliquant la morsure au zinc, M.Gillotet, plus récemment, 
M. Comte ont obtenu des résultats remarquables. La paniconographie vous 
est connue (1), elle a été jugée digne de vos encouragements; devenue 
l'objet d'une exploitation commerciale assez importante, pourra-t-elle se 
prêter jamais à la production des travaux délicats et précis? C'est ce dont 
il est permis de douter. 

Le procédé de M. Comte, plus parfait peut-être, est d'un emploi plus dif- 
ficile et plus capricieux que le précédent ; le dessinateur y trouve également 
de remarquables facilités, mais nous craignons que la néographie ne fournisse 
souvent, au tirage, que des noirs affaiblis ou des demi-teintes altérées par 
l'acide. 

MM. Vial etMerget, qui depuis peu de mois se disputent la priorité de mé- 
thodes encore imparfaitement connues, nous paraissent devoir se heurter 
contre le même obstacle. 

Dans une direction toute différente, des tentatives ont été faites, de 1841 à 
1846, par MM. Frédéric de Kobel, Édouard Palmer et Yolkmar-Àhner, et, 
plus récemment, par M. Beslay ; les moyens qu'ils ont proposés seraient ex- 
cellents, s'ils permettaient de dessiner avec quelque liberté. 

C'est lorsque la question était parvenue à ce point, que M. Dulos a trouvé 
dans une voie toute nouvelle un procédé ou, pour mieux dire, des procédés 
appelés, selon nous, à un grand avenir. 



(i) Voir Bulletin de 1858, 2 e série, t. V, p. 7. 



BEAUX-ARTS. 



5 



Ces procédés sont basés sur l'observation suivante des phénomènes capil- 
laires : si, après avoir tracé, avec un vernis, des lignes sur une plaque d'ar- 
gent ou de cuivre argenté, on verse du mercure sur cette plaque mise de ni- 
veau, il se forme, à droite et à gauche des lignes tracées, deux ménisques 
convexes, et le mercure s'élève en saillie au-dessus de la plaque. La même 
expérience peut se faire avec une feuille de verre dépolie, en y dessinant des 
ligures avec un corps gras, et en jetant de l'eau sur la partie qui a reçu le 
dessin ; on peut dire d'ailleurs que tout liquide mouillant une surface sur 
laquelle on a tracé des traits avec un corps qui ne se laisse pas mouiller 
lui-même se comportera de la même manière que le mercure sur l'argent et 
l'eau sur le verre. 

On prend donc une plaque de cuivre argenté sur laquelle on décalque, on 
transporte ou l'on trace un dessin quelconque; nous supposons que c'est un 
dessin fait à l'encre lithographique; le travail du dessinateur terminé, la 
plaque est recouverte, au moyen de la pile, d'une légère couche de fer dont 
le dépôt ne s'opère que sur les parties non touchées par l'encre; cette encre 
étant enlevée avec de l'essence de térébenthine ou avec de la benzine, les 
blancs du dessin se trouvent représentés parla couche de fer, et les traits par 
l'argent même. En cet état de la plaque, on versera, sur sa surface, du mer- 
cure qui ne s'attachera que sur l'argent et, après avoir chassé avec un pinceau 
doux le mercure en excès, on verra ce métal s'élever en relief là où se 
trouvait précédemment l'encre lithographique ; on peut alors prendre une 
empreinte dont les creux, offrant la contre-partie des saillies du mercure, 
figureront une sorte de gravure en taille-douce. Cette empreinte ne peut 
êlremoulée qu'au moyen du plâtre, de lacire fondue, etc., etc., corps trop peu 
résistants pour fournir une impression convenable ; mais en métallisant le 
moule et en y effectuant un dépôt galvanique de cuivre, on obtiendra la 
reproduction exacte des saillies primitivement formées par le mercure et, en 
quelque sorte, une matrice au moyen de laquelle on pourra reproduire à 
l'infini des planches propres à l'impression en taille-douce. 

S'il s'agit d'exécuîer une gravure typographique, la planche de cuivre, en 
sortant des mains du dessinateur, reçoit une couche d'argent qui ne se dépose 
que sur les parties non touchées par l'encre lithographique; on enlève celte 
encre avec de la benzine, on oxyde le cuivre recouvert primitivement par le 
dessin et on continue les opérations indiquées plus haut. La planche galva- 
nique destinée à l'impression se trouve alors avoir pour saillie les traits 
mêmes du dessin et pour creux les épaisseurs formées au début par le 
mercure. 

Ces premières combinaisons ont conduit M. Dulos à des méthodes plus 



BEAUX-AKTS. 



simples et plus complètes : c'est ainsi que le mercure peut être remplacé par 
un alliage fondant à une basse température, tel que le métal d'Arcet, auquel 
on ajoute un© petite quantité de mercure. Le métal à clicher se comporte 
exactement comme le mercure dans les applications ci-dessus décrites, et, 
lorsque les saillies sont fixées par le refroidissement, un dépôt de cuivre 
effectué au moyen de la pile donne une planche de service pouvant facile- 
ment se remplacer, si on a conservé la planche mère. Observons toutefois 
qu'avec le métal d'Arcet on ne doit pas opérer à l'air libre ; il est préférable 
de mettre la plaque sous une couche d'huile que l'on fait chauffer à une 
température de 80 degrés environ, température à laquelle l'alliage précité 
entre en fusion ; on évite ainsi l'oxydation qui nuirait au succès de l'opéra- 
tion ; en outre, le métal se distribue avec plus de facilité sur la plaque et 
s'élève à une plus grande hauteur au-dessus de la surface de celle-ci. 

Cependant la nécessité de chasser l'excès du mercure ou du métal fusible 
ne permettrait pas d'obtenir des finesses extrêmes si d'autres ressources ne 
se présentaient. 

L'amalgame de cuivre remplace très-avantageusement le mercure et le mé- 
tal fusible. Sur la plaque dessinée et traitée comme ci-dessus, on applique 
l'amalgame avec un rouleau de cuivre argenté qui retire l'amalgame res- 
tant en liberté sur le fer et le dépose au contraire sur l'argent. Une fois 
l'amalgame cristallisé, on prend une contre-empreinte en cuivre sous l'action 
de la pile. 

Par tout ce qui précède on voit que, pour obtenir une gravure en relief, 
il faut que le métal fusible, ou l'amalgame, monte autour du dessin en l'é- 
pargnant et que l'on prenne une empreinte galvanique qui offre alors, sous 
forme de tailles saillantes, la reproduction exacte du dessin. Pour la gravure 
en taille-douce, on monte en relief le dessin même que l'empreinte galva- 
nique traduit par des creux. 

M. Dulos indique un moyen encore plus rapide suggéré par la propriété 
qu'il a reconnue à l'argent d'attirer plus facilement le mercure que ne le 
fait le cuivre et par la tendance du mercure à s'attacher plus fortement sur 
l'argent. 

Voici la manière d'opérer : après avoir dessiné au crayon lithographique 
sur une plaque de cuivre, on argentera celle-ci et on enlèvera le dessin qui 
ne sera plus figuré que par le cuivre laissé à nu, le reste de la plaque de- 
meurant argenté. Si celle plaque est plongée dans un bain contenant un sel 
de mercure, par exemple une solution de sulfate de mercure, l'acide sulfu- 
rique du sulfate quittera le mercure pour se combiner avec le cuivre, for- 
mera un sulfate de cuivre, et le mercure régénéré sera attiré par l'argent; 



BEAUX-ARTS. 



7 



celte opération, continuée pendant quelques minutes, produira des creux 
dont les parois latérales sont préservées par le passage du mercure qui se 
fait du cuivre à l'argent. 

Tous les sels de mercure peuvent également servir, mais le bain qui réus- 
sit le mieux est un sulfate ammoniacal de mercure. 

Ces principes posés, nous décrirons les diverses applications qui en sont 
faites par M. Dulos. 

DESSINS AU CRAYON ET A LA PLUME, REPORTS D'ESTAMPES OU DE LITHOGRAPHIES 
TRANSFORMÉS EN GRAVURE EN TAILLE-DOUCE OU EN GRAVURE TYPOGRAPHIQUE. 

Avec le crayon lithographique on dessine sur une plaque de cuivre grainée 
aussi facilement que sur la pierre, et un dessin fait de la sorte peut être 
transformé en taille-douce ou en gravure typographique, soit par l'amal- 
game de cuivre, soit par un sel de mercure. 

1° Taille-douce par l'amalgame de cuivre. 

La planche, étant dessinée et ayant reçu au moyen de la pile une couche 
de fer, est soumise, après l'enlèvement du dessin, à un dépôt galvanique 
d'argent qui adhère sur le cuivre à l'exclusion des parties ferrées, c'est-à- 
dire de celles qui avaient été primitivement touchées par le crayon ; alors 
un rouleau de cuivre argenté portant de l'amalgame de cuivre doit être pro- 
mené sur la surface de la plaque ; l'amalgame se fixe sur l'argent à l'exclu- 
sion du fer et, une fois solidifié, permet de prendre une empreinte galva- 
nique en cuivre qui peut être mise sous la presse. 

2° Gravure typographique par l'amalgame de cuivre. 

La plaque dessinée étant soumise à l'argenture, l'argent se dépose sur le 
cuivre à l'exclusion du crayon ; on enlève le dessin qui n'est plus figuré que 
par le cuivre même de la plaque, que l'on chauffe pour l'oxyder; puis le rou- 
leau argenté, muni d'amalgame, est promené sur la plaque. L'amalgame ne 
prend que sur l'argent ; en d'autres termes, il monte autour des traces du 
dessin primitif qu'une empreinte galvanique traduit définitivement par des 
tailles en relief. Cette épreuve en cuivre peut servir immédiatement à l'im- 
pression typographique. 



8 



BEAUX- ARTS. 



3° Taille-douce par un sel de mercure. 

La plaque dessinée est, comme ci-dessus, argentée au moyen de la pile, et 
le crayon enlevé avec la benzine ; après quoi on plonge cette plaque dans 
une bassine contenant le sulfate ammoniacal de mercure et, en même 
temps, on promène sur sa surface, pendant quatre à cinq minutes, le rou- 
leau argenté ; l'excès de mercure se précipitera sur l'argent. La planche 
ainsi obtenue est en état de donner des épreuves. 

4° Gravure typographique par un sel de mercure. 

La plaque, successivement dessinée, ferrée et argentée, est privée de son fer 
au moyen d'eau acidulée, plongée dans le bain de sulfate ammoniacal et 
traitée avec le rouleau argenté pendant cinq minutes environ; les traits du 
crayon se transformeront en relief, et la planche même exécutée par ce pro- 
cédé direct pourra être livrée à l'imprimeur-typographe. 

GRAVURE DANS LE GENRE DE L'AQUA-TINTA. 

Un grain ordinaire d'aqua-tinta étant donné à une planche de cuivre, on 
en prend une empreinte galvanique également en cuivre, on argenté la sur- 
face de celte empreinte présentant le grain d'aqua-tinta renversé ; à l'aide 
du crayon lithographique, on dessine sur cette surface, avec la ressource 
d'enlever au grattoir les blancs ou rehauts de lumière ; puis on dépose du fer 
sur l'empreinte, on en fait disparaître le crayon avec la benzine et on passe 
l'amalgame de cuivre à l'aide du rouleau argenté. 

En dernière opération, on forme, par un dépôt galvanique, une seconde 
empreinte qui devient la planche à imprimer et dont les creux reproduisent 
le grain primitif d'aqua-tinta, le dessin tracé au crayon elles rehauts de lu- 
mière enlevés au grattoir. 

GRAVURE TYPOGRAPHIQUE ET EN TAILLE- DOUCE AU MOYEN D'UN DESSIN 
SUR VERNIS BLANC. 

On livre au dessinateur une plaque de cuivre recouverte d'un vernis dans 
la composition duquel entrent le caoutchouc et le blanc de zinc; ce vernis se 
coupe avec la plus grande facilité à l'aide de plumes d'oie ou de pointes 
d'ivoire. Le dessin terminé, la plaque est plongée dans un bain de fer dont 
le dépôt ne s'effectue que sur les parties de la planche découvertes par le tra- 



Bulletin de tu Société d'Encouragement (deuxième séiic) n « 133 

t't m. 




Pwi*, lyp. ./. Glaye. 

> Procédé Dulos. 

DESSIN SUR VERNIS BLANC 

TRANSFORMÉ EN GRAVURE TYPOGRAPHIQUE. 



BEAUX-ARTS. 



9 



vail de la pointe. Si l'on entend faire une gravure en creux par un sel de 
mercure, on enlève le vernis et on argenté ; l'argent se dépose sur le cuivre à 
l'exclusion du fer; on attaque le fer avec de l'acide sulfurique étendu d'eau 
et on traite la plaque par le sel de mercure comme précédemment. 

Pour obtenir le même dessin en relief avec le sel mercuriel, il faudrait, 
en suivant d'ailleurs la méthode précédente, déposer de l'argent et non du 
fer. 

Les dessins sur vernis peuvent également se transformer en gravure par 
l'emploi de l'amalgame de cuivre. 

Nous ajouterons, en terminant cette exposition des travaux de M. Dulos, 
que les moyens décrits ci-dessus se prêtent à la gravure des outils de 
relieur dits fers à dorer et des planches deslinées à recevoir des émaux 
cloisonnés. 

Ces procédés, que l'inventeur, sous un ordre d'idées très-louable, livre 
sans restriction à la publicité, répondent largement, depuis plus d'une année, 
à toutes les exigences de publications importantes ; c'est assez dire que nous 
ne sommes pas ici en présence d'ingénieuses expériences de laboratoire, mais 
bien d'une solution essentiellement pratique et de méthodes d'une certitude 
éprouvée. 

Nos dessinateurs les plus habiles ne peuvent qu'adopter avec empres- 
sement ce mode de gravure qui transporte sur le cuivre leur personnalité 
tout entière et traduit, avec la même fidélité, le dessin le plus sévèrement 
étudié comme le croquis le plus libre et le plus capricieux. 

Les éditeurs, de leur côté, rencontrent dans la variété des résultats obtenus 
par M. Dulos de précieux éléments de succès ; suivant les circonstances, ils 
pourront demander, tour à tour, aux procédés nouveaux la reproduction 
typographique des effets de la gravure en relief, de la taille-douce, de la li- 
thographie ou de l'aqua-tinta : déjà même il en est qui mettent ces ressources 
à profit pour reproduire et publier, avec la facilité et les prix restreints que 
procure seule la presse mécanique typographique, les gravures anciennes que 
leur rareté et leur valeur croissante rendent inaccessibles. 

Si nous insistons sur l'intérêt exceptionnel de celte communication, s'en- 
suit-il, dans notre opinion, que la gravure soit appelée, ou seulement exposée, 
à disparaître devant les applications de la physique et de la chimie? Telle 
ne saurait être notre pensée; loin de prévoir dans les découvertes mo- 
dernes une menace pour cet art, nous croyons que la précision, la pureté, 
la finesse et l'éclat du burin, que cette interprétation du graveur qui com- 
plète ou modifie, au point de vue de l'effet et du tirage, l'œuvre du dessi- 
nateur, ne peuvent se remplacer, et nous demeurerons convaincu que les 

Tome XI. — 63 e année. 2° série. — Janvier 18G4. 2 



10 



COMPTEURS A GAZ. 



procédés empruntés aux sciences, en favorisant et en stimulant la production 
des publications illustrées, auront pour effet d'agrandir, au profit de l'art et 
des artistes, le domaine de la gravure typographique. 

En résumé, Messieurs, votre commission des beaux-arts a l'honneur de 
vous proposer : 

1° D'adresser des remercîmenls à M. Dulos pour son intéressante com- 
munication ; 

2° D'autoriser l'insertion du présent rapport dans le Bulletin de la So- 
ciété, avec l'adjonction de spécimens gravés par les procédés nouveaux ( 1 ) ; 
3° De faire tirer à part cent exemplaires qui seront offerts à M. Dulos. 

Signé Albert Bahre, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 15 juillet 1862. 



COMPTEURS A GAZ. 

Rapport fait par M. Y. de Luynes, au nom du comité des arts économiques, 
sur de nouvelles modifications apportées dans la construction des compteurs 
à gaz, par M. Marçais, rue de Rivoli, 132. 

M. Marçais a soumis au jugement de la Société de nouvelles modifications 
qu il propose d'apporter dans la construction des compteurs à gaz. 

Un compteur à gaz se compose essentiellement d'une boîte séparée en 
deux compartiments par une cloison, et en partie remplie d'eau. 

Le premier compartiment renferme : 

1° Une soupape munie d'un flotteur, destinée à régler l'entrée du gaz; 

2° Une ouverture latérale destinée à régler le niveau de l'eau ; 

3° Un tube ou siphon permettant au gaz de passer du premier compar- 
timent dans le second. 

Le second compartiment contient la roue au centre de laquelle pénètre le 
gaz. L'axe de cette roue traverse sous l'eau la cloison, et se termine par une 
vis sans fin qui communique, à l'aide d'engrenages, avec les roues d'un 
compteur à trois cadrans. 



(1) Voir les planches 286, 287 et 288. 



Bulletin de la Société d'Encouragement (deuxième série), n" ISS. 



Pl. 'MX. 




DESSIN \U CRAYON 
TRANSFORMÉ EN GRAVURE TYPOGRAPHIQUE. 



COMPTEURS A GAZ. 



Il 



Le volume de gaz qui passe à chaque tour de la roue est égal à la capacité 
de la roue non immergée. 

Il résulte de là que les indications du compteur ne sont exactes que si 
l'eau y occupe un niveau invariable; et c'est précisément à la détermination 
de ce niveau que sert l'orifice d'écoulement latéral pratiqué dans le premier 
compartiment. 

Mais cette condition ne suffît pas. 

Il est, en outre, nécessaire que le compteur repose sur un plan horizontal ; 
or le compteur, étant à la libre disposition des agents des compagnies et 
des consommateurs, doit, par sa construction même, se trouver à l'abri de 
toute cause extérieure qui serait de nature à altérer l'exactitude de ses 
indications. 

Malgré les nombreux perfectionnements qu'a subis, dans ces dernières 
années, la construction des compteurs à gaz, ils présentent un inconvé- 
nient grave dont il est facile de se rendre compte par les considérations 
suivantes. 

Supposons, en effet, que le niveau de l'eau soit trop élevé, la capacité vide 
de la roue diminue : de là une cause d'erreur en moins dans le volume du 
gaz qui passe, au profit des compagnies et au détriment des consommateurs. 

Si, au contraire, le niveau de l'eau est trop bas, la capacité vide de la 
roue augmente; par suite, le volume de gaz qui passe pendant un tour de la 
roue est trop considérable : d'où résulte une erreur au bénéfice des consom- 
mateurs et au détriment des compagnies. 

Or ces circonstances se réalisent assez souvent. En effet, l'entretien des 
compteurs est confié, généralement, aux agents subalternes des compagnies, 
qui, en n'ouvrant pas l'orifice latéral, ajoutent un excès d'eau pour avoir à la 
renouveler moins souvent ; et cela, nons nous empressons de le dire, malgré 
la surveillance sévère que les chefs de service exercent sur eux à ce sujet. Il 
est vrai que le compteur est à la disposition de l'abonné, qui peut lui-même 
en vérifier l'état; mais, soit que ce dernier ignore le mode de construction du 
compteur, soit que, le sachant, il néglige de le faire, il ne s'en trouve pas 
moins lésé. 

Le second cas se présente plus souvent; et, il est triste de le dire, c'est 
toujours avec intention, dans le but de priver les compagnies de ce qui leur 
est légitimement dû, que cette fraude est pratiquée par le consommateur. 

Voici en quoi consiste l'artifice employé : 

Le compteur est assujetti, comme on le sait, à deux tuyaux, dont l'un 
donne entrée et l'autre issue au gaz. Ces tuyaux en plomb laissent au comp- 
teur un jeu suffisant pour que, avec un certain effort, on puisse introduire 



12 



COMPTEURS A GAZ. 



sous le compteur une cale dont l'effet est d'incliner le compteur sur le devant. 
Par suite, une partie de l'eau dans laquelle plonge la roue se rend dans 
le premier compartiment, d'où on la fait écouler en enlevant le bouchon de 
l'ouverture latérale. Le niveau de l'eau se trouve d'autant plus abaissé que 
l'épaisseur de la cale est plus grande, et il en résulte, pour chaque tour de 
la roue, une erreur proportionnelle, au détriment des compagnies. 

On pourrait se demander d'abord si l'erreur ainsi produite est assez grande 
pour qu'il soit utile de la prévenir. Les expériences que nous avons faites 
nous ont prouvé qu'en se servant de cales dont l'épaisseur varie de 8 à 15 mil- 
limètres la perte varie de 5 à 12 p. 100. Au delà elle augmente rapidement, 
et avec une cale de 26 millimètres l'axe de la roue ne plonge plus, et le gaz 
passe directement dans le brûleur sans faire mouvoir la roue. 

Pour obvier aux causes d'erreur que nous venons de signaler, M. Marçais 
adapte à l'ouverture latérale du compteur un tube horizontal qui contourne 
le compteur sur ses trois faces et vient s'ouvrir à l'autre extrémité de la face 
antérieure. L'oriûce d'écoulement se trouve ainsi remplacé par un tube situé 
dans un plan horizontal ; et, par conséquent, toute manœuvre ayant pour 
effet de soulever le compteur dans un sens soulève en même temps la partie 
correspondante de ce tube et rend l'écoulement impossible. 

On pourrait objecter qu'en inclinant le compteur, sans faire écouler l'eau, 
une partie de la roue se trouve dégagée par le fait seul du passage de l'eau 
dans le premier compartiment. 

Nous ferons remarquer d'abord que l'erreur que l'on commet ainsi est peu 
importante , car, d'après des essais approximatifs pour des cales de 8 à 
26 millimètres, elle varie de 0,5 à A p. 100; mais cette erreur, à sup- 
poser même qu'elle fût plus forte , devient impossible par la disposition 
suivante, 

M. Marçais termine l'extrémité du siphon qui se trouve dans le premier 
compartiment par un tube en col de cygne, dont l'extrémité vient s'ouvrir à 
l'avant du compteur, à quelques millimètres au-dessus de la surface de l'eau : 
de sorte que, si l'eau monte par une cause quelconque au-dessus du niveau 
normal, l'extrémité du tube en col de cygne plonge dans l'eau et rend le pas- 
sage du gaz impossible. 

Mais alors un autre inconvénient se produirait; la pression diminuant 
dans le second compartiment par la sortie du gaz, l'excès de pression existant 
dans le premier compartiment en ferait sortir une cerlaine quantité d'eau ; 
et l'écoulement du gaz aurait lieu de nouveau pour s'interrompre bientôt. 11 
résulterait de là un passage intermittent du gaz, qui ne serait pas sans danger. 
M. Marçais, pour obvier à ce dernier inconvénient, pratique une petite ouver- 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



13 



ture dans la partie supérieure du tube en col de cygne. Cette ouverture permet 
au gaz de passer en quantité suffisante pour éviter son intermittence, mais 
aussi en quantité trop faible pour qu'on puisse l'allumer utilement. 

En résumé, l'invention de M. Marçais comble une lacune importante dans 
la construction des compteurs à gaz; la modification qu'il a imaginée remplit 
le but proposé d'une manière simple, et par un moyen qui peut s'adapter, 
avec une dépense insignifiante, à tous les compteurs en usage. C'est pourquoi 
votre comité a l'honneur de vous proposer : 

1° De remercier M. Marçais de son intéressante communication; 

2° D'ordonner l'insertion du présent rapport au Bulletin, avec le dessin 
du compteur. 

Signé V. de Luynes, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 25 février 1863. 



LÉGENDE RELATIVE AU COMPTEUR A GAZ MODIFIÉ PAR M. MARÇAIS (pl. 289). 

Fig. 1. Élévation du compteur, la plaque antérieure étant enlevée. 
Fig. 2. Délail du siphon. 

A, tube horizontal partant du régulateur B et contournant l'appareil pour aboutir 
de l'autre côté où il est fermé par le bouchon à vis C. 

D E F, siphon terminé en col de cygne, dont l'extrémité débouche à quelques milli- 
mètres au-dessus du niveau normal; c'est par ce siphon que le gaz passe du comparti- 
ment antérieur dans la roue; la figure 2 le représente dans un plan perpendiculaire à 
celui de la figure 1. 

G, place du petit orifice destiné à prévenir l'écoulement intermittent du gaz. 

Quant à l'appareil lui-même, c'est un compteur ordinaire du genre de ceux que le 
Bulletin a publiés il y a déjà longtemps. 



ARTS ÉCONOMIQUES. 

Rapport fait par M. V. de Luynes, au nom du comité des arts écono- 
miques, sur des objets en verre fabriqués par M. Alvergniat jeune, 
passage de la Sorbonne, 20. 

M. Alvergniat a présenté à la Société un certain nombre d'objets en verre 
fabriqués par lui. Nous remarquons dans la collection qu'il a exposée divers 



14 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



appareils destinés soit aux opérations de laboratoire, soit à des essais 
industriels. 

Nous citerons des appareils à doser l'acide carbonique, des appareils de 
Liebig modifiés A plusieurs boules destinés A l'absorption des gaz, etc., etc. 
Ces instruments sont construits avec une grande perfection, et attestent chez 
leur auteur une rare habileté dans l'art de souffler le verre. 

Mais ce qui a particulièrement attiré l'attention de votre comité, ce sont 
ces tubes si connus aujourd'hui dans les cabinets de physique, qui servent 
à étudier soit la nature de l'étincelle d'induction dans les gaz raréflés, soil 
ces effets si remarquables de fluorescence présentés par le sulfate de quinine 
et le verre d'urane, et qui ont été même proposés pour l'éclairage des 
mines. 

Ces tubes, dans l'origine fort simples (1), ont subi diverses modifications 
avant d'avoir la forme compliquée sous laquelle les a livrés, pour la pre- 
mière fois, M. Geissler, de Bonn. Jusqu'à ces derniers temps, ces tubes, 
connus sous le nom de tubes de Geissler, étaient fournis exclusivement par 
cet habile constructeur; et nous étions obligés de nous adresser à l'étranger 
pour nous les procurer. 

M. Alvergniat est le premier, en France, qui les ait construits, et à des 
prix plus modérés que ceux auxquels ils avaient été vendus jusqu'alors. 

La difficulté de leur construction résulte non-seulement du travail com- 
pliqué du verre, mais des autres conditions auxquelles ils doivent satisfaire 
pour fonctionner avec succès. En effet, le tube intérieur doit être rempli de 
gaz de différentes natures, sous une pression qui ne dépasse pas un demi-mil- 
limètre environ. À une pression supérieure, l'étincelle ne passerait plus; 
du moins, pour la plupart des gaz. Il faut donc, avant de fermer le tube, 
y faire le vide avec une excellente machine pneumatique, ou bien avec des 
appareils spéciaux dans lesquels on utilise le vide barométrique. Cette der- 
nière opération est une des plus délicates de leur construction. 

Les tubes construits par M. Alvergniat ne le cèdent en rien à ceux qui nous 
venaient d'Allemagne. 

ISous ferons remarquer que l'art du souffleur est généralement cultivé 
avec plus de succès à l'étranger qu'en France. C'est pourquoi votre comité 



(1) M. Masson est le premier qui ait eu l'idée de détacher la chambre vide d'un baromètre pour 
obtenir une capacité en verre, dans laquelle le vide pouvait être obtenu d'une manière perma- 
nente. En introduisant dans celte capacité deux fils de platine soudés dans la masse même du 
verre, il put obtenir de très-beaux effets de lumière électrique dans le vide, qui étaient même 
beaucoup plus développés que ceux que l'on obtenait avec un vide fait à la machine pneuma- 
tique. Depuis, M. Gassiot a employé le même procédé avec un succès encore plus éclatant. 




I 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



15 



pense qu'il y a lieu d'encourager M. Alvergniat dans la voie qu'il suit, et de 
donner votre approbation à ses premiers essais ; et il a l'honneur de vous 
proposer de le remercier de sa communication, et d'ordonner l'insertion de 
ce rapport au Bulletin, avec le dessin d'un ou deux spécimens de ses 
appareils. 

Signé V. de Luynes, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 25 février 1863. 



LÉGENDE RELATIVE AUX TUBES DE GEISSLER CONSTRUITS PAR M. Al.VERGNIAT JEUNE 

(pl. 289). 

Fig. 3. Tubes à lumière colorée. 

Les extrémités A, A' sont soudées avec les boules intérieures B, B', lesquelles sont 
soufflées concentriquement aux boules extérieures C, C. 

La partie A B renferme de l'azoie ; celle A' B' contient de l'hydrogène. 
La capacité médiane D et les boules C, C sont remplies d'acide carbonique. 

E, E' sont les conducteurs métalliques auxquels s'attachent les fils de la pile; 
l'étincelle électrique traverse le verre des boules B, B' pour passer à travers l'es- 
pace D. 

Fig. 4. Section verticale partielle de l'appareil destiné à l'éclairage des mines (1). 

F, spirale en verre de très-petit diamètre terminée par deux boules allongées G, G' 
contenant de l'acide carbonique. 

H, tube enveloppant la spirale F et soudé à ses deux extrémités aux deux 
boules G, G'. 

I, éprouvette dans laquelle est enfermé l'appareil. 

J, J', bouchons annulaires servant à maintenir l'appareil dans une position fixe au 
milieu de l'éprouvette. 
K, calotte en laiton recouvrant l'éprouvette I, sur laquelle elle est mastiquée. 
K', douille en laiton mastiquée au bas de l'éprouvette. 
L, L', boutons d'attache des fils de la pile. 

L'étincelle qu'on fait passer dans cet appareil donne une lumière blanche. 



(1J Voir, pour les expériences faites avec ce genre de tube, le Bulletin de 1862, 2 e série, t. IX, 
p. 565. 



16 MÉTALLURGIE. 



MÉTALLURGIE. 

Étude sur la. fonte malléable, par M. Brùll (1). 

I. Historique. 

Donner à la fonte coulée en moules une résistance analogue à celle du fer forgé et 
une douceur qui permette l'action des outils, tel est le problème. Réaumur, dans une 
série de mémoires datés de 1722, expose que, d'après la tradition des ouvriers, les 
ouvrages ciselés que les connaisseurs admiraient n'avaient pas été faits autrement. 
Mais cet utile secret était perdu, et Réaumur entreprit une longue suite d'essais pour 
obtenir un résultat dont la possibilité seul lui était démontrée. 

Il fit chauffer les objets en fonte blanche dans des vases fermés remplis de toutes 
sortes de matières, et s'arrêta, après bien des recherches, à un mélange de craie ou de 
chaux d'os avec du charbon, mélange qui lui donnait les meilleurs résultats. 

L'invention de Réaumur a été oubliée plus tard, et on représente aujourd'hui en 
France l'adoucissement de la fonte comme un procédé qui aurait été importé d'Angle- 
terre il y a une trentaine d'années. On trouve dans les patentes anglaises une spécifi- 
cation déposée en 1804 par un maître de forges de Sheffield, nommé Samuel Lucas, 
dans laquelle se trouve exposé tout au long un procédé pour épurer la fonte coulée et 
la rendre douce et malléable. 

II. Fabrication. 

La fonte la plus employée en France est la fonte au bois d'Ulverstone, en Ecosse. 
Elle provient d'hématite rouge , et parait être une fonte pure à propension acié- 
reuse. On la fond dans des creusets d'une contenance d'environ 30 kil., chauffés au 
coke dans des fours analogues à ceux qui servent à la fusion de l'acier. Elle est peu fu- 
sible, et il faut forcer beaucoup la température pour obtenir des moulages d'une grande 
finesse. 

On démoule, on détache et on ébarbe les pièces coulées, qui sont, à cet état, d'une 
fragilité extraordinaire, à cassure blanche rayonnante, et absolument inattaquables 
à la lime. La décarburation s'obtient en mettant les objets dans des creusets en fonte 
avec des lits alternés de mine de fer, et en faisant chauffer ces creusets empilés sur 
plusieurs rangées et lûtes avec de la terre à four dans des fourneaux ayant la forme de 
chambres rectangulaires fermées. La température est élevée peu à peu et atteint le 
rouge vif au bout de vingt-quatre heures ; on continue à chauffer pendant trois, 
quatre ou cinq jours, suivant la grosseur des pièces et le degré de malléabilité qu'on 



(1) Mémoire lu à la Société des ingénieurs civils. 



MÉTALLURGIE. 



17 



veut obtenir; on laisse ensuite tomber le feu, et on défourne dès que le four est re- 
froidi. Les pièces épaisses, et celles qui doivent être forées suivant leur axe, sont sou- 
mises à un second recuit, qui s'opère comme le premier. 

III. Propriétés. 

Le métal ainsi obtenu est très-analogue, par l'ensemble de ses propriétés, au fer de 
bonne qualité. Il a à peu près la densité de la fonle; la couleur extérieure des pièces 
qui sortent du recuit est moins noire que celle du fer et se distingue aussi de celle de 
la fonte, qui varie d'ailleurs beaucoup. 

La cassure des petites pièces est généralement à grains fins, blancs et brillants, peu 
arrachée; quelquefois elle est grise, fine, à tendance de nerf, et de l'aspect soyeux 
propre aux aciers doux. Pour peu, d'ailleurs, que la pièce ait plus de 8 à 10 milli- 
mètres d'épaisseur, la cassure présente une zone extérieure de fer, tandis que l'inté- 
rieur dénote une fonte grise très-douce. 

A la lime, la fonte malléable prend à peu près l'apparence du fer; elle se polit 
mieux que lui, aussi bien que l'acier. Elle n'est pas. en général, très-dure, les outils 
l'entament aisément, et elle s'use assez vite par le frottement. Elle est beaucoup plus 
sonore que le fer, et cette propriété permet quelquefois de la distinguer de ce métal. 

L'aspect d'une section travaillée à la lime douce, et la nature variable des co- 
peaux qui se détachent au tour dans les diverses parties de la profondeur, permet- 
tent d'étudier de très-près la constitution d'un barreau de fonte malléable un peu 
épais. 

La fonte malléable, surtout en petites dimensions, se laisse aisément tordre ou plier 
sous un angle fort aigu, sans qu'il se déclare de gerçure ; mais, si le morceau est assez 
gros, l'âme en fonte se casse, tandis que l'enveloppe en fer continue à résister. On 
peut marteler, estamper et laminer à froid la fonte malléable. Elle se forge aussi assez 
bien à basse température. Au blanc naissant elle se brise sous le marteau, et à une 
chaleur plus forte le centre fuse et part en étincelles. Dans ces conditions, on ne peut 
songer à un soudage véritable de pièces un peu fortes. Cependant quelques ouvriers 
exercés peuvent encoller des lames de ciseaux en acier sur des montures en fonle. 
Quant à la brasure au cuivre, elle réussit bien. 

La fonte décarburée est très-difficilement fusible; elle résiste au feu bien mieux que 
la fonte et aussi bien que le fer, ce qui permet de l'employer en poches de fonderie, 
creusets pour métaux précieux, tubulures de chaudières Belleville, etc. 

On cémente comme le fer ordinaire la fonte malléable ; l'opération réussit même 
mieux tant sous le rapport de la durée et de la profondeur de l'action que sous le 
rapport de la conservation des surfaces et de la qualité du produit. 

MM. le général Morin et Tresca ont exécuté au Conservatoire une série d'expé 
riences à la flexion, fort intéressantes, pour étudier les propriétés résistantes de la 
fonte malléable. Dans les pièces minces, le coefficient d'élasticité a été trouvé égal 
à 18,929,000,000 kil., la limite d élasticité à 8,731,000 ki!., la résistance à la rupture 

Tome XI. — (53 e année. 2 e série. — Janvier 1864. 3 



18 



MÉTALLURGIE. 



à 35 kil. pas millimètre carré. Faisant ensuite varier l'épaisseur, ils ont trouvé ries 
valeurs moins élevées du coefficient élastique à mesure que l'épaisseur augmentait, 
et dans le cœur d'un barreau de 40 mm- d'épaisseur ce coefficient s'est abaissé 
à 14,785,000,000, valeur égale à celle que fournissent les bonnes fontes. 

M. Brùll a soumis à la rupture par traction quinze barres rondes, dont les dia- 
mètres variaient de 5 à 20 mm ; il a trouvé, en résumé, 

Que, pour ces épaisseurs, la fonte avant recuit avait une résistance de 14 k envi- 
ron, la fonte malléable une résistance moyenne de 32 l ,5 (de 25\G à 36 l ,4), avec 
un allongement proportionnel d'environ 10 à 12 millièmes de la longueur primitive 
(de 6 à 20) ; 

Que, dans ces mêmes limites de diamètre, la variation d'épaisseur n'avait que peu 
d'influence ; 

Que la fonte malléable présentait assez fréquemment des défauts de diverses na- 
tures, qui produisaient des écarts notables dans la solidité; 

Que la limite d'élasticité paraissait ne descendre qu'exceptionnellement aussi bas 
que l'avaient trouvée MM. le général Morin elTresca dans une expérience. 

Il conclut de cet ensemble de recherches que la fonte malléable serait aussi résis- 
tante et aussi élastique que le bon fer, sans atteindre cependant sous ce rapport la 
valeur des qualités de choix , mais qu'elle serait de beaucoup inférieure aux fers même 
moyens pour la faculté de déformation, de sorte qu'elle résisterait moins bien aux chocs 
intenses. 

Il y a en France une quinzaine de fonderies de fonte malléable; il s'en fabrique 
par jour de 4 à 5,000 kilogrammes, dont le prix de vente moyen, pour pièces 
ordinaires, oscille entre 1 fr. 30 à 2 fr. On en fabrique beaucoup en Angleterre, et le 
prix des objets courants ne dépasse pas 0 fr. 80 à 1 fr. le kil.; à cause de cette diffé- 
rence, il s'importe en France divers articles de commerce, et entre autres des clous de 
chaussures. Mais, dans la plupart des emplois, les questions de commodité s'opposent 
à une large importation. On fabrique aussi de la fonte décarburée en Allemagne, en 
Suisse, en Belgique, en Amérique. C'est une industrie assez répandue aujourd'hui 
dans tous les pays civilisés. 

IV. Emploi. 

On ne peut exécuter en fonte malléable que les objets sulfisamment minces, pour 
peu du moins qu'il s'agisse d'obtenir quelque solidité. D'ailleurs les objets épais ont 
généralement un poids assez élevé ; le forgeage n'en est pas assez coûteux pour qu'il 
ne soit pas avantageux de conserver le fer pour leur fabrication. Cependant, pour cer- 
taines pièces compliquées, comme une tête de piston, une bielle à fourche, un petit 
arbre coudé, les difficultés du forgeage, l'énorme déchet et la main-d'œuvre laborieuse 
qu'il laisse après lui peuvent quelquefois conduire à admettre la fonte malléable. 

M. Briill discute en détail le cas d'une tète de piston, et cite ensuite, à titre 
d'exemples de l'application de ces considérations, les leviers, bielles, balanciers, 



MÉTALLURGIE . 



19 



guides-pignons et roues d'engrenage, de presses à imprimer, de grosses horloges, de 
machines à coudre, de forges et de souffleries portatives, et de divers autres méca- 
nismes. 

C'est pour les pièces minces et légères que la fonte malléable est surtout avanta- 
geuse. Les petites clefs à écrous et les manches de robinets, les clefs de serrures, de pen- 
dules et de lampes, les détails de balancerie, coûtent en fonte moins de moitié que les 
mêmes objets forgés. Les revolvers, qui se fabriquent à des prix très-bas (25 fr. envi- 
ron), n'ont pas une seule pièce ni en fer, ni en acier. Les boutons de courroies, bagues 
de tringles, de rampes, vis à clef de violons, porte-mousqueton, boucles diverses, vi- 
roles coniques, pièces de coutellerie, couvercles de graisseurs, délails de lampisterie, 
fourchettes à découper, ne coûtent en fonte malléable que 2 fr. ou 2 fr. 50 le kilog., 
tandis qu'en fer ils dépassent souvent 8 ou 10 fr. 

Dans quelques cas spéciaux, l'emploi de la fonte malléable donne, en dehors de 
l'économie, des avantages de qualité. Les pièces renfermant des soudures difficiles, 
comme un élrier, une bride de ressort, ou les pièces qui s'obtiennent par des défor- 
mations considérables du métal qui peuvent en altérer la qualité, comme les viroles de 
tubes, sont des exemples de ces cas particuliers. Ainsi MM. le général Morin et Tresca 
ont reconnu, par des essais minutieux, qu'un étrier en fonte malléable était plus so- 
lide qu'un étrier en fer. 

Après avoir comparé la fonte malléable, dans divers emplois, à la fonte ordinaire 
et au bronze, au laiton et à l'acier, M. Brûll appelle l'attention sur les abus que l'on 
pourrait être tenté de faire et que l'on a faits déjà quelquefois de la fonte malléable. 
Son manque d'homogénéité, sa solidité insuffisante, ses défauts intérieurs, son prix 
élevé sont, dans divers cas, des raisons d'exclusion presque absolues. 

Quoi qu'il en soit, il est aisé de constater que la fonte malléable est largement entrée 
dans la vie usuelle, dans les arts et dans la mécanique. Il n'est personne qui n'en 
fasse usage presque journellement. A table, en voiture, à la chasse, on s'en sert 
sous vingt formes diverses ; on la trouve exposée dans toutes les boutiques en produits 
très-variés, et, malgré la généralité de son emploi, elle est peu connue et assez mal 
appréciée. Cela paraît tenir à ce que son seul avantage dans la plupart des cas étant le 
bon marché, les fabricants qui l'ont employée l'ont toujours vendue pour fer ou pour 
acier, et se sont bien gardés de faire bruit de la substitution. La mauvaise réputation 
du produit tiendrait peut-être à son introduction subreptice dans l'usage, aux abus 
qu'onen a faits, au nom qu'on lui a donné. Quand on la connaîtra mieux, les fabricants 
pourront l' employer ouverlement, et disposer en vue de cet emploi des formes et des 
dimensions des objets à exécuter. Elle rendra alors de plus grands services, et, pour 
peu que des perfectionnements dans la fabrication, restée à peu près stationnaire, 
viennent à en abaisser notablement le prix, l'application pourra s'en développer dans 
une large mesure. 

Après la lecture de ce mémoire, la discussion a. été ouverte par le Président, M. le 



20 



MÉTALLURGIE. 



général Morin, qui a dit que la qualité de la fonte malléable est excessivement va- 
riable et qu'elleprésente d'assez grandes difficultés d'emploi, entre autres celle d'exiger 
une assez grande uniformité dans l'épaisseur des pièces. 

M. Biùll rapporte que, pour étudier l'influence que de grandes inégalités d'épais- 
seur pourraient avoir sur la qualité du produit, il a cherché à reconnaître si un recuit 
prolongé qui serait nécessité par l'existence de parties épaisses diminuait la résistance 
des parties minces du même objet. L'une des tiges, de 5 millimètres de diamètre, dont 
il a fait l'essai, avait été recuite deux fois pendant une semaine chaque fois; sa résis- 
tance a été trouvée égale à celle de l'autre lige qui n'avait subi qu'un seul recuit. 

M. le Président fait observer que les pièces en fonte malléable ont en outre cet in- 
convénient grave, qu'une fois brisées elles sont perdues, et il a l'expérience qu'il est 
quelquefois plus avanlageux de payer plus cher des pièces en fer ou en acier qu'on 
peut réparer en cas d'accident. 

M. Biùll répond que la fonte malléable peut se braser tout aussi bien que le fer. 
Quant à la valeur de la vieille matière après usage, elle n'a que peu d'importance, 
puisqu'il s'agit de pièces dans lesquelles la main-d'œuvre est toujours considérable. 

M. Lainé affirme que la fonte malléable peut se braser. 

M. Nozo rend compte de quelques essais faits au chemin de fer du Nord, et qui 
n'ont pas été satisfaisants. 

Il cite particulièrement les viroles pour tubes de locomotives qu'on avait appliquées 
sur une assez grande échelle; ces pièces ont manqué de résistance -, des clefs de robinets, 
livrées comme étant de fer, ont résisté tant qu'on a pu manœuvrer les robinets à la 
main, mais, au moindre grippage exigeant un supplément d'effort, les clefs se cassaient. 

Les clefs à fourches pour écrous de boulons n'ont pas mieux valu. 

M. Nozo a toujours remarqué une grande irrégularité dans le métal. 

M. Tresca dit que la fabrication de la fonte malléable est beaucoup plus considé- 
rable qu'on ne le suppose. 

On fait avec ce métal la plupart des pièces de quincaillerie, et, comme elles se répè- 
lent un grand nombre de fois, on a pu créer certains procédés spéciaux; et, grâce 
à ces procédés et aussi à quelques perfectionnements qu'il n'est malheureusement 
pas permis de divulguer, on a obtenu une assez grande régularité dans la nature du 
métal. 

L'une des applications les plus intéressantes est celle des clous de souliers qui se fa- 
briquent en Angleterre, et dont l'importalion en France remonte à six mois environ. 

Celte industrie rentre dans celle de la fonte malléable par le mode de fabrication ; 
les clous sont fondus et soumis à la décarburalion ; mais ce procédé n'est pas appliqué 
intégralement, on arrêle plus lot la décarburation, en sorte que les clous se rappro- 
chent moins du fer que la fonte malléable ordinaire. Le métal qui les compose est un 
intermédiaire entre la fonte et le fer, il présente la dureté de l'acier : c'est un très- 
grand avantage dans ce cas particulier, puisqu'il s'agit de pièces qui s'usent par 
frottement. 

Peut-être pourrait-on tirer quelque profit de ce procédé de décarburalion incom- 



COMBUSTIBLES. 



21 



plète, en produisant directement ce qu'on obtient aujourd'hui avec la trempe après 
fabrication complète. 

M. Briill, répondant aux observations de MM. Nozo et Tresca, dit, à l'égard des 
clefs à écrous et des clefs de robinets, que les grosses clefs, qui seules peuvent avoir 
de grands efforts ou des chocs intenses à supporter, ne se font guère en fonte mal- 
léable par raison d'économie, et que, quant aux petites clefs pour lesquelles on em- 
ploie souvent ce métal, la question de résistance est secondaire. D'ailleurs, un de nos 
grands établissements de construction mécanique, qui par un honorable scrupule ne 
livre avec ses machines aucune série de clefs qui ne soit en fer forgé, a cru pouvoir 
employer exclusivement dans tout son atelier les clefs en fonte malléable, en n'excep- 
tant que les clefs d'un calibre trop fort pour qu'il y ait économie à la substitution. 
Quant aux viroles de tubes, les essais en grand qui ont été faits au chemin de fer du 
Nord n'y ont été entrepris qu'à la suite d'une série d'épreuves comparatives, dont la 
fonte malléable était sortie à son avantage. On avait frappé au marteau sur des viroles 
en fer embouti et sur des viroles en fonte malléable, et tandis que les premières 
sautaient en éclats après deux ou trois coups, les autres, tout en résistant bien, 
pouvaient être pliées en forme de 8 sans montrer de gerçures. La mollesse qui a été 
observée plus tard pouvait être aisément corrigée par quelque léger changement dans 
la fabrication. 

Réaumur a remarqué en effet, en étudiant les différentes phases de la décarbura- 
tion, qu'en l'arrêtant à temps on obtenait un produit d'une grande dureté, prenant 
bien la trempe, et qui ressemblait fort à de l'acier. Les clous de chaussures sont proba- 
blement fabriqués de cette façon. M. Brùll n'a pas cru devoir développer longue- 
ment les questions relatives à l'obtention d'une espèce d'acier par le recuit, à cause 
de la difficulté qu'il y aurait en pratique, et surtout avec les inégalités d'épaisseur, à 
obtenir à coup sûr un métal d'une dureté déterminée. Mais il est des cas particuliers, 
et les viroles et les clous en sont des exemples, où l'on pourra utilement tirer parti 
des observations de Réaumur. 



COMBUSTIBLES. 

Mémoire sur les gaz que produisent les diverses qualités de houilles sous 
l'action DE la chaleur; par M. de Commines de Marsilly, ingénieur des mines. 

Lorsqu'on soumet une houille à l'action de la chaleur, elle dégage promptement 
des gaz dont le volume et la composition dépendent de la nature de la houille, de la 
manière dont la chaleur est appliquée et de diverses circonstances. 

Le gaz varie d'une espèce de houille à l'autre; c'est un des éléments qui les carac- 
térisent le mieux. Une même houille donne plus ou moins de gaz suivant qu'on la 



COMBUSTIBLES. 



calcine rapidement ou lentement, suivant qu'elle est récemment extraite de la mine 
ou extraite depuis longtemps. Si l'on prend le gaz à divers momenls du dégagement, 
on trouve des compositions différentes. Enfin, de 50 à 300 degrés, la houille dégage 
du gaz qui a aussi une composition particulière. 

J'ai étudié successivement l'action de la chaleur sur les houilles maigres, demi- 
maigres et demi-grasscs, grasses maréchales, grasses à longue flamme, et sur les houilles 
sèches. 

I. — Houilles maigres. 

Les houilles maigres donnent, par la calcination du gaz, des eaux ammoniacales, 
mais pas de goudron, et elles ne collent point. 

Nous n'avons étudié qu'un seul échantillon de ces houilles, précisément parce que 
les produits de la distillation sont peu variés; c'est un échantillon de houille maigre 
de Fresne (compagnie d'Anzin) ; il renfermait : 

Pour 100. 

Cendres 7,72 

La calcination en vase clos donne 90,00 

Sa composition est la suivante : 

Pour 100. 

Hydrogène 3,49 pour 100, et sans les cendres. . . 3,72 

Carbone 86,47 » » 92,18 

Oxygène et azote. . . . 3,84 » » 4,10 

Cendres 6,20 » Carbone fixe 89,28 

Résidu de la calcination 89,95 

J'ai calciné 500 grammes, dans une cornue en grès, à un feu de coke ardent, et 
j'ai prolongé l'opération jusqu'à ce qu'il ne se dégageât plus de gaz. L'opération a 
duré trois heures; au bout de ce temps, tout dégagement avait cessé. J'ai obtenu 
107 litres, ce qui, pour 1 kilogramme, fait 214 litres. 

L'analyse de ce gaz accuse la composition suivante : 

Pour 100. 

Acide carbonique 2,00 

Oxygène 0,50 

Azote 8,09 

Gaz bicarbonés 0,00 

Gaz des marais 13,17 

Oxyde de carbone 4,97 

Hydrogène 71,27 



Total 100,00 



La quantité de 214 litres par kilogramme de gaz obtenu est faible; de plus, le gaz 
est très-léger, il se compose pour plus de deux tiers d'hydrogène : c'est là ce qui le 
caractérise, ainsi que l'absence de toute trace de gaz polycarbonés. Ce qui est à noter 



COMBUSTIBLES. 



23 



aussi, c'est la faible proportion de gaz des marais et une quantité notable d'azote. 
L'azote ne peut provenir de l'air resté dans les appareils, car il n'y a que 0,50 pour 
100 d'oxygène, ce qui correspond à 2 pour 100 d'azote au plus, et l'analyse accuse 
8 pour 100 ; 6 pour 100 au moins proviendraient donc du charbon. 

La houille maigre est de toutes les houilles celle qui se décompose le plus difficile- 
ment et le plus lentement par l'action de la chaleur ; c'est elle qui exige la plus haute 
température pour que tous les gaz soient entièrement expulsés. 

II. — Charbons demi-gras. 

Les produits liquides que les houilles demi-grasses donnent par la calcination con- 
sistent en eaux ammoniacales mélangées d'une faible quantité de goudron ; le gaz est 
abondant, mais léger et peu éclairant. 

Le tableau suivant donne l'indication des échantillons des houilles que nous avons 
essayées, ainsi que la quantité de gaz obtenue par kilogramme et la composition de ce 
gaz. 



DESIGNATION 

DES CHARBONS. 



Ardinoises (bassin de Charle- 
roi ) 

La Cave (Anzin) 

Charbonnages réunis (Charle- 
roi) 

Même échantillon (calcination 
lente) 

Briquettes de MM. Dehaynin 
(Charleroi) 



POIDS 

de 
bouille 
calcinée. 



grammes. 

10 
10 

1,000 

1,000 

10 



VOLUME 

de gaz 
par Lilogr 
avec 
cendres. 



litres. 

278 
298 

310 

188 

227 



COMPOSITION DE 100 PARTIES 
DE GAZ COMBUSTIBLES. 



Gaz 
polycarboncs. 



traces, 
traces. 



traces sensibles, 
traces sensibles. 
0,90 p. 100... 



pour 100. 

24,20 
23,20 

29,60 

30,00 

23,90 



Oxyde 

de 
carbone. 



pour 100. 

6,30 
6,40 

7,10 

10,00 

6,10 



Hydio- 



pour 100. 

69,50 
70,40 

63,30 

60,00 

69,10 



La différence qui existe entre ces gaz et celui de la houille de Fresne est saillante; 
la proportion de gaz des marais est beaucoup plus considérable, celle de l'hydrogène 
notablement moins grande; de plus, le volume de gaz obtenu est bien plus élevé. 

Ce qui caractérise le gaz des houilles demi-grasses, c'est la présence d'une très- 
faible quantité de gaz polycarbonés, 23 à 30 pour 100 de gaz des marais et 63 à 70 
pour 100 d'hydrogène. 

L'échantillon de houille des Ardinoises est plus maigre que celui de la Cave, et 
celui-ci est moins gras que la houille des Charbonnages réunis. Il est à remarquer 



COMBUSTIBLES . 



que les houilles les plus maigres donnent le moins de gaz et que leur gaz renferme 
moins de gaz des marais et plus d'hydrogène. 

Le gaz du charbon de la Cave est très-peu différent de celui du charbon des Ardi- 
noises. C'est donc avec juste raison que je classe les houilles d'Anzin (Nord) à côté des 
demi-gras de Charleroi : leur rendement en coke est le même; la composition élémen- 
taire est la même. Il ne restait plus, pour justifier l'assimilation, qu'à montrer que les 
produits obtenus par l'action de la chaleur étaient les mêmes; c'est ce que constatent 
les résultats ci-dessus. 

Il m'a paru intéressant de rechercher quelle influence une calcination lente pou- 
vait avoir sur la production du gaz. Si celte question est sans importance au point de 
vue de la fabrication du gaz, puisque les charbons demi-maigres ne sont jamais em- 
ployés à celte fabrication , elle n'est pas sans intérêt au point de vue de la combustion. 

J'ai calciné lentement un kilogramme de houille menue dans une cornue en grès. 

Le feu a été placé sous la cornue à 11 heures du matin ; on a chauffé doucement; le 
dégagement n'a commencé qu'à 12 heures 30 minutes. 



Il y avait à 2 heures 20 litres. 

» 3 h ,30 m 50 » 

» 5 heures 74 » 



Le dégagement s'est alors arrêté, le feu étant tombé. Le lendemain, l'opération a 
été reprise ; les premiers charbons allumés ont été placés sous la cornue à 10 heures 
du matin; le dégagement a commencé à 11 heures 30 minutes. 

Il y avait à i2 h ,30 m 102 litres. 

s 2 heures 140 » 

» 5 heures 188 » 



Quoique la cornue fût entourée de coke incandescent, tout dégagement avait cessé. 

Ainsi, par une calcination lente et interrompue, on obtient un tiers de gaz en 
moins que par une calcination rapide et continue; c'est là un fait qui mérite d'être 
signalé. 

En comparant la composition de ce gaz à celle du gaz obtenu par une calcination 
rapide, on reconnaît qu'il renferme moins de gaz des marais, plus d'oxyde de carbone 
et un peu moins d'hydrogène. 

L'usage des briquettes étant déjà très-répandu et tendant à se répandre davantage, 
j'ai jugé utile de déterminer la nature du gaz qu'elles donnent par la calcination. 

Les briquettes que j'ai essayées proviennent des usines de MM. Hehaynin à Char- 
leroi; elles avaient été fabriquées avec du brai et des houilles demi-maigres de diffé- 
rentes natures mélangées ensemble. 

On voit que le gaz qu'elles donnent ressemble à celui que dégagent les houilles demi- 
maigres; sa composition se rapproche beaucoup de celle du gaz des Ardinoises : c'est 
que dans les briquettes il entre 90 pour 100 de houilles demi-maigres. 



COMBUSTIBLES. 



25 



La présence d'une petite quantité degaz polycarbonés lient probablement aux 10 pour 
100 de goudron ou au brai qui entrent dans la briquette. 

Je n'ai point mentionné les quantités d'acide carbonique, oxygène et azote; elles 
sont généralement très-faibles. La proportion d'acide carbonique ne s'élève pas ordi- 
nairement à 1 pour 100. 

III. — [fouilles grasses maréchales. 

Mes expériences sur les houilles grasses maréchales portent sur deux échantillons, 
l'un de houille de l'Agrappe (bassin de Mons), l'autre de houille d'Anzin, fosse 
Réussite. 

Le tableau suivant fait connaître la nature de ces houilles, le volume et la composi- 
tion du gaz qu'elles donnent : 



M 

en 
a 

en 

a 


DÉSIGNATION 


POIDS 

de 


VOLUME 

de gaz 


COMPOSITION DE 100 PARTIES 
DE OAJZ COMBUSTIBLES. 


NUMÉROS I 


DES CHARBONS. 


bouilli; 
calcinée. 


par Mlogr. 

avec 
cendres. 


Gaz 
polycar- 
bonés. 


Gaz 
des marais. 


Oxyde 
de carbone. 


Hydrogène. 


1 


A grappe ( bassin de Mons , 
fosse du GraoJ-Tr^iit). 


grammes. 

10 


litres. 

263 


pour 100. 

1,00 


pour 100. 
33,00 


pour 100. 
8,80 


pour 100. 

57,20 


2 


Anziu (fosse Réussite), moyenne 


10 


272 


0,90 


28,80 
80,70 


10,20 
8,40 


60,10 
11,90 


3 


Agrappe (même échantillon 
que u° 1). — Charbon chauffé 


1,075 


» 


» 











Le volume de gaz obtenu par kilogramme est inférieur à celui dégagé par les houilles 
demi-grasses, mais la proportion de gaz polycarbonés, ainsi que celle des gaz de ma- 
rais, est plus élevée. Il y a moins d'hydrogène. 

L'échantillon de charbon d'Anzin était moins gras que celui de l'Agrappe, comme 
lejmonire le rendement de coke plus élevé; aussi donne-t-il moins de gaz carbonés et 
plus d'hydrogène. 

Les mines de l'Agrappe sont infestées de grisou; c'est le nom qu'on donne au gaz 
qui se dégage spontanément de la houille. Or ce gaz est à peu près le même que celui 
que l'on obtient en chauffant la houille à une température do 200 à 300 degrés; j'ai 
donc fait chauffer au bain d'huile 1\075 de charbon de l'Agrappe grossièrement pul- 
vérisé ; la température atteignait 250 degrés ; j'avais recueilli 2 litres et le dégagement 
continuait, lorsqu'un accident a interrompu l'expérience. Je donne cependant l'ana- 

Tome XI. — 63 e année. 2* série. — Janvier 186 1. I 



26 



COMBUSTIBLES. 



lyse du gaz recueilli, parce qu'il a été obtenu avec du charbon extrait depuis trois à 
quatre jours seulement. 



Pour 100. 

Acide CO' 1,47 

Oxygène 2,94 

Azote 30,68 

Gaz polycarbonés 0,00 

Gaz des marais 52,38 

Oxyde de carbone 5,46 

Hydrogène 7,07 



Total 100,00 



L'acide sulfurique fumant n'a absorbé aucune portion du gaz. 

Ce que la composition du gaz ci-dessus présente de remarquable, c'est la grande 
proportion d'azote qu'il dégage; elle est de 30,68 pour 100; cet azote ne peut prove- 
nir de l'air qui est resté dans le ballon , car il n'y a que 2,94 pour 100 d'oxygène qui 
correspondent à 11,05 pour 100 d'azote, en sorte qu'il reste 19,63 pour 100 qui ne peu- 
vent provenir que du charbon. Il y a peu d'acide carbonique, le gaz des marais domine, 
la proportion d'hydrogène est faible (7,07 pour 100), celle d'oxyde de carbone est 
moins élevée encore. 

On peut conclure de là que l'air des mines de l'Agrappe est vicié non-seulement par 
le gaz protocarboné, mais encore par l'azote que la houille dégage; ce dernier gaz 
n'est pas dangereux, mais il vicie l'air; le dégagement d'acide carbonique est faible au 
contraire et ne paraît devoir exercer qu'une légère influence. 

Je pense que le dégagement spontané et abondant de l'azote avec le gaz des marais 
n'a pas encore été signalé; il n'est pas sans devoir mériter quelque attention. 

IV. — Houilles grasses à longue flamme. 

Je comprends sous cette dénomination les houilles grasses à longue flamme qui 
peuvent être employées à la fois pour la forge et pour le gaz, et celles qui, trop 
gazeuses pour être utilisées avec avantage à la forge, servent plus spécialement à la 
fabrication du gaz et au chauffage des machines à vapeur. 

Les expériences que j'ai faites sont nombreuses et variées; j'ai étudié plus particu- 
lièrement les houilles de cette espèce, parce qu'elles sont spécialement employées à la 
fabrication du gaz et qu'elles présentent des résultats très-divers suivant la manière 
dont la chaleur agit sur elles. J'ai résumé dans le tableau suivant les résultats 
obtenus : 



COMBUSTIBLES. 



27 



>ES ESSAIS. 


DÉSIGNATION 


POIDS 

de 


VOLUME 

de gaz 
par Lilogr. 


COMPOSITION DE 100 PARTIES 
DE GAZ COMBUSTIBLES. 


ta 
O 

sa 
-a 

o 

ss 


DES CHARBONS. 


houille 
calcinée. 


avec 
les cendres. 


Gaz 
polycar- 
bonés. 


Gaz 
des marais. 


Oxyde 
de carbone. 


Hydrogène. 


1 


Fosse-Renard, compagnie d'An- 


grammes. 

10 


litres. 

273 


pour 100. 

0,70 


pour 100. 
40,50 


pour 100. 

13,50 


pour 100. 

45,30 


2 


Nord du bois de Boussu (Mons) . 


800 


296 


0,50 


89,40 


7,10 


3,00 


3 




10 

8 


292 
300 


6,30 
5,40 


35,10 
35,80 


8,80 
10,20 


49,80 
48,60 


4 


Autre échantillon; autre essai. 


5 




600 


300 


2,50 


42,20 


6,60 


48,70 






6 


Houille anglaise de Newcastle. 


500 


300 


2,30 


30,20 


12,00 


5,50 


j 7 


A 1 1 t «* /i \' n r i r> 1 ii nac rtniiilÏAC 


8 


307 

» 


17,50 

» 


29,00 
94,60 


12,10 

3,40 


41,40 

2,20 


8 


Gaz obtenu en chauffant à 300 
degrés du charbon du Nord 
du bois de Boussu (n° 2) 


1,500 










ACIDE CARBONIQUE. 


AZOTE. 


9 


Auchy. Gazobtenu eu l l ,r flacon 
chauffant à 300°. j 2* flacon 


» 
» 


» 


3,40 

22,00 


96,50 
76,30 


! 10 


Nord du bois de Boussu, char- 
bon vieux, même que n° 2. . 


800 


300 


0,50 


49,10 


7,16 


43,30 


11 


Nord du bois de Boussu, même 
que n° 8, calcination lente. . 


800 


238 


0,60 


53,00 


10,50 


35,90 


12 


Nord du bois de Boussu, même 
que u" 8, calcination plus 


800 


122 


0,70 
14,80 
3,10 

traces. . . 


48,40 
41,40 
31,90 

37,70 


12,50 


38,40 
34,90 
55,70 

48,40 


13 


Houille de Newcastle (échan- 
tillon n° 5) calcinée leute- 


8 


282 


8,90 
9,30 

13,90 


14 


Gaz de l'usine du gaz français 
à Amiens, fabriqué avec des 


» 


» 


15 


Gaz de la houille du Nord du 
bois de Boussu n° 2, après 
un séjourd'un moissurl'eau 


» 


» 











28 



COMBUSTIBLES. 



Les houilles grasses à longue flamme diffèrent des houilles grasses maréchales en ce 
qu'elles donnent une proportion de gaz plus considérable; elle n'est généralement pas 
inférieure à 300 litres par kilogramme et le dépasse souvent. M. Samuel Clegg, dans 
son Traité pratique de la fabrication du gaz, traduit par M. Et. Servier, cite le rende- 
ment d'un grand nombre de houilles à gaz : leur production varie de 300 à 400 litres 
par kilogramme. Nous avons vu que certaines houilles demi-grasses donnaient plus de 
300 litres de gaz par kilogramme. Ce qui dislingue le gaz des houilles que nous consi- 
dérons des gaz précédents, c'est qu'il renferme une proportion notable de gaz poly- 
carburés, beaucoup plus de gaz des marais et moins d'hydrogène. L'échantillon du 
Nord du bois de Boussu n° 2 présente cette particularité remarquable que le gaz est 
presque uniquement composé de gaz des marais; il y a fort peu de gaz polycarbonés 
et d'hydrogène. La plus forte proportion de gaz polycarbonés a été obtenue avec une 
houille anglaise de Newcastle se rapprochant des houilles sèches; elle s'élève à 17,50 
pour 100. 

Nous avons chauffé au bain d'huile à 300 degrés l k ,500 de charbon du Nord du bois 
de Boussu fraîchement extrait; le gaz obtenu était presque exclusivement composé du 
gaz des marais. Un échantillon de charbon d'Auchy (Pas-de-Calais) ne m'a donné au 
contraire que de l'acide carbonique et de l'azote. J'ai recueilli successivement deux 
flacons : le premier renfermait moins d'acide carbonique que le second; ni dans l'un 
ni dans l'autre il ne se trouvait de gaz combustible. Les mines d'Auchy ne renferment 
pas de grisou, tandis que celles du Nord du bois de Boussu en sont infestées. 

Quelle différence y a-t-il entre des charbons récemment extraits et des charbons 
vieux pour la production du gaz? L'essai n° 8 nous fournit des données à ce sujet; c'est 
le même charbon que le n° 2, seulement il est resté exposé pendant quarante jours à 
l'air dans le laboratoire. La calcination a été faite sur 800 grammes comme pour le 
n° 2 et conduite de la même manière. Le gaz est loin d'avoir la même composition : il 
renferme 49,10 pour 100 de gaz des marais au lieu de 89,40, et 43,30 pour 100 d'hy- 
drogène au lieu de 3 pour 100. Le gaz n'a donc plus la même valeur; la quantité 
obtenue est à très-peu près la même, mais le pouvoir éclairant est moindre. C'est un 
fait sur lequel on ne saurait trop attirer l'attention des fabricants de gaz. 

Une calcination lente ne paraît point avoir pour effet de changer notablement la 
composition du gaz; les essais n° ! 11 et 12 donnent à peu près les mêmes chiffres que 
l'essai n° 8. Yoici comment a été conduite l'opération n° 12 : j'ai mis dans la cornue 
800 grammes; le feu a été mis dessous le matin à 11 heures 30 minutes; 



Le dégagement commence à 2 heures. 

On observe 6 litres à. . 3 » 

» 15 » 4 » 

» 30 » 5\30» 

» 32 » &>,30 m 

» 40 y> 7 heures. 



J'ai laissé tomber le feu et ne l'ai rallumé que le lendemain ; je l'ai poussé graduelle- 



COMBUSTIBLES. 



20 



ment au rouge vif. En tout, je n'ai obtenu que 98 litres, soit par kilogramme 122 litres 
au lieu de 300 litres que donne la calcination rapide du même charbon. Avec la 
houille de Newcastle, je n'ai obtenu que des différences peu sensibles, parce qu'opé- 
rant sur 8 grammes seulement il était très-difficile de graduer la température. 

J'ai voulu m'assurer si le gaz obtenu au laboratoire en petit différait sensiblement de 
celui que l'on obtenait en grand dans les mines. L'analyse n° 14 du gaz de la Compa- 
gnie française, à Amiens, accuse à peu près les mêmes résultats que l'analyse 6 du gaz 
obtenu par la calcination de 500 grammes d'un échantillon de houille employé par 
cette usine. 

Enfin il m'a paru intéressant de rechercher quelle altération le gaz subit par un 
séjour prolongé sur l'eau. Nous voyons, d'après l'analyse n° 15 comparée à l'analyse 
n° 2, qu'il y a décomposition du gaz des marais et formation d'hydrogène; le gaz perd 
donc de son pouvoir éclairant. 

V. — Houilles sèches à longue flamme. 

J'ai pris pour type des houilles sèches à longue flamme un échantillon de houille 
des mines du Haut-Flénu. J'ai étudié sur elles la variation de composition du gaz au 
fur et à mesure du dégagement. Le tableau suivant renferme les résultats de ces 
essais. 



:périences. 


DÉSIGNATION 


POIDS 

de 


QUANTITÉ 

de gaz 
obtenue 
par 
kilogramm . 


COMPOSITION DE 100 PARTIES 
DE GAZ COMBUSTIBLES. 


DES El 


DES HOUILLES ESSAYÉES. 


bouille 
calcinée. 


Gaz 
polycar- 


Gai 

des 


Oïjde 

de 


Hydro- 


% 










boncs. 


marnis. 


carbone. 


gène. 








grammes. 


litres. 


pour 100. 


pour 100. 


pour 100. 


pour 100. 


1 


Haut-Flénu (0,15aux0,32 du gaz recueilli) 


10 


228 


7,27' 


47,37 


13,45 


31,91 


2 


- (0,32 


0,50 — ) 


)> 


» 


6,05 


16,44 


20,48 


57,03 


3 


— (0,50 


0,66 — ) 


» 


» 


7,20 


38,87 


18,67 


37,20 


4 


— (0,66 


0,83 — }, 


» 




7,96 


31,68 


12,69 


47,66 


5 


- (0,83 


0,95 — ) 






» 


IL 


U 


! ï 


6 


— (0,95 


0,99 — ) 


X 






21,30 


9,40 


69,30 


7 


— (0,99 


100 — ) 




» 


» 


20,00 


8,00 


72,00 


8 






8 


280 


5,04 


29,88 


17,50 


47,56 











On voit que le volume de gaz obtenu est à peu près le même que celui que donnent 
les houilles grasses à longue flamme; la grande différence, on le sait, porte sur le coke. 
Tandis que le coke de ces dernières est compacte et bien formé, celui des secondes est 



30 



COMBUSTIBLES. 



léger, boursouflé ou frillé et donne beaucoup de déchet. En outre, il est en moindre 
quantité. Quant à la nature et à la composition du gaz, elles se rapprochent de celles 
de certains gaz de houille grasse 5 nous ne trouvons donc pas de caractère bien 
tranché. 

Les variations de composition que présente le gaz, à mesure que la calcination 
avance, sont remarquables. Dans les premiers moments ce sont les gaz polycarbonés 
et le gaz des marais qui dominent. Quand le dégagement est devenu régulier, ces gaz 
se trouvent à peu près en proportion constante, puis, vers la fin de la calcination, 
tout gaz polycarboné disparaît. Le gaz des marais n'est plus qu'en faible quantité lui- 
même 5 c'est l'hydrogène qui domine. L'analyse eudiométrique nous montre que les 
quantités d'oxygène brûlé vont on décroissant d'une manière continue, et que celles 
d'acide carbonique formé diminuent également. C'est la preuve de l'appauvrissement 
graduel du gaz comme pouvoir éclairant. 

Quelques essais que nous avons faits sur des houilles grasses du Nord du bois de 
Boussu, et que nous croyons inutile de rapporter, confirment pleinement ces 
résultats. 

VI. — Résumé el conclusions. 

J'ai exposé un certain nombre de faits relatifs à l'action de la chaleur sur la houille; 
je vais essayer de poser les conclusions qu'il me paraît permis d'en tirer. 

La première concerne les caractères qui différencient les gaz des diverses variétés 
de houille. 

Les houilles maigres donnent un gaz très-léger, riche en hydrogène, pauvre en gaz 
protocarboné, sans trace de gaz polycarboné. Ce dernier gaz apparaît dans le gaz des 
houilles demi-grasses; il y est en petite quantité. Le gaz protocarboné est assez abon- 
dant; par contre, il y a moins d'hydrogène. Tandis que les houilles maigres ne rendent 
pas plus de 200 à 220 litres de gaz, les houilles demi-grasses produisent jusqu'à 
300 litres et plus. 

Les houilles grasses maréchales à courte flamme rendent moins; mais le gaz est plus 
riche en gaz polycarbonés et protocarbonés et ne renferme pas autant d'hydrogène. 

Les houilles grasses à longue flamme ont des rendements égaux ou supérieurs à 
ceux des houilles demi-grasses; elles sont très-riches en gaz polycarbonés et brûlent 
une très-forte proportion d'oxygène : ce sont les plus propres à la fabrication du gaz, 
tant par la nature du gaz qu'elles donnent que par la qualité et la quantité du coke 
qu'elles produisent. 

Entre le gaz des houilles sèches et celui des houilles grasses la différence n'est pas 
bien grande, ni sous le rapport de la nature, ni sous celui de la quantité : du moins 
nous n'avons pas fait assez d'expériences pour pouvoir établir les différences qui exis- 
tent. C'est surtout la quantité et la qualité du coke qui, dans la fabrication du gaz, 
font préférer les houilles grasses aux houilles sèches. 

J'ai établi que la calcination lente produisait beaucoup moins de gaz que la calcina- 



COMBUSTIBLES. 



31 



tion rapide pour une même espèce de houille; ce fait est général. Il y aurait peut-être 
cependant une exception à faire pour les houilles maigres. 

Un fait remarquable, qu'à l'exception de ces dernières et probablement aussi des 
houilles sèches présentent toutes les houilles, c'est une altération profonde dans 
certains de leurs principes constituants par un séjour prolongé à l'air. Il se traduit de 
deux manières : d'abord le gaz de charbon vieux est peut-être aussi abondant que 
celui de charbon frais ; mais il renferme moins de gaz des marais et plus d'hydrogène ; 
il est, par conséquent, plus léger et moins éclairant. En outre, tandis que le charbon 
frais des mines à grisou dégage presque uniquement des gaz carbonés à une tempé- 
rature de 300 degrés, le même charbon, quand il est vieux, dégage seulement de 
l'azote et de l'acide carbonique. 

J'ai constaté que, chauffées à 300 degrés, les houilles des mines à grisou dégageaient 
du gaz carboné, taudis que celles des mines où il n'y a pas de grisou donnent de 
l'azote et de l'acide carbonique ; ce qui permet de croire que, dans ces dernières mines, 
il doit y avoir des dégagements spontanés d'azote et d'acide carbonique; d'où résulte 
la nécessité d'une ventilation active. Ce fait me semble devoir être de quelque intérêt 
pour le mineur. 

J'ai montré que le gaz obtenu par la calcination de la houille dans une cornue se 
rapproche beaucoup de celui que l'on obtient en grand dans les mines avec le même 
charbon. Ce fait est énoncé dans l'ouvrage de M. Servier. 

Une analyse que je donne d'un gaz qui avait séjourné quarante jours sous une 
cloche, comparée à celle du même gaz venant d'être recueilli sur l'eau, donne lieu de 
penser que le gaz d'éclairage subit une altération profonde par un séjour prolongé sur 
l'eau. Le gaz carboné se décomposerait, la quantité en diminuerait, tandis que celle 
de l'hydrogène augmenterait sans que le volume apparent changeât sensiblement. 
J'indique seulement ce fait sans vouloir le garantir, parce qu'une seule expérience ne 
me paraît pas suffisante pour l'établir d'une façon absolue. 

La manière dont varie la composition du gaz, à mesure que son dégagement avance, 
est connue et mes expériences ne font que la confirmer. Les gaz polycarbonés et car- 
bonés dominent au début 5 puis, lorsque le dégagement est devenu régulier, la com- 
position varie peu; vers la fin de la calcination, il n'y a plus trace de gaz polycarboné. 
Le gaz protocarboné est en petite quantité et l'hydrogène forme la majeure partie du 
gaz. 

L'étude comparée des gaz de diverses espèces de houilles permet d'expliquer comment 
celles-ci se comportent si différemment au feu. On comprend que les houilles maigres, 
ne dégageant guère que de l'hydrogène en assez faible quantité, brûlent avec une 
flamme courte et très-chaude, et qu'il faille un courant d'air actif pour les brûler. Les 
houilles demi-grasses sont flambantes parce qu'elles donnent un volume de gaz consi- 
dérable, que l'hydrogène prolocarboné y entre dans une proportion notable et qu'elles 
produisent peu de goudron. Les houilles grasses maréchales brûlent avec une flamme 
courte et chaude, parce qu'elles ne donnent pas un volume de gaz abondant et qu'il 
y a dans ce dernier des hydrogènes polycarbonés en quantité sensible et une forie 



32 



COMBUSTIBLES. 



proportion d'hydrogène protocarboné. Les houilles grasses à longue flamme produi- 
sent plus de gaz et il y entre encore plus d'hydrogènes carbonés ; il se forme en même 
temps beaucoup de goudron : aussi leur flamme est-elle longue et conviennent-elles 
pour le chauffage comme pour la fabrication du gaz. 

Si la flamme des houilles sèches est moins ardente que celle des houilles grasses à 
longue flamme, c'est que le gaz renferme en général plus d'hydrogène, moins d'hy- 
drogènes carbonés, et qu'avec le goudron il se forme beaucoup de vapeur d'eau. Il est 
à remarquer aussi que les houilles sèches se décomposent plus vite sous l'action de la 
chaleur que les houilles grasses à longue flamme, et que la calcination de celles-ci est 
plus facile et plus prompte que celle des houilles maréchales. Parmi les houilles demi- 
grasses, il en est qui s'allument et se consomment rapidement, ce sont les plusgazeuses; 
d'autres, au contraire, sont difficiles à allumer et durent longtemps au feu, ce sont les 
moins gazeuses. Enfin on comprend que certaines houilles, perdant à l'air une partie 
des gaz qu'elles renferment, ne se comportent plus au feu aussi bien que quand elles 
^ont fraîches, et qu'alors elles deviennent moins propres à certains usages industriels. 

Les divers faits que nous avons exposés nous permettent d'exprimer une opinion 
motivée sur deux questions qui intéressent à un haut point l'industrie du gaz, savoir 
l'emploi de charbons frais, l'emploi de charbons lavés. 

Les houilles les plus estimées pour la fabrication du gaz proviennent généralement 
de mines à grisou ; j'ai montré que des houilles de cette espèce, abandonnées un temps 
plus ou moins long à l'air, subissent une altération profonde dans leur composition, 
et qu'il en résulte une diminution notable sinon dans la quantité, du moins dans la 
qualité du gaz. Il y a d'abord la perle résultant d'un dégagement spontané de gaz à 
l'air libre; cette perte n'est point considérable sans doute, et nous n'avons point de 
données suffisantes pour l'apprécier. Cependant, si l'on observe que des échantillons de 
charbon extraits depuis cinq ou six jours donnaient 4 à 5 litres de gaz par kilo- 
gramme à une température de 300 degrés, que ce gaz est presque en entier composé 
de gaz carbonés, que par suite il y a lieu de supposer une perte semblable par la 
simple exposition à l'air, on est amené à penser que la perte depuis le moment où le 
charbon a été extrait est plus considérable encore. En tout cas, 5 litres par kilo- 
gramme ou 50 centimètres cubes par 100 kilogrammes sont chose d'autant moins 
indifférente que c'est tout gaz carboné. Mais ce qui est plus grave, c'est que, par une 
longue exposition à l'air, surtout dans un endroit qui n'est pas couvert , le charbon 
s'altère, et que par la calcination il donne un gaz renfermant beaucoup moins de gaz 
carbonés et beaucoup plus d'hydrogène. Les usines à gaz ont donc un intérêt réel et 
sérieux à prendre la voie de fer de préférence à la voie d'eau pour faire venir leur 
charbon et à l'employer aussitôt : une bonne administration doit attacher la plus 
grande importance à ne consommer que des charbons récemment extraits. Un point 
qui n'est pas non plus sans importance, c'est que le charbon soit gailleteux. Au pre- 
mier abord il semble qu'il est indifférent que le charbon soit menu, puisqu'il s'agit 
seulement de le calciner; c'est même plus commode pour la calcination. Mais le char- 
bon menu a le grave inconvénient de laisser s'opérer rapidement le dégagement 



PHOTOGRAPHIE. 



33 



spontané du gaz^et de s'allérer plus vite à l'air; on doit donc préférer la houille en 
morceaux. On sait, en outre, que l'état gailleteux est un signe de la régularité des 
couches et de la pureté du charbon. 

Lesïabriques de gaz se préoccupent à bon droit du lavage de la houille ; elles retirent 
de la vente du coke des sommes considérables et doivent s'attacher à l'obtenir aussi 
bon que possible pour en assurer l'écoulement avantageux. Le schiste, les pierres et 
les matières étrangères qui souillent la houille nuisent singulièrement à la qualité du 
coke; le lavage seul peut faire disparaître radicalement ce grave inconvénient. S'il 
n'en résultait qu'une légère élévation dans le prix du charbon, on n'hésiterait point à 
y avoir recours; car, la qualité du coke étant améliorée, on le vendrait facilement à un 
prix rémunérateur. Ce que l'on craint, c'est l'eau qui reste dans le charbon, l'altéra- 
tion qu'il peut subir, et par suite une diminution dans le volume comme dans la qua- 
lité du gaz. Je pense que ces craintes ne- sont pas fondées. D'abord le lavage de la 
houille entraîne pour l'expédition un retard de quarante-huit à soixanle-douze heures 
au plus. On ne remarque pas, dans la fabrication du coke, que les charbons lavés 
aussitôt après l'extraction se calcinent moins bien que s'ils n'avaient pos été lavés. Ce 
qu'il faut, c'est enlever au charbon lavé l'eau que le lavage y a introduit. Si, pour 
atteindre ce résultat, on employait l'action de la chaleur, il est certain, d'.iprès les 
expériences que j'ai rapportées, que la houille subirait une altération réelle et dont 
l'influence serait sensible dans la fabrication du gaz : on ne peut pas môme porter la 
température à 100 degrés. Le seul moyen pratique me paraît consister dans l'emploi 
de turbines, comme le fait la compagnie d'Anzin, ou dans tout autre mode de dessicca- 
tion qui ne nécessite pas une température supérieure à 50 degrés. Avec les turbines le 
charbon n'est pas échauffé; il ne renferme plus qu'une faible proportion d'eau; il est 
turbiné tout de suite après le lavage et s'expédie immédiatement. Le voyage, quand le 
waggon est couvert d'une bâche, ne peut qu'achever la dessiccation. Je pense que dans 
ces conditions il doit rester propre à la fabrication du gaz; s'il subit une légère dépré- 
ciation, elle est largement compensée par l'amélioration de la qualité du coke. 

[Annales de chimie el de physique.) 



PHOTOGRAPHIE. 

QUELQUES FAITS RELATIFS A LA DÉCOUVERTE DE L'EMPLOI DU BROME EN PHOTOGRAPHIE, 
ET SOUSCRIPTION OUVERTE, EN ANGLETERRE, EN FAVEUR D'UN INVENTEUR MALHEUREUX, 
PAR M. JABEZ HUGHES. 

A propos de l'histoire de la photographie dont on s'occupe en ce moment beaucoup 
en Angleterre, il ne sera pas hors de propos de dire quelques mots d'une invention 
relative à cet art, dont l'auteur est aujourd'hui peu connu 

C'est à John Frederick Goddard qu'on doit la découverte de l'emploi du brome; les 
Tome XI. — 63' année. 2 e série. — Janvier 1864. 5 



34 



PHOTOGRAPHIE. 



circonstances intéressantes qui se rattachent à cette découverte nous permettront de 
rappeler quelques faits de l'histoire du procédé de Daguerre. 

On se rappelle que c'est en janvier 1839 que Daguerre annonça qu'il était parvenu à 
fncr les images de la chambre noire, en même temps qu'il montra plusieurs des spéci- 
mens qu'il avait obtenus; mais ce n'e?t qu'au mois d'août de la même année qu'il fit 
connaître les détails de sa mémorable invention, grâce à l'intervention du Gouverne- 
ment français qui acheta la découverte et en divulgua libéralement le secret. En 
même temps qu'il négociait avec le gouvernement, Daguerre prenait soin, néanmoins, 
de s'assurer en Angleterre le bénéfice de sa découverte par la prise d'une patente. 

Cependant, entre les mains de l'inventeur, le procédé fit peu de progrès; il ne per- 
mettait alors de reproduire que des objets vivants, et il n'exigeait pas moins de vingt à 
trente minutes de pose en plein soleil. Bientôt quelques tentatives particulières furent 
faites pour en tirer parti; il en résulta quelques améliorations qui permirent de repro- 
duire quelques monuments célèbres, dont les images furent mises en vente à Vlnsli- 
tulion polytechnique de Londres. Ces images, obtenues sur des plaques de 8,50 sur 
6,50 pouces ( 0 m ,22 surO 1 ",!?), excitèrent l'admiration générale, mais elles trou- 
vèrent peu d'acheteurs en raison de leur prix élevé, qui n'était pas moins de 1,50 
à 2 ou 3 guinées chacune (37 fr. 50 à 50 ou 75 fr.). 

Jusqu'alors la découverte de Daguerre était donc restée à l'état de curiosité scienti- 
fique, et pour ainsi dire sans valeur commerciale, lorsqu'on commença à rechercher 
le moyen d'obtenir des images plus rapidement et sans opérer en plein soleil, pro- 
blème que M. Goddard a résolu le premier. Maintenant, comment M. Gotldard a-t-il 
été conduit à s'occuper de daguerréolypie ? C'est là une histoire dont les détails sont 
assez curieux pour être racontés ici. 

Lorsque Daguerre publia ses procédés, le professeur Morse, qui était alors à Paris, 
en envoya une description à New-York à plusieurs personnes qui s'occupaient de 
sciences, et entre autres à MM. John Johnson et À. Woolcott, qui travaillaient en- 
semble, et se mirent immédiatement à l'œuvre. M. Woolcott, dans le but de prendre 
des images plus rapidement, eut l'idée de construire une chambre avec un miroir 
concave remplaçant la lentille, et de placer au foyer de ce miroir la plaque destinée 
à recevoir l'image. Grâce à cette idée, les deux opérateurs parvenaient déjà, en oc- 
tobre 1839, à prendre, sur une plaque de 3/8 de pouce carré à peine (2 CJ ,40), un 
portrait de profil de M. Johnson, dans un temps de pose en plein soleil qui n'excé- 
dait pas cinq minutes. Enfin, peu de temps après (janvier 18i0), ils étaient tellement 
satisfaits des résultats qu'ils obtenaient (ils pouvaient alors faire des portraits sur 
plaques de 2,50 sur 2 pouces (0 m ,062 sur 0 m ,0o) qu'ils songeaient sérieusement cà en 
faire l'objet d'une exploitation, et c'est dans ce but que, dans le cours d umois de 
février de la môme année, M. Johnson aîné partait pour l'Europe avec quelques 
épreuves de portraits, dans le but de prendre un brevet pour sa chambre à 
réflecteur. 

Arrivé en Angleterre, M. Johnson s'adressa à l'agence de brevets de M. Carpmael, 
et celui-ci, ayant parlé de l'invention à M.Beard,avcc lequel il avait déjà fait quelques 



PHOTOGRAPHIE. 



35 



affaires, l'engagea à s'associer à M. Johnson pour la prise d'une patente. Les deux 
nouveaux associes étant plutôt des industriels que des hommes de science, jugèrent 
indispensable de s'assurer la coopération d'un homme compétent, et ils s'adres- 
sèrent, dans ce but, à M. Longbotham de l'Institution polytechnique, qui leur 
indiqua, comme devant parfaitement leur convenir, M. le professeur Goddard, chargé 
alors de faire des leçons d'optique et de physique à la galerie Adélaïde. M. Goddard, 
qui était déjà familiarisé avec l'invention de Daguerre, accepta la proposition avec 
empressement; il prit l'engagement de faire des expériences avec le nouvel appareil 
de M. Johnson et en même temps de s'appliquer à perfectionner le procédé lui- 
même. Ces faits se passaient vers le milieu de l'été 1840, et l'on remarquera que, de- 
puis un an environ que la découverte de Daguerre avait paru, aucun perfectionne- 
ment autre que celui de la chambre à réflecteur n'y avait été apporté. 

M. Goddard ne tarda pas à reconnaître que, même avec l'appareil à action rapide 
de M. Johnson, les images qu'il obtenait exigeaient l'intervention continue du soleil, 
dont l'absence le forçait souvent à interrompre ses expériences; c'est ainsi qu'il fut 
conduit à rechercher les moyens d'opérer sans avoir recours directement à cette in- 
tervention. Pendant l'automne de 1840. il reconnut l'extrême sensibilité du brome 
avec l'iode, découverte qui réduisit à un certain nombre de secondes le teinps de 
l'exposition et permit de prendre des images sans opérer en plein soleil. On peut con- 
sulter à cet égard le numéro du 12 décembre 1840 de la Lileranj Gazette, où l'on 
trouvera tous les détails relatifs à cette affaire. Du premier coup, M. Goddard jugea 
l'importance que pouvait avoir sa découverte au point de vue commercial. Il engagea 
M. Beard à acheter de suite la patente de Daguerre et à mettre de côté sa chambre 
à réflecteur, qui devenait inutile, pour reprendre le système des lentilles qui allait 
permettre de prendre de meilleures et de plus grandes images. M. Beard eut l'esprit 
d'écouter ces conseils, et c'est de celte époque que le procédé Daguerre est entré dans 
sa première phase d'exploitation pratique et industrielle. 

Bientôt M. Goddard se livra à une série de recherches étendues sur les corps ha- 
loïdes, tels que l'iode, le brome, le chlore et le fluor, et au mois de février 1841 il 
déposa aux archives de la Société royale un mémoire contenant tous les détails de son 
procédé de sensibilisation du chlore avec l'iode pour prendre des images vivantes; en 
outre, à chacune des licences accordées par M. Beard, une copie de ce mémoire fut 
jointe, indiquant le mode d'opérer dans la préparation des solutions sensibles. 

Tel est l'historique du premier perfectionnement important apporté au procédé de 
Daguerre et, à l'exception de la méthode de M. Fizeau pour dorer les plaques, on 
puut dire que tous les autres perfectionnements n'ont eu, pour ainsi dire, pour objet 
que des questions de détail. La découverte de l'emploi du brome a été un fait capital 
qui a permis à l'invention de Daguerre de passer du laboratoire, où elle n'avait jus- 
qu'ici constitué qu'une curiosité, dans le champ des applications industrielles, où elle 
représente encore l'une des plus belles découvertes du xix e siècle. 

Malheureusement à ce récit se rattache un côté plein de tristesse. Les Daguerre, 
les Fox, les Talbot et tous les promoteurs de cet art merveilleux ont trouvé la juste 



36 



ARTS CHIMIQUES. 



récompense de leurs efforts, tandis que celui qui lui a donné sa première et vigou- 
reuse impulsion, John Goddard, aujourd'hui vieux, souffreteux et dans le besoin, est 
obligé de vivre de charités. Cette grande infortune est digne de toutes les sympathies, 
et, en proposant d'ouvrir une souscription destinée à le mettre à l'abri du besoin pour 
ses dernières années, nous sommes sûr que tous ceux qui s'occupent aujourd'hui de 
photographie ne refuseront pas de répondre à notre appel (1). 

M. Goddard a eu une existence laborieuse, toute consacrée aux travaux scienti- 
fiques. Dans la session de 1837-38, il reçut de la Société des arts une médaille d'ar- 
gent pour son appareil de polarisation de la lumière, et dans la même session il lut à 
cette Société un mémoire important sur celte question. L'un des premiers, il fit des 
leçons sur le microscope à gaz oxybydrogène et fut, ainsi qu'il a été dit en commen- 
çant, chargé de faire, à la galerie Adélaïde, ainsi qu'à l'Institution polytechnique, 
des cours sur l'optique et sur d'autres parties intéressantes de la physique. Nous ne 
pousserons pas plus loin l'énumération de ses travaux, mais nous rappellerons ce que 
disait de lui, il y a quinze ans, M. Claudet, dans le Philosophical Journal, à propos 
d'une discussion relative à la priorité de la découverte de l'emploi du brome en pho- 
tographie. Reconnaissant avec impartialité les droits de M. Goddard, il écrivait : 
« Son nom doit être honorablement cité clans l'histoire des progrès de la photogra- 
« phie, non-seulement à propos de l'emploi du brome, mais encore en raison des 
« efforts qu'il a faits le premier, en Angleterre, pour perfectionner la découverte de 
« Daguerre et des connaissances approfondies qu'il a su mettre au service de cette 
« admirable invention. » [The pliolograpkic Journal.) (M.) 



ARTS CHIMIQUES. 

Études sur les tins : première paktie : de l'influence de l'oxygène de l'air 
dans la vinification; par M. L. Pasteur. 



a Le vin est une des principales richesses agricoles de la France. Le sol, le climat, 
l'exposition dans un même sol, la nature des cépages, etc., sont autant de causes de 
modifications dans les qualités et même dans la nature propre du vin. C'est principale- 
ment à ces causes qu'il faut rapporter les nombreuses variétés devins de notre pays. 
On ne changera point cela, et il y a intérêt à ne pas le tenter. Mais il est certain qu'un 
même moût de raisin, travaillé de diverses façons, peut produire bien des sortes et 
qualités de vins. En outre, les altérations des vins n'ont rien de nécessaire. On doit 



(1) L'auteur de cette note indique que les souscriptions peuvent être adressées à son domicile, 
379, Oxford slreet, W. 



ARTS CHIMIQUES. 



37 



pouvoir les prévenir, puisqu'elles sont accidentelles. Il y a donc à faire une part assez 
large à l'expérimentation et à ses conséquences pratiques. 

« J'ai tenté d'appliquer à l'étude de la vinification et des altérations des vins quel- 
ques-uns des résultats de mes recherches de ces dernières années. Les faits nouveaux 
auxquels je suis arrivé me paraissent de nature à provoquer des essais utiles, et j'ose 
espérer qu'à ce titre l'Académie les accueillera avec indulgence, malgré les lacunes 
qu'elle apercevra dans mon travail, comme je les aperçois moi-même. 

« Ces lacunes sont peut-être inévitables, parce que dans un tel sujet le savant ne 
peut pas tout attendre de ses propres efforts. Lorsque ses expériences l'ont conduit à 
des vues particulières, il doit s'empresser de les communiquer au public, afin de les 
soumettre au contrôle d'essais industriels qu'il n'a guère les moyens d'effectuer lui- 
même. 

« Je m'occuperai, dans cette première communication, de l'influence de l'oxygène 
de l'air dans la vinification. 

« Tout le monde connaît l'ingénieuse expérience de Gay-Lussac, qui démontra ce 
que l'on avait depuis longtemps pressenti et énoncé sans preuves, que l'oxygène de 
l'air est nécessaire- à la fermentation du moût de raisin. Le jus sucré du raisin ren- 
fermé dans les grains, encore réunis à la grappe qui les portait sur le cep, ne fermente 
pas. Il était dès lors facile de prévoir que l'air, et dans l'air l'oxygène, est nécessaire 
à la fermentation du moût de raisin. 

« Gay-Lussac fit passer cette idée de la spéculation dans le domaine des faits posi- 
tifs; il en donna la preuve expérimentale. Après avoir écrasé des grains de raisin 
sous une éprouvette renversée pleine de mercure, il vit qu'ils ne fermentaient pas, 
soit seuls, soit au contact de divers gaz. L'addition d'une petite quantité de gaz oxy- 
gène déterminait, au contraire, la fermentation. 

« En étudiant de plus près cette curieuse influence de l'oxygène dans la fermenta- 
tion alcoolique du moût de raisin, j'ai constaté les faits suivants : 

« 1° Le moût de raisin ne renferme pas du tout de gaz oxygène en dissolution, et 
seulement de l'acide carbonique et de l'azote. J'ai opéré sur des raisins d'espèces 
différentes, blancs ou rouges. Une expérience faite sur du moût de raisins blancs, 
aussitôt après l'action du pressoir, a donné, par litre de moût, 58 centimètres cubes 
de gaz ayant pour composition en centièmes : 

Acide carbonique 78,5 

Azote 21,5 

Oxygène 0,0 

100,0 

« 2° Si le moût est abandonné, même en grande surface, au contact de l'air, il ne 
s'oxygène pas. On n'y trouve, jusqu'à ce que la fermentation se déclare, que ces 
mêmes gaz acide carbonique et azote. Par conséquent, l'oxygène de l'air se combine 
au fur et à mesure de sa dissolution avec des principes oxydables que renferme natu- 
rellement le jus du raisin. 



38 



ARTS CHIMIQUES. 



« 3° Cette combinaison de l'oxygène de l'air avec le moût n'est pas tellement rapide, 
que l'on ne puisse avoir du moût tenant en dissolution du gaz oxygène pendant quelques 
heures. On atteint ce résultat en agitant le moût avec l'air, et en analysant les gaz 
dissous aussitôt après l'agitation. 

« 5 litres de moût ont été agités dans une grande bouteille de 10 litres avec leur 
volume d'air pendant une demi-heure. 50 centimètres cubes de gaz extraits du moût 
un quart d'heure après l'agitation ont laissé 13 centimètres cubes de gaz non absorba- 
bles par la potasse, lesquels renfermaient 20 pour 10 de gaz oxygène. 

« La même expérience répétée, sur le même moût, en laissant reposer le liquide 
pendant unebeure, après l'agitation avec l'air, n'a plus fourni que6 pour 100 d'oxy- 
gène dans le gaz privé d'acide carbonique. 

« Enfin, en laissant du moût dans une bouteille bien bouchée en contact avec son 
volume d'air (à une température de 10 degrés afin de relarder la fermentation), l'air 
de la bouteille renfermait au bout de quarante-huit heures près de 3 pour 100 de gaz 
carbonique, et H pour 100 de gaz oxygène seulement. On avait agité à deux reprises 
!e moût avec Pair pendant une demi-heure. Chaque litre de moût avait donc absorbé 
environ 70 centimètres cubes de gaz oxygène. 

« La combinaison de l'oxygène de Pair avec le moût modifie sa couleur. Le moût 
de raisins blancs, à peu près incolore dans le grain et au moment du pressurage , 
devient jaune-brun en passant par les états intermédiaires. Le moût de raisins rouges 
renferme également des matières incolores qui brunissent par le contact de l'air. 
Enfin le moût récent, qui est faible et a quelque chose de vert, prend peu 
à peu, s'il n'est pas filtré, une odeur agréable, élhérée, au moment où la fermen- 
tation commence, et celte odeur parait être en rapport avec une aération lente du 
moût. 

« Mais ce qu'il importe peut-être davantage de remarquer, au point de vue des 
applications, c'est l'influence considérable de l'aération sur la fermentation du moût. 

« Laisse-t-on le moût exposé au contact de l'air en grande surface pendant plu- 
sieurs heures, ou l'agite-t-on avec de l'air, opération facile à pratiquer à l'aide d'un 
soufflet dont la douille est munie d'un tube qui plonge dans la cuve ou dans le 
tonneau (1), la fermentation du moût aéré est incomparablement plus active que celle 
du moût non aéré, et la différence varie avec l'intensité de l'aération. Et il est digne 
d'attention que l'aération peut avoir lieu et produire des effets au moins aussi sensibles, 
alors môme qu'on l'effectue pendant la fermentation, 'lorsque le liquide est déjà 
chargé d'acide carbonique et de levûre alcoolique. 

« L'aération du moût à des degrés divers se présente donc comme l'un des 
moyens les plus propres à influer sur la durée et l'achèvement complet de la 
fermentation. 



(I) ne prétends pas cependant qu'il soit indifférent d'employer l'un ou l'autre de ces deux 
modes d'aération. 



ARTS CHIMIQUES. 



39 



« Dans les localités où la vendange n'a lieu qu'en octobre, il arrive fréquemment, 
et particulièrement dans les meilleures années, que le vin reste doux après la fermenta- 
tion tumultueuse. Ce vin un peu sucré est sujet aux altérations, et il n'est pas rare de 
le voir fermenter insensiblement pendant trois ou quatre ans. 

« On peut dire que dans tous les cas, à moins qu'il ne s'agisse de vins liquoreux, il 
«est utile que la fermentation se termine dès l'origine. Pour atteindre ce but, l'aération 
du moût, convenablement appliquée, sera peut-être un moyen aussi efficace que facile 
à mettre en pratique. N'aura-t-elle pas des inconvénients cochés? Nuira-t-elle à la 
couleur que l'on recherche dans les vins, à leur goût, à leur bouquet? Trouvera-t-on 
au contraire, sur ce point, de nouveaux avantages? C'est ici que doit intervenir cette 
alliance à laquelle je faisais allusion tout à l'heure des essais industriels tentés par les 
propriétaires intéressés, et des indications de la science. Remarquons, d'ailleurs, 
que, avantageuse ou nuisible, l'aération est une circonstance obligée de la vinification. 
Elle mérite donc à tous égards la plus sérieuse attention, alors môme que l'on ne 
sortirait pas des usages habituels, parce qu'elle y intervient déjà présentement à l'insu 
des praticiens, et dans une mesure abandonnée au hasard des circonstances et des 
coutumes locales. 

« Une autre conséquence facile à déduire des faits que j'ai exposés, c'est que le vin 
doit contenir des principes éminemment oxydables. M. Boussingault a reconnu depuis 
longtemps que le vin ne renfermait pas du tout de gaz oxygène en dissolution, et il 
avait môme espéré se servir de la connaissance de ce fait pour déceler l'addition do 
l'eau ordinaire au vin. Malheureusement, dès le lendemain le vin ne contenait, plus 
d'oxygène libre. Ces faits ont été confirmés récemment et étendus par M. Berthelot, 
qui ne connaissait pas les observations de M. Boussingault, publiées en 1859 dans une 
de ses leçons du Conservatoire des arls et métiers à laquelle j'assistais. 

« Ce que je liens à faire observer à ce sujet, c'est que l'existence, dans le moût du 
raisin, de matières qui absorbent l'oxygène de l'air, qui l'absorbent encore après que 
la fermentation a commencé, entraîne inévitablement celle de principes semblables, 
plus ou moins modifiés par la fermentation, dans la composition du vin lui-même. 
C'est pour ce motif que l'on ne trouve pas d'oxygène dissous dans les vins conservés 
en vase clos. Si le vase qui renferme le vin n'est pas fermé, le vin se charge de gaz 
oxygène, et l'air du vin est môme plus riche en oxygène que l'air atmosphérique, 
comme il arrive pour l'air dissous dans l'eau. Il y a cependant une circonstance où le 
vin exposé au contact de l'air ne contient pas d'oxygène libre; c'est lorsque sa surface 
est recouverte, en tout ou en partie, de mxjcoderma vini, ou fleurs du vin. 

« L'oxygène de l'air, qui se mêle au vin exposé au contact de l'air, ne s'ab- 
sorbe donc pas aussi promptement qu'il se dissout. Sous ce rapport le moût de la 
vendange est plus oxydable ou dissout moins vite l'oxygène, puisque ce gaz dis- 
paraît au fur et à mesure de sa dissolution, quand le moût est en repos au contact de 
l'air. 

« Si l'on étudie les gaz du moût pendant et après la fermentation , on reconnaît , 
comme on devait s'y attendre , que la liqueur est saturée de gaz acide carbo- 



40 



ARTS CHIMIQUES. 



nique sans mélange d'aucun autre gaz quelconque. Dans une expérience faite sur 
du vin nouveau, pris sur place, dans le tonneau même où la fermentation avait eu 
lieu, j'ai trouvé par litre l m ,481 de gaz carbonique. Le vin était à la température de 
7 degrés. 

« Mais, dès que le moût a fermenté dans la cuve et que le vin est mis en tonneau, 
les choses changent complètement. Les parois du tonneau donnent lieu à une évapo- 
ration active, variable avec l'épaisseur des douves, avec l'état du tonneau, avec la 
nature du vin, et enfin avec la cave, son exposition et la distribution de ces courants 
d'air. 

« Des effets d'endosmose de gaz et de vapeurs ont lieu constamment à travers le 
bois, et.je crois pouvoir démontrer que c'est par l'action de l'oxygène de l'air pénétrant 
lentement dans le tonneau que le vin se fait, et que, sans l'influence de l'oxygène, le 
vin resterait à l'état de vin nouveau, vert, acerbe et non potable. 

a Analysons, en effet, les gaz dissous clans un vin qui a été mis en tonneau depuis 
quelques mois ou depuis quelques années. Les analyses auxquelles je fais allusion ont 
été- et doivent être effectuées sur place au moyen d'un procédé que je décrirai ailleurs 
i pour ne pas allonger trop cette communication), et de façon à ne pas mettre le moins 
du monde le vin en contact avec l'air atmosphérique. Voici les résultats généraux de 
ces déterminations. Il y a absence constante de gaz oxygène. La raison en a été donnée 
tout à l'heure. On trouve de l'acide carbonique en proportions variables. Cela doit 
être, puisque, après la fermentation, le vin était sursaturé de ce gaz. Mais ce qu'il faut 
principalement remarquer, c'est que le vin renferme toujours de l'azote, dont la pro- 
portion est, dans tous les cas, sensiblement la même, de 16 centimètres cubes environ 
par litre. Or ce gaz ne peut avoir été emprunté qu'à l'air atmosphérique, puisque 
nous avons reconnu que le Yin, à l'origine, ne contenait en dissolution que du gaz 
,!cide carbonique pur. Si le vin s'est saturé de gaz azote, c'est qu'il s'est également 
saturé d'air, avec cette circonstance importante toutefois que l'oxygène correspondant 
à l'azote ne restant pas libre, et se combinant avec les principes du vin, un renouvelle- 
ment incessant de l'oxydation doit avoir lieu. 

« On comprendra dès lors l'intérêt qu'il y aurait à déterminer cette proportion 
d'oxygène que le vin absorbe sans discontinuité pendant le long intervalle de son 
séjour en tonneau, et ultérieurement en bouteille, bien que, dans ce dernier cas, 
l'absorption soit à peine sensible. J'espère arriver directement à ce résultat. Mais je 
puis, dès à présent, donner de cette absorption un minimum qui accusera l'influence 
considérable de l'oxygène de l'air dans la vinification. 

« Ce minimum est fourni par la connaissance de la vidange qui s'établit naturelle- 
ment dans tous les tonneaux, vidange que l'on peut mesurer exactement par l'ouillage. 
Or il résulte, tant des mesures que j'ai prises dans le Jura, confirmées par des ren- 
seignements qui m'ont été fournis par l'habile tonnelier-chef du clos Vougeot, qu'une 
pièce de bourgogne de 228 litres se vide par évaporalion de plus de 10 litres par 
année, et le liquide évaporé est remplacé par de l'azote et de l'acide carbonique. 

« L'oxygène de plus de 10 litres d'air se fixe donc, chaque année, sur le vin de la 



ARTS CHIMIQUES. 



41 



pièce. Et, comme on conserve le vin en pièces le plus souvent trois ou quatre ans 
avant de le mettre en bouteilles, et quelquefois bien plus longtemps, il est facile de 
calculer que, dans cet intervalle, chaque litre de vin absorbe de 30 à 40 centimètres 
cubes de gaz oxygène pur. 

« Mais, je le répète, ce n'est là encore qu'un minimum éloigné" de l'absorption de 
l'oxygène. Il y a, en effet, un échange continuel des gaz de l'intérieur du tonneau 
avec l'air atmosphérique, pendant que la vidange par évaporation s'effectue. Nous 
pouvons en avoir une preuve dans la diffusion de l'acide carbonique. J'ai dit tout à 
l'heure qu'un litre de vin nouveau*pris à la température de 7 degrés avait donné près 
de 1 1/2 litre de gaz carbonique dissous. Le même vin vieux de deux années, n'ayant 
subi que deux soutirages en mars et en juillet, sans collage, ne renfermait plus par 
litre que 200 centimètres cubes de gaz acide carbonique. Cette différence donne une 
idée de la diffusion continuelle des gaz dissous dans le vin, à travers les parois du 
tonneau. La proportion d'oxygène fixée, pendant que le vin se fuit, sur les principes 
oxydables empruntés au moût du raisin, est donc certainement bien supérieure à 30 ou 
40 centimètres cubes par litre. 

« Il ne me paraît pas possible de douter que c'est cette oxydation qui fait vieillir le 
vin et qui lui enlève ses principes acerbes et provoque en grande partie les dépôts des 
tonneaux et des bouteilles. Des expériences directes m'ont prouvé, en effet, que l'oxy- 
gène vieillit le vin nouveau, l'adoucit, lui enlève de sa verdeur, et que, concurremment, 
il s'y forme des dépôts abondants. D'autres essais, qui n'ont encore , il est vrai, que trop 
peu de durée, tendent à établir que le vin nouveau conserve dans des vases hermétique- 
ment clos ne se fait pas et dépose très-peu. Cependant l'action de l'oxygène, pour être 
efficace, doit être lente et ménagée. Si on l'exagère, on tombe dans les phénomènes 
signalés par M. Berthelot, qui a bien vu le côté nuisible de cette action de l'oxygène. 

« La comparaison de ce qui arrive à un même vin conservé en grands ou en petits 
tonneaux offre une preuve convaincante, quoique indirecte, des observations précé- 
dentes. Plus on exagère les dimensions des futailles, plus le vin met de temps à vieillir . 

« Si je ne me trompe, les faits dont je viens d'entretenir l'Académie suggéreront 
des idées nouvelles sur les méthodes à suivre pour conserver ou pour vieillir les vins, 
sur l'action des courants d'air dans les caves, sur l'influence des tonneaux neufs ou 
vieux, plus ou moins propres à l'évaporation. Je crois qu'ils donneront également 
l'explication de l'influence des voyages sur le vin. C'est là évidemment, à cause de l'agi- 
tation, un moyen de modifier beaucoup les conditions de l'aération du vin et de l'en- 
dosmose des gaz. Nul doute également que la mise en bouteilles a principalement pour 
effet de diminuer, dans une grande mesure, l'aération du vin et d'allonger beaucoup, 
par là même, la durée de sa confection, ce qui, dans le langage ordinaire, s'appelle 
conservation du vin. 

« Pendant que le vin se fait en tonneau ou en bouteille, sous l'influence de l'oxy- 
gène de l'air, il arrive souvent que des altérations spontanées se manifestent sans 
causes apparentes bien déterminées. J'étudierai ces altérations ou maladies des vins 
dans une prochaine communication. » [Comptes rendus de V Académie des sciences.) 

Tome XI. — 63* année. 2" série. — Janvier 1864. 6 



42 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



NOTICES INDUSTRIELLES 

EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

Rapport sur le procéilé de gravure de M. Vial. — « M. Vial a pré- 
senté à l'Académie des sciences un mémoire ayant pour litre : Recherches sur les 
précipitations métalliques, ou Essai de reproduction des anciennes gravures, précédé 
et suivi de nouveaux procédés de gravure, travail qui a été renvoyé à l'examen d'une 
commission composée de MM. Dumas, Regnault, et Becquerel, rapporteur. 

« Bien que ces procédés aient été brevetés, néanmoins votre commission a pensé 
que, l'un d'eux reposant sur une propriété électro-chimique qu'elle croit ne pas être 
connue, elle devait en entretenir l'Académie sans se prononcer sur le mérite artis- 
tique de ce procédé, dont nous ne sommes pas juges compétents. 

« Voici la description du procédé : on transporte sur acier une gravure ou un des- 
sin à l'encre grasse, ou bien on dessine sur la planche avec la même encre. La planche 
est plongée dans un bain d'une dissolution saturée de sulfate de cuivre, additionnée 
d'une petite quantité d'acide nitrique; cinq minutes après, on retire la planche, on 
la lave, on enlève avec de l'ammoniaque le cuivre déposé, et la gravure est achevée ; 
les traits du dessin sont en creux. Dans les procédés ordinaires de gravure sur métal, 
les corps gras qui forment le dessin préservent ce métal, dans les parties qu'ils recou- 
vrent, de l'action corrosive des agents chimiques : on a ainsi une gravure en relief. 
Dans celui de M. Vial, on a immédiatement une gravure en creux. Un effet semblable 
a lieu en dessinant au crayon à la mine de plomb, au pastel, ou en laissant se former 
sur l'acier des points de rouille. 11 n'est guère possible d'imaginer un procédé de gra- 
vure plus simple. 

« Essayons d'expliquer les effets produits. Lorsqu'une plaque d'acier, sur laquelle 
se trouve un dessin à l'encre grasse, est plongée dans une dissolution saturée de sul- 
fate de cuivre contenant une petite quantité d'acide nitrique, la partie de la surface 
qui n'a pas reçu d'encre grasse se recouvre immédiatement de cuivre métallique, dont 
les parties ont peu d'adhérence entre elles, par s ;ite des actions combinées sur l'a- 
cier de l'acide nitrique et du sulfate de cuivre. La dissolution métallique pénètre en 
même temps, peu à peu, au travers de la matière grasse, par imbibilion, et arrive sur 
le métal alors que le couple voltaïque cuivre et acier est constitué; le cuivre déjà 
déposé e^t le pôle négatif, et l'acier non encore attaqué le pôle positif. La décompo- 
sition du sulfate de cuivre devient alors électro-chimique; l'acier positif est attaqué 
par les acides sulfurique et nitrique, d'autant plus profondément que la couche 
d'encre est plus épaisse ; le cuivre qui provient de la décomposition est rejeté sur les 
bords et finit par soulever l'encre de manière à former un dessin en relief en cuivre, 
que Ton dissout avec l'ammoniaque. Les effets produits ont cela de remarquable que 
la gradation des creux représente exactement celle des teintes du dessin ; de sorte que 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



43 



la gravure en est la représentation fidèle. Nous nous sommes assurés, du reste, et 
cela nous suffisait, que le procédé de M. Vial, es?ayé par des artistes compétents, leur 
avait semblé très-digne d'attention sous le rapport de l'art. 

« Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que les traits les plus légers à l'encre, 
qui sont les premiers traversés parla dissolution, sont ceux au-dessous desquels l'ac- 
tion a le moins d'énergie et où elle cesse bientôt après, quand le cuivre déposé sur 
les bords s'est étendu de manière à recouvrir les points attaqués. En un mot, l'action 
paraît d'autant plus lente à s'effectuer et les effets plus profonds, que la couche 
d'encre est plus épaisse. C'est dans ces effets que consiste l'efficacité du procédé de 
gravure de M. Vial, dont l'Académie pourra apprécier l'importance en voyant les 
épreuves d'un certain nombre de planches gravées, dont plusieurs l'ont été sous nos 
yeux et que nous déposons sur le bureau. 

« Votre commission propose, en conséquence, à l'Académie de remercier M. Vial 
de sa communication et de donner son approbation à l'application qu'il a faite pour 
la gravure sur acier d'une propriété dont on n'avait pas encore observé les effets, et 
qui peut rendre d'utiles services aux arts. » 

Les conclusions de ce rapport sont adoptées. (Comptes rendus de l'Académie des 
sciences.) 

^disposition permettant aux locomotives l'ascension de fortes pesâ- 
tes s Réclamation 6Ïe priorité; par M. Ségnier. — « En ce moment des 
expériences sont publiquement répétées en Angleterre, entre Cromfort et High-Peak, 
près de Manchester, pour démontrer la possibilité de l'ascension des locomotives sur 
les pentes ardues des montagnes. 

« Une machine construite dans les conditions de la plus grande légèreté et du poids 
de 15 tonnes seulement gravit un plan incliné de 5 centimètres pour mètre, traînant 
à sa suite une masse deux fois plus lourde qu'elle, c'est-à-dire de 30 tonnes. 

« M. J. B. Tell , qui a institué ces expériences, propose d'établir entre la France et 
l'Italie, sur la route même exécutée par les ordres de Napoléon I", entre Saint-Michel 
en Savoie et Suse en Piémont, une voie ferrée dont la réalisation dotera les deux pays 
des bienfaits de la locomotion rapide six ans plus tôt, espère-l-il, que par le tunnel 
creusé sous le mont Cenis. 

« Les hommes spéciaux de la Grande-Bretagne sont préoccupés de ces essais; cer- 
tains d'entre eux n'hésitent pas à proclamer la locomotive de M. Tell, à roues hori- 
zontales prenant par laminage point d'appui sur un troisième rail fixé solidement au 
milieu de la voie, comme un des plus réels progrès obtenus dans l'exécution des che- 
mins de montagne. 

« Nous sera-t-il permis de réclamer devant vous pour la France le mérite de priorité 
d'un (el système? 

« Si vous voulez bien, Messieurs, consulter vos souvenirs, votre mémoire vous 
rappellera que, dans la séance du 18 décembre 1843, nous avions l'honneur de vous 
dire que, suivant nous, un notable perfectionnement dans le mode de progression des 



Ai 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



machines locomotives consisterait à rie plus chercher la cause du cheminement dans 
la simple adhérence des roues motrices sur les rails par suite du poids seul de la 
machine, mais bien à trouver la force de traction dans l'effort de roues installées hori- 
zontalement, énergiquement rapprochées contre un troisième rail solidement fixé au 
milieu de la voie, ces roues agissant contre le rail à la façon d'un rouleau de laminoir. 

« Nous vous donnions ainsi clairement l'indication du principe mis en ce moment 
en expérience pratique en Angleterre. 

« Vous vous souviendrez encore que, le 13 juillet 1846, nous placions sous vos yeux 
des modèles démontrant matériellement comment , par la combinaison de trois or- 
ganes mécaniques depuis longtemps employés par l'industrie, se trouvait résolu le pro- 
blème de traction en dehors du poids de la locomotive. 

« Nous vous disions : Combinez deux rouleaux de laminoir a vec une pince de banc à 
étirer, réunissez les bras de celle pince par un double levier funiculaire, et vous aurez 
construit une locomotive qui puisera sa cause d'adhérence dans la résistance même de 
son convoi, et vous aurez réalisé un moteur qui exercera sa puissance sous le mini- 
mum de frottement, puisque celui de tous les organes indispensables pour créer 
l'adhérence sera incessamment mis en rapport avec la résistance à vaincre, le stratagème 
de celte disposition mécanique permettant de puiser dans la résistance même du con- 
voi la raison du rapprochement des roues motrices contre le rail central. 

« Nous vous montrions encore comment, en insérant le rail central entre les deux 
mâchoires d'une espèce d'étau, nous trouvions à la descente une sécurité absolue 
d'enrayage que les freins ordinaires seraient incapables de donner sur de fortes 
pentes. 

« Pour ceux d'entre vous, Messieurs, qui n'assistaient pas à ces séances déjà si 
éloignées de nous, qu'il nous soit permis de placer une seconde fois nos vieux modèles 
sur le parquet de l'Académie; leur étal de vétusté prouve qu'ils n'ont pas été impro- 
visés pour le besoin de la présente réclamation de priorité. 

« Nous avons la satisfaction de pouvoir affirmer qu'il n'a pas dépendu de la haute 
bienveillance de l'Empereur pour tout progrès utile que le système actuellement en 
essai en Angleterre ne soit déjà exécuté en France. » {lbid.) 

Sur l'emploi des tôles d'acier fonda pour la construction des chau- 
dières à vapeur, par SB. l'ingénieur Engcrth, conseiller d'État, à 
Tienne (Autriche)- — Lorsque l'on eut connaissance, en Autriche, des premières 
expériences tentées sur l'emploi de la tôle d'acier fondu pour la construction des 
chaudières à vapeur, la compagnie particulière des chemins de fer d'Autriche résolut 
aussitôt de faire des essais semblables dans la même direction, et sollicita du Minis- 
tère impérial du commerce d'Autriche l'autorisation de faire construire, en cette 
malière, des chaudières et des boîtes à feu de locomotives, moins épaisses que les 
règlements ne l'exigeaient pour les tôles de fer. Un arrêté ministériel du 1 1 mai 1859 
autorisa, à titre d'expérience, la construction de chaudières en tôle d'acier fondu 
d'une épaisseur égale aux 5/8 seulement de l'épaisseur réglementaire des tôles en fer, 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



45 



et la compagnie des chemins de fer autrichiens commanda aussitôt à M. E. Mayer, de 
Leoben, pour des trains de marchandises, six locomotives accompagnées de leurs ten- 
ders et munies de chaudières en tôle d'acier. Ces machines furent mises en activité 
dans les mois de janvier, février et avril 1860. 

Les expériences officielles, sous une pression hydraulique de 15\22 par cent, 
carré, résistèrent de la manière la plus satisfaisante, si ce n'est sur une machine où un 
des plateaux de la chaudière cylindrique se déchira suivant la ligne des trous des 
rivets. La texture de ce plateau était beaucoup plus grenue que celle des autres. De 
plus, on avait déjà remarqué, pendant le cours de l'exécution, que plusieurs plateaux 
étaient trop cassants et trop durs, car le percement des trous produisait trop de 
bruit; ce qui avait décidé à faire rougir tous ces plateaux avant de poursuivre le 
travail. 

Pendant la marche des machines, dont la mise en train fut accompagnée de tous les 
soins possibles, ces six chaudières ne répondirent pas aux espérances conçues; car, bien 
que leurs parties cylindriques ne subissent aucune altération, les parois en acier des 
boîtes à feu éprouvèrent des déchirures qui, en général, s'étendaient d'un boulon à 
l'autre. 

En France, on a aussi observé des inconvénients semblables, mais à un moindre 
degré, dans les boîtes à feu des locomotives. Il parait que les ingénieurs de ce pays 
ont à leur disposition de la tôle d'acier beaucoup plus ductile que celle que l'on fabrique 
aujourd'hui en Autriche; car, d'après les essais qui ont été faits jusqu'à ce jour dans 
celte dernière çontrée , il est peu probable que l'on réussisse à y employer la tôle 
d'acier pour les boîtes à feu, quelque avantage que l'usage de cette matière puisse, à 
cause de sa ténacité, présenter pour la construction des chaudières cylindriques. 

Pour les chaudières stationnaires et surtout pour les parties exposées à l'action du 
feu, les tôles d'acier méritent d'être spécialement recommandées. 

La compagnie des chemins de fer autrichiens se propose de continuer ces expé- 
riences, en commençant par soumettre attentivement à des essais comparatifs les 
boîtes à feu où les tôles d'acier ont été remplacées par de la planche de cuivre, afin 
qu'en rapprochant les résultats de ces essais avec ceux des expériences étrangères on 
puisse savoir positivement quels sont les cas où les tôles d'acier fondu doivent être 
préférées pour les chaudières à vapeur. 

M. l'ingénieur Kohn, dans un mémoire qu'il a publié en 1859, rapporte qu'il a fait 
placer dans une chaudière à vapeur de 13 m ,27 de longueur, dont la tôle en fer portait 
0 m ,011 d'épaisseur, une feuille de tôle d'acier fondu épaisse de 0 m , 0055 seulement. 
Cette feuille, établie tout près du foyer, après deux ans et demi d'un travail très-sou- 
tenu, a été trouvée dans un état parfait de conservation, tandis que les feuilles voisines, 
en tôle de fer, avaient notablement souffert. Elle ne portait, non plus, aucune 
incrustation, résultat attribué à l'agitation plus rapide de l'eau à son contact. 

L'auteur se propose de faire construire une chaudière à vapeur, de quatre chevaux, 
en métal, dit aichmetal (laiton ductile à chaud), fort mince. Il fonde de grandes espé- 
rances sur cet essai, parce que l'alliage en question réunit beaucoup de ténacité à 



46 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



une grande ductilité. {Zcilschrift des Oeslerreichischcn Ingenieurwereins, et Dingler's 
Polytecknisclws Journal.) 

Sur remploi «le 1» tôle d'acier fondu dans la construction des chau- 
dières à vapeur par M. le chevalier de ISurg-, conseiller du gouver- 
nement, à tienne (Autriche). — Dans une des séances récentes hebdomadaires 
de la Société des arts et métiers de la basse Autriche, M. le chevalier de Burg, con- 
seiller du gouvernement, s'est occupé des différentes qualités des tôles en acier fondu 
et de l'épaisseur à donner à celles des chaudières; et l'assemblée, sur sa proposition, a 
adressé au ministre du commerce de l'empire une demande tendant à obtenir la 
révision des règlements sur la construction des chaudières à vapeur, et l'insertion d'un 
paragraphe permettant d'employer à l'avenir, pour cette construction, des tôles d'acier 
tondu, d'une épaisseur égale à la moitié seulement de celle des tôles de fer qui sont 
obligatoires dans les mêmes circonstances. Cette permission serait motivée sur ce que 
les tôles d'acier fondu présentent une résistance presque double de celle des tôles de 
fer. La section de mécanique a demandé cependant que le bénéfice de cet article ne fût 
appliqué qu'aux tôles d'acier qui pourraient, à froid, subir une courbure à angle droit, 
sans montrer de gerçures ou de déchirures. 

M. de Burg, après avoir rapporté les résultats de ses propres expériences, a rappelé 
les observations récentes de M. Bii ker, de Sheffield, sur la résistance de plusieurs 
aciers fondus contenant différentes proportions de carbone. Ces expériences ont fait 
voir que, pour les aciers essayés, la résistance à la traction a crû avec la proportion de 
carbone, jusqu'à ce que celte proportion eût atteint 1 et 1/4 pour 100. Eileadiminué 
ensuite rapidement. La résistance à la rupture transversale a été, au contraire, trouvée 
d'autant plus grande que l'acier contenait moins de carbone. La résistance contre les 
chocs est à son maximum lorsque l'acier est homogène et non pailleux, conditions 
qui se réalisent surtout quand il ne contient que la quantité de carbone nécessaire 
pour le rendre fusible. Dans la plupart des cas de la construction des machines, l'acier 
le meilleur est celui qui oppose à la fois le maximum de résistance à l'arrachement 
longitudinal et à la rupture transversale $ et, autant qu'il résulte des expériences pré- 
citées, celui qui satisfait le mieux à celle double exigence est celui qui contient de 5/8 
à G/8 pour 100 de carbone, parce que, d'une part, il n'est pas encore assez cassant 
pour se rompre facilement, et que, d'une autre part, il peut opposer à l'arrachement 
une résistance de 51 à 57 kilog. par millimètre carré. (Oesterreichische Zeitschrifl fiir 
Berg-und Hùtlenwesen, et Dingler's Polytcchnisches Journal. 

Chnudières à vapeur soudées. — La soudure des chaudières à vapeur, ré- 
cemment introduite dans l'industrie, paraît devoir être bien supérieure à la rivure. 
Pour exécuter cette opération, on emploie deux fourneaux dont la flamme, sortant par 
des buses convenablement disposées, est dirigée sur les tranches des deux feuilles de 
tôle à réunir. Lorsque la température est suffisamment élevée, on opère la soudure au 
moyen de marteaux mus par des machines, et dont la tête est disposée pour frapper 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



47 



très-près des buses. De cette manière, on peut exécuter des chaudières sans rivets. Il 
y a déjà cinq ans, dit la Gazette des chemins de fer (Eisenbahnzeilung), que l'on a 
commencé, à "Woolwich, des essais de ce genre, et Ton a reconnu que la résistance à 
l'arrachement est, pour une semblable soudure, les 5/6 de celle de la tôle lorsque les 
feuilles ont 0 m ,013 d'épaisseur. Les tôles plus minces ont présenté des soudures dont 
la résislance était plus grande que celle de la tôle même. Une poutre de 3 ,n ,657 de 
longueur, dont la tôle portait 0 m ,009 d'épaisseur et se composait de deux pièces lon- 
gitudinales, a été soudée, par ce moyen, en 1 heure 20 minutes. Dans la fabrique de 
M. Hackworth, et dans celle de MM. Sharp, Steward et comp., on soude déjà, de eelte 
manière, les coutures longitudinales des chaudières, et dans celle de M. Bury on 
construit même ainsi entièrement des boites à feu pour les chaudières des locomo- 
lives. (Deutsche illuslrirte Gewerbezeilung, et Dinglers Polytechnisches Journal.) 

Sur un vernis «le bitume de houille , par M. le directeur Jacokscn. 

— La dissolution du bitume extrait du goudron de houille, dans la benzine, donne 
un vernis brillant, mais très-sujet à s'écailler : celui que l'on prépare, conformément 
;:U procédé qui va être décrit, est beaucoup moins sujet à cet inconvénient; aussi peut- 
on l'employer pour le cuir, etc. 

On fait fondre, à une douce chaleur, dans un matras vingt-quatre parties de 
bitume dit asphalte d'Allemagne, grossièrement pulvérisé, dans une quantité un peu 
plus grande de benzine; on laisse bien reposer; on décante et l'on ajoute une solution 
claire d'une ou deux parties de résine-élémi et d'une partie de baume de copahu dans 
un peu de benzine. On étend ensuite le vernis avec de la benzine, jusqu'à ce qu'on 
l'ait amené à la consistance que l'on désire. Ce vernis sèche très-vite et possède beau- 
coup d'éclat. Si l'on y ajoute environ 2 pour 100 de dissolution de caoutchouc dans la 
benzine, on peut l'employer à vernir les chaussures en caoutchouc. Mais le brillant 
du vernis souffre toujours un peu de cette addition. (Jacobsen's chemisch-technisches 
Reperlorium, et Dinglers Polytechnisches Journal.) 

Fermeture des vases à conserves en verre ou en grès , par 

M. Jcnnings. — C'est une question difficile que de trouver le meilleur mode de 
fermeture pour les vases à conserves, en verre ou en grès. Ces derniers, quoique 
moins chers, conviennent peu pour cet usage, parce que leur opacité ne permet 
pas de s'assurer de l'état de leur contenu sans les ouvrir, ce qui est toujours un 
travail fâcheux. On avait vanté, il y a quelque temps, des vases en grès, munis de 
couvercles aussi en grès, ajustés à lïmeri. Sur le couvercle était un bouton auquel 
on fixait une sorte de trépied élastique en fer. Lorsque l'on posait le couvercle, les 
branches du trépied passaient dans de petites entailles ménagées sur le bord, et 
entraient, par le mouvement circulaire du couvercle,dans une rainure creusce sur ce 
bord et placée assez bas pour que les branches dussent plier lorsqu'on y faisait pénétrer 
leurs extrémités en tournant le couvercle. Leur élasticité assujettissait ainsi ce couvercle 
dont la circonférence était un peu conique et s'ajustait clans un cercle qui y corres- 



48 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



pondait sur la paroi du vase. Quelque ingénieuse que fût cette disposition, son utilité 
pratique fut presque entièrement mise en défaut par le retrait inévilable de la terre 
lors de la cuisson. L'ajustement par l'émeri devenait imparfait ou laborieux, et l'effort 
de traction exercé par les branches du trépied était souvent insuffisant. On perfec- 
tionna plus tard cet appareil, en séparant le trépied du couvercle, en le faisant entrer 
simplement dans une rainure circulaire parallèle au couvercle, et en assujettissant ce 
dernier par une vis de pression jouant dans un écrou taraudé à travers le noyau du 
trépied. Si l'on fait alors reposer le couvercle sur une couche de lut, de mastic de 
vitrier, ou mieux sur une rondelle de caoutchouc, on peut obtenir une bonne fer- 
meture, complètement imperméable à l'air. Ces appareils coûtent cher, dit-on, et 
ne sont pas transparents. Les vases en verre, qui sont certainement les meilleurs et les 
plus propres, donnent la fermeture la plus parfaite, s'ils portent des bouchons ou des 
obturateurs usés à l'émeri, comme ceux des chimistes; mais ils sont d'un prix élevé, 
surtout quand ils sont grands et qu'ils présentent une large ouverture. Dans cedernior 
Cas, même, la fermeture est souvent incomplète, et parfois le bouchon contracte 
une telle adhérence, que l'on est obligé de briser le vase pour en extraire le contenu. 
On se sert donc encore souvent d'une simple couverture en peau de vessie; mais cet!e 
matière est peu recommandable au point de vue de la propreté et ne met pas bien les 
conserves à l'abri de l'influence de l'air. Il est meilleur et plus économique, dans tous 
les cas. de remplacer la peau de vessie par le parchemin, qui ne se corrompt pas. On 
a aussi proposé des enveloppes ou des bouchons en caoutchouc, qui ferment bien, 
mais sont dispendieux et ne tardent pas beaucoup à devenir, pour la plupart, cassants 
et d'un usage impossible. 

Pour éviter les divers défauts que nous venons d'énumérer, M. Jennings combine 
le fer-blanc et le caoutchouc. Il fabrique en fer-blanc un couvercle circulaire, légè- 
rement convexe, el l'emboutit sur ses bords de manière à le faire descendre d'en- 
viron 0 m ,004 sur la paroi du vase. Avant de terminer ce rebord avec le marteau, on y 
place un anneau de caoutchouc, et l'on rabat le bord du couvercle de manière qu'il 
fasse sur l'anneau de caoutchouc un repli d'environ 0"',002 de largeur servant à le 
fixer. Alors, en posant le couvercle sur le vase et en exerçant une pression suffisante, 
on obtient une fermeture complète. L'enlèvement du couvercle est très-facile, et l'on 
peut employer de nouveau le vase, à moins que le couvercle en fer-blanc n'ait été percé 
par la rouille. Les anneaux en caoutchouc doivent être fabriqués en matière de pre- 
mière qualité et ne recevoir qu'une légère vulcanisation. Ils sont alors beaucoup 
moins sujets à se briser, ou môme n'y sont pas sensiblement exposés. Leur élasticité 
persiste pendant des années. (Breslaner Gewerbeblall, et Dinglcr's Polytecltnisches 
Journal.) 

Teinture «les gilunics pour la toilette. — Une branche importante de l'art 
de la teinture, celle qui a pour objet les plumes destinées à la toilette, vient de recevoir 
un perfectionnement notable par la découverte des couleurs d'aniline. 

La teinture des plumes doit toujours être précédée d'un nettoiement et d'un blan- 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



49 



chimenl complets, destinés à faire disparaître toutes les matières grasses ou colorantes. 
Après avoir assorti convenablement les plumes, on les traite donc avec une solution 
tiède de 0\062 de savon dans 1 kilog. d'eau. On laisse les plumes tremper dans ce 
bain, jusqu'à ce que le savon ait produit tout son effet, et l'on répèle encore une fois 
celte opération avec un autre bain de savon. Les plumes ainsi nettoyées sont alors 
lavées plusieurs fois à grande eau, puis on les blanchit au moyen de l'acide sulfureux 
obtenu par la combustion du soufre : on les lave ensuite et on les sèche. Le noir 
s'obtient par l'ébullition des plumes dans un bain d'alun et de bois de campèche, 
auquel on ajoute du sulfale de cuivre et de fer; le lilas, par l'orseille, le carmin 
d'indigo et l'alun; le jaune de diverses nuances, par l'acétate de plomb et le chromate 
de potasse, ou bien par le rocou et une solution de potasse ; le vert, par une solution 
d'indigo et l'acide picrique; le bleu, par une solution d'indigo et l'alun, ou bien par 
le nitrate de fer et le prussiate jaune de potasse; enfin le rouge, par la cochenille ou 
bien le bois de Brésil. 

Mais on obtient de plus beaux produits en rouge, en violet et en bleu par l'emploi 
des couleurs d'aniline, qui adhèrent aux plumes avec autant d'éclat qu'au coton et à 
la laine. On n'a d'autre pression à recommander que celle de plonger dans le bain 
chaud de couleurs d'aniline les plumes bien nettoyées et de les y laisser jusqu'à ce 
qu'elles soient complètement teintes. Comme on fabrique maintenant, à l'état pur et 
sec, les couleurs d'aniline, telles que le rouge, le violet et le bleu, on peut se borner à 
préparer le bain avec de l'eau dans laquelle on verse la matière colorante dissoute 
d'abord dans l'alcool, puis étendue avec de l'eau. 

Outre l'aniline et les couleurs qui en sont dérivées, on peut employer avantageu- 
sement pour la teinture des plumes l'extrait de carthame et le pourpre français, et en 
obtenir des nuances très-variées. 

Pendant la teinture, on ne doit pas tenir les bains très-chauds, parce que les 
plumes seraient attaquées. 

Après celte opération, les plumes sont lavées, séchées et frisées. Ce dernier travail 
s'exécute avec un couteau de corne d'un poli parfait. (Deutsche Induslriezeitung, et 
Dinglefs Polylechnisches Journal.) 

Moyens de reconnaître si l'émail «les objets «le ménage en fonte 
contient du plomb. — Pour faire cette expérience sans enlever l'émail, on dépose 
sur la surface une goutte d'acide azotique que l'on fait évaporer en chauffant le vase 
par dehors. Si la place n'est pas encore devenue mate, on renouvelle l'appli- 
cation. Ensuite on couvre la place avec une solution d'acide sulfhydrique, et, s'il ne se 
manifeste aucun changement de couleur, on mêle à la goutte liquide un petit 
fragment de sulfure de potassium ou de sodium; on attend quelques minutes, et on 
lave avec de l'eau; le développement d'une nuance noire décèle la formation du 
sulfure de plomb et, par conséquent, la présence de ce métal. (Dingîer's Polylech- 
nisches Journal.) 



Purification des bulles animales destinées «u graissage des ina- 

Tome XI. — (53* année. 2 8 série. — Janvier 1864. 7 



50 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



chines, par M. Spencer. — L'auteur fait bouillir 2 kilogrammes de noix de galle 
dans 60 kilogrammes d'eau pendant trois heures, en ayant soin d'agiter de temps en 
temps. Il fdtre ensuite le liquide et le mêle avec C0 kilogrammes d'huile, et entretient 
le tout, pendant quatre ou six heures, à la température de l'ébullilion, en y faisant 
passer un courant de vapeur. 11 ajoute ensuite 320 grammes d'acide sulfurique, afin 
de précipiter les matières albumineuses ou mucilagineuses. (Pharmaceulische Zeitung, 
et Dinglers Polytechnisches Journal.) 

Boîtes à ressorts d'acier fondu pour les câbles en fil de fer. — Un 

des plus grands reproches que l'on fasse contre l'emploi des câbles en fil de fer pour 
l'exploitation des mines repose sur le défaut d'élasticité qui, pour les machines et les 
autres appareils d'extraction, présente autant d'inconvénients que les anciens câbles. 
Les secousses et les chocs plus ou moins violents qui se produisent pendant la manu- 
tention et le hissement des charges les altèrent promptement et les rendent 
cassants. Les mécaniciens, dès l'introduction de ces câbles dans l'industrie, ont dirigé 
leurs réflexions sur ce défaut, et l'on voit, sur beaucoup d'exploitations, des dispo- 
sitions variées et destinées à y obvier. Cependant, en général, on a peu réussi à cor- 
riger celte imperfection, qui est la source de grands frais tant pour la réparation des 
machines que pour le remplacement des câbles dont l'usure est très-rapide. Le plus 
souvent on attribue à un manque de qualité la prompte usure ou même la rupture 
subite d'un câble, tandis que, dans la plupart des cas, on devrait l'imputer aux 
secousses violentes éprouvées pendant la traction ou l'élévation des fardeaux. Comme 
on le sait, rien ne contribue davantage à rendre le fer cristallin et à le faire rompre 
facilement lorsqu'il faut qu'il se courbe pour entourer les poulies et les tambours. 
Comme on n'est pas encore parvenu à rendre élastique le fil de fer, on a imaginé 
diverses autres dispositions pour prévenir les chocs nuisibles et leurs suites fâcheuses. 
Ainsi on a cherché à rendre les poulies élastiques, soit en y introduisant des ressorts 
en acier fondu, soit en donnant, aux poutres qui portent leurs paliers, une longueur 
assez grande pour produire un certain degré d'élasticité. Ce dernier moyen est assu- 
rément le plus simple, mais il n'est pas applicable partout, parce que, pour les charges 
très-lourdes, il faut des poutres très-fortes, auxquelles on ne peut donner l'élasticité 
convenable qu'en les prenant d'une très-grande longueur. Le système de placer, sous 
ces poutres, des ressorts en acier est assez dispendieux, lorsque l'on veut l'exécuter 
d'une manière satisfaisante et durable. Pour obtenir l'élasticité désirée, on a aussi 
imaginé de placer, entre le câble et les vaisseaux dans lesquels on monte les ebarges, 
un appareil élastique, et ce moyen est le plus simple et le moins coûteux. Dans les 
districts miniers d'Angleterre et dans plusieurs exploitations d'Allemagne, on l'em- 
ploie depuis plusieurs années avec beaucoup de succès. Une fabrique de Cologne, 
celle de MM. Felten et Guilleaume, dont les câbles en fil de fer et en chanvre jouissent 
d'une grande réputation dans les districts métallurgiques allemands, construit des 
ressorts de ce genre et les a introduits dans différentes constructions. Ces ressorts sont 
enfermés dans des boîtes et ont déjà, selon le témoignage des personnes de l'art, subi 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



51 



heureusement, depuis plusieurs années, l'épreuve de l'application pratique. Le poids 
de ces boîtes varie, selon la destination, de k"i à 94 kilog., de 52 à 70 kilog., de 56 h 
75 kilog. (Zeitschrift des Vereins deutscher Ingenieure, et Dingler's Polylcchnisches 
Journal.) 

Note sur un produit dit oleo tnvnto, par Hf. Haas. — M. Haas a reçu 
il y a quelque temps, sous le nom à'Oleo lawlo, un liquide qu'on le priait d'exa- 
miner et qu'une maison de "Worms recommandait aux fabricants de draps comme le 
plus propre à l'ensimagedes laines. 

Ce liquide présente une apparence huileuse, mais l'analyse a fait voir qu'il n'est 
aulre chose que de la glycérine fort impure, très-chargée de chaux, exerçant une forte 
réaction alcaline, qui, par conséquent, doit nuire à la laine. Ce liquide se combine à 
peu près en toutes proportions avec l'eau, ce qui permet à tcut le monde de recon- 
naître facilement qu'il n'est nullement une huile. (Wùrlembergisches Gewerbeblatt, et 
Dingler's Polylechnisches Journal. 

Peinture pour les enclos en fil île fer, par M. Muchenbroich. — L'au- 
teur a communiqué à la Société économique du cercle de Ruppin (Prusse) la com- 
position d'un enduit pour les enclos en fil de fer. Cet enduit, employé à Karwe, paraît 
avoir parfaitement atteint le but proposé, qui était de préserver de la rouille le fil île 
fer. En voici la composition : 

Première couche. — On fait dissoudre sur un feu doux, 8 parties de caoutchouc (si 
l'on veut, de vieilles chaussures en cette matière) dans 10 parties d'essence de téré- 
benthine et dans 5 parties d'huile de pavot. On ajoute à la solution 96 parties de 
blanc de zinc en poudre, 5 parties de résine de Dammara et mieux de laque de Dam- 
mara, 2 parties de siccatif et 1/4 de partie d'huile essentielle de lavande. Après avoir 
rendu la masse bien homogène par une agitation suffisante, on y ajoute autant d'huile 
de pavot qu'il en faut pour que la peinture puisse être appliquée facilement avec le 
pinceau. 

Seconde couche. — On prépare l'enduit comme pour la première couche, si ce n'est 
qu'au lieu de caoutchouc provenant de vieilles chaussures on emploie 5 parties de 
caoutchouc neuf de première qualité, (Wochenblalt zu den preussischen Annalen der 
Landwirthsehaft, et Dingler's Polylechnisches Journal.) 

Préparation «l'une encre bleue au moyen élu bleu de Prusse, par 
M. A. Vogel. — On sait que le bleu de Prusse se dissout dans l'acide oxalique et 
donne un liquide limpide d'un bleu foncé. Celle intéressante découverie de MM. Stephen 
et Rasch, patentée en 1837 en Angleterre, présente un grand intérêt dans la chimie 
tinctoriale, parce qu'elle a permis d'y employer fort simplement le bleu de Prusse 
sous forme de solution. Pour dissoudre dans l'acide oxalique le bleu de Prusse du 
commerce, il faut d'abord le mêler avec de l'acide chlorhydrique ou de l'acide sulfu- 
rique concentré, ajouter ensuite un poids égal d'eau, laisser digérer pendant quarante- 



52 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



huit heures, puis extraire avec soin tout l'acide par des lavages suffisamment répétés. 
Ce procédé étant minutieux et embarrassant, on fait mieux d'employer du bleu de 
Prusse récemment précipité, qui n'exige pas ce traitement préalable par un acide 
concentré. 

L'auteur publie donc un procédé au moyen duquel il a toujours obtenu, avec 
le bleu de Prusse et l'acide oxalique, une encre bleue solide et de bonne qualité. 

On fait fondre dans un matras et dans une grande quantité d'eau 10 grammes de 
sulfate de protoxyde de fer; on porte à l'ébullilion et l'on ajoute assez d'acide nitrique 
pour sesquioxyder tout le fer, ce que l'on reconnaît à ce que le liquide ne colore 
plus en bleu une solution de prussiate rouge de potasse. On ajoute alors une solution 
de prussiate jaune de potasse, contenant 10 grammes de ce sel, et on laisse le préci- 
pité se déposer. Après avoir décanté le liquide surnageant, on jette le dépôt sur un 
filtre, on le lave avec de l'eau froide, et on le laisse bien égoutter, jusqu'à ce qu'on 
puisse facilement l'enlever de dessus le filtre avec un couteau. Alors, sans le sécher 
davantage, on le mêle dans un mortier de porcelaine avec 2 grammes d'acide 
oxalique en cristaux; on laisse la réaction s'opérer pendant une heure, puis on 
ajoute peu à peu 400 centimètres cubes d'eau. On obtient ainsi une solution d'un 
bleu foncé, dans laquelle, même après un long repos, il n'existe aucun précipité. 11 
est bon de faire observer que cette encre bleue ne supporte pas le mélange avec la 
moindre quantité d'encre noire à la noix de galle, et que même on ne peut abso- 
lument s'en servir avec une plume qui a retenu un reste de cette dernière encre. 
(Bayerische Gewerbezeitung, et Dingler's Polytechnisches Journal.) 

Moyeu de teindre la mousse en vert. — Avant d'employer la mousse à la 
confection des fleurs artificielles ou d'autres objets semblables, il faut la teindre en 
vert, et l'on y parvient par le procédé suivant : on prend environ 2 litres d'eau que 
l'on porte à l'ébullilion et dans laquelle on verse 0 k ,016 d'acide picrique et une 
quantité convenable de carmin d'indigo. Cette quantité doit varier selon la nuance du 
vert que l'on désire. On ajoute même de l'acide picrique, lorsqu'on le juge à propos 
pour obtenir une nuance plus tendre. On lie la mousse en petits paquets, et l'on en 
plonge la partie supérieure dans la teinture bouillante pendant une minute environ. 
On relire, et l'on fait sécher. {Polytechnisches Nolizblatt, cl Dingler's Polytechnisches 
Journal.) 

Sur la fusion tlu carbonate de eîsaux. et la préparation tl'un marbre 
artificiel, par MM. «. Rose et Siemens. — M. G. Rcse et M. le docteur 
Siemens ont réussi, en chauffant de l'aragonile dans un creuset en fer soigneusement 
lulé, et de la pierre lithographique, ainsi que de la craie, dans un vase de porcelaine 
bouché à l'émeri, à obtenir un véritable marbre. Celui qui provenait de l'aragonile 
était surtout parfaitement semblable au marbre de Carrare. (Bapports mensuels de 
V Académie royale de Prusse, et Dingler's Polytechnisches Journal.) 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



53 



Sur l'exportation des machines anglaises. — D'après un rapport publié 
par plusieurs journaux anglais, l'exportation des machines de toute espèce s'est élevée, 
dans le Royaume-Uni, en 1860, aux chiffres suivants : 

Russie 17,406,600 fr. 

Colonies anglaises des Indes orientales 16,073,475 

Espagne 7,710,025 

Australie 5,708,000 

Fiance 4,275,500 

Hambourg 3,930,100 

Italie 2,872,600 

Belgique 2,828,425 

Colonies anglaises d'Amérique 2,793,725 

Hollande 2,773,900 

Egypte 2.688,175 

Hanovre 2,358,150 

Brésil 2,357,875 

Ile Maurice 2,330,975 

Cuba 2,101,425 

Prusse 1,827,900 

Turquie 1,541,000 

Suède 1,424,425 

Norwége 1,283,750 

États-Unis 1,005,450 

Autres pays 10,654,050 

95,945,525 

En 1861, l'exportation a même atteint près de 112,500,000 fr., tandis qu'en 1851 
elle ne s'était élevée qu'à 29,215,375 fr. (Zeitschrift der deulscher Ingenieure, et 
Dingler's Polyiechnisches Journal.) 

Alliage pour les coussinets. — La compagnie générale de navigation , à 
Londres, emploie en grande quantité, pour les coussinets des roues, des hélices, des 
guides, etc., un alliage qui a fait un très-bon service et qui est composé comme il 
suit : 8 parties d'étain, 2 parties d'antimoine et 1 partie de cuivre. Cet alliage fond à 
une température modérée, et se coule dans des creux ménagés à la fonte dans les 
paliers, les guides, etc. On l'emploie aussi à la réparation des poêlettes des arbres ver- 
ticaux ; on étame l'intérieur de ces poêlelles, et l'on y coule l'alliage que l'on tourne 
quand il est froid. 

Les coussinets de cet alliage exigent très-peu d'huile, et ia compagnie préfère même 
employer, pour le graissage principalement des roues pesantes et des transmissions de 
mouvement, un mélange d'huile et d'eau distillée. Pour l'eau, on recourt à un godet 
d'une forme convenable, muni d'une mèche servant de siphon, ou bien on la laisse 
tomber goutte a goutte sur les coussinets des arbres de couche. La vapeur condensée 
fournit l'eau distillée. Le rapport de 1 pour l'huile et de 2 pour l'eau a été trouvé très- 
satisfaisant, et l'économie réalisée sur l'huile est à peu près proportionnelle à ces 



54 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



chiffres. L'eau peut même, à la rigueur, servir seule comme moyen de graissage, 
mais il faut alors enduire les machines d'un peu d'huile, avant la cessation du travail, 
pour prévenir la rouille. (Zeilschrifl des Vereins deutscher Ingenienre, et Dingler's 
Polytechnisches Journal.) (V.) 



SOCIÉTÉ DES ARTS DE LONDRES. 

liste des prix proposés pour être décernés dans les sessions de 1863-64 

et 1864-65 (1). 

On sait le rôle important que joue en Angleterre la Société des arts de Londres, 
dont la fondation remonte à l'année 1754. Cette institution, qui a eu l'honneur d'avoir 
à sa tête le prince Albert, et qui a aujourd'hui pour Président le prince de Galles, ne 
compte pas moins de 3,000 membres et entretient des relations suivies tant dans le 
Royaume-Uni que dans les colonies, avec plus de 300 sociétés littéraires, scientifiques 
et industrielles. On se rappelle que c'est à son initiative que sont dues les deux grandes 
Expositions de 1851 et 1862 où toutes les nations ont été convoquées. Voici le pro- 
gramme des prix qu'elle met au concours pour les sessions de 1863-64 et 1864-65 : 

PRIX SPÉCIAUX. 

Fondation quinquennale Swiney. 

Pour le meilleur traité de jurisprudence. {Une coupe en argent de la valeur de 2,500 fr. et con- 
tenant pareille somme.) 

Prix Fothergill. 

Une médaille spéciale a été fondée par M. Fothergill pour la meilleure solution des questions 
suivantes : 

1° Moyen d'empêcher les incendies et de découvrir les coupables ; 

2° Moyen d'éteindre rapidement les incendies dans les circonstances où l'eau est rare; 

3° Moyen de protéger les objets de prix contre l'atteinte des flammes et conlre les voleurs; 

4' Moyen de prévenir ou de diminuer les nombreuses catastrophes produites par l'inflammation 
des robes de mousseline, soit en rendant ces vêlements moins combustibles, soit en mettant con- 
stamment à portée du sinistre un large manteau incombustible en asbeste ou en amiante avec 
lequel on puisse envelopper immédiatement le corps de la victime. 

Un prix est en même temps proposé pour la fabrication d'un papier incombuslible destiné à 
servir d'enveloppe aux actes et autres manuscrits de valeur. 

A l'occasion de ce concours, la Société des arts décernera des médailles : 

1° A la meilleure pompe d'incendie à vapeur stalionnaire ; 



(1) Les délais lues pour l'envoi des pièces destinées au concours sont le 31 mars 1804 et 1865. 



SOCIÉTÉ DltS ARTS. 



55 



2° A la meilleure pompe d'incendie à vapeur locomobile, réunissant les conditions requises de 
rapidité de génération de vapeur, de facilité de pompage de l'eau, de production d'un jet d'eau de 
volume suffisant, de portée de ce jet, enfin de légèreté, de résistance et de durée. 

Prix John Stock. 

Médaille spéciale d'encouragement pour le dessin, la sculpture et l'architecture. 
A cette occasion, la Société offre une de ses médailles à l'artiste femme qui aura dessiné et 
exécuté le meilleur camée sur coquille. 

Prix W. C. Treweylan. 

Pour un procédé de conservatiou des viandes fraîches, meilleur que tous ceux proposés et em- 
ployés jusqu'ici et applicable surtout dans les contrées où le peu de valeur de cet aliment permet- 
trait d'en faire un objet de commerce pour l'exportation. (Médaille de la Société et 1,750 fr.) 

Prix J. Bailey Denton. 

Pour les meilleurs projets de collages simples ou doubles, dont la construction ne dépasserait 
pas 2,500 fr. pour chacun d'eux. [Deux prix de 625 fr. chacun avec médailles de la Société.) 

MÉDAILLES DE LA SOCIÉTÉ. 

Liste des sujets mis au concours. 

1. Pour le meilleur essai sur l'œuvre de Goldsmith (1). 

2. Pour le meilleur essai sur la fabrication et le moulage des bronzes, et sur le bronzage des 
métaux. 

3. Pour la composition d'une matière pouvant servir au moulage du bronze et des aulres mé- 
taux, et permettant d'obtenir des moulages sans bavures. 

i. Pour une description des différentes couleurs employées dans les beaux-arts, avec indication 
des nouvelles substances qu'on pourrait employer au même but. 

5. Pour la découverte d'une matière capable de remplacer le buis dans la gravure sur bois, de 
manière à éviter dans l'exécution des grands sujets la réunion, jusqu'ici indispensable, de plusieurs 
pièces séparées. 

6. Pour le meilleur portrait photographique sur émail. 

7. Pour la fabrication d'un service à dessert ou autre, en porcelaine ou en faïence, orné d'im- 
pressions photographiques ayant passé à la cuisson, et obtenues soit directement au moyen d'un 
négatif, soit indirectement à l'aide d'un transport. 

8. Pour un service de table en cristal orné d'impressions photographiques obtenues dans les 
mêmes conditions que ci-dessus. 

9. Pour la fabrication industrielle de vitraux ornés de photographies vitrifiées. 

10. Pour une substance pouvant remplacer l'acide fluorhydrique dans la gravure sur verre et 
ne produisant pas de vapeurs délétères. 

11. Pour des procédés rapides de reproduction de dessins artistiques ou d'esquisses destinés à 
l'impression mécanique, procédés devant permettre d'approprier certaines parties du travail de 
manière à pouvoir être faites à la vapeur. 



(1) 11 s'agit là, sans doute, du célèbre écrivais né en 1730 en Irlande, et que son roman du Vicaire 
de Wakefleld a popularisé en France. (,R.) 



56 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



12. Pour la production économique et perfectionnée des rouleaux d'impression employés dans 
la fabrication des toiles peintes et autres articles de ce genre. 

13. Pour la meilleure forme à donner aux racles [doclors) employées dans les fabriques de 
toiles peintes, et pour la meilleure matière pouvant servir à leur fabrication, 

14. Pour un moyen de fixer sur les étoffes de coton et autres toutes les couleurs extraites de 
l'aniline, de manière à leur permettre de résister à l'action de l'eau de savon ou des liqueurs alca- 
lines froides. 

15. Pour une méthode pratique de convertir la naphtaline provenant des usines à gaz enaliza- 
rine ou en rouge garance. 

16. Pour un travail sur la fabrication du rouge d'Andrinople, contenant le résultai des expé- 
riences relatives à cette question. 

17. Pour la fabrication d'un rouge écarlate pour coton. 

18. Pour un moyen de rendre le rouge murexyde plus stable lorsqu'il est exposé à l'action do 
l'air et des vapeurs sulfureuses. 

19. Pour un mémoire contenant quelque important perfectionnement dans les procédés de blan- 
chiment de la laine. 

20. Pour la production économique de vernis pourpre et jaune de bonne qualité destinés à la 
carrosserie et capables de résister sans se faner ni changer de ton. 

21. Pour un traité sur les mordants employés dans la teinture sur coton, laine et soie. 

22. Pour un mémoire traitant de la couleur verte de Malda (Inde anglaise) qu'on voyait dans 
la partie indienne de l'Exposition de 1862 ; ce mémoire devra contenir des recherches sur l'origine 
de cette couleur et sur les moyens de la fixer sur le coton et autres fibres textiles. 

23. Pour la fabrication d'une couleur verte brillante ne contenant ni arsenic ni cuivre, ni autres 
substances toxiques. 

24. Pour l'extraction de la chlorophylle des plantes dans un état convenable pour la teinture 
de la soie et autres matières textiles. 

25. Pour la fabrication de couleurs vertes extraites du goudron minéral ou végétal. 

26. Pour la production d'un outremer artificiel capable de ne pas s'altérer lorsqu'on l'épaissit avec 
de l'albumine et qu'on le fixe par la vapeur. 

27. Pour la préparation des acides oxynaphtalique et chloroxynaphtalique, ou pour un traité 
sur les applications des couleurs de Laurent à la teinture et à l'impression des étoffes. 

28. Pour un essai traitant de l'influence des couleurs tirées de l'aniline sur l'industrie et le 
commerce des étoffes de couleur étrangères. 

29. Pour l'indication d'une substance capable de diminuer le prix de revient de l'épaississement 
des couleurs et de l'encollage employés dans la teinture et l'apprêt des étoffes. 

30. Pour la préparation d'une albumine du sang entièrement incolore, ou pour toute autre 
albumine convenable et pouvant remplacer économiquement l'albumine des œufs dans l'impres- 
sion des étoffes. 

31. Pour une application nouvelle des jaunes d'œufs dans des conditions larges et économiques, 
avec indication détaillée du mode de préparation et de conservation. 

32. Pour l'extraction des algues de quelque substance ou préparation utile et susceptible d'une 
large application, telle que couleur, drogue ou matière pouvant servir au tannage, etc. 

33. Pour une description des gisements d'argile des comtés de Cornouailles, de Devon et de 
Porset, de leur emploi et des quantités qu'on en exploite annuellement. 

34. Pour un mémoire sur les différentes pierres artificielles et terres cuites employées dans les 
constructions, avec une description concernant leurs propriétés, leurs avantages, leurs défauts et 
leur valeur relative. 

35. Pour un mémoire sur les procédés employés aujourd'hui dans les différents districts 
houillers pour l'éclairage et la ventilation des mines et sur les moyens d'y apporter des perfection- 
nements. 

36. Pour un mémoire traitant des différentes espèces de minerais de cuivre du commerce, des 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



57 



procédés de fusion employés et des procédés de séparation des métaux précieux d'avec le 
cuivre. 

37. Pour un mémoire sur le traitement de l'étain, son application aux arts et manufactures, et 
sur les découvertes récentes de gisements de minerais de ce métal. 

38. Pour un mémoire traitant des méthodes par lesquelles le wolfram peut être séparé des autres 
métaux et des applications qu'il peut recevoir dans les arts. 

39. Pour une description du minéral connu sous le nom de menaccanite ou iserine, avec indi- 
cation de procédés pour en extraire le titane. 

40. Pour le meilleur travail sur le titane, avec indication des applications que ce métal pour- 
rait recevoir. 

4t. Pour une description des procédés de traitement des minerais de zinc aujourd'hui en usage, 
avec indication des perfectionnements qu'on pourrait leur faire subir. 

42. Pour le meilleur travail sur la production du soufr e et de l'arsenic extraits des minerais du 
Royaume-Uni, avec des détails statistiques relatifs à la consommation et à l'exportation de ces 
substances. 

43. Pour des perfectionnements dans les appareils servant à la préparation mécanique des mi- 
nerais pauvres d'étain, de plomb, etc. 

44. Pour un mémoire traitant de la valeur comparative des chaînes et des câbles en chanvre ou 
en fil de fer servant à l'extraction des minerais, avec indication des résultats pratiques fournis par 
les expériences. 

45. Pour un mémoire sur la valeur relative des différents genres de machines d'épuisement 
employées dans les mines. 

46. Pour la découverte, en Australie, d'un gisement de graphite, capable de fournir des pro- 
duits assez bons et assez abondants pour être l'objet d'une exploitation commerciale. 

47. Pour un procédé nouveau ou perfectionné de fabrication de l'aluminium qui, en abaissant 
le prix de ce métal, permette d'en faire de nouvelles applications. 

48. Pour le meilleur travail sur la silice et ses applications. 

49. Pour un procédé facile et peu coûteux d'obtenir de grandes masses d'acier fondu. 

50. Pour la construction d'une machine à vapeur locomobile destinée à la ferme et capable de 
servir comme machine de traction sur les roules ordinaires ou sur les chemins de fer américains 
pour apporter les produits et les engrais aux stations de chemins de fer. 

51. Pour le meilleur travail sur la construction des fourneaux régénérateurs à gaz et leur ap- 
plication industrielle. 

52. Pour un mémoire descriptif traitant de l'établissement des brasseries et des perfectionne- 
ments à apporter dans ces brasseries, surtout au point de vue de la cuisson, du rafraîchissement, 
du pompage, du lavage des barriques, etc. 

53. Pour la construction d'une petite machine hydraulique d'un système simple et peu coûteux 
qui puisse, en utilisant les eaux d'alimentation des villes, servir de moteur dans les circonstances 
où la vapeur ne peut être employée. 

54. Pour un système d'éclairage au gaz des waggons de chemins de fer, susceptible d'être ap- 
pliqué au matériel existant ; chaque waggon devant avoir un approvisionnement donnant une 
lumière capable de brûler aussi longtemps que celle des lampes ordinairement employées. 

55. Pour la meilleure locomotive capable de fonctionner sous les tunnels de chemins de fer 
sans donner lieu aux inconvénients produits par les_locomotives ordinaires. 

56. Pour un système complet et économique de construction de raihvays tout en fer, avec le 
mode d'exploitation à employer dans les contrées tropicales et les colonies. 

57. Pour l'invention d'un procédé efficace capable de rendre le fer inattaquable h, l'action de 
l'air et de l'eau dans ses différentes applications aux constructions terrestres ou navales. 

58. Pour un projet de construction de vaisseau capable de résister à la mer quand même ii 
viendrait à être perforé par les boulets ou par tout aulre accident. 

Tome XI. — fi.'i* année. 2 e série. — Janvier 1ST)4. 8 



58 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



59. Pour le meilleur moyen d'assembler la carcasse et la coque des navires en fer sans boulons 
ni rivets. 

60. Pour un appareil à plonger, dans lequel plusieurs personnes puissent travailler sans avoir 
à supporter une grande pression et avec lequel on puisse aller à de plus grandes profondeurs 
qu'avec les appareils existants, tels que cloches, scaphandres, etc. 

61 Pour un instrument pouvant donner aux navires la hauteur d'eau sous la quille dans le 
but de prévenir les dangers qu'ils courent en mer ou près des côtes. 

62. Pour la découverte ou la fabrication d'un nouveau combustible ne donnant pas de fumée, 
n'occupant pas, à poids égal, plus de volume ou ayant une densité plus grande, et capable de dé- 
velopper autant de calories que la houille ordinaire sans altérer les surfaces métalliques avec les- 
quelles il pourrait être mis en contact. 

63. Pour la création d'une puissance motrice applicable aux bâtiments destinés à la mer, et qui 
dispense d'emporter de grands approvisionnements de charbon. 

64. Pour la découverte dans l'une des colonies australiennes et pour la mise en exploitation com- 
merciale d'un gisement de bon charbon pour chaudières à vapeur. Des détails doivent être fournis 
sur la richesse utilisable de ce gisement, sur sa distance au port d'embarquement, sur le pou- 
voir calorifique du charbon, et sur le prix auquel il peut être livré. 

65. Pour un nouveau moyen de production de l'électricité galvanique, de manière à pouvoir en 
fournir abondamment et à peu de frais. 

66. Pour la construction d'un orgue portatif capable, au moyen de l'électricité ou du magné- 
tisme, de produire mécaniquement des sons plus variés et plus prolongés que ceux des orgues 
ordinaires. 

67. Pour la production industrielle de tissus façonnés obtenus au moyen d'un métier élec- 
trique. 

68. Pour un système de bobine à enrouler la soie qui posséderait une uniformité de poids très- 
exacte, qu'il serait impossible de rendre plus lourde sans que la fraude ne se découvrît, et qui 
n'absorberait pas l'humidité. La matière à employer ne doit être sujette ni à s'écailler ni à 
altérer la couleur de la soie. 

69. Pour un moyen d'effectuer mécaniquement, dans le métier à dentelle, le tracé du contour 
des dessins qui se fait à la main. 

70. Pour la fabrication et l'introduction, dans le commerce, de vêtements tissés pouvant convenir 
à l'armée de terre, à la marine, aux émigrants, aux ouvriers, etc., et réalisant à la fois une éco- 
nomie de prix et de main-d'œuvre. 

71. Pour l'invention d'un papier incombustible pouvant servir à la confection du grand-livre 
dans les maisons de commerce et de banque. 

72. Pour un exposé des procédés et des matières employés aujourd'hui dans la préparation de 
l'apprêt des peaux, avec une description des couleurs et des opérations de la teinture. 

73. Pour des perfectionnements dans les procédés de teinture et d'apprêt du maroquin et du 
veau, perfectionnements tendant à empêcher ces peaux de se fendre lorsqu'on les travaille, et à 
leur permettre de se mieux prêter à la dorure dans leurs applications à la reliure et à l'ameu- 
blement. 

74. Pour des perfectionnements dans la fabrication du cuir artificiel, surtout au point de vue 
de la résistance et de la durée, afin d'en permettre l'emploi aux selliers, layetiers, cordonniers, re- 
lieurs, etc. 

75. Pour la découverte de quelque matière fibreuse, abondante et peu coûteuse, pouvant rem- 
placer avec avantage la laine dans les tissus. Les fibres devront avoir de 1 à 6 ou 8 pouces de lon- 
gueur (0 m ,025 à 0 UI ,152 ou 0 m ,203), et se laisser filer sur les métiers ordinaires. 

76. Pour la découverte de quelque nouvelle plante ou matière fibreuse pouvant remplacer, tota- 
lement ou en partie, le coton, le lin et le chanvre, ou bien pour quelque nouveau procédé permet- 
tant d'extraire des fibres textiles de certaines plantes déjà connues. 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



59 



77. Pour quelque nouvelle substance ou composition qui puisse remplacer le caoutchouc et [a 
gutta-percha dans leurs applications aux arts et à l'industrie. 

78. Pour la découverte, en Afrique, de quelque gomme ou quelque huile nouvelle pouvant s'ob- 
tenir en grande quantité et être utilisée dans les arts et l'industrie. 

79. Pour une matière, élastique destinée à la confection des tuyaux, applicable aux conduites de 
gaz et capable de résister sans s'altérer aux changements de température ainsi qu'à l'action du gaz 
lui-même. 

80. Pour la production de cristaux aussi beaux que les cristaux français au moyen d'éléments 
capables de rivaliser avec ceux qui composent les sables employés en France. 

81. Pour la préparation d'une couleur applicable aux surfaces en laque vernie des objets ru 
papier mâché, et qui ne produise pas le miroitement des couleurs employées aujourd'hui dans fe 
même but, tout en offrant la même solidité et la même durée. 

82. Pour la préparation de couleurs claires destinées à remaillage ou vernissage de l'ardoise, et 
capables de supporter la cuisson sans produire ni soufflure ni altération, tout en offrant une surface 
assez dure pour ne pas se rayer. 

83. Pour un procédé qui permette de recouvrir économiquement d'un vernis de laque les objets 
en zinc. 

84. Pour l'invention d'une composition peu coûteuse, d'un blanc d'émail, destinée a recouvrir la 
surface intérieure des murs des habitations ou toute autre surface, se laissant facilement net 
loyer, ne s'écaillant ni ne se rayant pas et pouvant être colorée. 

85. Pour une nouvelle substance capable de remplacer avantageusement la térébenthine dans 
la fabrication du vernis et dans ses autres applications. 

86. Pour une substance peu coûteuse pouvant remplacer le brai et le goudron, laquelle, tout en 
étant imperméable à l'air et à l'humidité, ne soit pas inflammable. 

87. Pour une machine portative, permettant de tailler sur place les lames du cylindre du 
coupe-chiffons employé dans les papeteries. 

88. Pour un moyen de remplacer d'une manière économique les rouleaux de cuivre des ma- 
chines à faire le papier qui sont d'un prix si élevé; on exige une surface résistante, ne se laissant 
pas facilement déprimer et n'ayant aucune tendance à s'oxyder. 

89. Pour le meilleur essai sur les matières propres à la fabrication du papier, avec indication de 
moyens mécaniques ou chimiques propres à réduire économiquement à l'état de pâte les 
substances ligneuses les plus difficiles à traiter. 

90. Pour une composition destinée aux rouleaux alimentaires des machines d'impression des 
papiers de tenture, et telle que ces rouleaux aient la consistance et la forme des rouleaux à la géla- 
tine employés dans les presses typographiques tout en leur permeliant de servir pour les couleurs 
à l'eau. 

91. Pour la fabrication de papiers à pâte colorée ayant des dessins, de couleurs ou blancs, ob- 
tenus par décharge, suivant le système pratiqué dans l'impression des indiennes. 

92. Pour une description des sources de production, des procédés de fabrication et de la valeur 
relative des différentes matières lubrifiantes employées pour le service des machines et du matériel 
roulant. 

93. Pour l'emploi des composés nilreux appliqués à la production des huiles fixes. 

94. Pour la meilleure balance de laboratoire destinée aux expériences chimiques, et capable, 
avec un poids de 600 grains (38s',80) dans chaque plateau, dp trébucher sous une addition de 
0s ,ain ,005 (0- r ,0003) ; cette balance ne devra pas être d'un prix trop élevé. 

95. Pour le spectroscope le moins cher et présentant la forme la meilleure. 

96. Pour le moins cher et le meilleur système d'appareil de diérèse (dialysis), n'occupant qu'un 
volume restreint mais suffisant pour servir aux praticiens de province dans la recherche des poisons 
et des sophistications, aussi bien que dans la préparation et la purification des sels et des drogues. 

97. Pour la confection d'une mèche incombustible pour les huiles, esprits, etc. 



60 



SOCIÉTÉ DES ARTS. 



98. Pour la production économique de composés de cyanogène destinés aux arts ou à l'agri- 
culture. 

99. Pour la découverte de moyens pratiques d'utiliser la naphtaline. 

100. Pour la production du gaz oxygène par un procédé plus économique que tous ceux en 
usage. 

101. Pour la découverte et l'introduction, en Angleterre, de quelque nouvelle racine alimentaire, 
pouvant servir aussi bien à l'homme qu'aux bestiaux, et pouvant faire l'objet d'une culture spé- 
ciale et étendue. 

102. Pour un moyen d'utiliser les algues comme aliment à bord des navires. 

103. Pour la production et la fabrication, dans l'une des colonies de l'Australie, d'au moins une 
tonne de sucre de canne. On devra fournir des renseignements sur l'étendue du terrain cultivé, 
sur le rendement en sucre par acre (O'^^^O) et sur le prix de revient par tonne. 

104. Pour l'introduction de la culture du café dans l'une des colonies de l'Australie et la pro- 
duction de 1 cwt (50 l ,80) de café marchand. Des échantillons de 10 livres (4\50) doivent être 
envoyés à la Société. 

105. Pour l'introduction, dans les colonies australiennes, de la muscade, du girofle, du poivre, 
ou de quelque autre épice commerciale, et pour la production d'au moins 1 cwt de ces substances. 
Envoyer à la Société des échantillons d'au moins 1 livre chacun (0\45). 

106. Pour l'introduction, en Australie, des vers à soie de l'ailante, et la production d'au moins 
une balle de soie provenant de cette éducation. Envoyer à la Société des échantillons d'au moins 
une livre. 

107. Pour la production, dans l'une des colonies de l'Australie, d'un lin de bonne qualité mar- 
chande. Envoyer à la Société au moins une balle d'échantillon. 

108. Pour une description des épices et condiments sauvages ou cultivés de l'Afrique, avec 
des échantillons et des prix détaillés. 

109. Pour l'introduction, dans le commerce, à prix réduit, des huiles essentielles envoyées par 
l'Australie à l'Exposition universelle de 1862 (1), ou de quelque autre huile essentielle nouvelle 
pouvant être utilisée en médecine ou dans l'industrie. 

110. Pour la fabrication, en Australie, de quelque, huile très-bon marché ayant une origine mi- 
nérale ou autre, et pouvant servir à l'éclairage, au graissage des machines, etc. 

111. Pour un mémoire pratique traitant des perfectionnements récents apportés aux appareils 
des fabriques de sucre des colonies anglaises, françaises ou du continent. 

112. Pour le meilleur essai (destiné aux émigranls) traitant des moyens de tirer parti des pro- 
duits naturels d'un pays, tels que terre, calcaires, bois, écorccs, coquilles, etc., et de les faire 
servir à la construction des habitations. Des épures et des croquis illustrés devront être joints aux 
mémoires envoyés. 

113. Pour la production d'une série d'empois colorés pouvant s'appliquer à des articles de toi- 
lette, tels que dentelles, etc., sans nuire à leur fabrication, et leur donner des couleurs qui s'har- 
monisent avec les autres parties du vêlement. 

114. Pour un mémoire relatif à la culture, à la préparation, à la fabrication et au commerce des 
différentes espèces de tabac. ( M.) 



(1) Voir uni 1 note sur ces huiles, insérée au Lullelin de ta Société d'encouragement, 1863, 2 e série, 
t. X, p. 247. 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



61 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

PROCÈS - VERBAUX . 

Séance du 13 janvier 1864. 

Présidence de M. Dumas. 

Correspondance manuscrite. — Son Exc. M. le Ministre de V agriculture, du com- 
merce el des travaux publics adresse à la Société 2 exemplaires des n 08 7 et 8 du Ca- 
talogue des brevets d'invention pris en 1863. 

M. Boulanger, mécanicien à Paris, soumet un nouveau système d'essieux doubles 
ou brisés. (Renvoi au comité des arls mécaniques.) 

M. Tellier, à Noisy-le-Sec, présente une voiture mécanique et des roues à ressort 
pouvant s'appliquer à toutes les voilures suspendues. (Renvoi au même comité.) 

M. Vuigner, ingénieur civil, membre de la Société, fait hommage de différents 
ouvrages qu'il a publiés sur des travaux publics exécutés sous sa direction, comme 
ingénieur des canaux de Paris et comme ingénieur en chef de la compagnie des che- 
mins de fer de l'Est. (Renvoi à la commission du Bulletin.) 

MM. Meyrueis el comp., typographes à Paris, recommandent à la Société M. Schnei- 
der, employé de leur maison, qui depuis dix ans leur a rendu des services exceptionnels, 
et qui a publié, en outre, un traité pratique de comptabilité dont M. le Ministre de 
l'instruction publique a autorisé l'introduction dans les écoles primaires. (Renvoi à la 
commission des médailles.) 

Correspondance imprimée : 1° Rapport adressé par une commission spéciale à M. le 
Ministre des travaux publies sur le système de locomotive articulée et à douze roues 
couplées, proposé par M. Jiarchaert; 

2° Mémoire de M. Lequen, chef d'escadron d'artillerie, sur l'amélioration des mé- 
taux employés à la fabrication des canons rayés. 

Subvention allouée par la ville de Paris. — M. le Président annonce que le 
Conseil municipal de la ville de Paris vient de voter à la Société une subvention 
annuelle de 6,000 francs. (Voir plus haut, page 3.) 

M. Combes, se rendant l'interprète des sentiments du conseil, prie M. Dumas 
d'exprimer à M. le sénateur préfet de la Seine et au Conseil municipal toute la grati- 
tude de la Société. 

M. le Président fait connaître que M. Fauler, membre de la chambre de commerce 
de Paris, a remis à la Société onze obligations de chemins de fer. (Voir plus haut, 
page 3.) 

Cette somme est le premier résultat d'une souscription que M. Fauler a ouverte 
dans l'industrie du cuir, pour venir en aide aux inventeurs malheureux appartenant à 
cette industrie. 

Le revenu des premiers fonds déposés doit servir, en partie, à faire une rente via- 



62 



SÉANCES DU CONSEIL d'aDMIMSTRATION. 



gère à M. Vauquelin, deux fois lauréat de la Société, et placé aujourd'hui à l'hospice 
des Incurables, sur la demande de M. le maréchal Vaillant, Président de la Société des 
amis des sciences, el de M. Dumas, Président de la Société d'encouragement. 

M. le Président du cercle des chemins de fer demande, comme représentant do 
cette association, à être nommé membre de la Société d'encouragement. 

Par exception aux statuts, le Conseil vole immédiatement sur cette admission, qui 
obtient l'unanimité des votes. 

Rapports des comités. — Au nom du comité des arts mécaniques, M. Combes lit 
un rapport sur la machine à égrener le coton de M. François Durand, ingénieur- 
mécanicien. (Adoption et insertion au Bulletin, avec dessins.) 

M. Tresca, membre du Conseil, rend compte des expériences comparatives qu'il a 
faites,, à la demande du rapporteur, sur la machine François Durand et sur la ma- 
chine américaine à égrener le coton. 11 ressort de ces expérience que la première fait 
beaucoup moins de travail que la seconde, mais elle a sur celle-ci l'incontestable avan- 
tage de ne pas abîmer la fibre tout en la nettoyant parfaitement bien ; elle est donc 
surtout précieuse pour les cotons longue-soie. 

M. Barrai, membre du comité des arts chimiques, qui a eu, comme membre du 
jury de l'Exposition universelle de 1862, l'occasion d'étudier de près cette question, 
insiste sur les services que doit rendre la machine de M. François Durand et sur la 
préférence qu'on doit lui donner sur les autres appareils de ce genre. 

Au nom du comité des arts économiques, M. Duchesne lit un rapport sur un nou- 
veau système de lire-bouchon dit davier, présenté par MM. Bruneaux el Somsou, 
négociants à Château-Thierry. (Adoplion el insertion au Bulletin, avec dessin.) 

Nominations. — Sont nommés, à l'unanimité, membres de la S : ciété, 

MM. Camus, fabricant de produits chimiques à Paris; 
Boll, fabricant de meubles à Paris; 
Fourbet, confiseur à Paris ; 

Frelon, ancien fabricant, ancien juge au tribunal de commerce. 
Communications. — M. Beynaud communique à la Société des dessins photogra- 
phiés appliqués à l'élude des sciences. (Renvoi à la commission des beaux-arts ap- 
pliqués à l'industrie.) 

Séance du 27 janvier 1864. 

Présidence de M. Chevallier, membre du comité des arts chimiques. 

Correspondance imprimée. — M^E. Lacarrière père et fils et comp., fabricants d'ap- 
pareils pour le gaz, prient M. le Président de faire admettre leur maison au nombre 
des membres de la Société. Désirant, en outre, s'associer aux travaux de la Société, 
dans l'intérêt de l'industrie parisienne, ils demandent à être inscrils comme sou- 
scripteurs pour une somme annuelle de 100 fr. 

M. Fauler, membre de 1» chambre de commerce de Paris, adresse à M. le prési- 
dent une lettre par laquelle il .innonce que la souscrip lion ouverte en fiveur de 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 63 

M. Vanquelin a produit, avec l'aide de MM. Brosselte, Perraut et Placide Peltereau, 
une somme de 4,143 fr. 70 cent., convertie en quatorze obligations garanties par 
l'État, qui ont été consignées, d'après le vœu des souscripteurs, dans la caisse de la 
Société. 

MM. Pallu et comp , membres de la Société, signalent les travaux de construction 
de l'église du Vésinet, dans lesquels ils emploient comme matériaux de construction 
les bétons agglomérés de M. Coignet. Us prient M. le Président de vouloir bien faire 
nommer une commission spéciale pour examiner cette construction, qui sera termi- 
née au mois de juin prochain. (Renvoi à la commission des ciments.) 

M. le docteur Léon Duchesne fait hommage à la Société de sa thèse inaugurale sur 
les liquides employés dans l'éclairage artificiel. 

M. Picnon, capitaine au 37 e d'infanterie de ligne, adresse un mémoire intitulé : 
Quelques idées poxivant conduire à la solution du problème de la navigation aérienne. 
(Renvoi au comité des arls mécaniques.) 

M. Moulin, lithographe, sollicite l'examen d'un procédé de son invention appelé 
diaphanie, pouvant servir à l'imitation économique et durable des vitraux coloriés. 
(Renvoi à la commission des beaux-arts appliqués à l'industrie.) 

M. Lion, rue Marie-Antoinelte, 1, à Montmartre-Paris, adresse un mémoire pour 
compléter les documents déjà présentés sur ses moyens de conservation des substances 
alimentaires. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Mosselmann, membre de la Société, fiiit hommage de la 3 e année de son Alma- 
nach du chaidage. (Renvoi au comité d'agriculture.) 

M. Vigneron, serrurier, rue Vilin, 12, soumet à la Société des spécimens de ses 
œuvres de serrurerie artistique, qui ont obtenu une récompense à la dernière expo- 
siiion des beaux-arts appliqués à l'industrie. (Renvoi au comité des arts mécaniques 
et à la commission des beaux-arts appliqués à l'industrie.) 

M. Patureau, rue de Bonrly, 44, sollicite l'examen d'un compteur à eau de son in- 
vention. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

MM. George, Petit et Robert aîné, constructeurs-mécaniciens à Saintes (Charente- 
Inférieure), adressent un mémoire sur l'extraction du moût des raisins au moyen de 
l'eau, par macération et déplacement. (Renvoi aux comités des arts chimiques et 
d'agriculture.) 

M. Baude, membre du Conseil, présente, pour être membre de la Société, la Société 
des chemins de fer de l'Est, représentée parle président de cette Société. 

M. le Président propose de voter immédiatement sur cette nomination. 

Celle proposition étant approuvée, le Président de la Société des chemins de fer de 
l'Est est nommé membre de la Société d'encouragement. 

Rapports des comités. — Au nom du comité des arts mécaniques, M. Alcan lit un 
rapport sur un métier à filer inventé par M. Leyherr, de Laval. (Insertion au Bulletin 
avec dessin.) 

Au nom du môme comité, M. Tresca lit deux rapports : 

1" Sur les chaudières a diaphragmes de M. Boutigny, d'Evreux; 



64 



SÉANCES DU CONSEIL D* ADMINISTRATION. 



2° Sur une machine à fabriquer les clous de fer à cheval, inventée par M. Ch. 
Laurent. ( Insertion de ces deux rapporls au Bulletin avec dessins.) 

Au nom du comité des arts chimiques, M. Chevallier donne lecture des deux 
rapports suivants : 

1° Rapport sur la préparation de bois durci de MM. Latry et comp.; 

2° Rapport sur la fabrication du blanc de zinc et sur celle des cartes-porcelaine des 
mêmes industriels. (Insertion de ces deux rapports dans le Bulletin.) 

Au nom du comité des arts économiques, M. Duchesne lit : 

1° Un rapport sur la fabrique de marrons glacés de M. Foarbet, confiseur ; 

2° Un autre rapport sur un appareil de M. Bcliard pour le gonflage des bestiaux. 
(Insertion de ces deux rapporls dans le Bulletin.) 

Au nom du comité des arts chimiques, M. Gaultier de Claubry lit un rapport sur 
la raffinerie impériale de salpêtre de Lille, construite par M. Violette, commissaire 
des poudres et salpêtres. (Insertion au Bulletin.) 

Au nom du même comité, M. Salvélut donne lecture de deux rappports : 

1° Rapport sur le vert d'hydrate d'oxyde de chrome préparé par M. Guignelj 

2° Sur les procédés de gravure à l'acide fluoi hydrique de M. Kessler. (Insertion de 
ces deux rapports au Bulletin.) 

Au nom du comité des arts économiques, M. Prieslley lit un rapport sur une 
table géographique présentée par M. Jager. (Insertion au Bullelin.) 

Nominations. — Sont nommés membres de la Société : 

MM. Huillard aîné, fabricant de produits chimiques pour la teinture ; 
Havard (Henri), négociant en papier; 
Guignery (Alfred), fabricant de tôles vernies ; 

Delvaux (Georges), chimiste attaché au laboratoire des essais de l'École 
des mines. 
Le Conseil se forme en comité secret. 



PARIS. — IMPRIMERIE DE M m " V» BODCD ARD- U V Z ARD , RUE DE L'EPERON, 5. — 1SC4. 



63 ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XI. — Février 4864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, 



APPAREILS FUMIVORES. 

Rapport fait par MM. Tresca et Silbermann, au nom des comités des arts 
mécaniques et des arts économiques, sur /'appareil fumivore de M. Thierhy 
fils , rue de la Pompe ,11. 

M. Thierry fils a successivement présenté à la Société d'encouragement 
les diverses dispositions de ses foyers fumivores, et si, depuis trois ans déjà, 
vous n'avez décidé l'adoption d'aucun rapport sur ces appareils, cela tient 
uniquement à ce que les procédés dont il s'agit étant engagés dans des 
procès de revendication et de contrefaçon, la Société n'a pas voulu intervenir 
dans une question déférée à l'autorité judiciaire. 

Exclusivement préoccupés des considérations techniques qui se rattachent 
à l'emploi de procédés véritablement fumivores, nous venons aujourd'hui, 
au nom du comité des arts mécaniques et du comité des arts économiques, 
vous rendre compte des résultats dont nous avons été témoins et des faits qui 
constatent la parfaite efficacité des procédés de M. Thierry. 

Son appareil se compose, aux termes de la définition à laquelle on s'est 
arrêté devant les tribunaux, de : 

1° Un surchauffeur de vapeur, variant dans sa forme et ses dimensions, 
placé dans le fourneau même où il doit opérer, lequel est protégé contre 
l'action destructive du feu par des tuyaux ou des briques réfractaires. Ce 
surchauffeur est généralement formé de deux tubes en fer étiré de 50 milli- 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 9 



66 



APPAREILS FUMIVORES. 



mètres de diamètre, superposés et réunis, à leurs extrémités, par un tube 
plus petit. 

Le système tout entier est logé dans les parois du foyer, où il est protégé 
par un rang de briques. 

i° Un tube ou plaque d'injection, placé dans le fourneau, au-dessus de la 
porte du foyer, relié au surchauffeur de vapeur ou encore au tube à air, lequel 
est percé de petits trous de façon à lancer la vapeur vers le foyer. 

Dans tous les appareils que nous avons expérimentés, la vapeur s'échap- 
pait par un simple tube percé de plusieurs trous d'un très-petit diamètre, 
soufflant toujours vers le foyer à partir de la paroi intérieure de l'avant du 
fourneau ; ces trous étaient disposés de manière que les jets, autant que pos- 
sible parallèles, aboutissent vers la naissance de l'autel. 

3° Un tuyau de prise de vapeur, muni de robinets, partant de la chau- 
dière ou encore de l'échappement des machines à vapeur pour venir aboutir 
au surchauffeur. 

Ce tuyau de prise de vapeur a toujours été branché sur le dôme de vapeur 
ou sur la chaudière même. 

A 0 Un tube à air se plaçant dans le fourneau, au-dessus du foyer, et 
disposé de façon que l'air s'y introduise librement pour arriver, après s'y être 
chauffé, dans le tube d'injection. 

Ce tube à air ne paraît pas former une partie bien essentielle de l'appareil, 
puisque M. Thierry s'est contenté, dans les diverses installations qu'il a fait 
fonctionner en notre présence, de pratiquer, dans la porte, des orifices 
pour faciliter l'entrée de l'air frais immédiatement au-dessous des jets de 
vapeur. 

Les indications qui précèdent suffisent pour faire comprendre toute la 
simplicité du procédé : elle est telle, que nous devons entrer dans quelques 
détails historiques pour faire comprendre en quoi peut résider sa nou- 
veauté. 

L'idée d'employer la vapeur pour supprimer la fumée dans les foyers des 
chaudières n'est pas nouvelle. Ivison, filateur de soie à Edimbourg, l'a indi- 
quée dans sa patente du 24 février 1838. 

Le procédé d'Ivison consiste « dans un mode de consumer la fumée qui 
s'échappe du charbon de terre, dans les fourneaux ou autres foyers où l'on 
se sert du charbon, par l'application de la vapeur au-dessus du combustible 
enflammé, de telle sorte que non-seulement la fumée sera consumée, mais 
que le combustible sera économisé, puisqu'une quantité donnée de charbon 
de terre produira un effet beaucoup plus puissant. 

« A cet effet, la vapeur est prise dans une chaudière à haute pression, 



APPAREILS FUMIVORES. 



67 



à l'aide d'un tube muni d'un robinet qui la conduit dans le fourneau. 

« L'extrémité de ce tube se termine en éventail avec ouverture d'un grand 
nombre de petits trous par lesquels la vapeur puisse s'échapper en faibles 
jets, de haut en bas, au-dessus du combustible. » 

Cette citation indique bien le mode d'application de la patente Ivison ; la 
vapeur n'était pas surchauffée ; elle était injectée de haut en bas dans le foyer, 
et non pas dans le sens même des courants gazeux. 

Perkins, qui s'est tant occupé de l'emploi de la vapeur à haute pression, 
a, dans un article spécial consacré à des perfectionnements dans la fabri- 
cation du fer [Bulletin du musée de l'industrie, 1844, page 108), donné quel- 
ques indications sur l'emploi de la vapeur surchauffée dans les procédés mé- 
tallurgiques. 

Il ajoute même : « On pourrait encore, ce me semble, se servir de cette va- 
peur surchauffée, en la projetant au sein ou au-dessus de la flamme d'un 
foyer en état de combustion pour en accélérer l'activité ou pour en prévenir 
la fumée. J'ai trouvé, par des essais, que ce moyen produisait, en effet, ce 
double phénomène. » 

Au point de vue scientifique, Perkins paraît donc être le véritable inven- 
teur de l'emploi d'une injection de vapeur surchauffée, dans la chambre de 
combustion d'un foyer, pour l'objet spécial de la suppression de la fumée. 

Cependant l'idée de Perkins ne parait pas avoir été exploitée, et, laissant 
de côté une foule de procédés ayant tous pour but de faire arriver de la va- 
peur non surchauffée soit dans le cendrier, soit par les barreaux mêmes, au- 
dessus du combustible, il nous faut arriver jusqu'au brevet pris par Joseph 
Hazard, le 9 janvier 1855, pour trouver une réalisation matérielle du pro- 
cédé qui nous occupe. 

On peut résumer, ainsi qu'il suit, les indications de Hazard à ce sujet : 

1° Surchauffement de la vapeur projetée sur le foyer même pour le rendre 
fumivore ; 

2° Ce surchauffement est déterminé par l'action du foyer lui-même ; 

3° Il a lieu dans un serpentin occupant la voûte du foyer, et placé, par 
conséquent, entre la grille et la chaudière ; 

4° L'injection de cette vapeur a lieu, au-dessus du combustible en ignition, 
par de nombreux et petits filets, dans le lieu même où la fumée tend à se 
produire. 

Les conditions pratiques de l'application sont, dès lors, matérialisées, et 
elles ne le sont pas autrement dans les brevets pris par Guy-Ilicher et par 
Thierry lui-même les 24 avril et 19 mai 1855. 

Thierry, en effet, était le collaborateur de Hazard; il est aujourd'hui son 



68 



APPAREILS FUMIVORES. 



cessionnaire, et un arrêt souverain a décidé, pour des raisons que nous n'a- 
vons pas à discuter ici, que le brevet Guy-Richer lui-même était également 
sa propriété. 

Il nous a été donné de voir fonctionner, dès 1856, les appareils établis, 
d'après ces indications, tant à l'hôpital Saint-Louis que sur une locomotive 
de la compagnie de l'Ouest. Les résultats de fumivorité étaient excellents, 
mais les tubes surchauffeurs, placés dans le foyer même, étaient rapidement 
mis hors de service. 

Par son brevet du 9 janvier 1856, M. Thierry a cherché à combattre les 
causes de cette rapide destruction, et nous avons vu qu'il y parvenait en re- 
portant dans la maçonnerie latérale du fourneau toutes les parties de l'appa- 
reil surchauffeur. 

C'est en cet état que la question s'est présentée à notre examen, et nous 
avons maintenant à vous rendre compte, Messieurs, des diverses séries d'ob- 
servations que nous avons faites. 

Premières expériences faites au Conservatoire des arts et métiers. 

Un appareil de M. Thierry a été installé, en septembre 1860, sur l'une des 
chaudières du Conservatoire impérial des arts et métiers. 

La vapeur était distribuée dans le foyer par quatre orifices ayant chacun 
un diamètre de 4 millimètres ; on a marché successivement avec et sans 
l'appareil, et l'on a fait, chaque jour, le relevé de la pression dans la chau- 
dière et du nombre des tours de la machine à vapeur, exclusivement em- 
ployée à faire marcher, chaque fois, la transmission de l'établissement et une 
pompe rotative du système d'Appold. 

Voici les résultats généraux de ces observations. 

Dates Durée Houille Eau Pression Tours Eau vaporisée 

de» expériences. de l'expérience. brûlée. vaporisée. moyenne. par i. par b il. de combustible. 



atm. 



28 sept. 1860. . . 5.30' 153 k 968 4.99 41.80 6 32 

5 oct. 1860. . . 5.0 121 1113 5.20 42 07 9 20 



776 



29 sept. 1860 . . 5 09 121.50 787 5 02 4180 650 

6 oct. 1860. . . 5.0 100.0 1067 5.22 42.18 10 67 



8.58 



Les indications du procès-verbal de ces expériences démontrent que la fu- 
mivorité a été complète lors de l'emploi du jet de vapeur ; mais il paraît ré- 
sulter des chiffres précédents que la vaporisation est notablement moindre, 



APPAREILS FUMIVORES. 



69 



dans ce dernier cas, que par le fonctionnement du foyer, dans ses conditions 
ordinaires. 

Quant aux différences considérables de la vaporisation par kilogramme 
entre les expériences des 20 et 30 septembre et celles des 5 et 6 octobre, 
elles tiennent à ce que le tirage était fort mauvais dans la première série 
et très-bon, au contraire, dans la seconde ; d'ailleurs le charbon n'était pas 
le même, et l'on avait choisi, en dernier lieu, de la houille de première 
qualité. 

Par la suppression du jet de vapeur, on faisait apparaître immédiatement 
la fumée, et, dans ces circonstances, elle se maintenait pendant cinq minutes 
environ après chaque chargement. 

Premières expériences du passage de la Pompe. 

M. Thierry a fait établir, dans ses ateliers du passage de la Pompe, um 
chaudière à vapeur munie de son appareil fumivore. 

M. Silbermann, l'un de nous, a fait sur ce générateur diverses séries d'ex- 
périences dont voici les principaux résultats : 



Durée 


Houille 


Eau 


Pression 


Eau vaporisée 


des expériences. 


Lrùlée. 


vaporisée. 


moyenne. 


par kil. de combustible. 








atm . 




2.30' 


69 


330 


5.65 


4.78 


2 31' 


69 


312 


4 62 


4 52 










4.65 


2.11' 


64 


345 


5 66 


5.38 


2 30' 


75 


451 


5 18 


601 










5 69 



Bien que ces expériences aient été d'une durée insuffisante, et qu'il soit 
difficile de tirer une conclusion certaine de résultats, en eux-mêmes très-fai- 
bles, on voit cependant que l'influence de l'appareil a été très-favorable à une 
meilleure utilisation du combustible. S'il est, en effet, facile d'augmenter 
l'effet utile d'une mauvaise installation, il ne l'est pas, à beaucoup près, au- 
tant d'améliorer les résultats d'un générateur qui, par lui-même, fournirait 
une vaporisation suffisante. 

Le chiffre de 5 k ,69 comprend la vapeur directement perdue à l'air libre, 
et celle qui a été employée par le fumivore. Pour apprécier la quantité de 
vapeur consommée par la soufflerie, on a reçu, pendant 20 minutes et à deux 
reprises différentes, le jet surchauffé dans une masse d'eau servant de con- 



70 



APPAREILS FUMIVORES. 



denseur, et l'on s'est assuré que le poids de la vapeur ainsi condensée était 
d'environ 17 k ,25 par heure. 

Si l'on corrige le chiffre de 5,69 de cette influence, on voit qu'il devrait 
être réduit à 5\12, et, dans ce cas encore, l'eau utilement vaporisée par ki- 
logramme de combustible présenterait un avantage notable sur la vaporisation 
ordinaire. 

Il y a, d'ailleurs, un fait qui est absolument mis hors de doute, c'est celui 
de la fumivorité; et, en même temps, on a pu reconnaître que l'activité de 
la combustion et la longueur de la flamme étaient augmentées dans une très- 
grande proportion. 

Ce phénomène est si marqué, que l'on a pu, dans quelques expériences, 
fermer le cendrier, en maintenant seulement une ouverture de 2 déci- 
mètres par la porte, et même tenir cet orifice aussi clos que le permettaient 
les conditions de l'installation. 

Dans le premier cas, on a obtenu une vaporisation brute de 6\46 par kilo- 
gramme de combustible, et dans le second, pour lequel on avait exagéré à 
dessein les difficultés de l'introduction de l'air, une vaporisation de 5\44. 

Il résulte de ces expériences que, pour l'emploi rationnel du procédé Thierry, 
il est nécessaire de réduire les orifices d'admission d'air, si l'on ne veut in- 
troduire dans le foyer un excès toujours nuisible à la bonne utilisation du 
combustible. 

Deuxième série d'expériences au passage de la Pompe. 

Instruit par les expériences précédentes, M. Thierry a remplacé la porte 
pleine de son foyer par une porte à jalousies se fermant à la main et pou- 
vant être maintenues dans un état d'ouverture plus ou moins grand. 

Des expériences comparatives ont été faites avec cette porte modifiée et la 
porte pleine ordinaire. 

Dates Durée Houille Eau Pression Eau vaporisée 

dl s des par kijog. 

expériences, expériences, brûlée vaporisée, moyenne, de combustible. 

k. L. alm. k. 

H avril 1862. 2.30' 69.0 321 5.15 4.65 sans fumivorc, erndrier ouvert, porte pleine fermée. 

13avri!1862. 2.30 53.0 307 5.40 5.79 avec fumivore, cendrier ouvert, porte pleine fermée. 

13 avril 1862. 2.30 46.0 365 5.20 7.93 avecfuniivore,cendrierouvert,poi tepleineentr'ouverte 

1 S avril 1862. 2.30 38.5 225 4.65 5.81 avec fumivore, cendrier fermé, jalousies ouvertes. 

Ces expériences montrent encore que l'emploi du jet de vapeur surchauffée 
a été favorable, et il ne pouvait manquer d'en être ainsi dans une chaudière 
dont la surface de chauffe est insuffisante, et qui se trouve, par l'augmenta- 



APPAREILS FUMIVORES. 



71 



tion même de la flamme, maintenue, en toutes ses parties, à une température 
plus élevée. 

11 importe, d'ailleurs, de faire remarquer que la vaporisation de 7\93 
correspond au cas où les orifices d'introduction d'air sont réduits au mini- 
mum, et c'est là un des points dont il faudra le plus se préoccuper dans la 
pratique, si l'on veut obtenir de ces procédés tous les avantages économiques 
qu'ils peuvent fournir. 

Une détermination spéciale a été faite, comme nous l'avons indiqué pré- 
cédemment, de la quantité de vapeur employée à la soufflerie; il en résulte 
que cette dépense spéciale peut être évaluée à 12,5 litres par chacune des 
expériences, dont la dernière était de 2 heures 30 minutes; et, si l'on calcule 
les vaporisations par kilogramme avec celte réduction, les chiffres deviennent 
les suivants : 

t. 

Expériences n° 1, sans fumivore 4 65 

— n° 2, avec fumivore 5 56 

— n° 3, avec fumivore 7 66 

— n° 4, avec fumivore 5. 54 

Le chiffre de 7\66 par kilogramme de combustible est déjà favorable. 

Deuxième série d'expériences au Conservatoire des arts et métiers. 

Les résultats précédents ayant été constatés sur la petite chaudière de 
M. Thierry, nous avons voulu répéter, dans les mêmes conditions, les mêmes 
essais au Conservatoire. Les résultats observés sont tous consignés dans le 
tableau suivant : 

Paies Durée Houille £ao Tression Eau vaporisée 

des des par kilog. 

expériences, expériences, brûlée, vaporisie. moyenne, de combuftible. 





k. 


k. 


k. 




atm. 


h 




18 juin 1862. 


2.30' 


60.00 


314 


5 


.05 


5.23 


sans fumivore. 


21 juin 1862. 


2.15 


72.30 


444 


5.00 


5.72 


sans fumivore. 


18juinl862. 


2.30 


51.00 


354 


5 


.10 


6.94 


avec fuuiivore, porte fermée, cendrier ouvert. 


21 juin 1862. 


2.30 


75.00 


507 


5, 


,00 


6.76 


avec fumivore, porte entr'ouverte, cendrier peu 
















ouvert. 


23 juin 1862. 


2.30 


70.00 


434 


5 


.00 


6.20 


avec fumivore, porte fermée, cendrier ouvert. 


23juinl862. 


2.30 


55.00 


353 


5 


.00 


6.42 


avec fumivore, porte entr'ouverte, cendrier fermé. 


24 juin 1862. 


2.30 


64.40 


309 


5. 


00 


4.79 


avec fumivore, ouverture du registre étranglée, char- 
















bon tout venant. 


24 juin 1862. 


2.30 


59.84 


383 


5. 


00 


6.40 


avec fumivore, registre tout ouvert. 



Dans ces expériences, la vapeur a été directement perdue dans un caniveau 
où elle était conduite, au sortir de la chaudière, par un tuyau spécial. Elles 



72 



APPAREILS FUMIVORES. 



dénotent un avantage marqué en faveur du fumivore, mais il est nécessaire 
de faire observer que les feux ont été toujours maintenus très-bas, et que, 
par conséquent, les ouvertures du cendrier laissaient passer, lors du non- 
fonctionnement de l'appareil, une quantité d'air sans doute trop considérable. 
À part l'expérience du 21 juin, dans laquelle la fumée s'est maintenue pen- 
dant presque tout le temps, le fumivore a été, d'ailleurs, parfaitement effi- 
cace, et a fait disparaître jusqu'à la moindre trace de produits fuligineux. 

La soufflerie consommait, par heure et en moyenne, 9\52 de vapeur, dont 
le poids a été déterminé comme précédemment; soit, pour chaque expérience 
de 2 heures 30 minutes, un total de 23\80. 

Si nous déduisons cette quantité des différents chiffres de vaporisation, 
nous trouvons respectivement les nombres suivants pour l'utilisation de 
chaque kilogramme de combustible : 



II. 

N° 2 6 47 

N° 4 6 44 

N° 5 5.86 

N° 6 5.98 

N° 7 4 42 

N° 8 6 00 



Moyenne 5.86 



Tandis que, sans l'emploi de l'appareil fumivore, la vaporisation, par kilo- 
gramme, s'est élevée seulement à 5 k ,47. 

Expériences de l'atelier des formes, à l'arsenal de Cherbourg. 

Ayant été informés par M. Thierry d'un marché qu'il avait passé, le 18 oc- 
tobre 1860, pour l'installation de ses appareils aux chaudières de l'arsenal 
de Cherbourg, vos rapporteurs, avant de clore leur examen, ont voulu con- 
naître les résultats auxquels donneraient lieu les expériences de réception 
dans ce port. 

Un premier rapport de la commission de réception, en date du 21 mai 
1801, constate que : 

1° L'appareil Thierry (installé sur les générateurs de l'atelier de peinture ) 
est simple, d'une manœuvre facile et ne présente aucun danger; 

2° Il active beaucoup le tirage et la vivacité delà combustion, et permet de 
brûler avantageusement des charbons de qualité inférieure; 

3° Les gaz sont entièrement brûlés, et la fumivorité est complète. 

Ces conclusions ne prononcent point sur la question d'économie, mais des 



APPAREILS FUM1V0RES. 



73 



expériences plus précises, faites, en octobre 1861, sur l'appareil appliqué à 
un générateur de l'atelier des formes, ont fait voir que la vaporisation, par 
kilogramme de combustible, avait augmenté dans la proportion de 5\1 à 
5,86 kilogrammes. 

Ce résultat était d'une importance trop grande pour que vos commissaires 
ne se décidassent pas à répéter les expériences. 

Ils se sont, en conséquence, rendus à Cherbourg le 25 décembre 1862; 
grâce à l'obligeance de M. Antoine, ingénieur de la marine, toutes les dispo- 
sitions avaient été prises pour que les essais se fissent avec la précision dési- 
rable, et c'est avec son concours que les observations ont été faites. L'impor- 
tance exceptionnelle de cette expérience nous engage à décrire les dispositions 
des générateurs sur lesquelles elle a été faite. 

La chambre des chaudières de l'appareil d'épuisement des formes Nord 
du bassin Napoléon III, à Cherbourg, contient un vaste massif de maçonnerie 
renfermant le fourneau et les chaudières, qui sont au nombre de six. 

Les trois chaudières de l'Ouest sont celles auxquelles l'appareil de M. Thierry 
a été appliqué ; l'application de cet appareil n'était pas encore faite aux trois 
chaudières de l'Est, d'ailleurs entièrement semblables aux précédentes. La 
planche ci-jointe indique les dispositions des unes et des autres; elles sont 
formées, chacune, d'un grand corps cylindrique de 1 mètre de diamètre et 
de 6 mètres de longueur, et de trois bouilleurs de 0 m ,45 de diamètre et d'une 
longueur de 6 m ,30. 

Les six chaudières sont desservies par un carneau horizontal, perpendicu- 
laire à leur longueur, et aboutissant à une cheminée commune, que l'on peut 
mettre en communication soit avec toutes les chaudières ensemble, soit avec 
chacun des groupes isolément. 

Voici les principaux éléments de cette installation : 





6" 


'.00 




6 


.30 




2 


.00 


Distance entre les bouilleurs d'une même chaudière, 








0 


.55 




1 


.74 




1 


.18 


Ecartement des barreaux 


0 


.014 




1 


.20 



Les deux groupes sont disposés pour suffire, chacun isolément, à la consom- 
mation de la machine d'épuisement, de telle sorte que l'on emploie alter- 
nativement à ce travail les trois chaudières de l'Ouest et les trois chaudières 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 10 



7-4 



APPAREILS FUMIVORES. 



de l'Est seulement. Les éléments calculés de chacun des groupes sont les sui- 



vants : 

Surface de chauffe des trois chaudières 28 m( î.26 

Surface de chauffe des tubulures 8 . 45 

Surface de chauffe des neuf bouilleurs 78 . 04 

Surface de chauffe totale 114 . 75 

Volume d'eau total 14 mc .82 

Volume de vapeur total 6 . 78 

Volume des trois générateurs 21 . 60 

Surface des grilles 6 m< u00 

Section de la cheminée 1.13 



ïl résulte de ces dimensions que la surface de chauffe totale est égale à 
19,12 fois la surface de la grille ; ce rapport est déjà considérable, bien qu'il 
ne représente pas les meilleures conditions d'utilisation du combustible. 

Le rapport entre la surface totale des grilles et la section de la cheminée 
est de 5,31, c'est-à-dire plus que suffisant pour donner un tirage convenable, 
aussi les registres sont-ils toujours peu ouverts. Lors des premières expé- 
riences faites sur l'appareil de M. Thierry, on s'est aperçu que l'activité plus 
grande de la combustion permettait de diminuer la dimension des grilles, 
qui ont été, en conséquence, et de ce côté seulement, réduites à une lon- 
gueur de l m ,34 et à une largeur de 0 m ,90, ce qui donne, pour la surface 
totale des trois grilles, 3,62 mètres carrés seulement, au lieu de 6,00. 

Le rapport entre la surface de chauffe et celle de la grille s'élève alors à 
31,70, et l'on comprend que l'action de la température des gaz brûlés puisse 
être favorisée par cette circonstance, que la surface d'utilisation se trouve re- 
lativement plus grande par rapport à celle occupée par le combustible. 

Les indications qui précèdent suffisent pour faire comprendre tous les dé- 
tails de nos déterminations. 

Le 26 décembre, la machine d'épuisement a été desservie par le groupe 
Ouest des chaudières, avec l'appareil Thierry. 

Le 27 décembre, la même machine a été alimentée par le groupe Est, sur 
lequel l'appareil n'avait pas encore été installé. 

Dans les deux cas, on a employé la houille de Newcastle non mélangée, 
c'est-à-dire l'un des combustibles les plus fumeux; le combustible brûlé a 
été pesé avec soin et en notre présence ; l'eau introduite dans la chaudière a 
été mesurée par le nombre des tours du même cheval alimenteur, et l'on a, 
de plus, relevé sur la machine motrice un grand nombre de diagrammes 



APPAREILS FUMIVORES. 75 

destinés à tenir compte du travail réellement développé par la vapeur sur les 
pistons. 

Nous formons deux tableaux séparés des résultats de ces expériences : 



TABLEAU des expériences du 26 décembre 1862, sur les générateurs de Cherbourg, 

avec l'appareil Thierry. 



3 


ipteur. 




* s 


Ordonnées moyennes 
des diagrammes. 




Heure! 
des 
observai ic 


£ I 
c * S 

B-T3 u 

è s 

a 
o 


o M .u 

S 3 "S 
£ « 3 

p« -3 


£ S 
1 î 


a a 


a -s 
y p 




b. 

9.30 
10.0 
10.30 
11.0 
11.30 
12.0 
12.30 
1.0 
1.30 
2.0 
2.30 
3.0 
3.30 


0 

1118 

2239 
3374 
4524 
5670 
6777 
7850 
8980 
10110 
11253 
12366 
13480 


at. 

5.00 
4.50 
4.40 
4.50 
4.50 
4.70 
4.40 
4.45 
4.60 
4.40 
4.60 
4.45 
» 


» 
1 

2 
3 
4 
5 
6 
7 
8 
9 
10 
11 

» 


» 

12.3 
11.0 
11.9 
11.7 
11.3 
10.4 
10.2 
11.5 
10.3 
11.0 
10.4 

» 


)i 

12.1 
11.5 
12 4 
11.9 
11.0 
10.3 
10.3 
11.1 
10.5 
11.8 
40.4 


Par heure 295,00 kil. 

Ordonnées moyennes des diagram - 

Eau vaporisée par kilog. de combustible. 5 .29 


37.44 


11.09 


11.21 




par 1'. 






11.15 




TABLEAU des expériences du 27 décembre 1862, sur les générateurs de Cherbourg, 

sans l'appareil Thierry. 


S .2 
St: > 

JS 
o 


s 

0 a. 

18 8 

1 S 

3 

O 


3 S 

° K ' u 

'2 3 '•3 

a, « 3 
— ^3 


M S 

9 S 

"s i= 

3 « 
K T3 


Ordonnées 
des diag 

» £ 
•â 3 


moyennes 
animes . 




h. 
10.0 

10.30 
11.0 
11.30 
12.0 
12.30 
1.0 
1.30 
2.0 
2.30 
3.0 
3.30 


0 

1100 

2232 
3346 
445(5 
5550 
6640 
7776 
8920 
10073 
11223 
2365 


at. 

5.00 
4.70 
4.50 
4.70 
4.60 
4.35 
4.60 
4.40 
4.60 
4.50 
4.50 
4.50 


» 

1 

2 
3 
4 
5 
6 
7 
8 
9 
10 

» 


» 

10.9 
11.2 
113 
10.9 
10.2 
11.2 
10.9 
11.5 
11.5 
11 5 
11.2 


» 

n.i 

11.5 
11.0 
10.5 
10.0 
11.1 
10.9 
11.4 
11.2 
11.0 

» 

10.97 


Escarbilles 540 k 

Eau vaporisée par kilog. de combustible. 4 1 .60 


34.34 


11.08 




par 1» . 






11.03 





76 



APPAREILS FUMIVORES. 



Si, sans se préoccuper de la quantité de travail fournie, on compare seule- 
ment les quantités d'eau vaporisées dans les deux circonstances, on reconnaît 
que l'économie résultant de l'application du fumivore est, dans les conditions 
des expériences précédentes, de 0,13. 

Les essais précédents, faits avec un mélange, en parties égales, de houilles 
de Newcastle et de Cardiff, avaient indiqué une économie de 0,11 seulement, 
et ils avaient suffi pour motiver l'ordre d'adapter l'appareil de M. Thierry 
à tous les générateurs des machines fixes des arsenaux de Cherbourg et de 
Toulon. 

Les relevés des diagrammes nous permettent de rapporter directement 
cette économie à l'appréciation du travail développé : 

Avec l'appareil Thierry, le travail total est proportionnel au produit du 
nombre total des tours par l'ordonnée moyenne, soit à 13480 X 11,15 
= 15032, pour une consommation de 1770 kilog. de houille, ou de 8,49 
pour 1 kilogramme. 

Sans l'appareil Thierry le travail total est proportionnel au produit corres- 
pondant, soit 12365 x 11,03 = 13639, pour une consommation de 1850 ki- 
logrammes de combustible, ou de 7,37 pour 1 kilogramme. 

L'économie relative serait alorsexprimée par = ^^=0,132, 

et celte indication confirme pleinement le résultat déduit des quantités d'eau 
vaporisées. 

Si ces résultats étaient vérifiés sur d'autres appareils, on devrait conclure 
assurément que l'appareil fumivore de M. Thierry permet de réaliser une 
économie notable. 

Mais, en nous plaçant plus strictement au point de vue d'une appréciation 
générale, il nous paraît que, sans nous prononcer d'une manière plus affirma- 
tive que les faits eux-mêmes sur la question d'économie, nous pouvons affirmer 
en toute sûreté que les industriels qui l'emploieraient seraient assurés tout au 
moins de ne pas dépenser plus de combustible, et qu'ils auraient la certitude 
de voir disparaître complètement tous les inconvénients de la fumée, incon- 
vénients qui sont l'objet des incessantes réclamations du voisinage et contre 
lesquels l'Administration cessera bientôt de ne prescrire que des mesures 
sans efficacité, dont les intéressés ne savent pas, d'ailleurs, tirer le parti 
convenable. 

Nous ne serons même pas taxés d'exagération en disant que, dans un grand 
nombre de circonstances, l'industriel qui fera usage des procédés pourra re- 
cueillir les bénéfices d'une économie notable. 

Les analyses des gaz brûlés faites par M. Ser, ingénieur de l'assistance pu- 



APPAREILS FUMIVORES. 



77 



blique, à Paris, démontrent, d'ailleurs, que, quand l'appareil Thierry est em- 
ployé dans les meilleures conditions, on ne consomme pas une quantité d'air 
beaucoup plus considérable que dans les conditions ordinaires, et que, cepen- 
dant, l'hydrogène et le carbone sont brûlés en totalité. II résulte, en effet, de 
ses indications que la proportion de l'azote trouvée dans les produits de la 
combustion serait, en moyenne, pour l'appareil Thierry, de 0,82 en volume, 
tandis que, dans la même cheminée, cette proportion s'élevait seulement à 
0,79 sans l'emploi du fumivore. 

Depuis que les expériences de Cherbourg ont été faites, M. Thierry a été 
chargé d'installer son appareil sur un bâtiment de la flotte. Il se sert alors 
d'un fourneau spécial pour le surchauffage, afin d'éviter tout entraînement 
de sel, qui pourrait obstruer les orifices du souffleur. 

Nous regrettons de ne pouvoir encore donner aucune indication sur cette 
nouvelle installation. 

En résumé, nous sommes d'avis que : 

1° L'appareil de M. Thierry fait disparaître complètement la fumée dans le 
service des chaudières à vapeur; 

2° Que ce résultat est obtenu sans aucune augmentation de dépense de 
combustible; presque toujours avec une économie sérieuse; 

3° Que son installation est facile; 

4° Qu'il permettra, presque toujours et tout en assurant une combustion 
complète, de diminuer les dimensions des grilles ; 

5° Et qu'il y a lieu de le recommander d'une manière spéciale aux indus- 
triels. 

En conséquence, nous vous proposons, Messieurs, de remercier M. Thierry 
de sa communication, d'insérer le présent rapport au Bulletin, avec les figures 
qui l'accompagnent, et d'en remettre 500 exemplaires à l'inventeur à titre de 
témoignage de satisfaction. 

Signé Silbermann, et Tresca rapporteur. 
Approuvé en séance, le 15 juillet \ 862. 



LÉGENDE DE LA PLANCHE 290 REPRÉSENTANT L'APPAREIL DE M. THIERRY FILS. 

Cette planche représente l'appareil fumivore de M. Thierry fils, tel qu'il est installé 
sur les trois chaudières Ouest de l'atelier des formes de l'arsenal de Cherbourg. 
Fig. 1. — Vue en élévation de l'une des chaudières et de son fourneau. 
Fig. 2. — Coupe verticale du fourneau faite par l'axe du corps cylindrique. 



78 



ARTS CHIMIQUES. 



Fig. 3. — Représentation, à une échelle plus grande, des tubes surchauffeurs, dans 
la position qu'ils occupent dans la fig. 2. 

Fig. 4. — Plan général de l'appareil Thierry avec ses tubes surchaufTeurs. 
Fig. 5. — Vue en élévation du tube souffleur, prise de l'intérieur du fourneau. 

A, corps cylindrique de la chaudière avec son dôme A r . 

B, bouilleurs avec leurs trous d'homme et leurs couvercles B'. 

C, porte du foyer. 

D, porte du cendrier. 

G, grille formée de treize barreaux G'. 

aa, prise et conduite de vapeur destinée à alimenter la soufflerie. 

b, robinet ouvrant ou fermant la communication avec les tubes surchauffeurs. 

c, c, tubes surchauffeurs réunis à leurs extrémités postérieures par un tube de com- 
munication plus petit C. 

d, raccord mettant le second tube réchauffeur c en communication, soit avec le ro- 
binet d'épreuve e, soit avec le robinet f de la soufflerie. 

g, tube souffleur dont les orifices sont disposés de manière à lancer les jets de va- 
peur surchauffée dans la direction mn (fig. 2), aboutissant à l'extrémité des barreaux 
ou dans la direction mp aboutissant à la naissance de l'autel. 

h, robinet au moyen duquel on peut laisser écouler dans l'air la vapeur qui a tra- 
versé la soufflerie, afin de juger de son état de surchauffage. (T.) 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. Barreswil, au nom du comité des arts chimiques, sur 

la FABRICATION DE NOUVEAUX PRODUITS INDUSTRIELS \ PRINCIPES COLORÉS 

extraits de la garance d'Alsace, selon le procédé de M. E. Kopp , par 
MM. Schaaff et Lauth, manufacturiers à Wasselonne (Bas-Rhin). 

Messieurs, MM. Schaaff et Lauth ont, par l'entremise de M. Émile Kopp 
de Saverne, soumis à votre appréciation deux échantillons de matières 
colorées extraites de la garance par un procédé dont M. Kopp est inventeur, 
vous priant de vouloir bien renvoyer à l'examen du comité des arts chi- 
miques l'examen de ces matières, et du procédé mis en œuvre pour réa- 
liser leur préparation industrielle. 

La lettre d'envoi de ces Messieurs est du 27 février 1 8G2 ; la dernière 
communication reçue par votre rapporteur est du 3 juin dernier; ce rap- 
prochement de dates a pour objet de faire remarquer que ce relard a été 
consenti par les fabricants eux-mêmes, afin que l'industrie naissante, lors de 



ARTS CHIMIQUES. 



79 



la communication de M. Kopp, pût grandir et recevoir la consécration que 
le temps seul peut donner. 

Votre rapporteur se hâte d'ajouter que, pendant cette période de temps, 
l'usine, qui a pris des dimensions triples de celles qu'elle avait lors de la vi- 
site d'une sous-commission de votre comité des arts chimiques (MM. Sal- 
vétat, Barrai et Barreswil), opère toujours en suivant les données de 
M. Kopp, telles que l'inventeur les a décrites dans le mémoire déposé par 
MM. Schaaffet Lauth, et telles que notre honoré collègue, M. Balard, les a 
connues lorsque, président de section du jury international de Londres, il a 
demandé pour M. E. Kopp la croix de la Légion d'honneur. 

Le procédé Kopp se résume ainsi : on épuise la garance par l'action d'une 
dissolution faible d'acide sulfureux; on filtre les eaux, on les chauffe à une 
température de 30 à 40 degrés pour recueillir la purpurine qui se dépose, 
puis on les porte à l'ébullition pour obtenir l'alizarine. 

MM. Schaaff et Lauth, qui appliquent ce procédé, livrent à l'industrie trois 
produits : une garancine très-propre à la teinture, la garance épuisée par 
l'acide sulfureux; la purpurine, très-belle matière rouge en poudre sèche; 
l'alizarine colorée, verte, qu'ils préparent avec des substances étrangères qui 
ne nuisent pas à ses applications, et que l'on peut, d'ailleurs, purifier. Ce 
dernier produit est vendu en pâte ou en poudre sèche, à la volonté de 
l'acheteur. 

La fabrique de MM. Schaaff et Lauth est située à une petite dislance en 
amont de Wasselonne (Bas-Rhin), près d'une vallée arrosée par des eaux 
limpides. Elle se compose d'un grand bâtiment rectangulaire à un étage, 
avec comble formant second étage. Au rez-de-chaussée sont la machine à 
vapeur de quatre chevaux et son service, un grand laboratoire d'essais, une 
forte presse hydraulique, puis le système de cuves qui occupe aussi une por- 
tion du premier étage, et une partie du matériel pour la préparation de la 
garancine. Sous les combles sont les réservoirs à l'eau chargée d'acide 
sulfureux, aux eaux froides et chaudes et à la liqueur de trempe. Des 
pompes et des tuyaux permettent de faire passer les liquides dans les divers 
récipients, et de distribuer l'eau et la vapeur presque sans main-d'œuvre. 
Le système comprend deux cuves de trempe, trois séries de cuves super- 
posées ; chaque série étant formée d'une cuve à purpurine, une à alizarine 
verte, et deux plus petites, à décantation, pour l'alizarine et la purpurine. Le 
surplus du matériel pour la préparation de la garancine et l'appareil à acide 
sulfureux sont dans une cour spacieuse. Enfin des bâtiments annexes ren- 
ferment le séchoir à garance, le séchoir à garancine (ce dernier est alimenté 
parla chaleur perdue d'une briqueterie), les magasins divers et le moulin à 



80 



ARTS CHIMIQUES. 



garance composé de six paires de meules mises en mouvement par une tur- 
bine, et servant à moudre Ja garance et la garancine. 

Les travaux sont organisés de la manière suivante : vers la fin de l'au- 
tomne, les cultivateurs de l'Alsace, ayant recueilli et fait sécher immédia- 
tement les racines de garance dans des séchoirs établis dans les princi- 
paux centres de culture, les apportent à la fabrique, où on les essaye, et 
on les paye comptant selon leur degré. L'approvisionnement de l'année se 
fait ainsi en quelques semaines. Les diverses livraisons ayant été stratifiées 
par couches horizontales, on entame la provision par tranches verticales; de 
cette manière on a toujours en fabrication une moyenne de la garance en 
magasin. La racine, avant d'être moulue, est de nouveau étuvée; elle perd 
6 p. 100 environ. La mouture commencée dès que la dernière livraison est 
reçue marche sans interruption jusqu'à épuisement des racines. La poudre 
est, à mesure de sa fabrication, embarillée avec soin, pour la soustraire à 
l'humidité. De cette façon, l'hiver est surtout le temps de mouture; les beaux 
jours sont destinés à la fabrication, et le personnel peut ainsi être très- 
restreint. 

L'appareil qui sert pour la production de l'eau d'acide sulfureux est simple 
et très-économique; il se compose d'une caisse en bois de sapin (prisme 
droit à base carrée) placée verticalement et terminée à sa partie supérieure 
par une pyramide tronquée. La capacité intérieure est divisée en comparti- 
ments par des planchettes perforées, disposées en chicane. 

Ces compartiments sont garnis de copeaux de sapin qu'on introduit et 
qu'on renouvelle au moyen de petites portes disposées sur les parois de la 
caisse ; toutes les pièces sont assemblées à chevilles en bois sans emploi de 
fer. Dans l'intérieur de la pyramide tronquée en bois, débouche un tube en 
cuivre plombé, recourbé à angle droit, qui laisse échapper un jet de vapeur 
vertical produisant un appel énergique susceptible d'être réglé. 

L'acide sulfureux est produit par la combustion du soufre placé dans un 
canal horizontal de briques de 60 centimètres de long, de 20 centimètres de 
large, et seulement de 10 centimètres de hauteur. Il résulte de ces proportions 
que l'air se trouve entièrement dépouillé d'oxygène. A l'une des extrémités 
ce canal communique avec l'atmosphère, l'autre débouche sous une petite 
tour creuse, en briques, surmontée d'un tuyau en grès, à angle droit, qui 
conduit le gaz sulfureux sous la colonne de bois. Tandis que le gaz monte, 
l'eau descend en cascades rompues par les copeaux de bois, et présentant, 
pour l'absorption, une énorme surface. 

Chargée de gaz, l'eau s'écoule dans une citerne en pierre où la conduit 
un tuyau de plomb muni d'un sac qui retient les impuretés. Cette citerne, 



ARTS CHIMIQUES. 



81 



qui contient 22 hectolitres, a été taillée dans un bloc de grès des Vosges. 

Dix kilogrammes de soufre saturent suffisamment d'acide sulfureux 
50 hectolitres d'eau. Une pompe en bronze et des tuyaux de plomb portent 
cette eau dans les cuves à trempe situées au premier étage. Ces cuves portent, 
à 6 centimètres au-dessus du fond, un double fond de lattes couvert de toile 
de laine; 300 ki!. de garance moulue sont versés sur ce filtre, et reçoivent 
4,000 litres d'eau sulfureuse. On mélange le tout, et on laisse tremper pen- 
dant douze heures; au bout de ce temps, un gros robinet, adapté au fond 
de la cuve, est ouvert, et l'eau de trempe qui s'écoule est reçue dans une 
cuve de 90 hectolitres, située au rez-de-chaussée. Quand la garance a perdu 
le plus de liquide possible, et que la masse a pris un aspect crevassé, on la 
tasse et on la lave avec 6 à 700 litres de nouvelle eau d'acide sulfureux que 
l'on réunit à la première eau après quelques heures de macération; les 
liquides réunis pèsent environ 3° Baumé. 

Les cuves à purpurine, de 50 hectolitres de capacité, sont munies de ro- 
binets placés à 5, 10, 15, 20 centimètres au-dessus du fond. Un serpentin 
en cuivre, dont l'entrée est à mi-hauteur de la cuve et la sortie au niveau 
du fond, amène la vapeur qui chauffe rapidement le liquide de la cuve. L'eau 
de condensation fait retour dans la chaudière. 

La cuve étant remplie aux 4/5, on ajoute 3 pour 100 du liquide en acide 
sulfurique des chambres (50 B.), et on porte la température à 35-40° centi- 
grades. La purpurine apparaît bientôt en gros flocons qui se déposent. 
Au bout de douze heures on ouvre les robinets, on laisse écouler les eaux 
colorées, mais limpides, vers la cuve sous-jacente à alizarine. 

La purpurine, séparée de l'eau, est mise à déposer de nouveau dans des 
cuves hautes et étroites de 2 hectolitres environ ; après un nouveau repos, 
on soutire et on verse sur des filtres le dépôt épais de purpurine ; celle-ci 
est lavée avec un peu d'eau, égouttée et mise à sécher. La purpurine est d'un 
beau rouge orangé. 100 kil. de garance d'Alsace en donnent 1/2 à 2/3 p. 100. 
La force tinctoriale égale à 60 fois le poids de garance. (MM. Schaaff et Lauth 
ont amené, mais non encore d'une manière régulière, le rendement à 
3/4 p. 100.) 

Les cuves à alizarine sont disposées comme celles à purpurine ; les eaux 
mères de purpurine y sont chauffées à l'ébullition ; un dégagement d'acide 
sulfureux se manifeste; le gaz s'échappe par une ouverture dont est muni le 
couvercle de la cuve ; il est conduit à une cheminée d'appel en bois qui le 
porte en dehors de l'atelier. L'alizarine verte se dépose rapidement ; on la 
recueille de la même manière que la purpurine. 100 kil. de garance donnent 
Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 11 



82 



ARTS CHIMIQUES. 



aujourd'hui près de 3 p. 100 d'alizarioe verte, dont la force colorante repré- 
sente 20 fois le poids de la garance. 

Il a été dit que les résidus de garance étaient transformés en garancine. 
Ces résidus, extraits des cuves de trempe, sont jetés dans les cuves à garan- 
cine; on les recouvre des eaux mères acides d'alizarine verte, et on porte à 
l'ébullition. La garancine qui se forme par l'action de l'acide sulfurique est 
lavée, pressée, séchée et moulue à la manière ordinaire. 100 kil. de garance 
donnent encore 30 à 32 kil. de garancine, valant, comme teinture, la moitié 
de leur poids de garancine forte, type de Rouen. 

Les eaux qui ont fini leur service ne sont jetées, définitivement, qu'après 
qu'elles ont laissé déposer une alizarine un peu brune qui se vend comme 
extrait concentré. 100 kil. de garance en donnent 100 à 150 grammes en- 
viron. Les fabricants se proposent de fermenter ces eaux dès que la fabri- 
cation aura pris l'importance nécessaire à ce point de vue. 

Compte de revient. — MM. Schaaff et Lauth ont donné à la sous-commission 
les éléments suivants de leur prix de revient : 

100 kil. de garance d'Alsace nettoyée, moulue valent, en moyenne, 100 à 
120 fr. les 100 kilog.; le combustible, main-d'œuvre, usure de matériel, in- 
térêts, etc., s'élèvent de 28 à 30 fr. par 100 kil. de garance; soit, pour 
100 kil. de garance, un revient de 130 à 150 fr. 



Les produits sont : 

fr. c fr. c. 

2/3 pour 100 purpurine à 50-60 fr 33 40 40 00 

2 1/2 pour 100 alizarine verte à 22-23 fr 50 00 57 50 

32 pour 100 garancine faible à 1,80-2,00 fr 57 60 64 00 



Produits 141 00 161 50 

Dépenses 130 00 150 00 



Différence, bénéfice 11 00 11 50 



Ces chiffres, que le comité vous donne sous la seule responsabilité des 
fabricants, montreraient que cette industrie naissante est déjà rémunéra- 
trice. Or il est évident, en partant de ces bases, que les frais généraux dimi- 
nuant à mesure que la fabrication gagnera en importance, le bénéfice est 
destiné à s'accroître. 

L'examen des échantillons déposés sur le bureau témoigne des résultats 
auxquels on peut arriver avec les produits de cette intéressante fabrication. 

Application de la purpurine. 
La purpurine est une matière colorante presque pure, peu soluble dans 



ARTS CHIMIQUES. 83 

une eau acidulée, assez soluble dans de l'eau pure surtout bouillante, faci- 
lement soluble dans des sels d'alumine neutres et qui supportent l'ébullition 
sans se troubler, tels que l'alun, l'hydrochlorate et l'acétate d'alumine; elle 
se dissout avec une extrême facilité dans de l'eau très-légèrement alcaline ; 
si l'on ajoute à la solution un excès de carbonate de soude ou de potasse, il 
se précipite une combinaison de purpurine avec l'alcali. 

La purpurine teint avec une extrême facilité, tout aussi bien au bouillon 
que dans un bain dont la température est moins élevée, toute espèce de 
tissus mordancés, coton, laine ou soie. Elle donne immédiatement des 
nuances rouge, rose et noir très-pur; elle ne teint pas les mordants faibles 
de fer en violet, mais en nuances brunes-grisâtres plus ou moins foncées, et 
n'est, par conséquent, pas applicable aux genres lilas. 

Les teintures en purpurine résistent longtemps à l'action décolorante de la 
lumière, même des rayons directs du soleil; elles ne supportent pas aussi 
bien les passages au savon bouillant qui les font pâlir graduellement. 
Mais comme les teintes qu'elle fournit sont déjà très-vives en sortant du bain 
de teinture, et qu'il suffit d'un passage en eau de son ou de savon faible pour 
les aviver complètement et rétablir le blanc, l'emploi de la purpurine est 
avantageux pour les articles fond blanc avec enluminages, tels que mou- 
choirs, perses, etc. Il suffit de 1 à 2 grammes de purpurine pour teindre 
1 mètre carré de toile mordancée, même à dessins très- chargés. Pour l'ar- 
ticle foulard rouge et noir, principalement fabriqué à Rouen, on associe à la 
purpurine 2/3 à 3 fois son poids de sumac. 

La purpurine peut servir à la préparation de couleurs roses et rouges va- 
peurs sur calicot. A cet effet, on la dissout à chaud dans un mélange d'hydro- 
chlorate et d'acétate d'alumine , on épaissit à l'amidon ou à la gomme, on 
imprime, on sèche et on vaporise. 

La limpidité" et la pureté des bains de teinture de purpurine, et la facilité 
avec laquelle cette matière colorante se fixe sur les mordants, permettent de 
l'associer à d'autres matières tinctoriales qui seraient ternies ou même qui 
disparaîtraient dans des bains de garance ou de garancine. Sur la laine, la pur- 
purine permet d'obtenir des rouges presque aussi beaux que ceux de coche- 
nille et beaucoup plus solides. En mordançant la laine, comme d'habitude, 
avec alun et crème de tartre, ou dans une solution d'élain et de tartre, on 
obtient, par la première opération, un rouge cramoisi très-vif; parla seconde, 
un beau rouge. 

La meilleure dissolution d'étain pour la purpurine paraît être la sui- 
vante : 



84 



ARTS CHIMIQUES. 



300 gr. acide nitrique, 
100 — eau, 
50 — sel ammoniac, 

60 — étain ajouté peu à peu en plaçant le mélange dans de l'eau froide. 

2 à 4 grammes de purpurine suffisent pour 1 mètre carré de mousseline 
de laine ou de mérinos. Lorsqu'on en fait usage pour la teinture de foulards 
en soie, il est bon d'ajouter au bain de teinture un peu de son; les nuances 
sont immédiatement vives, et les blancs se rétablissent par un seul passage 
au savon. Les teintures en purpurine sur laine et soie sont aussi solides au 
savon qu'à la vive lumière. 

Laques. — La purpurine se prête admirablement à la fabrication de la- 
ques rouges et roses à base d'alumine. Si l'on veut obtenir des teintes foncées, 
on prépare une solution d'alun neutralisé ; d'un autre côté, on dissout la pur- 
purine dans une eau très-faiblement alcalisée, on mélange les deux solutions 
chaudes, on porte à l'ébullition et on filtre. 

On obtient encore des laques d'une pureté qui ne laisse rien à désirer en 
opérant comme il suit : on mélange la purpurine avec son poids d'alun, et 
on réduit le tout en poudre très-fine ; on lave à l'eau froide, il s'écoule une 
liqueur rouge jaunâtre qui, saturée à 80° par un peu de carbonate sodique, 
fournit un laque rose jaunâtre; on traite ensuite le résidu, lavé, de purpu- 
rine, par 10 fois son poids d'alun dissous dans 20 fois son poids d'eau 
(50 grammes d'alun par litre); on filtre bouillant et l'on sature immédia- 
tement par du carbonate de soude ou de magnésie, jusqu'à l'apparition de 
flocons rouges; il se précipite une laque rouge rose, très-riche et très-belle. 

Les eaux mères, chauffées de nouveau à 80°, et neutralisées davantage, 
fournissent une nouvelle quantité de laque rose très-pure. 

Le résidu non dissous de purpurine peut encore être repris deux fois par 
une semblable solution d'alun, et fournit, par le même traitement, de nou- 
velles quantités de laque. 

Le dernier résidu, insoluble dans l'alun, constitue lui-même une laque 
d'une teinte foncée, mais dont la teinte est un peu cramoisie-brunâtre. 

Application de l'alizarine verte. 

L'alizarine verte participe de toutes les propriétés de la fleur de garance, 
donnant des couleurs aussi belles tout en les surpassant en solidité. Les ar- 
ticles double et triple violet avec noir, les simples et doubles roses, le rouge 
d'Andrinople, se font tout aussi bien avec ce produit qu'avec n'importe 
quelle autre préparation de garance ou de garancine pure. 



ARTS CHIMIQUES. 



85 



L'alizarine verte présente le grand avantage de pouvoir être attaquée vi- 
goureusement par le savon, les acides, les alcalis, les solutions d'étain, sans 
perdre de son intensité tout en gagnant en vivacité. Aussi est-il important de 
diminuer de 1/8 à 1/10 la force des mordants, pour ne pas obtenir des 
nuances plus foncées que celles que donne la fleur de garance. 

L'alizarine verte exige un bain d'une température élevée pour teindre ra- 
pidement et fortement ; mais la teinture ne demande, du reste, aucune autre 
précaution. 

Les blancs sont très-peu affectés, et se rétablissent avec une grande fa- 
cilité. 

Si l'on fait bouillir de l'alizarine verte avec de l'acide chlorhydrique con- 
centré ou étendu seulement de son volume d'eau, et si on lave et sèche de 
nouveau, elle n'a presque pas perdu de son poids, mais elle teint immédia- 
tement les violets et lilas avec une beauté et une pureté de nuances dont 
n'approche aucune autre préparation de garance. 

L'alizarine verte, épuisée par l'alcool, fournit 20-25 p. 100 de son poids 
d'alizarine jaune. La préparation d'extraits alcooliques de garance, qui est 
une opération à peu près impraticable en grand à cause des difficultés qu'elle 
présente lorsqu'on opère sur la fleur de garance ou la garancine, devient 
une opération réalisable et pratique lorsque c'est l'alizarine verte qui con- 
stitue la matière première sur laquelle on opère. 

Application de la garancine faible. 

La garancine faite avec les résidus de garance traités par l'eau sulfureuse 
s'emploie comme la garancine ordinaire. Si, d'un côté, elle est plus faible, 
de l'autre elle fournit des teintes très-belles, et est surtout appliquée avec 
avantage à la teinture des genres violets et lilas. Elle donne des nuances qui 
se distinguent par leur grande solidité. 

Il est évident que la garancine des résidus est redevable, en grande partie, 
des qualités qui la distinguent, à l'absence de la purpurine qui ternit les 
lilas dans la garancine ordinaire. 



Telle est, en résumé, l'histoire industrielle de la fabrication des produits 
de MM. SehaafT et Lauth et de leurs applications. 

Comme conclusion de ce rapport, il résulte que MM. SehaafT et Lauth ont 
su baser sur les indications de M. E. Kopp une industrie nouvelle; leur 
usine voit, chaque jour, s'accroître ses proportions, et il n'est pas téméraire 



86 



ARTS CHIMIQUES. 



do penser que ce mode de traitement de la garance est appelé à un grand 
avenir. 

Les matières nouvelles introduites dans le commerce par MM. Schaaff et 
Lauth ont pris place dans la consommation. Elles donnent lieu à des appli- 
cations sérieuses, à des genres nouveaux, ainsi qu'il résulte des faits recueillis 
par votre comité et certifiés par les industriels les plus éminents. En consé- 
quence de ces faits, votre comité vous propose de remercier MM. Schaaff el 
Lauth de leur intéressante communication, et d'insérer le présent rapport 
dans le Bulletin, avec le dessin des appareils. 

Votre rapporteur vous demande, en outre, de renvoyer à la commission du 
Bulletin une note séparée, qui lui est propre, sur la partie historique el 
chimique du mémoire de M. Emile Kopp (1). 



Approuvé en séance, le 29 juillet 1863. 



Légende de la planche 291 représentant la fabrication d'extraits de garance 

de MM. Schaaff et Lauth. 

La figure représente une section verticale du bâtiment qui contient tous les appa- 
reils de fabrication, lesquels ont été groupés ici d'une manière spéciale pour l'intelli- 
gence des opérations successives. 

A, canal pour la combustion du soufre. 

B, tuyau conduisant le gaz sulfureux dans la colonne C. 

C, colonne en bois pour la préparation de l'eau sulfureuse. 
' D, planchettes perforées recevant les copeaux de sapin. 

E, ouvertures pour l'introduction de ces copeaux. 

F, chaudière à vapeur. 

G, prise de vapeur. 

H, tuyau amenant un jet de vapeur dans la colonne C. 

I, tuyau amenant l'eau dans la colonne C. 

J, réservoir en pierre recevant l'eau sulfureuse formée dans la colonne C. 
K, filtre dans lequel passe l'eau sulfureuse avant de couler dans le réservoir J, où 
elle est amenée par un tuyau de plomb. 

L, pompe remontant l'eau sulfureuse du réservoir aux étages supérieurs. 



(1) Cette note sera insérée ultérieurement. 




Signé Barreswil, rapporteur. 



/ii///e/jsî/ dt' la ifociéfè d'£ru:0ura0esn£/i£ /JJett*cit?me Sériel N? 13 Pl. 2 Su. 




INSTRUMENTS DE PRECISION. 



87 



M, cuve servant de réservoir à l'eau sulfureuse qu'y envoie la pompe L au moyen 
d'un tuyau vertical. 

N, réservoir pour l'eau chaude. 

0, tuyau amenant la vapeur au fond du réservoir N. 

P, pompe envoyant l'eau au réservoir N. 

Q, tuyau de conduite de l'eau au réservoir N. 

R, réservoir d'eau froide alimenté par le tuyau Q. 

S, réservoir supérieur pour la liqueur de trempe. 

S', réservoir inférieur de la liqueur de trempe. 

T, pompe servant, au moyen d'un tuyau vertical, à remonter la liqueur du réser- 
voir S' dans le réservoir S. 
U, U, U, cuves de trempe. 

V, V, tuyaux de communication des cuves de trempe avec les réservoirs M, N, R. 

W, tuyaux de communication des cuves U avec le réservoir S'. 

X, cuve à purpurine munie d'un serpentin pour la circulation de la vapeur. 

Y, tuyau d'amenée de la vapeur dans le serpentin de la cuve X. 

Y', tuyau de retour de la vapeur. 

Z, cuve à alizarine munie d'un serpentin pour la vapeur; c'est le tuyau Y qui 
amène également la vapeur dans ce serpentin. 

a, tuyau de retour de la vapeur sortant du serpentin de la cuve Z. 

b, 6', cuves de garancine. 

c, c', tuyaux de communication de la cuve à alizarine avec les cuves à garancine. 

d, bac réfrigérant pour l'alizarine et la garancine. 

e, presse hydraulique. 

f, conduite d'eau alimentaire. 

g, arbre de couche mettant en mouvement les pompes L, P et T. 

h, canal en bois pour le dégagement des vapeurs sulfureuses. 

Le plancher du premier étage est établi sur un solivage en fer et est soutenu par 
des colonnes de fonte; quant à celui du second, il n'existe que partiellement, les ré- 
servoirs qui se trouvent à ce niveau reposant sur un mur en moellons qui sépare le 
bâtiment en deux parties. (M.) 



INSTRUMENTS DE PRECISION. 

Rapport fait par M. Silbermann, au nom du comité des arts économiques, sur 
le système d'équilibrage des balances de précision, imaginé par M. Hempel, 
fabricant d'instruments de précision, quai des Grands- Auguslins, 55. 



Tous ceux qui se livrent à des expériences de pesées précises savent que 
ce qu'il y a de plus long et en même (emps de plus délicat, c'est de par- 



88 



INSTRUMENTS DE PRÉCISION. 



faire aussi mathématiquement que possible l'équilibre des plateaux de la 
balance. L'opération exige beaucoup de soins, surtout au point de vue du 
maniement des subdivisions extrêmes du gramme ; souvent on les laisse tom- 
ber ou on les perd en raison de leur exiguïté, ou bien, lorsqu'on les dépose 
sur le plateau de la balance ou qu'on les en retire, on communique quel- 
quefois un léger ébranlement qui ne laisse pas que d'être préjudiciable à 
l'équilibre qu'il s'agit d'atteindre. 

Tous ces petits inconvénients que chacun de nous a pu rencontrer, et qui 
ont surtout de l'importance au point de vue des pertes de temps qu'ils en- 
traînent, ont donné lieu, depuis longtemps, à divers procédés tendant à les 
faire disparaître, parmi lesquels nous citerons celui qu'a imaginé M. Hem- 
pel, constructeur d'instruments de physique et d'instruments de précision. 
Voici en quoi consiste l'invention de M. Hempel : 

Rappelons d'abord que dans les balances de précision il y a, sur le mi- 
lieu du fléau, au-dessus du couteau central, une tige verticale filetée, qui 
porle deux boutons-écrous qu'on peut faire monter ou descendre à volonté, 
et dont le poids sert, par conséquent, à relever ou à abaisser le centre de 
gravité du fléau pour accélérer ou ralentir les oscillations de la balance 
chargée. 

A la base non filetée de cette tige, M. Hempel place une aiguille hori- 
zontale disposée de manière à pouvoir librement tourner autour d'elle, en 
la prenant pour axe de rotation; elle agit alors de l'un ou de l'autre côté du 
fléau comme un poids complémentaire de l'équilibre, et variable selon la posi- 
tion qu'elle occupe, c'est-à-dire suivant l'angle qu'elle fait avec la direction 
du fléau, depuis 0 jusqu'à 90 degrés. Ainsi, lorsque les poids principaux 
ont été placés dans le plateau de la balance, et qu'il ne s'agit plus que de faire 
l'appoint, au lieu d'ajouter des fractions de gramme comme on avait l'ha- 
bitude de le faire par tâtonnement, il suffit de mouvoir l'aiguille à droite ou 
à gauche, c'est-à-dire d'augmenter peu à peu le poids de l'un des bras du 
fléau, selon que la balance trébuche du côté de l'objet à peser ou du côté des 
poids, pour arriver en peu de temps, par addition ou par soustraction, à dé- 
terminer une pesée parfaitement exacte. 

Comme la balance est toujours enfermée dans une cage de verre destinée 
à la garantir de la poussière, et qu'il importe d'ouvrir le moins possible cette 
cage, M. Hempel a disposé les choses de manière que l'aiguille puisse être 
manœuvrée du dehors. A cet effet, le plateau supérieur de la cage est percé 
verticalement au-dessus de l'axe de rotation de l'aiguille, et par cette ouver- 
ture descend une petite tige métallique qui se recourbe à l'intérieur en 
forme de baïonnette, et dont l'extrémité, arrivant près de l'aiguille, peut êlre 



INSTRUMENTS DE PRÉCISION. 



89 



poussée contre elle et tournée ensuite à droite ou à gauche de manière à lui 
faire décrire l'angle que l'on veut, à partir de sa position initiale. Cette petite 
tige est montée, à la partie supérieure, dans un tube métallique muni d'un 
ressort de rappel et portant en dehors de la cage un bouton moletté qui lui sert 
de commande. Pour la manœuvrer on appuie sur le bouton de manière à la 
faire descendre un peu au-dessous de l'aiguille à droite ou à gauche, puis, 
en maintenant la pression, on tourne le bouton et on entraîne l'aiguille du 
côté voulu ; dès qu'on abandonne le bouton, la petite tige remonte sous l'ac- 
tion du ressort de rappel. 

Pour être guidé dans les déplacements successifs de l'aiguille et pour 
donner le moyen de connaître la valeur de ces déplacements, M. Hempel a 
fixé sur le fléau un demi-cercle horizontal, en métal très-mince, ayant son 
centre sur l'axe de rotation même de l'aiguille, c'est-à-dire en un point placé 
au milieu du fléau. Cela posé, l'aiguille a été, par exemple, tournée sur le 
cadran de manière à faire avec le fléau un angle aigu et arrêtée, par tâtonne- 
ment, dans une position telle que son poids additionnel fasse équilibre à 
10 milligrammes placés sur le plateau de droite de la balance ; puis on n'a 
plus mis que 9 grammes sur le plateau, et la position correspondante de 
l'aiguille a été marquée sur le demi-cercle, et l'on a continué ainsi succes- 
sivement en diminuant, chaque fois, d'un gramme, jusqu'à 0, c'est-à-dire 
jusqu'à ce que l'aiguille soit ramenée dans la direction du rayon perpendi- 
culaire au fléau de la balance. Chaque division de cette graduation peut en- 
suite être partagée en 2, en 4 ou même en 10 parties, qui correspondront 
chacune à 1/2, 1/4 ou 1/10 de milligramme. La même opération se répète 
pour l'autre côté du demi-cercle, en sorte que chaque arc de droite ou de 
gauche, correspondant à une augmentation de poids de 10 milligrammes, 
se trouve divisé en parties proportionnelles au sinus des angles de déviation 
de l'aiguille. 

Nous avons l'honneur de vous proposer, Messieurs , de remercier 
M. Hempel de son intéressante communication et d'insérer au Bulletin le 
présent rapport, accompagné d'un dessin représentant la disposition ima- 
ginée par cet habile constructeur. 

Signé Silbermann , rapporteur. 
Approuvé en séance, le 29 juillet 1863. 



Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 12 



90 



INSTRUMENTS DE PRÉCISION. 



A l'occasion de ce rapport, permettez-moi, Messieurs, de vous faire con- 
naître une petite modification que j'ai proposé d'apporter dans la forme des 
subdivisions du gramme. On sait que les petites lames métalliques qui repré- 
sentent les fractions du gramme se déforment souvent sous l'action de la pince 
avec laquelle on est obligé de les prendre, en sorte qu'au bout de peu de 
temps les chiffres indicateurs qu'elles portent deviennent illisibles et il en 
résulte quelquefois des erreurs de lecture. Voici donc la modification que 
j'ai proposée, et dontM.Hempel a déjà eu l'occasion défaire plusieurs appli- 
cations ; le dessin ci-dessous en donne la représentation exacte. 




On voit que le gramme se compose, comme à l'ordinaire, d'une lame 
carrée ; le demi-gramme est la moitié du carré prise dans le sens de la 
diagonale. 

Le double décigramme est à peu près le double du carré qui représente 
1 décigramme, et le demi-décigramme ou 5 centigrammes est formé comme 
le poids de 5 décigrammes de la section diagonale du décigramme, et ainsi 
de suite pour les autres subdivisions. 



Légende relative au système de balance de M. Hempel. 

La figure suivante est une vue perspective partielle de la balance avec indication 
de la cage qui la renferme. 
A A, fléau de la balance. 
BB, cage de la balance. 

C, tige filetée fixée au milieu du fléau, au-dessus du couteau central et portant les 
deux boutons-écrous qui servent à relever ou à abaisser le centre de gravité de 
ce fléau. 

D, aiguille horizontale mobile, ayant son centre de rotation au pied de la tige C. 

E, demi-cercle gradué sur lequel se meut l'aiguille D; ainsi qu'on l'a dit dans le 



ARTS CHIMIQUES. 91 

rapport, le zéro de la graduation se trouve à l'extrémité du rayon perpendiculaire 
au fléau. 




F, tige à baïonnette servant à conduire l'aiguille sur le cadran. 

G, bouton de commande servant à manœuvrer la tige F du dehors de la cage. 

(M.) 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. Salvétat, au nom du comité des arts chimiques , sur 
les procédés de gravure a l'acide fluorhydrique présentés par 
M. Kessler, à Champerey-Neuilly (Seine). 

M. Kessler, ingénieur-chimiste, a soumis à l'examen de la Société des 
spécimens de gravure à l'acide fluorhydrique exécutés par ses procédés dans 
les cristalleries de Raccarat. 



92 



ARTS CHIMIQUES. 



J'ai l'honneur de vous faire, au nom du comité des arts chimiques, le 
rapport suivant : 

Les travaux de M. Kessler ont conduit à développer considérablement la 
gravure sur verre et cristal, quelle que soit la forme de l'objet sur lequel on 
opère. Une visite attentive du magnifique dépôt de Baccarat, rue de Paradis- 
Poissonnière, prouve que presque toute la fabrication nouvelle, en ce qui 
concerne surtout l'éclairage, est décorée par son intermédiaire. 

L'emploi de l'acide fluorhydrique pour graver le verre n'est pas nouveau; 
les procédés dont nous avons à vous entretenir portent donc, non sur le 
principe en lui-même, mais sur des détails qui sont essentiellement pra- 
tiques et du plus grand intérêt. 

Une description sommaire du procédé permettra de comprendre la 
nature des opérations qu'il comporte et les conditions qu'il est urgent de 
remplir pour arriver au succès. 

Le procédé se compose de trois parties principales : 

La confection de la planche d'impression, la fabrication de l'encre 
réserve, l'impression et le décalquage. 

De la préparation de la planche d'impression. 

La planche d'impression est plate, la gravure profonde; les planches en 
métal seraient coûteuses; on préfère la pierre lithographique ou le marbre. 

La surface étant bien dressée et polie à la ponce, on peint, à l'aide du pin- 
ceau, le dessin qu'on veut reproduire; on mord à l'acide, toutes les parties 
qui n'ont pas été recouvertes de bitume sont creusées sur une profondeur 
de 1/2 à 1/3 de millimètre au bout de dix minutes d'immersion. Pour les 
dessins d'une grande finesse d'exécution, on a recours aux planches 
métalliques. 

Encre réserve. 

La plus grande difficulté que l'auteur ait dù vaincre se rencontre dans les 
conditions auxquelles doit satisfaire la composition de l'encre. Elle est for- 
mée de deux matières, l'une fluide et visqueuse; l'autre solide, faisant fonc- 
tion d'épaississant. Il faut, en effet, que l'encre soit assez ferme pour qu'é- 
tant étendue sur la pierre et pénétrant le dessin elle puisse être coupée dans 
les creux à fleur des reliefs avec la plus grande netteté. 

Les dosages qui réussissent le mieux sont : 



ARTS CHIMIQUES. 



93 



Acide sléarique. . . . 
Bitume de Judée. 
Essence de térébenthine. 



2 parties. 



3 — 
3 — 



On fait fondre, on agite, puis on laisse refroidir en agitant encore pour 
troubler la cristallisation et donner au mélange un grain fin et serré. Au- 
cune réserve ne résiste mieux à l'action de l'acide fluorhydrique. 



On imprime sur papier demi-pelure glacé; on installe la pierre sur un 
chariot garni de plusieurs épaisseurs de drap, et l'on en recouvre toute la 
surface avec l'encre dont la composition précède. A l'aide d'une racle en 
acier fortement trempé, bien dressée, on enlève le surplus de l'encre qui 
s'est fixée sur les reliefs de manière à ne conserver que l'encrage des creux. 
On étend sur la pierre une feuille de papier qu'on recouvre d'une lame de 
caoutchouc vulcanisé, puis plusieurs doubles de flanelle. On presse et enfin 
on détache lentement l'épreuve; on peut obtenir ainsi des milliers de tirages 
successifs. 

Avant de passer au décalquage, il faut détruire l'adhérence très-forte que 
la couche épaisse d'encre contracte avec le papier. On y parvient sans peine 
en passant l'épreuve sur un bain d'eau qui renferme 1/10 d'acide chlor- 
hydrique. Quand elle est imbibée, on passe rapidement sur la surface d'un 
bain d'eau tiède ( à 30 ou 40° ), en l'y laissant seulement un temps suffisant 
pour que les stries de l'encre soient effacées par un commencement de 
fusion ; le papier perd ainsi toute adhérence avec les parties de l'encre, qui 
se sépare facilement après le transport. 

Le décalquage ne présente alors aucune difficulté ; le papier se dégage 
facilement, et quelques heures suffisent pour dessécher complètement l'encre 
restée sur l'objet à graver; elle doit faire réserve. On peut, à ce moment, 
plonger la pièce dans un bain d'acide fluorhydrique (1). 

Appliqué désormais à la décoration des verres, des cristaux ou des pro- 
duits céramiques, ce procédé permet d'obtenir des effets simultanés de cou- 



(1) 11 y a plus de vingt ans que, sur la proposition de M. Dumas, M. Brongniart introduisit à 
Sèvres l'usage de l'acide fluorhydrique liquide pour la gravure du verre et des couleurs de porce- 
laine. L'acide gazeux avait de nombreux inconvénients ; l'action de l'acide a été régulière, et est 
devenue pratique le jour où l'acide liquide l'a remplacé dans les ateliers. L'atelier de peinture sur 
verre établi à Sèvres est devenu le point de départ des fabriques privées qui ont prospéré, tant en 
France qu'à l'étranger. 



Impression et décalquage. 



94 



ARTS CHIMIQUES. 



leur et de gravure. C'est ainsi qu'avec du verre plat triplé, bleu, blanc et 
jaune, on peut, sur la même pièce, en l'attaquant des deux côtés, produire 
à volonté toutes les dégradations du bleu, du jaune et du vert, jusqu'au 
blanc transparent; en dépolissant la surface, on obtient les effets qu'on re- 
cherche dans les objets destinés à l'éclairage. Enfin le creux de la gravure se 
teint facilement au feu, soit au chlorure d'argent, soit au rouge de cuivre. 

Les procédés de M. Kessler ne sont pas simplement basés sur des idées 
théoriques; l'expérience les a consacrés; ils sont employés actuellement et 
ils n'ont pas peu contribué, dans ces dernières années, à répandre les pro- 
duits de Baccarat, auxquels ils ont assuré de nouveaux débouchés. 

A tous ces titres, les travaux de M. Kessler ont paru dignes à votre comité 
des encouragements de votre Société ; en conséquence, il a l'honneur de vous 
proposer, 

1° De remercier M. Kessler de sa communication; 

2° De voter l'impression du présent rapport dans le Bulletin de la Société. 

Signé Salvétat , rapporteur. 
Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. Gaultier de Claurry, au nom du comité des arts chi- 
miques, sur la raffinerie impériale de Lille construite par M. Violette, 

commissaire des poudres et salpêtres. 

Me trouvant récemment à Lille pour l'accomplissement d'une mission du 
Ministre de l'instruction publique, j'ai pu visiter, dans tous ses détails, l'im- 
portant établissement que venait d'y construire le commissaire des poudres, 
M. Violette, et vérifier, encore mieux qu'on ne peut le faire à l'aide des 
meilleures descriptions, tout ce qu'a su y réunir cet habile ingénieur par 
l'application la plus intelligente de toutes les données de la science. 

En son nom, j'ai eu l'honneur d'offrir à la Société le mémoire qu'il a pu- 
blié sur cet établissement, et c'est en celui du comité des arts chimiques que 
je présente aujourd'hui ce rapport. 

Les salpêtres bruts livrés aux ateliers du gouvernement renferment de 8 
à 10 pour 100 de produits étrangers; l'eau en constitue la plus grande 
partie; les sels sont des chlorures de sodium et de potassium, des carbonates 
de soude et de potasse. 



ARTS CHIMIQUES. 



95 



S'il ne s'agissait que d'une dessiccation, le travail serait très-facile; la sé- 
paration complète des divers sels présente, au contraire, des difficultés sé- 
rieuses, lorsqu'on doit opérer sur des masses telles que celles que l'on 
traite dans ces ateliers. 

On profite, pour le raffinage, d'une propriété remarquable des dissolu- 
tions salines qui, à l'état de saturation pour une température donnée, sont 
impropres à dissoudre, dans la même condition, la moindre proportion des 
mêmes sels, mais peuvent se charger de quantités plus ou moindres d'autres 
composés analogues. 

Le salpêtre brut, lavé d'abord dans de grands bassins à l'aide de disso- 
lutions saturées de nilre provenant du roulement des opérations, est ensuite 
traité à chaud par de l'eau de pluie, et la liqueur, brassée avec un peu 
d'eau gélatineuse, donne naissance à des écumes qui entraînent toutes les 
substances insolubles. Après l'enlèvement de ces écumes, la dissolution est 
agitée dans les cristallisons dans lesquels le nitre se dépose sous forme de 
cristaux microscopiques qu'on réunit dans des bacs en bois où il s'égoutte et 
achève de se purifier par le moyen d'arrosages effectués avec une dissolution 
de ce sel très-pur. 

Il n'exige plus qu'une dessiccation pour être embarillé. 

Le salpêtre ainsi raffiné ne renferme que 1/20000 de chlorure. 

Les eaux de lavage du salpêtre brut sont évaporées pour en séparer le se 
marin et agitées dans les rafraîchissoirs d'où le sel obtenu rentre dans le 
roulement avec le salpêtre brut. Comme elles renferment souvent, à Lille, 
3 à 4 kil. par hectolitre de carbonate de soude qui provient de la décompo- 
sition du nitrate par le salin brut des betteraves, on les sature par de l'acide 
chlorhydrique, le chlorure produit étant facile à séparer du nitre. 

Ce qui doit surtout fixer l'attention, dans le grand établissement dont nous 
nous occupons, a trait non aux opérations en elles-mêmes qu'on pratique 
depuis longtemps dans les ateliers de l'État, mais à l'agencement auquel 
M. Violette a appliqué tout ce que les perfectionnements des industries 
mécaniques et chimiques ont pu lui fournir d'éléments utiles, et nous ne 
croyons pouvoir mieux les caractériser qu'en citant ici, de son mémoire, un 
exposé qui les fera parfaitement apprécier. 

« Les chemins de fer sont largement distribués dans l'établissement; c'est 
« par eux que se font exclusivement tous les transports de matières, sal- 
« pêtres, merrains, cercles, charbon, barils, cendres; l'ouvrier pousse 
« le waggon dans toutes les directions, aussi bien dans les cours que dans les 
« ateliers. Le transport à bras est complètement supprimé. 

« Celui des eaux, soit pures, soit salpêlrées, se fait par pentes naturelles, 



96 



ARTS CHIMIQUES. 



« dans des rigoles élevées qui dominent les ateliers ; des pompes aspirantes 
« mues par la main de l'ouvrier élèvent à la hauteur convenable ces eaux, 
« qui se divisent par des rigoles dans toutes les parties de l'établissement. Le 
« transport des eaux à bras est supprimé et la manœuvre des robinets suffit à 
« cette large distribution. 

« Les eaux pluviales , bien plus pures que celles des puits, qui ren- 
« ferment beaucoup de sels calcaires, sont rassemblées dans une citerne de 
« 2,000 hectolitres ; elles proviennent de toutes les toitures qui présentent 
« une surface de 4,025 mètres carrés. 

« Une seule cheminée reçoit les produits de la combustion de tous les 
« foyers ; le tirage y est considérable et l'air chaud s'en écoule à la tempéra- 
« ture de 100° environ. Cette disposition a parfaitement réussi; elle se re- 
« commande par sa simplicité, permet d'utiliser la chaleur des fourneaux, 
« en faisant longuement circuler l'air chaud sous des bassins et d'en absorber 
« la chaleur avant de l'abandonner dans la cheminée. Il en résulte unetrès- 
« grande économie de combustible. » 

La superficie occupée par la raffinerie est d'un hectare environ; tous les 
magasins et ateliers y sont distribués de manière à l'utiliser de la manière 
la plus favorable, en même temps que les produits bruts ou purifiés et tout 
objet nécessaire à la fabrication n'ont jamais à supporter des mouvements 
sans résultat utile. 

Les magasins contiennent 3 millions de kil. de salpêtre brut et 200,000 kil. 
de salpêtre raffiné. Les ateliers peuvent raffiner 1,500,000 kilog. par 
an. La tonnellerie fournit annuellement aussi 12,000 barils. 

Divers déchets provenant des poudrières, des matières salpêtrées ou d'ar- 
tifice, des poudres avariées ou saisies sont destinés à fournir le nitre qu'ils 
renferment; deux chaudières spéciales sont destinées à cet usage; les disso- 
lutions qui en proviennent font retour au roulement général. 

Non-seulement chaque atelier est pourvu de tous les ustensiles néces- 
saires aux travaux qu'on y pratique, mais dans chacun les ouvriers ont à 
leur disposition les seuls objets nécessaires, rangés sur des râteliers en bois; 
un seul coup d'œil suffit pour en vérifier l'état. L'excessive propreté qui 
règne dans toutes les parties de l'établissement présente un spectacle digne 
d'être signalé, surtout quand on songe à la variété des travaux, aux masses 
de produits sur lesquels on opère, et au nombre des ouvriers qui y sont 
employés. 

La raffinerie de Lille est un modèle qu'on ne saurait trop signaler et qui 
trouvera des imitateurs dans les pays étrangers, et si, par un sentiment de mo- 
destie dont on citerait rarement des exemples, M. Violette a cru devoir dé- 



ARTS CHIMIQUES. 



97 



clarer « que c est grâce au concours de tous qu'il est parvenu à accomplir 
« l'œuvre qui lui était confiée, en faisant appel à un grand nombre pour l'ai- 
« der dans cette entreprise : aux architectes, pour les bâtiments; aux inéca- 
« niciens, pourles chemins dejfer, pompes, waggons; aux chaudronniers, pour 
« le matériel considérable en cuivre; aux ingénieurs, pour les mille détails 
« d'exécution ; aux ouvriers, pour tout le soin de la pratique. Je n'ai eu, ajoute- 
« t-il, d'autre mérite que de conduire ces forces et de diriger ces efforts ; » 
tous ceux qui visiteront la raffinerie de Lille lui en attribueront un autre, 
celui d'avoir conçu et réalisé la disposition d'un établissement qui ne con- 
naît pas de pareil, et dont l'importance sera facilement appréciée par tous 
ceux qui pourront y suivre les travaux dont nous n'avons été à même que de 
donner une légère idée. 

Le comité a l'honneur de vous proposer : 

1° D'adresser des remercîments à M. Violette ; 

2° D'ordonner l'insertion du présent rapport au Bulletin. 

Signé Gaultier de Claubry, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



ARTS CHIMIQUES. 

Etudes sur les tins : deuxième partie : des altérations spontanées ou 
maladies des vins, particulièrement dans le jura; par m. l. pasteur(l). 

a Le vignoble du Jura produit des vins rouges de qualités très-diverses et des vins 
blancs ordinaires ou de nature particulière, tels que vins blancs mousseux, vins clai- 
rets, vins jaunes ou vins dits de garde de Château Chalon et d'Arbois. Ces derniers, 
d'un prix assez élevé, sont des vins analogues au madère sec, et doués d'un bouquet 
très-agréable. 

« Les altérations spontanées ou maladies des vins ne proviendraient-elles pas de 
ferments organisés, de petits végétaux microscopiques, dont les germes se développe- 
raient lorsque certaines circonstances de température, de variations atmosphériques, 
d'exposition à l'air... permettraient leur évolution ou leur introduction dans les vins? 
Tel est le principal objet que j'ai eu en vue , dont l'idée m'avait été suggérée par 
mes recherches de ces dernières années. 



(1) Voir Bulletin de janvier 1864, p. 36. 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 



13 



98 



ARTS CHIMIQUES. 



« Je suis arrivé, en effet, à ce résultat que les altérations des vins sont corrélatives 
de la présence et de la multiplication de végétations microscopiques. Il m'a paru utile 
de dessiner ces végétations dans une planche jointe à cette Note (voir planche 292) , 
en y ajoutant les ferments organisés de quelques autres fermentations, afin que l'on 
puisse comparer entre elles les formes de ces diverses productions que je vais décrire 
succinctement. 

§ I. — Des vins acides. 

« Le Mycoderma aceli est la cause de l'acidité que prennent en tonneau les vins 
rouges ou blancs du Jura. J'ai reconnu sa présence à la surface de tous les vins, en 
nombre considérable, qui m'ont été signalés comme vins acides, vins qu'il ne faut pas 
confondre avec les vins dits tournés ou montés. 

« La fig. 1 représente le Mycoderma aceli. Ce végétal est formé d'articles courts, 
légèrement déprimés vers le milieu, et dont la longueur est un peu plus que double de 
la largeur. Ces articles sont réunis en chapelets qui, malgré la dislocation qu'amène 
la prise d'essai et l'observation microscopique, ont souvent de grandes longueurs pou- 
vant atteindre 20, 30, 40 fois la longueur d'un article. Celle-ci est de 0 mm ,0015 

environ ; elle varie un peu avec la composition de la liqueur et avec l'âge des 
articles. 

« Deux circonstances permettent d'expliquer le développement du Mycoderma aceli 
à la surface des vins du Jura. 1° Les vins blancs appelés vins jaunes ne se confection- 
nent bien que dans des tonneaux qui sont en vidange; 2" l'usage du pays est de ne 
pas ouiller les vins, soit communs, soit de qualité supérieure. Or j'ai constaté qu'un 
vin ordinaire quelconque ne peut être conservé dans un tonneau en partie vide, alors 
même que le tonneau est bondonné fortement, sans que toute la surface du vin soit 
recouverte de Mycoderma vini (fleurs du vin), ou de Mycoderma aceli (fleurs du vi- 
naigre), ou d'un mélange de ces deux Mycodermes. 

« Lorsqu'un vin tend à l'acidité, on ne peut bien étudier que sur place la cause de 
son altération, parce que le Mycoderma aceli se forme toujours à la surface et non dans 
la masse du vin. On enlève la bonde, et, à l'aide d'une baguette de verre, on prélève 
une goutte de vin. La pellicule mycodermique laisse sa trace sur la baguette, et on 
l'observe au microscope. Je vais passer en revue les circonstances qui peuvent se pré- 
senter. 

« Premier cas. — Je suppose que le Mycoderma aceli de la fig. 1, pur, sans mé- 
lange, se montre seul. Les vins jaunes en offrent de fréquents exemples. Il n'y a pas 
de doutes à garder. Le vin est malade et en voie de s'acétifier. J'ai trouvé dans ces 
nouvelles études une confirmation précieuse de celles que j'ai intérieurement présen- 
tées à l'Académie au sujet de la fermentation acétique proprement dite. 

« Si le mal est assez avancé pour que la saveur du vin accuse une acidité très-pro- 
noncée , il est irréparable. Le mieux alors est d'enlever la bonde du tonneau en la 
laissant inclinée sur l'ouverture, afin que l' acétiûcation continue plus facile, plus 
rapide, et que le vin se transforme complètement en vinaigre. 



ARTS CHIMIQUES. 



99 



« L'acétificalion est-elle peu prononcée encore, on peut rétablir le vin en saturant 
l'acide acétique par une solution concentrée de potasse caustique pure. A cet effet, 
après avoir déterminé exactement le titre acide du vin malade, et celui d'un vin ana- 
logue de bonne qualité, on sature la différence des deux titres acides par la potasse. 
Cette opération réussit toutes les fois que l'acidité due à l'acide acétique ne dépasse pas 
2 grammes environ d'acide acétique par litre. Je noterai en passant celte circonstance 
digne d'attention, que le bouquet des vins jaunes n'est nullement altéré par un com- 
mencement d'acétification. Il reparaît avec toute sa force première dès que la saturation 
par l'alcali a eu lieu. 

« Enfin, si l'acétification n'est pas sensible au goût, et indiquée seulement par la 
présence au microscope d'articles de Mycoderma aceli en voie de développement, il 
faut soutirer le vin, en ayant le soin d'arrêter à temps le soutirage pour ne pas intro- 
duire dans le nouveau tonneau la pellicule de la surface du premier. 

« Deuxième cas. — Si l'étude microscopique de la pellicule du vin offre les végéta- 
tions fig. 2, fig. 5 et fig. 3, ou d'autres variétés analogues, le Mycoderma vint (fleurs 
du vin) est seul développé. Ces figures représentent diverses variétés de cette plante 
formée de cellules globuliformes, ou d'articles plus ou moins allongés et rameux dont 
le diamètre varie de 0 mm ,002 à 0 mm ,006, et qui se reproduisent par bourgeonnement. 
Dans cette circonstance, et malgré la fonction physiologique de cette production, que 
j'ai fait connaître antérieurement à l'Académie, le vin n'a rien de fâcheux à redouter. 
Je réserve même la question de savoir si la fleur du vin, se développant dans des con- 
ditions aussi particulières, n'offre pas des avantages. Je me bornerai à faire remarquer 
aujourd'hui que la présence de ce Mycoderme apporte un changement profond aux 
rapports qui existent entre le vin et l'oxygène de l'air, comparativement à ce qui se 
passe lorsque la pratique souvent répétée de l'ouillage empêche d'une manière 
absolue la formation du Mycoderma vint. Telle est, en effet, dans ma manière de voir, 
l'influence principale de l'ouillage. Cette pratique s'oppose au développement de la 
fleur du vin, et il en résulte une mise en œuvre très-modifiée de l'oxygène de l'air 
pénétrant par endosmose par les douves du tonneau. On comprendra mieux ces obser 
vations si l'on se reporte à la première partie de ma communication. 

« Je puis être plus explicite en ce qui concerne les vins jaunes, et affirmer sans hési- 
tation que la variété de Mycoderma vini, fig. 3, est indispensable à la bonne confec- 
tion de ces vins; car, en faisant développer ce Mycoderme sur des vins artificiels, j'ai 
fait naître d'une manière non douteuse une partie du bouquet propre au vin jaune. 
Aussi je crois pouvoir conseiller de semer à la surface du vin, préparé pour vin jaune, 
le Mycoderma vini emprunté à la pellicule d'un bon vin blanc ou jaune, dans laquelle 
le microscope n'aura pas accusé le mélange d'articles de Mycoderma aceli. Le Myco- 
derma vini joint d'ailleurs à sa vertu propre celle de mettre en quelque chose obstacle 
à la propagation du Mycoderma aceti. Car il n'y a pas d'autre alternative que celle 
dont j'ai parlé. Le vin placé dans un tonneau que l'on n'ouille pas est forcément re- 
couvert d'une pellicule mycodermique, constituée par l'un ou l'autre des deux Myco- 
dermes, ou par leur mélange. Si donc le Mycoderma vini apparaît le premier, circon- 



100 



ARTS CHIMIQUES. 



stance que l'on peut favoriser par l'ensemencement, il y aura beaucoup de chances 
pour qu'il utilise à son profit exclusif l'oxygène qui pénètre peu à peu dans le tonneau, 
et qu'il nuise d'autant à la formation de son congénère (1). 

« Troisième cas. — Je suppose enfin que le microscope offre un mélange analogue 
à celui de la fig. k. C'est le mélange des deux Mycodermes, fleurs du vin et fleurs du 
vinaigre. Je l'ai rencontré sur les vins jaunes et sur les vins rouges très-fins. Il est 
rare sur les vins rouges ou blancs ordinaires, à moins que l'on ne détermine dans le 
tonneau une vidange pour ainsi dire sans cesse renouvelée, comme il arrive toutes les 
fois que l'on tire à même à un tonneau pour les besoins journaliers. 

a Les vins rouges communs ne portent que le Mycoderma vint parce que ce végétal 
se multiplie avec d'autant plus de facilité que les vins sont plus chargés de matières 
azotées et extractives. Mais lorsque le vin rouge est vieux, d'un très-bon sol ou d'une 
très-bonne année, circonstances qui contribuent à le rendre dépouillé de ces matières 
étrangères, le Mycoderma vint ne se développe plus que péniblement à sa surface et 
se mêle volontiers au Mycoderma aceli. Alors se déclare l'acétification. C'est ainsi que 
se perdent fréquemment les meilleurs vins rouges du Jura lorsqu'on les conserve 
longtemps en tonneau. S'ils restent couverts de Mycoderma vint pur, sans mélange, ils 
prennent une qualité supérieure et acquièrent le goût des vins jaunes par des motifs 
analogues à ceux que j'ai tout à l'heure indiqués. 

§ II. — Des vins qui restent doux après la fermentation. 

a La fig. 6 représente une variété de levure alcoolique fort intéressante. Il arrive 
assez souvent, principalement dans le Jura où les vendanges se font vers le 15 octobre, 
saison déjà froide et peu favorable à la fermentation, que le vin est encore doux au 
moment de Yentonnaison. Cela se présente surtout dans les bonnes années où le sucre 
est abondant et la proportion d'alcool élevée, circonstance qui nuit à l'achèvement 
complet de la fermentation, lorsque celle-ci s'effectue à température basse. Le vin reste 
doux en tonneau, quelquefois pendant plusieurs années, en éprouvant une fermenta- 
tion alcoolique insensible. J'ai toujours reconnu dans ces vins le ferment fig. 6. C'est 
une sorte de tige avec rameaux d'articles de distance en distance, lesquels sont termi- 
nés par des cellules sphériques ou ovoïdes qui se détachent facilement et forment 
comme les spores de la plante. On voit rarement le végétal aussi complet que le repré- 
sente la fig. 6, parce que ses diverses parties se disloquent, comme cela est indiqué 
dans la moitié droite de la figure. 

§ III. — Des vins amers. 

« La fig. 7 représente le ferment qui détermine la maladie désignée sous le nom 
d'amertume des vins, goût de vieux Ce sont des filaments noueux, branchus, Irès- 



(1) Cela n'arrive toutefois que dans les cas de nourriture abondante. Si le Mycoderma vint n'a 
pas d'aliments en quantité suffisante, il se mêle rapidement au Mycoderma aceti, lequel vit à ses 
dépens. Je reviendrai bientôt sur ce fait que j'ai déjà traité, mais imparfaitement. 



ARTS CHIMIQUES. 



101 



contournés, dont le diamètre atteint quelquefois 0 n,m ,004 et qui varie depuis cette 
limite jusqu'à 0 mm ,0015 environ. Ces filaments sont ordinairement associés à une foule 
de petits grains bruns, sphériques, ayant à peu près 0 mD1 ,0018de diamètre. J'ai étudié 
des vins amers de toutes les provenances, et j'y ai reconnu constamment la présence 
de ce curieux végétal, en quantité variable avec l'intensité de l'amertume du vin. 

« Cette maladie n'est pas rare dans les vins vieux du Jura; mais elle est plus fré- 
quente dans les vins de Bourgogne. Ce sont les meilleurs vins qui en sont atteints de 
préférence. Je n'en ai pas vu encore d'exemple dans les vins blancs. 

« J'ignore quant à présent sur quels principes le ferment porte son action, et quelle 
est la substance qui développe le goût d'amer. Serait-ce le tanin ou les matières azo- 
tées? Je n'ai à ce sujet que des idées préconçues. Ce ferment ne produit pas de gaz en 
quantité appréciable. 

« Je ne suis pas davantage en mesure d'indiquer un remède à cette maladie. Je ne 
puis que conseiller une étude microscopique périodique des dépôts des tonneaux, ou 
d'une bouteille isolée si le vin est en bouteille. Un peu d'habitude dans l'examen des 
dépôts des bouteilles au travers du verre fait soupçonner facilement le mal lorsqu'il 
existe : le dépôt est noir et flottant. Le dessin de la fig. 7 sera un guide sûr pour l'ob- 
servation microscopique. Aucune des autres végétations ne peut se confondre avec 
celle-ci. 

« Si le microscope accuse la présence naissante du ferment, le vin devra être immé- 
diatement collé, puis remis en bouteille. 

« Il faut attribuer en partie les pratiques si répandues du soutirage et du collage à 
l'utilité de l'aération des vins pour les améliorer et les vieillir [voir la première partie 
de ma communication), et à la nécessité de la précipitation des ferments parasites, 
afin d'éviter leurs maladies. 

§ IV. — Des vins tournés. 

« La fig. 8 représente le ferment de la maladie des vins dits tournés, montés, qui 

ont la pousse, ele Le terme par lequel on désigne celte maladie varie un peu avec 

les localités. Les vins rouges de toute nature, même les vins blancs, sont sujets à cette 
maladie. 

o Ce sont des filaments très-ténus, qui ont souvent moins de 1 millième de milli- 
mètre de diamètre. Je les ai mélangés dans la figure à quelques globules ou articles de 
la levûre alcoolique du vin. Ces filaments, étant extrêmement légers, flottent dans le 
vin et le troublent. Aussi est-on dans l'habitude de regarder le trouble du vin dit tourné 
comme étant produit par la lie qui est remontée dans le vin. Il n'en est rien. Le 
trouble est dû au ferment, fig. 8, qui s'est propagé peu à peu dans toute la masse 
du vin. On comprendrait cependant que dans certains cas, très-rares, car je n'en ai 
vu aucun exemple, la lie pût remonter et se mêler au vin par l'effet de la maladie, 
parce que le ferment dont il s'agit donne lieu à un faible dégagement de gaz. 

«Depuis l'année 1858, j'avais reconnu, dans des vins du Jura qui s'étaient altérés en 
bouteille, l'existence d'un ferment filiforme très-différent de la levûre de bière et évi- 



102 



ARTS CHIMIQUES. 



derament organisé. Mais c'est à M. Balardquel"on doit d'avoir mis en lumière, à pro- 
pos d'une expertise de vins mal faite, la production fréquente et sur une grande échelle 
de ce même ferment dans les vins dits tournés du Midi. 

« Au premier examen, le ferment des vins tournés se confond avec celui de la fer- 
mentation lactique, surtout lorsqu'il a été agité, brisé et réduit en très-petits filaments 
ou bâtonnets. Lorsqu'on l'étudié sur place, là où il a pris naissance, et sous ses divers 
aspects, on constate entre eux certaines différences qui consistent principalement en ce 
que le ferment des vins tournés est formé de filaments cylindriques très-flexibles, sans 
étranglements apparents, de véritables fils, non rameux, et dont les articulations sont 
très-difficiles à distinguer. Le ferment lactique, au contraire, est formé d'articles courts, 
légèrement déprimés à leur milieu, de telle sorte que pour un certain jour on dirait 
une série de points lorsque plusieurs articles sont réunis bout à bout. 

« Il ne faut pas exagérer toutefois la distinction des deux ferments d'après ce carac- 
tère. On le retrouve à quelque degré dans la plupart de ces productions, à cause du 
mode de multiplication par fissiparité qui leur est habituel. Aussi je m'empresse de 
remarquer, à un point de vue plus général, que la nature d'un ferment ne peut être 
rigoureusement établie que par sa fonction physiologique (1). 

« Comment éviter cette maladie des vins tournés? Cela serait facile à quiconque 
prendrait le soin d'examiner ses vins de temps à autre au moyen du microscope. Dès 
que l'on reconnaîtrait dans une goutte de vin quelques-uns des filaments de la fig. 8, 
il faudrait aérer le vin par un soutirage qui, le plus souvent, suffit pour opérer la pré- 
cipitation de tous ces filaments dans l'espace de quelques jours. Ce remède m'a paru 
assez efficace au début pour que l'on puisse croire que l'oxygène nuit à la vitalité 
propre du ferment. 

« Il arrive souvent que les vins de Champagne, ou les vins clairets et mousseux du 
Jura, prennent un goût de piqué très-désagréable. J'ai reconnu que cette altération est 
constamment produite par le végétal microscopique dont je viens de parler. 

§ Y. — Vins atteints des trois maladies précédentes. 

« La fig. 9 représente les trois ferments mélangés des fig. 6, 7, 8. C'est l'indice 
assuré que le vin a éprouvé successivement ou simultanément trois altérations diffé- 
rentes, circonstance dont j'ai rencontré des exemples fréquents dans des vins qui 
avaient conservé du sucre après les fermentations tumultueuse et insensible des pre- 
miers temps de la préparation du vin. 

§ VI. — Vins filants. 
« La fig. 10 représente le ferment des vins blancs filants. Ce sont des chapelets de 



(1) Pour mieux apprécier la différence de structure des ferments dont il s'agit, on pourra exa- 
miner simultanément les filaments du vin tourné et les petits articles de ferment lactique que 
renferme toujours le pain. L'étude de la fermentation panaire est à reprendre. Je la crois lac- 
tique et non alcoolique. 



Bu&etin de Socié/ê if'Enr/'urenje//ie/i6 ///cujrièrtw Sert*/ JV"/34 . 




np Lamoiireiuc. r. de Laeépede. 38 Paris Ali Lel>/<mï, Jsi et Si' 

MALADIE DES VINS - LEURS FERMENTS. 
SERMENTS ORGANISÉS DE QUELQUES AUTRES FERMENTATIONS, PAR Rf. L.PASTE1 11 



ARTS CHIMIQUES. 



103 



petils globules bien sphériques, ayant environ 0 mm ,0012 de diamètre; c'est un des 
ferments de la fermentation visqueuse. J'ai constaté la présence de ces très-petits 
globules sphériques dans le dépôt de tous les vins filants que j'ai pu me procurer, et je 
leur ai trouvé le même aspect et le même volume qu'aux globules qui constituent le 
ferment habituel des fermentations visqueuses artificielles. Il faudra cependant que 
des études chimiques rigoureuses viennent confirmer ces données microscopiques. 

§ VII. 

« En résumant ces études (première et deuxième parties) dans ce qu'elles ont de 
plus général, on peut dire que le vin qui est produit par une végétation cellulaire, 
agissant comme ferment, ne s'altère que par l'influence d'autres végétations du même 
ordre; et, tant qu'il est soustrait aux effets de leur parasitisme, il se fait, il se mûrit, 
principalement par l'action de l'oxygène de l'air pénétrant lentement par les douves 
du tonneau. Sous le rapport pratique, le mieux est d'essayer de prévenir les altérations 
spontanées des vins. Or, d'après les observations qui précèdent , le microscope sera le 
guide le plus sûr pour reconnaître l'existence du mal et le spécifier dans sa nature, dès 
son apparition, c'est-à-dire à un moment où il est toujours possible de le combattre. 
D'ailleurs, en suivant quelques conseils et quelques précautions très-simples, l'examen 
microscopique du vin, aidé de la planche ci-jointe, conduira promptement et facile- 
ment à un résultat. Je dois ajouter que je ne crois pas que les vins soient sujets à 
d'autres maladies que celles que j'indique dans cette communication. 

§ VIII. — Ferments organisés de fermentations qui ne sont pas propres aux vins. 

«J'ai représenté, dans les fig. 11, 12, 13, 14, 15, des ferments de fermentations qui 
ne sont pas propres aux vins, mais qu'il n'est pas inutile de connaître, surtout ceux des 
fig. 11 et 12, afin de ne pas les confondre avec les précédents. 

« Le ferment fig. 11, identique d'aspect et presque de volume avec celui de la 
fig. 10, est le ferment de l'urée dans l'urine (1). C'est encore un ferment pareil que 
l'on rencontre le plus souvent dans la fermentation du tartrate droit d'ammoniaque, 
et aussi dans la fermentation de la levûre de bière avec présence ou absence de carbo- 
nate de chaux. 

« Des expériences directes et précises pourront seules établir jusqu'à quel point ces 
chapelets de grains représentent un seul et même ferment, pouvant vivre dans des 
milieux neutres, acides ou alcalins, capables de provoquer des fermentations diverses. 



(1) Des expériences précises et longuement étudiées de M. Van Thieghem, agrégé préparateur 
à l'École normale, démontreront que ces chapelets de grains sont bien décidément le ferment de 
la fermentation ammoniacale de l'urée. Je n'avais fait que le pressentir, sans en donner des preuves 
rigoureuses, dans mon Mémoire sur la doctrine des générations dites spontanées (Jnnales de 
chimie et de physique, 3 e série, t. LXIV, p. 52). 



m 



STATISTIQUE. 



« La fig. 12 offre le ferment de la fermentation lactique, mêlé à quelques globules de 
levure de bière. Le ferment qui ressemble le plus à celui-ci est sans contredit le Myco- 
derma aceti. Ce sont, dans les deux cas, des articles à peine étranglés vers leur milieu. 
Le diamètre est sensiblement le même. La ressemblance de ces deux petits végé- 
taux cellulaires est quelquefois si grande, qu'il me paraît utile de rechercher si ce ne 
serait pas le même ferment avec deux modes de vie différents, auxquels correspon- 
draient deux manières d'agir distinctes. C'est un point d'une grande importance que 
j'examinerai avec le soin qu'il mérite. Je dois faire observer cependant que les articles 
de ferment lactique sont ordinairement un peu plus longs et moins régulièrement 
étranglés que ceux du Mycoderma aceti. 

« J'ai représenté dans les fig. 13, 14, 15 diverses variétés d'infusoires de la fer- 
mentation butyrique. C'est avec regret que je me vois contraint de rendre, par des 
figures aussi imparfaites , ces curieux vibrions. Il faudrait ajouter à leur forme le sen- 
timent de leurs mouvements, des flexions de leurs corps, des efforts qu'ils paraissent 
faire volontairement au moment de la reproduction, pour se séparer les uns des autres, 
lorsqu'ils sont réunis par chaînes d'articles. 

« Ces vibrions peuvent faire fermenter une foule de substances différentes, parmi 
lesquelles j'ai reconnu dernièrement la glycérine qui fermente sous leur influence 
avec une facilité remarquable. Et ici encore j'ai constaté que la vie de ces petits êtres 
pouvait s'accomplir en dehors du contact du gaz oxygène libre. 

« J'ai été secondé dans ces études préliminaires sur les vins, avec beaucoup de zèle 
et d'intelligence, par MM. Gernez, Lechartier, Raulin et Duclaux, agrégés préparateurs 
à l'Ecole normale. Qu'ils veuillent bien recevoir ici l'expression publique de mes 
remercîments et de mon affection. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences.) 



STATISTIQUE. 

NOTICE STATISTIQUE SUR LES MINES DE HOUILLE DE L'ARRONDISSEMENT DE VALENC1ENNES, 

PAR M. VU1LLEMIN, INGÉNIEUR. 

Le bassin houiller du nord de la France traverse l'arrondissement de Douai dans 
toute sa largeur, de la chaussée de Marchiennes à Bouchain, à la limite du déparle- 
ment du Pas-de-Calais, sur une longueur de 20 kilomètres; il y occupe une super- 
ficie de 16,000 hectares ou plus du tiers de la surface totale de l'arrondissement. 

La formation houillère y est presque partout recouverte d'une épaisseur de morts- 
terrains de 135 à 190 mètres, composée de terrains d'alluvions, de terrains tertiaires 
et crétacés. Le percement des puits à travers cette grande épaisseur de morts-terrains, 
renfermant des nappes d'eau, présente des difficultés sérieuses et occasionne des dé- 
penses le plus souvent très-considérables. 

Les premières recherches entreprises dans l'arrondissement de Douai, pour y dé- 



STATISTIQUE. 



105 



couvrir le prolongement des couches de houille exploitées depuis plus de trente ans, 
à Fresne et à Anzin, dans l'arrondissement de Valenciennes, furent exécutées à Mar- 
chiennes, puis à Equerchin, en 1752, par la compagnie William Turner. Un puits 
fut creusé dans cette dernière localité et poussé jusqu'au rocher. Il fut abandonné en 
1759, n'ayant point rencontré le charbon. 

Aucune autre recherche ne fut exécutée dans l'arrondissement jusqu'à la fin 
de 1773. 

Le 11 novembre de cette année, fut signé l'acte de société qui régit encore la com- 
pagnie des mines d'Aniche. Le fondateur de cette société était le marquis de Traisnel, 
seigneur de Villers-au-Tertre, Bugnicourt, Monchecourt et Fraissain. 

Les premiers travaux furent installés d'abord à Villers-au-Tertre, puis à Monche- 
court et enfin à Aniche, où la houille fut découverte dans la nuit du 11 au 12 sep- 
tembre 1778, à la fosse Sainte-Catherine, après cinq années de recherches et une dé- 
pense de 247,500 livres. 

De 1778 à 1791 , la production des mines d'Aniche ne s'éleva pas annuellement à plus 
de 40,000 quintaux métriques. Et cependant, dans cet intervalle, des travaux considé- 
rables avaient été exécutés et le chiffre des dépenses porté à plus de 1,300,000 livres. 

La situation de la compagnie d'Aniche n'était rien moins que prospère; la révolu- 
tion française, suivie de l'émigration de la majeure partie des sociétaires, vint aggra- 
ver encore cette situation. On vit alors des actionnaires abandonner leur part d'inté- 
rêts en payant une indemnité de 6,000 livres par action, pour être déchargés de la 
responsabilité des dettes qui grevaient la Société. 

En 1805, sous l'impulsion d'un habile directeur, M. Cavillier, l'exploitation avait 
repris une certaine activité; la production s'élevait annuellement à 200,000 quintaux 
métriques. Elle était : 

En 1815, de 250,000 quint, mét. 

1820, de 300,000 — 

1830, de 350,000 — 

En 1838, la production des mines d'Aniche était redescendue à 250,000 quintaux 
métriques. A cette époque, de nouveaux intéressés entrèrent dans l'entreprise; ils y 
apportèrent de nouveaux capitaux, commencèrent de nouveaux puits, et la produc- 
tion s'éleva successivement : 



En 1845, à 650,000 quint, mét. 

1850, à 1,083,000 — 

1855, à 2,053,000 — 

1860, à 2,350,000 — 

1862, à 3,300,000 — 



Les résultats obtenus jusqu'en 1837, par la compagnie d'Aniche, n'étaient pas de 
nature à encourager les recherches de houille dans l'arrondissement de Douai. A celle 
époque, quatre sociétés fouillèrent en même temps les terrains situés au midi d'A- 
niche. Le 29 décembre 1840, une concession leur fut accordée en commun. Elles se 

Tome XI. — 63 e année. 2° série. — Février 1864. 14 



106 



STATISTIQUE. 



réunirent en une seule société, dite compagnie anonyme des mines d'Azincourt. La 
production de cette compagnie a été successivement : 

En 1843, de 275,000 quint, mét. 

1850, de 312,000 — 

1855, de 468,000 — 

1860, de 343,000 — 

1862, de 387,000 — 

Dans la même année 1837, d'autres compagnies de recherches établirent des tra- 
vaux à Marchiennes, Vred, Auby, Cantin, Erchin; les anciens puits d'Equerchin et 
de Monchecourt furent repris. Mais tous ces travaux n'amenèrent aucune découverte 
utile. Seule, la compagnie des Canonniers atteignit la houille dans son puits de Mar- 
chiennes; une exploitation y fut même ouverte, puis bientôt abandonnée. 

En 1847, la compagnie de la Scarpe découvrit la houille dans un sondage de l'Es- 
carpelle. Une concession lui fut accordée en 1846. 

La production de cette compagnie, qui n'était, en 1850, que de 20,000 quintaux 
métriques, s'est élevée : 

En 1855, à 443,000 quint, mét. 

1860, à 863,000 — 

1862, à 1,128,000 — 

La compagnie douaisienne installa deux sondages à Roches en 1855. Ces sondages 
constatèrent la présence de la partie inférieure de la formation houillère, mais ne dé- 
couvrirent pas de couche de houille. 

Peu de temps après, la compagnie de Marchiennes installa des sondages à Antbiers, 
puis à Lallaing, contre la limite de la concession d'Aniche. Le dernier de ces son- 
dages, qui est encore en activité en ce moment, a, dit-on, rencontré la houille. 

A Lauwain-Planques et à Courcelles, la compagnie du midi de l'Escarpelle a exé- 
cuté plusieurs sondages qui ont découvert la houille. Cette compagnie est en instance 
pour obtenir une concession. 

Aujourd'hui trois concessions sont instituées dans l'arrondissement de Douai ; elles 
comprennent ensemble une superficie de 19,623 hectares, savoir : 

Concession d'Aniche 11,850 hectares. 

— d'Azincourt 3,052 — 

— de l'Escarpelle 4,721 — 

Ensemble 19,623 — 

L'exploitation de ces concessions s'effectue par 15 puits répartis ainsi qu'il suit : 

C ie d'Aniche I ® ^ u ' ls * -^ n ' c ^ e ' Auberchicourt et Somain ; 

^ ° ( 3 puits à Warier etDechy; 

9 

Compagnie d'Azincourt. . . . 3 puits à Aniche et Monchecourt; 
Compagnie de l'Escarpelle. . . 3 puits à Rootz, Fiers et Leforest. 

15 



STATISTIQUE. 



107 



Ces puits entrent en exploitation à la profondeur de 200 mètres. Tous de création 
assez récente, leur profondeur maxima ne dépasse pas 350 mètres. 

On exploite dans l'arrondissement deux sortes de houilles : des houilles grasses au 
sud du bassin, à Azincourt, Waziers, Dechy et Dorignies; des houilles sèches à flamme 
à Aniche, Auberchicourt, Somain, PEscarpelle et Leforest. 

Il est difficile de préciser le nombre des couches de houille du bassin. Certaines de 
ces couches exploitées sur un point sont inexploitables sur un autre. A la fosse Gayant, 
à celles de Dorignies, on a constaté douze couches exploitables dans le faisceau de 
houille grasse. Dans le faisceau de houille sèche, on en connaît autant. Mais le bassin 
est loin d'être exploré dans toute sa largeur, et le nombre des couches de houille à y 
exploiter est bien supérieur au chiffre de 24, actuellement connu. 

L'épaisseur des couches de houille exploitées est comprise entre 0 m ,40 et 1 mètre. 
On ne connaît que deux ou trois couches ayant cette dernière épaisseur. La moyenne 
ne dépasse pas 0 m ,60 à 0 m ,65. Heureusement que le nombre des couches fait compen- 
sation à leur faible épaisseur; les vingt-quatre couches connues représentent, en effet, 
ensemble, un massif de houille de 14 à 15 mètres d'épaisseur. 

Ce massif s'étend dans l'arrondissement sur une longueur de 20 kilomètres; 
exploité sur une hauteur de 400 mètres, il représente un cube de houille de plus de 
100 millions de mètres cubes, pouvant alimenter, pendant un siècle, une production 
annuelle de 10 millions de quintaux métriques, soit le double de la production 
actuelle. 

Le tableau ci-dessous donne la production des mines de l'arrondissement pendant 
les treize dernières années. Les chiffres de ce tableau sont extraits des annuaires du 
département du Nord : 



ANNÉES. 


ANICHE. 


AZINCOURT. 


l'escarpelle. 


TOTAUX. 




quint, niét. 


quint, mét. 


quiot. ruét. 


quint* mét. 


1850 
1851 
1852 
1853 
1854 
1855 
1856 
1857 
1858 
1859 
1860 
1861 
1862 


1,083,958 
1,211,399 
1,512,121 
1,716,861 
1,868,114 
2,053,386 
2,234,039 
2,329,509 
2,367,022 
2,813,296 
2,649,618 
2,879,114 
3,300,000 


312,151 

364,035 
335,546 
394,401 
493,844 
468,574 
448,839 
327,761 
329,223 
328,262 
343,826 
460,432 
387,000 


20,088 
280,516 
251,715 
207,510 
316,569 
443,450 
447,437 
518,666 
574,226 
572,574 
863,165 
1,022,347 
1,128,000 


1,416,197 

1,815,950 
2,098,382 
2,318,772 
2,678,527 
2,965,410 
3,130,315 
3,175,936 
3,270,471 
3,714,132 
3,856,609 
4,361,893 
4,815,000 



L'accroissement total de la production, pendant les douze dernières années, est de 
3,399,000 ou de 240 pour 100, soit, en moyenne, par année, de 283,000 quintaux 
métriques. 



108 



STATISTIQUE. 



Les annuaires du département fournissent les chiffres suivants pour les ouvriers 
occupés dans les mines de houille depuis 1850 : 



ANNÉES. 


ANICHE. 


AZINCOURT. 


l'escarpelle. 


TOTAUX. 


1850 


1306 


383 


202 


1891 


1851 


1366 


427 


332 


2125 


1852 


1395 


io l 






1853 


1588 


474 


355 


2417 


1854 


1705 


455 


270 


2430 


1855 


1747 


436 


556 


2939 


1856 


2020 


548 


557 


3125 


1857 


2141 


529 


470 


3140 


1858 


2238 


564 


445 


3247 


1859 


2305 


502 


502 


3309 


1860 


2288 


523 


500 


3311 


1861 


2277 


517 


851 


3645 


1862 


» 


» . 


» 


b 



Le nombre des ouvriers employés dans les mines de houille a doublé de 1850 à 
1861. Pendant le même temps, la production a triplé; aussi le nombre de quintaux 
métriques fourni par un ouvrier s'est-il élevé de 750 en 1850 à 1,200 en 1861. Ce 
résultat est remarquable. Il montre en même temps que les chômages sont beaucoup 
moindres actuellement qu'en 1850, que des méthodes plus perfectionnées ont été 
appliquées dans l'exploitation, et enfin que l'ouvrier, mieux rétribué, par conséquent 
jouissant d'un plus grand bien-être, produit plus de travail. 

Les ouvriers attachés aux mines de houille sont sédentaires, et il est rare qu'ils se 

j lacent. On constate que, en moyenne, une famille fournit un ouvrier et demi ; de 
sorte que les 3,645 ouvriers employés en 1861 appartiennent à 2,430 familles. 
Chaque famille étant, en moyenne, composée de cinq membres, il en résulte que 
12,150 personnes, soit le sixième des habitants des quatre cantons de l'arrondisse- 
ment dans lesquels sont situés les sièges d'extraction, vivent des salaires que pro- 
curent les mines de houille. 

Les compagnies d'exploitation ont dû créer, à proximité de leur siège d'extraction, 
des habitations susceptibles de loger les familles du nombreux personnel qui leur était 
nécessaire. Le nombre de maisons d'ouvriers ou logements ainsi construits par les 
compagnies s'élève à 650, habités par autant de familles ou 3,250 personnes, et 
représentant un capital de 1,300,000 fr. Les compagnies fournissent donc le logement 
à plus d'un quart de leurs ouvriers, et ce moyennant une rétribution mensuelle 
de 4 à 5 fr. par maison, composée de deux à 4 pièces, avec cave, grenier et 
petit jardin. 

La plupart des travaux exécutés dans les mines de houille se font à la tâche, qui 
est réglée, pour l'ouvrier fait ou le mineur proprement dit, sur un prix de journée 
fixe correspondant à un travail ordinaire de huit heures. 

Le prix de journée régulateur de la tâche était, en 1830, de 1 fr. 50. 

Il a été élevé successivement : 



STATISTIQUE. 



109 



En 1832, à 1 fr. 60 

1836, à 1 fr. 80 

1840, à 2fr. » 

1846, à 2 fr. 30 

1848, à 2 fr. S0 

1854, à 2fr. 75 

Dans l'espace de vingt-cinq ans, le prix de la journée a donc augmenté de 
83 pour 100. 

Les renseignements manquent pour donner exactement le chiffre des salaires payés 
par les mines de houille antérieurement à 1861. Mais, d'après les renseignements 
recueillis dans la principale exploitation, les salaires étaient : 

En 1850 750,000 fr. environ. 

1855 1,550,000 — 

Pour 1861, ils s'élèvent à 2,550,000 — 

En rapportant les salaires payés au nombre d'ouvriers employés, on voit que le 
salaire annuel d'un ouvrier était : 

En 1850, de 402 francs. 

1855, de 527 — 

1861, de 700 — 

En dix ans, le salaire annuel moyen de l'ouvrier mineur a donc augmenté de 402 à 
700 fr., soit de 74 pour 100. 

En admettant trois cents jours de travail dans l'année, le prix moyen de la journée 
de l'ouvrier employé aux mines ressort, en 1861, à 2 fr. 33. 

II faut remarquer que ce chiffre est une moyenne qui s'applique aux ouvriers de 
toute espèce ; que parmi les ouvriers dont il s'agit il y a un grand nombre de 
jeunes gens, d'enfants de douze à quinze ans, de vieillards, occupés au jour, et dont 
les salaires sont au-dessous de la moyenne de 2 fr. 33. Par contre, les mineurs pro- 
prement dits gagnent, en moyenne, 3 fr. 50, et beaucoup d'entre eux 4 fr. et4fr. 50 
par jour. 

Chaque famille de mineur, comprenant, en moyenne, un ouvrier et demi, a donc 
pour budget de dépense 1,050 fr. 

Il existe dans chaque compagnie d'exploitation de l'arrondissement une caisse de 
secours, formée d'une retenue obligatoire sur les salaires, d'une cotisation de la com- 
pagnie et du produit des amendes. Cette caisse fournit à tout ouvrier malade les soins 
d'un médecin, les médicaments et un secours en argent généralement de 1 fr. par 
jour. Elle assure des pensions aux ouvriers âgés devenus impropres aux travaux du 
fond ou du jour, pensions qui s'élèvent souvent à 300 et 360 fr. par an, et aussi à 
leurs veuves. Deux enfants par famille sont admis dans les écoles communales aux 
frais de cette caisse. 

Les ressources de cette caisse de secours sont en raison des salaires payés, et, par 
suite, considérables. Ainsi, en 1861, elles se sont élevées à plus de 100,000 fr., chiffre 



110 



STATISTIQUE. 



permettant de répartir en secours de toute nature 27 fr., en moyenne, par chaque 
ouvrier, ou 40 fr. par famille. 

Des développements qui précèdent, on est en droit de conclure que les conditions 
d'existence de l'ouvrier employé dans les mines sont des plus favorables : travail 
assuré pour lui et les siens pendant toute l'année, salaire élevé, secours en cas de ma- 
ladie, pension dans les vieux jours, instruction gratuite pour ses enfants, et pour la 
plupart logement convenable à un prix de location très-bas. A ces avantages il faut 
ajouter le charbon nécessaire au chauffage, qui est accordé gratuitement par les com- 
pagnies à toutes les familles. 

On ne peut dissimuler que le travail de l'ouvrier mineur est pénible ; mais il faut 
reconnaître que l'administration toute paternelle des compagnies cherche, par tous 
les moyens, à écarter les difficultés et les causes de danger que présente ce travail. 

La tâche de l'ouvrier est appropriée à ses forces ; d'abord faible, elle augmente suc- 
cessivement, puis elle diminue avec l'âge. Quand l'ouvrier est forcé de quitter le 
fond, il est occupé au jour. 

La fatigue que l'ouvrier éprouverait à descendre et à remonter par les échelles a été 
généralement annulée ; l'introduction et la sortie de la mine s'effectuent dans des 
cages munies de parachutes. 

L'aérage des travaux a atteint toute la perfection désirable par l'emploi de machines 
qui renouvellent l'air constamment. 

Des chevaux ont remplacé la majeure partie des jeunes gens qui faisaient autre- 
fois le transport souterrain; ceux-ci ont pu être ainsi occupés à un travail plus 
rémunérateur. 

Un fait incontestable, c'est que la constitution physique du mineur s'est améliorée, 
dans ces dernières années, d'une manière remarquable, par suite des modifications 
apportées dans le travail, de l'augmentation des salaires et, comme conséquence, du 
bien-être. 

L'ouvrier mineur aime son état, qui lui donne une certaine indépendance. Il tra- 
vaille à la lâche, n'est pas astreint à des heures fixes pour le commencement et la fin 
de son travail, et peut disposer de quelques heures par jour pour se divertir ou s'oc- 
cuper de travaux de jardinage. 

Les salaires forment la principale dépense de l'exploitation. Mais les mines con- 
somment des quantités considérables de matières dont il est utile de faire connaître 
les chiffres. 

Elles ont employé en 1861 : 



Perches 420,000 fr. 

Autres bois 125,000 



Ensemble 545,000 

Huile pour l'éclairage 132,000 

Soit une quantité de 1,320 tonnes de 1 hectolitre. 

Métaux, fer, fonte, acier, cuivre, plomb, zinc, étain. 190,000 

Câbles de mines 50,000 



STATISTIQUE. 



111 



Charbon consommé par les machines, 230,000 quintaux métriques, soit 5 pour 100 
de la production. 

L'extraction de la houille s'opère actuellement avec de puissantes machines à vapeur, 
généralement à deux cylindres horizontaux et de la force de 100 à 150 chevaux. 

Ces machines, adoptées depuis quelques années seulement, ont remplacé presque 
partout d'anciennes machines de 35 et même 20 chevaux. 

D'autres machines font mouvoir les pompes, d'autres les ventilateurs, etc. 

En 1861, il existait sur les mines 27 machines à vapeur d'une force totale de 
1,778 chevaux, répartis ainsi : 

Compagnie d'Aniche, 16 machines 1,173 chevaux. 

— de l'Escarpelle, 6 machines 360 — 

— d'Azincourt, 5 machines 245 — 

En 1861, les mines de houille occupaient 135 chevaux à elles appartenant, sans 
compter les voitures étrangères qu'elles emploient au transport de leurs produits. 

Sur ces 135 chevaux, 50 sont des petits chevaux des Ardennes, qui transportent les 
charbons dans les galeries souterraines et ne remontent au jour que lorsqu'ils tombent 
malades. 

Le chemin de fer transporte la majeure partie des houilles de l'arrondissement; la 
plupart des fosses sont reliées aux gares de Somain, de Douai et de Leforest par des 
embranchements ferrés, dont le développement total est de 9 kilomètres. Les waggons 
de la compagnie du Nord viennent se charger directement aux fosses. 

Il a été expédié des gares de 



Somain. Douai. Leforest* Ensemble. 

1858 2,058,900 265,400 148,700 2,473,000 

1859 1,988,750 338,520 134,650 2,461,920 

1860 1,861,630 793,300 96,600 2,751,530 

1867 2,126,910 927,300 195,700 3,249,910 



C'est surtout au départ de Douai que les expéditions ont pris le plus de développe- 
ment dans ces dernières années. De 265,400 quintaux métriques en 1858, elles se 
sont élevées à 927,300 en 1861 et ont presque quadruplé en quatre ans. 

L'arrondissement de Douai fournissait au chemin de fer du Nord, jusqu'en 1861, 
la moitié des bouilles qu'il transportait des bassins du Nord et du Pas-de-Calais. 

En 1862, les expéditions des 4,815,000 quintaux métriques produits par les mines 
de l'arrondissement se sont réparties ainsi qu'il suit : 

Chemin de fer 3,250,000 quint, mét. 

Canaux 1,100,000 — 

Roules de terre 465,000 — 

4,815,000 — 

On remarquera que le transport par voitures figure pour un chiffre peu important; 
mais il faut observer que beaucoup d'usines de l'arrondissement reçoivent leurs 



m 



STATISTIQUE. 



houilles aux gares des chemins de fer ou des canaux situés à leur proximité ; elles y 
envoient leurs voitures plutôt que de les envoyer aux fosses. 

Les embarquements des houilles se font presque exclusivement à Douai, au Ma- 
riage et à Dorigny, où les compagnies d'Aniche et de l'Escarpelle ont établi des 
rivages importants. 

La statistique de diverses industries permettra d'établir la consommation de houille 
de l'arrondissement. En attendant, la consommation pour le chauffage domestique 
peut être évaluée ainsi qu'il suit : 



Octroi de la ville de Douai, 



ANNÉES. 


CONSOMMATION 

domestique 
assujettie au droit 
d'entrée. 


CONSOMMATION 

des 

établissements industriel! 
exemptés 
du droit d'entrée. 


ENSEMBLE. 




Hectolitres. 


Hectolitre!. 


Hectolitrei. 


1855 
1856 
1857 
1858 
1859 
1860 
1861 
1862 


243,726 
239,620 
224,021 
258,537 
253,304 
247,343 
265,949 
266,051 


73,902 
99,356 
91,030 
97,075 
99,542 
101,411 
108,899 
113,866 


317,628 
338,976 
315,051 
355,612 
352,846 
348,754 
374,848 
379,917 


Moyenne. 


249,818 


98,135 


347,953 



La population de la ville de Douai est de 24,486 habitants. Chacun d'eux con- 
somme, en moyenne, 10 hectolitres ou 9 quintaux métriques. 

Appliqué aux 103,051 habitants de l'arrondissement, ce chiffre donne 927,429 quin- 
taux métriques pour la consommation totale de la houille dans le chauffage domes- 
tique, ou 20 pour 100 de la production. 

Le tableau ci-dessous montre que de 1855 à 1862 la consommation de la houille, 
dans la ville de Douai, a augmenté : 

Pour le chauffage domestique, de 22,325 hectolitres, ou près de 10 pour 100. 

Pour les établissements industriels, de 39,964 — 54 — 

Et sa totalité, de 62,289 hectolitres, ou près de 20 pour 100. 

Ce résultat est une preuve de plus du mouvement industriel qui s'est produit a 
Douai dans ces dernières années. 



STATISTIQUE. 



113 



En 1800, la houille tout-venant se vendait, sur le carreau, 30 sols l'hectolitre comble, 

soit 1 fr. 50 le quintal métrique ; 
1810, 29 sols l'hectolitre comble, soit 1 fr. 45 — 



1820, 1 fr. 70 — 1 fr. 70 

1830, 1 fr. 50 — 1 fr. 50 

1840, 1 fr. 35 — 1 fr. 35 

1850, 1 fr. 20 l'hectolitre ras, soit. . . 1 fr. 35 

1860, 1 fr. 40 — 1 fr. 55 

1861, 1 fr. 30 — 1 fr. 44 



Ces prix s'appliquent à la vente au détail par voitures; mais, depuis 1840, des 
primes de 5 à 20 centimes par hectolitre sont allouées sur ces prix aux marchands ou 
aux industriels qui achètent des quantités importantes. 

Pendant les soixante-trois dernières années, les prix de vente au détail n'ont pour 
ainsi dire pas varié, et la consommation domestique paye aujourd'hui le charbon à peu 
près au même prix qu'en 1800. 

L'exploitation des mines a cependant fait bien des progrès depuis le commence- 
ment de ce siècle; mais toutes les améliorations qu'elle a réalisées n'ont eu pour 
résultat que de compenser le renchérissement de la main-d'œuvre et des principaux 
objets de consommation. Le même fait s'est produit dans l'agriculture ; le prix du blé 
n'a pas sensiblement varié depuis 1800. 

Pour l'année 1862, le prix moyen de vente des houilles est ressorti à 1 fr. 30 le 
quintal métrique. La production ayant été de 4,815,000 quintaux métriques, la va- 
leur créée par l'industrie houillère de l'arrondissement est de 6,260,000 fr. 

Ce chiffre paraît tout d'abord peu considérable ; mais il faut remarquer que la ma- 
tière première, les couches de houille déposées dans le sein de la terre, n'a pas de 
valeur proprement dite; par suite, le produit est entièrement créé par le travail de 
leur exploitation. 

Dans le bassin du Nord et du Pas-de-Calais, l'établissement d'une exploitation pro- 
duisant 100,000 tonnes annuellement exige, dans les conditions ordinaires, un ca- 
pital de 5,500,000 fr., qui se décompose ainsi (1) : 



Trois puits avec terrains, bâtiments et machines, à 600,000 fr. l'un 1,800,000 fr. 

Logement pour un tiers de ses ouvriers : 250 maisons, à 2,000 fr. l'une. . 500,000 

Ateliers, magasins, bureaux, outillage et approvisionnements 350,000 

Chemin de fer, pavés, port d'embarquement 350,000 

Fonds de roulement 500,000 



Total comme ci-dessus 3,500,000 



La production des mines de l'arrondissement a été, en 1862, de 4,815,000 quintaux 
métriques; le capital engagé dans cette industrie est, par suite, de 16,850,000 fr. 

Ce chiffre est plutôt trop faible que trop élevé, ainsi qu'il résuite de la valeur attri 
buée par l'opinion publique aux actions des compagnies d'exploitation. 



(1) Situation de l'industrie houillère en 1860, par le comité des houillères françaises. 
Tome XL — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 15 



114 



STATISTIQUE. 



La valeur vénale de ces actions donne pour le capital engagé dans les mines de 
houille de l'arrondissement : 

Compagnie d'Aniche, 260 actions, à 55,000 fr. l'une 14,300,000 fr. 

Compagnie de l'Escarpelle, 6,000 actions, à 1,000 fr. l'une 6,000,000 

Compagnie d'Azincourt, 1,500 actions à 800 fr. l'une 1,200,000 

Ensemble 21,500,000 

Résumé. 

Les développements donnés ci-dessus sur l'industrie des houilles dans l'arrondis- 
sement de Douai peuvent se résumer ainsi : 

1° Les premières recherches de mines ont été exécutées en 1752 ; la houille n'a 
été découverte toutefois qu'en 1778, à Aniche. 

2° Trois concessions sont établies dans l'arrondissement ; elles occupent 19,623 hec- 
tares, ou plus du tiers de la surface de l'arrondissement. 

3" Ces concessions sont exploitées par quinze puits, qui ont produit, en 1862, 
4,815,000 quintaux métriques. 

4° Elles occupent 3,645 ouvriers appartenant à 2,430 familles représentant 
12,150 individus. 

5° Elles distribuent annuellement en salaires 2,550,000 fr., soit 700 fr. à chacun 
de leurs ouvriers. 

6° Elles consomment en outre : 



Perches et bois pour 545,000 fr. 

Huile 132,000 

Métaux 190,000 

Câbles 50,000 

Charbon 300,000 

Etc., etc. 



7° Elles emploient 27 machines à vapeur représentant une force de 1,778 chevaux. 
8° Elles fournissent au chemin de fer un transport de 3,250,000 quintaux 
métriques. 

9° Rien que pour le chauffage domestique, l'arrondissement de Douai consomme 
plus de 1 million d'hectolitres de houille. 

10° Le prix moyen de vente en 1861 est de 1 fr. 30 le quintal métrique. 

11° La valeur créée par l'exploitation des mines est de 6,260,000 fr., 
représentant uniquement des salaires, des consommations et le bénéfice des 
exploitants. 

12° Les capitaux engagés dans les mines de l'arrondissement s'élèvent à près de 
17 millions de francs. 

( Bulletin de la Société de l'industrie minérale. ) 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



115 



NOTICES INDUSTRIELLES 

EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

Construction «l'une «ligue à Glascow dans les eaux profondes, par 
MSI. Miller et Bell. — La construction des digues et des môles qui doivent, à la 
mer, soutenir le choc des vagues est un des principaux problèmes de l'architecture 
hydraulique, et, comme elle entraîne ordinairement des dépenses extrêmement considé- 
rables, on a imaginé un grand nombre de systèmes qu'il est inutile d'énumérer, parce 
que la plupart sont bien connus ; mais nous allons décrire brièvement la méthode 
iugénieuse que MM. Miller et Bell viennent d'employer, à Greenock (port maritime 
de Glascow), pour exécuter dans l'eau profonde une digue très-large et très-longue. 

Selon l'alignement de cette digue, on a commencé par creuser, avec des dragues, 
deux tranchées parallèles atteignant une profondeur de 4 m ,27 au-dessous du niveau 
de l'eau pendant la basse mer. Sur des pieux provisoires on a ensuite établi un 
plancher pour recevoir les sonnettes à vapeur, les grues mobiles, les autres appareils 
et les matériaux. On enfonça ensuite, au moyen de la vapeur, des pieux en fonte, 
espacés de 2 m ,13 et formant deux rangs parallèles, sur les limites extrêmes de la 
largeur de la digue projetée. Ces pieux furent battus jusqu'à ce que leurs têtes se trou- 
vassent au niveau le plus bas des eaux pendant le reflux. Les pieux situés vis-à-vis 
l'un de l'autre furent ensuite reliés par un tirant. Ces pieux portent de chaque côté 
deux nervures venues de fonte et formant une sorte de coulisse verticale; près du 
fond, ils portent aussi une saillie. On commença par niveler, au moyen d'une couche 
de béton, les intervalles qui les séparaient; puis on acheva de remplir ces intervalles 
avec des dalles de granit, d'une longueur égale à l'écartement des pieux, en sorte que 
cet écartement, entre deux pieux voisins, se trouve fermé comme par une cloison de 
poutrelles entre des bajoyers. Ces dalles de granit ont été taillées assez exactement pour 
ne laisser entre leurs extrémités et les pieux que des points peu ouverts dans lesquels 
on a coulé du ciment. Elles reposent sur la couche de béton et sur la saillie en fonte 
qui se trouve au bas des pieux. Elles ont de 0 m ,46 à 0 m ,61 d'épaisseur; trois d'entre 
elles suffisent pour former une épaisseur de 4 m ,88. Devant ces dalles, on coula ensuite 
du béton, au moyen de caisses à fond mobile, après avoir construit un enrochement 
avec des moellons amoncelés, afin d'empêcher le béton de se répandre, avant son 
durcissement, dans l'intérieur de la digue. Le corps de celte digue a été construit avec 
des fragments de granit. Lorsque la construction est parvenue au niveau des eaux 
du reflux, et que son tassement a été achevé, on l'a couverte d'une assise en grosses 
pierres de granit sur laquelle on a ensuite exécuté, avec du mortier hydraulique, la 
maçonnerie de la partie supérieure de la digue, dont les parements sont seuls en 
pierres de taille, l'intérieur étant formé de moellons et de débris. Cet ouvrage, très- 
solide, n'a donc coûté qu'un prix relativement peu élevé. {Breslauer Geiverbeblatt, 
et Dinglcr's Polytechnischcs Journal.) 



116 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



Sur une nouvelle matière propre à garnir les boîte» à étoupe élans 
les machines à vapeur, par Unger, de Berlin, et par M. 16 . Jaconl, 
mécanicien, à Hcttstadt. — On a employé presque exclusivement jusqu'à pré- 
sent, pour la garniture des boîtes à étoupe, dans les machines à vapeur, des tresses 
ou des nattes de chanvre ou de lin, qui, soumises à une température de plusdelOO°C, 
à une humidité constante, et à un frottement continuel, s'usent avec rapidité. Il en 
résuliedes fuites qui obligent inévitablement de resserrer souvent le chapeau de la 
boîte, d'ajouter de temps en temps un supplément d'étoupe et même de renouveler 
complètement la garniture. Quand on resserre !e chapeau, on le fait souvent 
avec plus de force qu'il ne serait nécessaire, et l'excès inutile de pression qui en 
résulte sur la tige du piston entraîne des frottements irréguliers, et des pertes de 
puissance qui, surtout dans les boîtes courtes, alternent avec des fuites très-impor- 
tantes. 

L'auteur ayant, depuis quelque temps, reçu de M. Unger, fabricant d'objets en 
caoutchouc, à Berlin, une autre matière propre au même usage, consistant en ron- 
delles de différents diamètres, composées alternativement de couches de toile à voile et 
de caoutchouc vulcanisé, passées ensemble au laminoir, et comprimées en une seule 
masse, l'auteur, dis-je, résolut d'en faire l'expérience, quoiqu'il lui parût certain que 
le mélange du caoutchouc devait attaquer et affaiblir beaucoup la toile à voile, et en 
réduire la durée au-dessous de celle du chanvre ou du lin pur. Le caoutchonc ne lui 
semblait pas, non plus, présenter une résistance suffisante. Il a, néanmoins, garni de 
cette manière, pendant cinq mois, les deux boîtes à étoupe dans lesquelles se meut, 
nuit et jour, la tige en fer forgé du piston d'une machine à vapeur de 20 chevaux, qui 
travaille sous une pression de l k ,78 au centimètre carré et dont la manivelle fait de 
14 à 15 révolutions par minute. On a dû, à la vérité, pendant quelques jours, serrer 
plusieurs fois le chapeau de la boîte, et même, au bout d'une huitaine, achever de 
remplir la boîte de nouvelles rondelles, mais ensuite la garniture se montra étanche à 
un tel degré, qu'il suffit de serrer le chapeau de temps en temps, et que ce soin de- 
vint même tout à fait inutile au bout de deux mois. Depuis trois autres mois, ces deux 
boîtes fonctionnent sans avoir laissé apercevoir la moindre fuite, résultat qui, eu 
égard au travail non interrompu de la machine, est déjà extrêmement satisfaisant et 
que chaque nouveau jour de marche rend de plus en plus intéressant. On peut même, 
avec une pleine assurance, supposer que ces conditions se maintiendront encore 
pendant deux ou trois mois, et même probablement pendant six mois et plus. Si l'on 
s'arrête à l'évaluation moyenne de six mois en tout, on voit que la durée de cette 
nouvelle garniture sera quadruple ou quintuple de celle du chanvre et du lin, tan- 
dis que la dépense n'est que double. 

L'auteur a fait récemment remplir de cette manière plus de vingt boites à 
étoupe, qui ont donné jusqu'à présent les mêmes résultats, et il estime, par con- 
séquent, que l'emploi de celte nouvelle garniture ne saurait être trop recommandé. 
(Dinglers Polylechnisches Journal.) 

M»u commerce du coton dans 1'Bndc. — M. Samuel Smith, qui a été envoyé 
dans l'Inde, par une maison de commerce importante, pour étudier la question du 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



117 



coton, a publié en 1863, dans un journal de Liverpool, une série de lettres très-in- 
téressantes qui viennent d'être réunies en brochure. 

Ce n'est guère que depuis la crise américaine, depuis le blocus des ports du Sud, 
que l'attention des filaleurs s'est portée sur le colon de l'Inde. Déjà, en 1862, l'em- 
ploi en était recommandé, et l'on peut constater aujourd'hui que, depuis lors, la cul- 
ture a fait des progrès sensibles un peu partout. Le coton de l'Inde qui, il y a deux 
ans, occupait à peine le second rang dans la filature anglaise, et qui ne s'employait 
même pas dans certains pays, en France notamment, est devenu, grâce aux circon- 
stances, l'aliment principal de l'industrie cotonnière de la Grande-Bretagne et du con- 
tinent. Ses différentes provenances, sa qualité sont maintenant mieux connues; mais 
ce que Ton ignore généralement, ce que l'on ne connaît encore qu'imparfaitement, 
ce sont les motifs qui ont empêché l'Inde de remplacer tout d'un coup l'Amérique 
comme pays producteur, les causes qui contribuent à l'imperfection de qualité, 
aux mélanges, aux fraudes, aux variétés de la plante et de son produit. Telles sont 
les questions qu'a abordées M. Samuel Smith et qu'il a traitées en observateur con- 
sciencieux et expérimenté. 

Après avoir parlé de l'étendue de la production du coton dans l'Inde, de son futur 
développement, du commerce auquel il donne lieu dans l'intérieur du pays, de la 
condition des fermiers qui le cultivent, des causes de son infériorité, du plus ou moins 
de possibilité de l'améliorer, des transactions qui ont lieu sur le marché de Bom- 
bay, etc., l'auteur en arrive à cette conclusion que X Inde ne 'peut, comme région co- 
tonnière, remplacer l'Amérique, et voici comment il récapitule les raisons sur les- 
quelles il base cette opinion : 

Le coton cultivé dans l'Inde, dit-il, est essentiellement inférieur à celui de l'Amé- 
rique. Celte infériorité n'est pas la conséquence d'une culture défectueuse et d'une 
graine imparfaite, mais elle résulte principalement et inévitablement des vices du 
climat et du sol. Le coton indigène de l'Inde est le produit naturel du pays et ne peut 
être ni remplacé ni matériellement amélioré par des combinaisons humaines. Il pour- 
rait certainement être mieux préparé et arriver en Angleterre en meilleure condition, 
mais cette amélioration même doit s'accomplir graduellement, et alors l'article de 
l'Inde sera encore essentiellement inférieur à celui d'Amérique. 

De plus, le rendement du coton dans l'Inde est de beaucoup inférieur à celui de 
l'Amérique. Un acre (0 hect ,40) produit, dans certains districts, 60 livres (27 kilog.); 
dans d'autres, 70 à 80 livres (31 k ,50 à 36 kilog.). Cette dernière quantité est consi- 
dérée comme un bon rapport, et c'est ce que produit environ la graine d'Amérique 
dans le Darouar; mais, en Amérique, on considère comme une récolte médiocre celle 
qui donne une demi-balle (220 livres, soit environ 100 kilog.) à l'acre (200 kilog. à 
l'hectare), et dans les vallées bordant les fleuves on récolte souvent une balle 
à l'acre. 

Il y a même peu de probabilité qu'on puisse augmenter beaucoup le rendement 
dans l'Inde. Le système indigène de culture est lent, mais il est aussi bien adapté au 
sol qu'aucun mode introduit par les Européens; et, quand même il n'en serait pas 



118 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



ainsi, c'est le seul système qu'on puisse pratiquer sur une grande échelle et celui qu'on 
emploiera encore certainement pendant bien des années. 

En outre, le prix de revient, comparé à celui des autres produits de la terre, est 
bien plus grand qu'en Amérique. Quand le coton d'Amérique valait 6 pence 
(0 fr. 60) la livre (0 k ,45), c'était une récolte avantageuse pour le planteur du Sud; 
mais quand le coton de l'Inde valait 4 1/2 pence (0 fr. 43), prix relativement égal, 
c'était une très-mauvaise récolte pour le fermier indien. On en cultivait dans quelques 
districts seulement; c'était un assolement peu employé et l'on en exportait fort peu. 
Lorsque le coton de l'Inde n'atteignait pas ce prix, le commerce d'exportation tendait 
rapidement à s'éteindre; tandis que, si le coton d'Amérique tombait à 4 pence (Ofr. 40), 
la production ne diminuait pas, car, à ce prix même, le planteur trouvait autant d'a- 
vantage en celte culture qu'à toute autre. 

C'est donc au moyen de prix excessifs seulement que l'on peut tirer de l'Inde de 
grands approvisionnements, et, toutes les fois que les prix retourneront à leur niveau 
normal, la production diminuera en proportion. Certainement, si les prix restent pen- 
dant plusieurs années à 1 scbelling (1 fr. 25) et plus la livre, on pourra, à la longue, 
tirer de ce pays une quantité de coton égale à celle des États du Sud de l'Amérique; 
mais la qualité en sera de plus en plus mauvaise, car le coton à courte soie de l'Inde 
supérieure fournira une grande partie du coton exporté. 

M. Smith croit inutile de faire remarquer aux manufacturiers deManchesler qu'une 
quantité suffisante de coton inférieur de l'Inde, à 1 scbelling la livre, est une cause de 
ruine pour l'industrie ; car, avec la matière première à ce prix, la consommation des 
articles de coton doit diminuer de moitié ou à peu près, et par conséquent la moitié 
des métiers doit cesser de fonctionner. 

L'auteur résume donc ainsi la question : l'Angleterre et tout le continent doivent 
supporter des perles considérables, en ce qui concerne l'industrie cotonnière, tant 
que le commerce avec les ports du sud de l'Amérique ne sera pas rétabli, car il est 
évident que les efforts tentés par tous les autres pays seront, au moins pendant des 
années, aussi impuissants que ceux de l'Inde. 

Cependant, ajoute M. Smilh, quoique l'Inde ne puisse remplacer l'Amérique, elle 
peut fournir un supplément appréciable. Si la guerre se termine sans produire d'anar- 
chie dans le Sud, l'Amérique pourra, sans doute, fournir les deux tiers ou les trois 
quarts des approvisionnements qu'on en tirait autrefois, lors même qu'un système 
sage et équitable d'émancipation y serait adopté. Au lieu d'expédier 4,000,000 de 
balles par an, elle en pourrait fournir 2,500,000 ou 3,000,000, mais à un prix beau- 
coup plus élevé. Supposons que le coton d'Amérique se vende, pendant quelques an- 
nées, de 9 à 12 pence (0 fr. 93 à 1 fr. 25) la livre, le coton de l'Inde vaudrait de 7 à 
9 pence (de 0 fr. 72 à 0 fr. 93) la livre, et, à ce prix, non-seulement la production 
actuelle, déjà augmentée, se maintiendrait, mais on serait encouragé à l'accroître en- 
core. A ces prix, l'Inde pourrait fournir à l'Europe 1,500,000 balles au lieu de 
500,000, et cette quantité, avec celle que d'autres pays pourraient produire, supplée- 
rait, à peu près, à l'insuffisance du produit de l'Amérique. 



NOTICES INDUSTRIELLES . 



119 



Préparation du chlorure de chaux, par M. C Schradcr. — Voici 
les conditions que l'auteur indique comme indispensables pour obtenir une bonne 
préparation de chlorure de chaux, capable de conserver longtemps ses propriétés : 

1° La chaux employée doit être exempte de fer et d'alumine. L'hydrate peut con- 
tenir de 6 à 12 pour 100 d'eau sans nuire au résultat. 

2° Le chlore doit être dirigé lentement à travers l'hydrate de chaux. Sans cette 
précaution, l'absorption peut donner lieu à une élévation de température et déter- 
miner la formation d'une certaine quantité de chlorate. 

3° Lorsque l'hydrate est sursaturé de chlore, le chlorure obtenu se décompose 
rapidement; en conséquence, il est indispensable que l'hydrate et le chlore soient 
employés en proportions convenables, déterminées par la pratique; ces proportions 
devront nécessairement varier suivant le degré de concentration de l'acide et la pureté 
du manganèse sur lequel il doit agir. 

4° L'affinité de l'hydrate de chaux pour le chlore diminue en proportion de l'ab- 
sorption decegaz; ainsi, à la fin de l'opération, l'appareil devra contenir une certaine 
quantité de chlore gazeux en liberté, à moins que le chlorure fabriqué ne renferme 
un excès d'hydrate. 

En ayant égard à ces précautions, on obtiendra un produit qui contiendra de 33 à 
35 pour 100 de chlore, bien actif et qui ne perdra que 3 à 4 pour 100 de sa force dans 
le cours d'une année. {The Artizan.) 

Du commerce de l'ivoire en Angleterre. — A la fin du dernier siècle, 
l'industrie anglaise ne consommait pas plus de 192,600 livres (87,248 kil.) d'ivoire 
par année. En 1827, cette consommation s'élevait déjà à 364,784 livres (165,247 kil.) 
provenant de 3,040 éléphants mâles, ce qui donne 6,080 dents pesant chacune, en 
moyenne, 60 livres (27 l ,180). Aujourd'hui ce chiffre a presque triplé, car il n'est pas 
moins de 1,000,000 livres (453,000 kil., ce qui représente une chasse annuelle d'en- 
viron 8,333 éléphants, laquelle coûte la vie à près de 4,000 hommes. 

Dans le commerce, une dent du poids de 70 livres (51", 70) est considérée comme 
une dent de premier ordre, et cependant, d'après Cuvier, on en aurait trouvé une 
extraordinaire pesant 350 livres (ÎSS^O). Le cas est rare et l'on en peut juger par les 
chiffres suivants, relatifs à des dents de différentes'provenances arrivées dernièrement 
sur le marché de Londres : 

Poids. 

Dents provenant de Bombay et du Zanguebar. ... de 120 à 122 livres (54 l ,35 à 55 k ,25) 

— d'Angola 69 — (31 k ) 

— du Cap et de Natal 106 — (47^70) 

— de Lagos et d'Egypte 114 — (51 k ,30) 

— du Gabon 91 — (40 k ,95) 

Bien que ces dents soient de belles dimensions, il ne serait pas étonnant cependant 
qu'on en trouvât de plus belles encore, car depuis quelque temps les chasseurs par- 
viennent à pénétrer plus au cœur de l'Afrique et doivent rencontrer quelquefois les 
éléphants les plus vieux qui y font leur retraite. 



120 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



Il existe en Amérique une maison qui fait le commerce des ivoires et qui en possède 
souvent de remarquables échantillons. Ainsi en 1851, elle envoya à l'Exposition 
universelle de Londres un morceau d'ivoire scié qui mesurait 11 pieds de long 
sur 1 de large (3 m ,35 sur 0 m ,30). 

Il y a plusieurs sortes d'ivoire; la plus chère est celle qu'on emploie pour les billes 
de billard; celles qui proviennent delà côte occidentale d'Afrique (le Gabon excepté) 
ont moins d'élasticité et de blancheur ; on les emploie spécialement pour la coutel- 
lerie. La conquête de l'Algérie par la France a contribué beaucoup au développement 
du commerce de l'ivoire dans le nord de l'Afrique, où arrivent avec leur chargement 
les nombreuses caravanes qui ont traversé le désert. On sait que l'hippopotame 
fournit aussi de l'ivoire, mais il est de petite dimension et il est plus dur et moins 
élastique que celui de l'éléphant. (Journal ofthe Society of arts. ) 

lie l'amélioration des fontes au moyen du wolfram, par M. le Cuei», 
clief d'escadron d'artillerie. — Le projet adopté, en 1860, d'armer les côtes de 
canons rayes en fonte de fer avait rendu .opportune l'étude de l'amélioration des 
fontes. Vers le commencement de 1861, M. le Guen adressait à M. le Ministre de la 
guerre un mémoire dans lequel il signalait le wolfram comme moyen d'atteindre ce 
but. A cette époque, il fit, avec du wolfram français, une série d'essais qu'il a répétés 
plus récemment avec des minerais d'origine française et allemande (1). Le wolfrai:: 
allemand dont il s'est servi avait la composition suivante : 



L'auteur résume ainsi les résultats auxquels il est arrivé : 

Une fonte grise, mise à fondre dans un creuset avec du wolfram, a acquis son 
maximum de ténacité à la proportion de 2,50 de minerai pour 100 de fonte; ce 
maximum s'est trouvé égal au tiers de la ténacité qu'avait la même fonte avant 
l'alliage. 

Avec la dose de 3 pour 100, la résistance à la rupture est moindre qu'avec la pro- 
portion précédente; mais la dureté continue à croître. 

On en déduit par analogie que, lorsqu'on opère sur une fonte dure et très-résis- 
tante, il y a lieu de diminuer la quantité de wolfram et de ne pas dépasser la limite 
de 2 pour 100, comme très-voisine de celle produisant le maximum de ténacilé. Ce- 
pendant c'est dans l'hypothèse qu'on a pour but principal d'augmenter cette qualité; 
car, si l'on voulait obtenir une fonle très-duro, par exemple pour cylindres de lami- 
noirs, il faudrait donner à l'alliage un litre plus élevé. 



(1) Voir sur le même sujet les expériences de M. le capitaine Caron, Bulletin de 1863, 2 e série, 
t. X, p. 492. 



Acide tungstique 

Protoxyde de fer. . . . , 
Protoxyde de manganèse 
Silice , 



73,10 
14,40 
9,10 
3,40 



100,00 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



121 



Des essais faits directement, avec la proportion de 2 pour 100, sur des fontes com- 
posées très- résistantes, en ont considérablement augmenté la force. L'amélioration 
produite dans ce cas par le wolfram allemand a été plus grande que celle obtenue 
avec le wolfram français ; la différence était dans le rapport de 67,9 à 44,4. 

L'écart se prononça encore davantage après une seconde fusion qui laissa à peu près 
stalionnaire la fonte au wolfram français, tandis qu'elle accrut de 21\20 la résistance 
de l'autre ; cette dernière dépassa de près de 1/3 la ténacité de la fonte ordinaire cor- 
respondante. 

De l'examen des flèches de courbure il ressort que les fontes wolframées sont en 
même temps plus élastiques. 

L'action du wolfram subsiste quand la fusion se fait directement dans un fourneau. 

Enfin ces fontes perfectionnées, étant à la fois plus tenaces, plus élastiques et plus 
dures, sont éminemment préférables aux fontes ordinaires pour la fabrication des 
bouches à feu. (Annales de chimie et de physique.) 

Sur le procédé Keith pour débarrasser certains minerais aurifères 
delalVouvelle-Écosse de l'arsenic qu'ils contiennent, par M. T.Jackson. 

— A l'occasion de l'examen auquel il se livre, à Boston, des résidus du lavage de l'or 
dans les exploitations aurifères de la Nouvelle-Écosse, M. le docteur T. Jackson écrit 
que les mineurs sont considérablement gênés par l'interférence de l'arséniure de fer 
et du mispikel dans le travail de l'amalgamation, parce que l'arsenic détruit promple- 
ment la puissance d'amalgamation du mercure. Il indique alors que le moyen probable- 
ment le meilleur pour débarrasser le minerai du soufre et de l'arsenic qu'il contient 
est de le griller par la méthode suivante imaginée par M. Keith, du Massachussets : 
Le minerai, réduit en poudre fine, est lancé par le vent d'un soufflet dans l'inté- 
rieur d'un fourneau à réverbère, où le soufre et l'arsenic sont brûlés par la flamme 
avant que la poussière ne se dépose sur la sole du fourneau. Plusieurs ponts de 
chauffe sont disposés dans ce fourneau, et interrompent le courant d'air pour empê- 
cher la poussière d'être entraînée dans la cheminée. Des sulfures de fer sont ainsi 
grillés, en quelque sorte, instantanément pendant qu'ils flottent dans l'air. Les mine- 
rais de cuivre peuvent être grillés de la même manière avec la plus grande facilité. 
M. Keilh a appliqué sa méthode en Californie pour traiter les minerais d'or pyrileux de 
cette contrée, et on en fait également usage sur une grande échelle dans les régions 
aurifères du Colorado, dans la chaîne des montagnes Rocheuses, où des mines d'or 
importantes sont exploitées par des compagnies de Boston et de New-York. 

(Extrait des comptes rendus, etc.) 

Procédé de bronzage ou de mise en couleur des objets d'ornemen- 
tation en cuivre ou en alliage de cuivre, par M. John lïunt. — Ce procédé 
consiste dans l'emploi d'une solution de bichlorure de platine, qui, en déposant sur 
les objets en cuivre une mince pellicule de platine métallique, leur donne le brillant 
de l'acier ou leur fait prendre une teinte grisâtre dont le caractère dépend de l'état 
dans lequel se trouvent les surfaces soumises au traitement. 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Février 1864. 16 



SEANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



Pour opérer, on commence par préparer une faible solution de bichlorure de pla- 
tine, en ajoutant à de l'eau bouillante du bichlorure solide ou à l'état de solution 
concentrée. Cette addition doit se faire dans la proportion d'environ 20 grains de pla- 
tine métallique pour chaque gallon d'eau (soit environ 0 gr, ,30 de platine pour un litre 
d'eau). On peut préparer une seconde solution plus forte et ayant une température 
d'environ 110°Fahr. (W°C). 

Les objets à mettre en couleur, étant suspendus à un fil de cuivre ou placés dans 
une espèce de tamis, sont plongés pendant quelques secondes dans un bain chaud de 
crème de tartre contenant environ une once de sel par chaque gallon d'eau 
(soit 6 gr ,25 de sel par litre d'eau). Au sortir du bain , on les lave dans deux ou trois 
eaux (le dernier lavage devant être fait de préférence avec de l'eau distillée), puis on 
les met dans la première solution de bichlorure de platine dont il a été question, et 
on les agite constamment sans les perdre de vue. Dès qu'on aperçoit un changement 
de couleur bien prononcé, on sort les objets et on les passe alors dans la solution plus 
concentrée et plus froide de chlorure de platine, où on les agile également, et où on 
les laisse jusqu'à ce qu'ils présentent la teinte désirée ; après quoi, on les sort, les sou- 
met à deux ou trois lavages à l'eau, et enfin les fait sécher dans de la sciure de bois 
chaude. 

En laissant les objets plus ou moins longtemps dans les bains de chlorure de platine, 
on peut obtenir une grande variété de teintes. Lorsqu'on ne veut mettre en couleur 
que certaines parties d'un objet, on commence par dorer ou couvrir d'un vernis toute la 
surface, puis on fait les réserves nécessaires, c'est-à-dire qu'on enlève, par un brunis- 
sage, la dorure ou le vernis sur les parties à réserver. L'objet est alors traité comme 
ci-dessus, et ce sont les seules parties réservées qui prennent la couleur. Ce procédé 
est applicable aussi bien aux ornements en relief qu'à ceux en creux. 

(Newlon's London Journal.) 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

PROCÈS - VERBAUX . 

Séance du 10 février 1864. 
Présidence de M. Dumas. 

Correspondance manuscrite. — Son Exc. M. le Ministre de l 'agriculture, du com- 
merce et des travaux publics transmet à M. le Président de la Société deux exemplaires 
du kG e volume des Brevets d'invention et deux exemplaires du n° 9 du Catalogue des 
brevets de 1863. 

M. Ed. Martens informe la Société de la mort de son père, professeur de chimie à 
l'université de Louvain, membre correspondant de la Société. 



SÉANCES DU CONSEIL DADMINISTRATION. 



123 



M. Alin Niquet, président de la chambre syndicale des cuirs, remercie M. le Prési- 
dent de la Société du concours qu'il a bien voulu prêter à la souscription Fauler, et 
recommande à sa bienveillance un nouveau candidat malheureux pour le faire parti- 
ciper au revenu du capital déposé dans la caisse de la Société. (Renvoi à la commis- 
sion des fonds.) 

M. Sacc, chimiste à Barcelone (Espagne), soumet à la Société un échantillon d'un 
nouveau vert solide plus économique et plus beau, suivant lui, que celui qu'on em- 
ployait jusqu'ici pour la teinture des étoffes. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 

M. Chayaux, sous-lieutenant au 16 e de ligne, à Rouen, demande l'examen 
d'un instrument propre à la mesure des distances. (Renvoi au comité des arts 
mécaniques.) 

M. Légal, membre de la Société, constructeur-mécanicien à Nantes, présente les 
dessins et la description des perfectionnements qu'il a apportés dans l'industrie 
sucrière. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 

Correspondance imprimée. — Les secrétaires de la Société royale de géographie de 
Londres font hom mage à la Société du 32 e volume de leur journal. 

M. Grimer, ingénieur en chef des mines, fait hommage à la Société d'un ouvrage 
qu'il a publié avec le concours de M. Lan, ingénieur des mines, sur l'Etat présent de 
la métallurgie du fer en Angleterre. 

La Société d'horticulture de la Gironde envoie le programme et le règlement de 
l'exposition qu'elle ouvrira au mois de mai 1864. 

M. Thierry-Mieg , membre de la Société, adresse une brochure sur les sociétés des 
bibliothèques communales du Haut-Rhin. 

Nomination de membres adjoints. — L'ordre du jour appelle la nomination d'un 
membre adjoint au comité des arts mécaniques. 

M. Victor Bois, ingénieur civil, ayant obtenu la majorité des suffrages, est 
nommé membre adjoint du comité des arts mécaniques. 

Rapports des comités. — Au nom du comité des arts mécaniques, M. Benoît lit un 
rapport sur un appareil dit niveau-mètre, inventé par M. Ducourneau, pour effectuer 
sur le terrain les opérations géométriques, en fournissant des données qui en facilitent 
le calcul dans le cabinet. (Insertion du rapport dans le Bulletin.) 

Au nom du même comité, M. Baude lit un rapport sur des machines balayeuses 
présentées par M. Tailfer, constructeur à Paris. (Insertion du rapport avec dessin 
dans le Bulletin.) 

Communications. — M. Tresca, membre du comité des arts mécaniques, présente, 
au nom de M. Alibert, des échantillons de graphite importés de la Sibérie orientale, 
et des crayons fabriqués avec ce minerai. Ce graphite, dont M. Alibert a déposé de 
très-beaux échantillons au Conservatoire des arts et métiers, est d'une grande pureté, 
ainsi qu'il l'a constaté et fait connaître à M. le Ministre du commerce. (Renvoi au 
comité des arts chimiques.) 

M. Dumas ajoute que les produits importés par M. Alibert sont d'autant plus cu- 
rieux et intéressants qu'ils concernent une substance minérale autrefois assez rare. 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



Ainsi, il y a vingt ans, il a eu la plus grande peine à se procurer, pour des travaux 
chimiques, 15 ou 20 grammes de graphite. Ce serait peut-être le cas d'appeler l'at- 
tention de l'industrie sur les moyens de produire artificiellement des produits aussi 
purs que ceux qu'a découverts M. Alibert. 

M. Barreswil, membre du comité des arts chimiques, présente à la Société une 
imitation de chapeaux de paille d'Italie fabriqués par M. Simonet, rue de la Ro- 
quette, 118 bis, et vendus à très-bas prix. (Renvoi aux comités des arts chimiques 
et des arts économiques.) 

M. Silbermann donne des explications verbales sur les balances de M. Hempel. Ces 
balances, dont un modèle est sous les yeux de la Société, et qui sont destinées aux 
pesées délicates des laboratoires de chimie, ont été l'objet d'un rapport dans la séance 
du 29 juillet 1863. (Voir plus haut, p. 87.) 

Nominations. — Sont nommés membres de la Société : 

MM. Lacarrière père et fils, fabricants d'appareils pour l'éclairage au gaz. 
Edouard Durozel, ingénieur civil. 

Casimir Landez fils aîné, fabricant de minium à Aubagne (Bouches du- Rhône). 
Louis Regnart, chirurgien-dentiste. 

Séance du 24 février 1864. 
Présidence de M. Dumas. 

Correspondance imprimée. — M. Surbayrôles, commissionnaire en marchandises 
à Lille, envoie un mémoire sur le pressurage des betteraves par la presse à double 
effet, dite presse continue à pression continue. (Renvoi au comité des arts 
mécaniques. ) 

M. Hector Horeau, architecte, prie la Société de faire examiner un modèle de 
théâtre, exposé rue Scribe, près le boulevard des Capucines. (Renvoi au comité des 
arts économiques et à la commission des beaux-arls appliqués à l'industrie.) 

M. le baron Séguier, en appelant l'intérêt de la Société sur cette communication, 
rappelle que M. H or eau a été le lauréat dans le concours ouvert pour la construction 
du palais de la dernière Exposition de Londres. 

M. Combes présente, de la part de MM. Desgoffe et Olivier, une nouvelle presse 
hydraulique. Dans cette presse, dite slerhydraidique, la pompe est supprimée et le 
refoulement du liquide est remplacé par l'introduction d'un corps solide au sein même 
du liquide dans lequel plonge le piston. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. le chevalier de Schwarlz, membre de la Société, adresse, au nom de la Société 
d'encouragement de Vienne (Autriche), des remercîments pour l'envoi du Bulletin 
en échange de ses publications mensuelles et joint à sa lettre plusieurs volumes des 
publications de la Société de Vienne pour les années 1861-1862-1863. 

M. Maumené, professeur de chimie, membre de la Société, transmet une note 
sur les essais alcalimélriques. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



125 



M. Eugène Jean, à Sainte-Soulle, près la Rochelle, soumet ses procédés : 1° pour 
rendre les pierres calcaires poreuses propres à l'impression lithographique ; 2° pour 
l'imitation du marbre. (Renvoi aux comités des arts chimiques et des arts 
économiques. ) 

M. Caudrelier, architecte, boulevard du Mont-Parnasse, 146, prie la Société d'exa- 
miner ses procédés de paraffinalion pour combattre l'humidité des matériaux de con- 
struction. (Renvoi aux mêmes comités.) 

M. Emile Nourrigat, propriétaire à Lunel, membre de la Société, transmet de nou- 
veaux renseignements sur l'emploi de la feuille du mûrier sauvage pour l'éducation 
des vers à soie. (Renvoi au comité d'agriculture.) 

M. Nos d'Argence, boulevard des Italiens, 9, envoie un appareil électrique à fric- 
tions. (Renvoi au comité des arts économiques. ) 

M. Gilbert, à Paris, transmet de nouveaux renseignements sur le graphite de Si- 
bérie, dont il a déposé des échantillons à la dernière séance. (Renvoi au comité des 
arts chimiques et à la commission des beaux-arts appliqués à l'industrie.) 

M. Ozouf, fabricant de céruse à Saint-Denis, membre de la Société, appelle l'atten- 
tion du Conseil sur sa fabrication considérée au point de vue de l'hygiène des ouvriers.. 
(Renvoi au comité des arts chimiques.) 

M. Trouillot, avocat à Lons-Ie-Saulnier (Jura), adresse une note sur son procédé 
d'extraction des bitartrates de potasse contenus dans les marcs de raisin. (Renvoi au 
même comité.) 

Correspondance imprimée. — Il est fait hommage à la Société des ouvrages et 
mémoires imprimés suivants : 

Influence des chemins de fer sur la santé publique , par M. le docteur de Pietra-Santa; 

Appareil de lessivage dans le vide, par M. Berjot jeune, pharmacien à Caen: 

Expérience et comparaison de la pile à sable, dite Daniell Minolto, avec les autres 
piles; 

Relation des travaux de percement des Alpes de Bardonnèche à Modane, avec des 
planches. (Ouvrage italien. ) 

M. Combes fait remarquer que le Bulletin de la Société d'encouragement de Berlin, 
transmis à la Société, renferme un mémoire très-intéressant de M. Verlach sur les 
dissolutions sucrées à différents titres et sur les moyens de déterminer leur richesse. 
(Renvoi à la commission du Bulletin.) 

A cette occasion, M. Dumas croit devoir rappeler les travaux de M. Peligot sur la 
même question, puis il donne des renseignements sur un procédé qui lui est propre et 
qui a pour but d'apprécier la richesse d'un sucre brut. Ce procédé, d'une application 
beaucoup plus simple que celle des anciennes méthodes, et qui donne des résultats 
conformes à ceux que fournit le polarimètre, fera l'objet d'expériences ultérieures 
devant le Conseil. 

Rapports des comités. — Au nom du comité des arts économiques, M. de Luyne- 
lit un rapport sur la lampe électrique de MM. Dumas et Benoisl. ( Adoption et 
insertion au Bulletin.) 



126 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



Au nom d'une commission spéciale, M. Barrai lit un rapport sur les procédés de 
MM. Léoniel Coblenz pour le broyage et le nettoyage du chanvre sans rouissage préa- 
lable. (Adoption et insertion au Bulletin avec les dessins des machines.) 

Communications. — M. Baude, membre du Conseil, entretient la Société des modi- 
fications apportées par M. Courdeau à la locomotive Crampton, pour en augmenter la 
puissance et la rendre capable de remorquer un plus grand nombre de waggons à 
grande vitesse. (Cette communication sera insérée au Bulletin.) 

M. Tresca, membre du Conseil, présente un appareil dit compteur d'impériale 
pour les omnibus, inventé par MM. Gignergillet et Grandjean, de Genève. (Renvoi 
au comité des arts mécaniques.) 

Nominations. — MM. DumaselBaude présentent, pour être membres de la Société , 

La compagnie des chemins de fer de l'Ouest, représentée par son président, 
M. Simons ; 

La compagnie des chemins de 1er de Paris-Lyon-Méditerranée, représentée par son 
président, M. Dumont; 

La compagnie parisienne d'éclairage et de chauffage par le gaz, représentée par son 
président, M. Vincent Dubochel ; 

M. Campbell 31 or fil, à Paris. 

M. le Président propose de voter immédiatement sur ces nominations. 
Cette proposition étant approuvée, les compagnies ci-dessus, et M. Campbell Mor fil, 
ce dernier en qualité d'étranger, sont nommés, à l'unanimité, membresdela Société. 
Le Conseil se forme en comité secret. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

La Société d'encouragement a reçu, clans les séances des 18 et 30 décembre 1863, 
13-27 janvier et 10-24 février 1864, les ouvrages dont les titres suivent : 

Ouvrages offerts à la Société. 

Annales du commerce extérieur. Octobre, novembre 1863. 

Annales de l'agriculture française. N os 10, 11 et 12, t. XXII, et n cs 1, 2, t. XXIII. 

Annales de la Société d'horticulture de la Gironde. N° 3. 

Annuaire des engrais, par M. Rohart, livr. 10 à 14. 

Annales télégraphiques. Novembre et décembre 1863. Janvier, février 1864. 

Annuaire de la Société météorologique de France, t. IX. Tableaux météorologiques. 

Annales des ponts et chaussées. Mai et juin 1863. 

Bulletin du comice agricole de l'arrondissement de Saint-Quentin. 1863, t. XII. 
Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Octobre, novembre, décembre. 
Bulletin mensuel de la Société protectrice des animaux. N os 11, 12, et n° 1, 1864. 
Bulletin de la Société française de photographie. Novembre, décembre. 
Bulletin du laboratoire de chimie, de M. Ch. Mène. Octobre et novembre. 



BULLETIN B1BIJ0GKAPIIIQUE. 



127 



Bulletin du musée de l'industrie. Novembre et décembre 1863, janvier 1864. 
Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d'agriculture. N° 1. 
Bulletin de la Société de l'industrie minérale. 
Brevets d'invention. T. XL VI. 

Catalogue des brevets d'invention. N os 6, 7, 8, 9, 1863. 

Cosmos, revue encyclopédique. Livr. 23 à 26, 1863, et livr. 1 à 8, 1864. 

Courrier des sciences (le), par M. Victor Meunier. N os 14 à 17, et n os 1 à 8, 1864. 

Cultivateur de la Champagne (le). Décembre 1863, janvier 1864. 

Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Décembre, janvier, février. 

Guide (le) des brasseurs, par M. Châtelain. N<" 1 à 32, 1863, et 1 à 8, 1864. 

Invention [Y), par M. Desnos-Gardissal. Décembre 1863 et janvier 1864. 

Journal d'agriculture pratique, par M. Barral. N oS 23 à 24, 1863, et n os 1 à 4, 1864. 

Journal des fabricants de papier. N° 23, 1863, et n oS 1 à 4, 1864. 

Journal des inventeurs. Décembre 1863, et janvier, février 1864. 

Journal de l'éclairage au gaz. N oS 17 à 22. 

Journal des fabricants de sucre. N oS 35 à 46. 

Journal d'éducation populaire. Novembre, décembre. 

Journal de la Société impériale et centrale d'horticulture. Novembre, décembre 1863, et janvier 
1864. 

Journal d'agriculture de la Côte-d'Or. N 0 » 8, 9. 
Lumière (la). N os .23, 24, 1863, et n os 1 à 3, 1864. 

Mondes (les), par M. l'abbé Moigno. Livr. 18 à 23, 1863, et n os 1 à 7, 1864. 
Mémoires de la Société des ingénieurs civils. Avril, mai, septembre 1863. 
Moniteur scientifique (le) , par le docteur Quesneville. Livr. 164 à 176. 
Presse scientifique des deux Mondes (la). N oS 23, 24, 1863, et n os 1 à 4, 1864. 
Propriété industrielle (la). N tS 310 à 321. 

Bévue générale de l'architecture et des travaux publics, par M. César Daly. N 09 11, 12. 
Bévue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Novembre. 

Société des ingénieurs civils. Séances des 20 novembre, 4 décembre 1863, et 8, 22 janvier, 
5 février 1864. 

Technologiste (le). Décembre 1863, janvier, février 1864. 

Journal of the Society of arts. N 05 576 à 587. 

Journal of the Franklin institute. Décembre 1863 et janvier 1864. 

Newton's London Journal. Janvier, février. 

Polytechnisches Journal. N° 981. 

Photographic Journal (the). N os 140 à 142. 

Proceedings of the royal Society of Edinburgh. Session 1861-1862. 

Proceedings of the royal Society. N oS 58, 59, v. XIII. 

Bevista de obras publicas. N°" 23, 24, ano XI, et 1 à 3, ano XII. 

Société d'encouragement de Berlin. Années 1861, 1862, 1863. 

The Journal of the royal geographical Society. Vol. XXXII. 

Transactions of the royal Society of Edinburgh. Vol. XXIII. 

Verhandlungen desBereins zur Befordering in Preuzen. Mai à août 1863. 

Amélioration des métaux employés à la fabrication des canons rayés et à celle des armes 

blanches, par M. le Guen, chef d'escadron d'artillerie. Br. Paris, Dumaine, libr.-édit. 
Almanach du chaulage et de l'engrais humain naturel, dit chaux annualisée. Année 1864. 
Appareil de lessivage dans le vide, par M. Berjot jeune. Br. 
Considérations sur les navires cuirassés, par M. l'amiral Paris. Br. 

De l'état présent de la métallurgie du fer en Angleterre, par MM. Gruner et Lan. 1 vol. in-8. 
La Vigne, leçons familières sur la gelée et l'oïdium, par M. Basset. 1 vol. in-12. Lacroix, édit. 



128 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



Influence des chemins de fer sur la santé publique, par M. le docteur Prosper de Pietra- 
Santa. Br. 

Les Chemins de fer à bon marché et leur exploitation économique (système de M. Lucien Rar- 

GHAERT).Br. Dunod, édit. 
Mémoire sur un nouveau système de frein, par J. B. Constant. 
Observations sur les expériences de M. Guillemin, par M. E. Gounelle. 
Pile à sable Daniel Minotto. Turin, 1864. 

Statistique et documents relatifs au sénatus-consulte sur la propriété arabe. 1863. 1 vol. in-8. 

Tableau de la situation des établissements français dans l'Algérie. 1862. 

Thèse pour le doctorat en médecine, présentée et soutenue par M. Léon Duchesne. Étude d'hygiène 

des liquides employés dans l'éclairage artificiel. 
Relation de la direction des travaux exécutés pour le percement du mont Cenis , de Modane 

à Bardonnèche. Turin. 1 vol. in-4. 
Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin, par M. Thierry Mieg. 

Ouvrages périodiques. 

Annales de chimie et de physique. Novembre, décembre 1863. Janvier 1864. 
Bulletin hebdomadaire des séances de l'Académie des sciences. N" 22 à 26, 1863, et n 0 ' 1 à 7, 
1864. 

Journal des économistes. Janvier, février. 

Le Teinturier universel. N 03 16 à 22. 

The Artizan. Janvier, février. 

The mechanic's Magazine. Janvier, février. 

The practical mechanic's Magazine. Janvier, février. 

The Technologist. Janvier, février. 

The Chemical News. N 08 216 à 220. 



PARIS. — IMPRIMERIE DE U m ' V BOICHARD-HUZARD , RCE DE L'EPERON, 5. — 1864. 



63 e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XI. — Mars 1864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. Dumas, au nom du comité des arts chimiques, sur des 
échantillons de graphite de Sibérie présentés par M. Alibert. 

M. Alibert a soumis à l'examen de la Société des échantillons d'un gra- 
phite trouvé dans les mines de Marinski, qu'il possède et qu'il exploite sur 
une échelle importante. 

Ces mines sont situées au sommet du rocher nu de Ratougol, un des 
éperons des monts Saïan, à 400 verstes à l'ouest de la ville d'Irkoustk. 

Ce graphite, par sa beauté et son abondance, donne un aliment nécessaire 
à un commerce intéressant, étroitement lié à la propagation des arts du 
dessin et à quelques industries spéciales, telles que la fabrication des creu- 
sets réfractaires, la galvanoplastie, les emplois domestiques des objets en 
fer et en fonte, etc. 

Des variétés diverses pour l'aspect et la contexture se remarquent dans les 
échantillons de graphite donnés par M. Alibert au Conservatoire des arts et 
métiers, où ils forment l'une de ses plus intéressantes collections, ainsi que 
dans ceux qu'il a mis sous les yeux de la Société. Rarement sous forme de 
lames cristallines, le plus souvent en masses fibreuses, veinées, ondulées, en 
nodules ou sphéroïdes rayonnés, enfin en masses compactes finement 
feuilletées, ou même d'aspect terreux, ce graphite a toujours pour base le 
carbone pur. 

Tome XI. — 63 e année. série. — Mars 1864. 17 



130 



ARTS CHIMIQUES. 



Les échantillons que j'ai soumis à l'analyse ont donné, en effet, 



89,3 
10,4 



96,2 de carbone. 
3,7 de cendres. 



99,7 



99,9 



La cendre était formée elle-même de silice, d'alumine, d'oxyde de fer et 
de chaux. Elle ne faisait pas effervescence avec les acides ; elle était manifes- 
tement composée des éléments mêmes de la roche, qui est une syénite à gros 
grains dans laquelle le graphite se rencontre accompagné de spath calcaire. 

M. Auerbach, secrétaire delà Société impériale des naturalistes de Moscou, 
a étudié cette produclion intéressante des mines de l'Empire russe, et il a 
trouvé que les échantillons les plus convenables pour la fabrication des 
crayons n'étaient pas ceux qui offraient le graphite le plus pur. Ils contien- 
nent jusques à 15 pour 100 de cendres ou de gangue mélangée, dont la 
présence a contribué sans doute à favoriser le dépôt du graphite sous la forme 
propre à son usage pour les arts du dessin. 

Dans le voisinage du graphite et dans la même formation se trouvent le 
zircon, la cancrinite, l'apatite, la pyrite magnétique, le spath fluor, le py- 
roxène, l'oxyde d'étain. 

Pour se former une idée de la valeur industrielle d'une exploitation de 
cette nature, il suffira de dire que le gisement de graphite dont il s'agit a été 
attaqué sur une étendue considérable et qu'il parait formé de masses 
constituant une richesse destinée à une longue et profitable produclion. 

On sait que les célèbres mines de Borowdale dans le Cumberland, aujour- 
d'hui épuisées, et qui ont pendant longtemps alimenté l'Europe, ont produit 
annuellement 2 millions et demi de bénéfice, et presque 1 million encore 
dans les dernières années. 

Il est permis de croire, en voyant la puissance des masses, la pureté et la 
belle nature des produits de la mine mise en exploilation par M. Alibert, 
qu'elle est destinée à prendre dans le commerce européen la place que 
la mine de Borowdale y occupait. 

Lorsque des chimistes du premier ordre comme M. Liebig, entraînés par 
les faits intéressants reconnus, dans ces dernières années, au sujet des trans- 
formations physiques extraordinaires que le soufre, le phosphore et d'autres 
corps peuvent subir spontanément ou par l'effet de faibles influences, ont été 
conduits à penser que le diamant pourrait bien avoir une origine organique, 
la question a dû naturellement être posée au sujet du graphite. 

M. Guppert, qui a récemment communiqué sur l'origine probable du dia- 



ARTS CHIMIQUES. 



131 



mant un mémoire à la Sociélé silésienne (1), n'étend pas jusques au graphite 
l'opinion vers laquelle il penche au sujet du diamant qu'il est disposé à 
ranger parmi les produits de décomposition des matières organiques. 

Cette dernière opinion me semble très-contestable. Je n'ai jamais partagé 
le sentiment de M. Liebig. Je ne crois pas que les corps auxquels le diamant 
se trouve associé autorisent à lui attribuer une origine organique. Mais il ne 
faut pas oublier, toutefois, que ce corps est converti en graphite par une 
température élevée, ce qui éloigne la pensée qu'il ait pu être formé sous l'in- 
fluence d'une de ces températures excessives qu'on est trop enclin à faire 
intervenir dans l'explication des faits géologiques. Le diamant pourrait bien 
être du charbon cristallisé, au moment de sa production, au sein d'une masse 
qui aurait été exposée à la seule chaleur nécessaire pour la ramollir, pourvu 
que ce ramollissement ait été longtemps prolongé. 

Quoi qu'il en soit, la formation ou le dépôt du graphite, soit qu'on consi- 
dère ce minéral en lui-même, soit qu'on envisage les espèces qui l'accom- 
pagnent, appartient à la classe des corps qui se sont produits sous l'in- 
fluence de la chaleur. C'est aussi ce qu'on doit conclure de son apparition 
dans les produits des hauts fourneaux, dans les cornues à gaz et de la con- 
version, par le feu de la pile, du diamant en graphite, obtenue d'une ma- 
nière si remarquable par M. Jacquelain. 

Ainsi rien ne nous met sur la trace, quant à présent, des procédés dont 
la nature s'est servie pour la production du diamant, quoique son plus 
proche voisin le silicium ait été obtenu en cristaux, et, si diverses circon- 
stances permettent de soupçonner la manière dont les masses de graphite 
que la nature nous offre ont été formées, il n'en est pas moins certain qu'une 
fabrication économique du graphite est loin de toute probabilité présente. 

Dans ces circonstances, une découverte et une exploitation déjà assurée 
sur une grande échelle, qui mettent à la disposition de l'industrie et des arts 
le graphite qui vient remplacer si à propos, pour leurs besoins, celui que 
leur procurait depuis si longtemps la mine de Borowdale, sont, au plus haut 
degré, dignes de l'attention de la Société d'encouragement. 

Votre comité des arts chimiques a donc l'honneur de vous proposer d'a- 
dresser des remercîments à M. Alibert pour son importante communication, 
et d'ordonner l'impression du présent rapport au Bulletin. 

Signé Dumas, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 30 mars 1804. 



(1) Voir plus loin aux notices industrielles. 

I 



132 



ARTS CHIMIQUES. 



NOTE ADDITIONNELLE PAR M. JACQUELAIN. 

A la suite du rapport précédent, M. Jacquelain exprime le désir d'ajouter quelques 
réflexions, et de rendre compte d'une expérience relative à la décomposition du sulfure 
de carbone par le cuivre pur. 

L'examen attentif des caractères extérieurs du graphite naturel de M. Alibert, dont 
nous avons admiré la remarquable collection que le Conservatoire doit à son labeur de 
quinze années de persévérance et, par conséquent, à sa libéralité, la comparaison que 
j'en ai faite avec le charbon graphitoïde pour l'électricité que j'ai produit artificielle- 
ment, depuis cinq ans, au laboratoire de l'École impériale et centrale des arts et manu- 
factures, m'ont fait admettre une grande similitude dans les circonstances de leur 
formation. 

Quand on compare, en effet, la texture de ces deux carbones, on leur trouve tantôt 
un éclat métallique, un miroitement très-pur, tantôt une surface luisante, d'un gris 
d'acier, mamelonnée comme si la matière avait subi une demi-fusion et passé par un 
état pâteux. Cet aspect est entièrement comparable à celui de l'oxyde de fer, noduleux, 
brillant, à surface mamelonnée, qui porte le nom d'hématite brune. 

11 me paraît donc rationnel d'admettre que les produits goudronneux et pyrogénés, 
transformés, sur des proportions gigantesques, en carbone et en hydrogène, sous l'in- 
fluence des roches ignées, se sont accumulés par transport dans les fentes, les exca- 
vations, les déchirures puissantes, en donnant lieu à une agrégalion du carbone, 
simulant une quasi-fusion analogue à celle du carbone des cornues à gaz de l'éclairage 
et du carbone graphitoïde pour électricité. 

Si je reporte maintenant mes souvenirs à l'expérience de la fusion du diamant, que 
j'ai opérée aux pôles d'une pile de Bunsen, de cinquante éléments, grand modèle, et 
si je compare cette température excessive à celle bien inférieure de 1,000 degrés cent, 
nécessaire à la production du carbone pur pour électricité, j'observe que ce carbone 
est encore graphitoïde. 

Enfin si, dans un tube de porcelaine, j'essaye de diriger du sulfure de carbone en 
vapeur sur du cuivre pur maintenu à 800 degrés cent., température légèrement au- 
dessus de celle de sa fusion, j'obtiens à la fois du sulfure de cuivre fondu et du car- 
bone toujours graphitoïde, c'est-à-dire possédant la cassure à grain d'acier, le brillant 
d'un métal poli et la sonorité de la porcelaine, lorsqu'on l'a débarrassé, par l'action 
réitérée de l'acide azotique affaibli, du sulfure de cuivre et du soufre qui l'ont im- 
prégné. 

Par ces motifs, nous pensons que la production du carbone transparent ne pourra 
se réaliser que par la voie des décompositions lentes et sans élévation de température, 
c'est-à-dire en essayant la décomposition d'une solution éthérée de chlorure de car- 
bone par un métal convenablement choisi. Nous ferons connaître nos résultats 
lorsque ces expériences seront terminées. 



AGRICULTURE. 



133 



AGRICULTURE. 

Rapport fait par M. Hervé Mangon , au nom du comité d'agriculture, 
sur l'appareil à cuire les betteraves de M. A. Moufflet, ferblantier, rue 
Sainte-Catherine, à Orléans (Loiret). 

Messieurs, vous avez chargé votre comité d'agriculture d'examiner l'appa- 
reil à cuire les légumes destinés à l'alimentation du bétail, présenté par 
M. Moufflet, d'Orléans. Nous venons vous rendre compte de l'accomplisse- 
ment de cette mission. 

La cuisson des légumes pour la nourriture du bétail s'effectue ordinaire- 
ment dans les fermes en plaçant les racines entières dans un cuvier prisma- 
tique en bois ou en métal, dans lequel on fait circuler de la vapeur d'eau 
bouillante. Cette vapeur est produite soit par un générateur spécial, soit plus 
simplement par une marmite montée sur un fourneau et au-dessus de laquelle 
on place le cuvier rempli de racines, dont le fond, percé de trous, laisse pas- 
ser la vapeur nécessaire à la cuisson. 

Dans tous les cas, lorsque l'action de la vapeur a été suffisamment pro- 
longée, on extrait de l'appareil les légumes cuits et on les remplace par une 
nouvelle charge de racines crues. La cuisson a lieu ainsi d'une manière dis- 
continue, entraînant des perles de temps et de combustible. Les couches infé- 
rieures sont d'ailleurs généralement plus cuites que les couches supérieures, 
et en tout cas, pour obtenir la cuisson convenable de ces dernières, il faut 
nécessairement perdre une certaine quantité de chaleur entraînée par la 
vapeur qu'elles émettent. 

Les vides que laissent entre elles les racines entières permettent à la va- 
peur de se répandre facilement dans toute la masse, d'opérer dans des vases 
d'une certaine hauteur et d'une capacité convenable. Mais s'il s'agit de cuire 
des légumes divisés en lames minces et étroites, comme les cossettes de bet- 
teraves, la circulation de la vapeur devient beaucoup plus difficile; on ne 
peut opérer que sur des couches de matières d'une faible épaisseur, et les 
appareils ordinaires deviennent d'un emploi très-difficile, sinon impossible, 

M. Moufflet s'est proposé de remédier aux inconvénients inhérents aux 
procédés ordinaires et de construire un appareil opérant d'une manière con- 
tinue, avec peu de combustible, la cuisson des racines et particulièrement 
des cossettes de betteraves destinées à la nourriture du bétail. 

L'appareil imaginé par M. Moufflet pour atteindre ce but se compose 



m 



AGRICULTURE. 



essentiellement d'une caisse verticale , séparée par un fond percé de trous 
d'une chaudière contenant de l'eau et montée sur un fourneau. Cette caisse 
renferme deux diaphragmes également percés de trous et mobiles autour de 
charnières horizontales. Quand les diaphragmes sont horizontaux, la caisse 
est partagée en trois compartiments superposés et séparés ; en inclinant les 
diaphragmes qui forment de véritables portes, les compartiments de la caisse 
communiquent les uns avec les autres. Un mécanisme assez simple déjà, 
mais encore susceptible de perfectionnement, permet de faire jouer les dia- 
phragme de l'extérieur de la caisse. 

Cette séparation de l'appareil de cuisson, en capacités superposées pou- 
vant à volonté communiquer les unes avec les autres, constitue essentielle- 
ment l'invention de M. Moufflet. On comprendra parfaitement comment celte 
disposition très-simple permet de résoudre facilement le problème proposé. 

La chaudière remplie d'eau et le feu allumé, supposons qu'il s'agisse 
de charger l'appareil pour la première fois. On ouvre les deux diaphragmes 
et on verse à la partie supérieure de la caisse verticale assez de cossettes 
pour remplir le compartiment inférieur. On ferme le diaphragme inférieur et 
on remplit de cossettes le deuxième compartiment; enfin on ferme le second 
diaphragme, et on remplit de cossettes le compartiment supérieur. 

Lorsque les cossettes du compartiment inférieur sont cuites, on ouvre une 
porte latérale placée au bas de ce compartiment, et les cossettes, glissant sur 
le plan incliné percé de trous qui les supporte et les sépare de l'eau bouil- 
lante, tombent dans le vase destiné à les recevoir. On referme la porte, et on 
manœuvre le diaphragme inférieur pour faire tomber dans le compartiment 
inférieur les cossettes du deuxième compartiment déjà en partie cuites par 
la chaleur émise pendant la cuisson des cossettes inférieures. Le second com- 
partiment se trouvant vide, on y fait tomber les cossettes du compartiment 
supérieur, déjà assez échauffées par la chaleur dégagée des compartiments 
précédents. Enfin on remplit le compartiment supérieur avec des cossettes 
fraîches. 

La même série de manœuvres se reproduit lors de l'extraction d'une 
seconde charge de cossettes cuites, et l'appareil fonctionne ainsi d'une ma- 
nière continue. 

L'appareil que votre commission a vu fonctionner peut contenir de 110 à 
120 kil. de cossettes. D'après une expérience faite par le comice agricole 
d'Orléans, il consomme 30 kil. de houille pour cuire 1,000 kil. de betteraves 
et, une fois en marche, il fournit 36 à 40 kil. de betteraves cuites par 
vingt minutes. 

L'appareil de M. Moufflet présente plusieurs dispositions spéciales trop 



AGRICULTURE. 



135 



longues à décrire et qui sont, d'ailleurs, susceptibles d'être simplifiées ou 
modifiées, suivant les circonstances. Il nous suffira de dire que la chaleur est 
bien employée et que nous avons pu constater que le tuyau de fumée était 
à peine chaud. D'après ce qui précède, votre comité n'hésile pas à re- 
connaître que l'appareil de M. Moufflet est fort bien disposé pour cuire 
régulièrement et avec facilité des racines entières ou des cossettcs destinées à 
la nourrilure du bétail, et qu'il peut rendre à cet égard de véritables 
services. 

Mais l'inventeur s'est proposé un problème plus important ; il espère ré- 
soudre avec son appareil la question, si souvent posée, de l'utilisation de la 
betterave, dans les plus petites exploitations, par la fabrication de l'alcool. 

Pour atteindre ce but, M. Moufflet soumet les cossetles cuites, sortant de 
son appareil, à l'action d'une petite presse à bras, et recueille le jus qui s'en 
échappe avec facilité. Ce jus, d'après des expériences en petit, se conserve 
sans altération pendant plusieurs semaines et peut entrer facilement en fer- 
mentation quand on y ajoute un peu de levure. Dans la pensée de l'auteur, 
les petits cultivateurs prépareraient ce jus et iraient le vendre aux distilleries 
voisines, en conservant les pulpes pour leur bétail. 100 kil. de betteraves 
donnent environ 82 kil. de jus par ce procédé; l'économie de transport de 
la ferme à l'usine serait donc assez faible et largement compensée par l'em- 
ploi des fûts nécessaires. Il est vrai que le retour se ferait à vide, puisque la 
pulpe n'aurait pas à revenir de la distillerie. Mais, en général, ce serait là 
un faible avantage. M. Moufflet s'occupe maintenant de concentrer les jus; 
il pense aussi que son procédé d'extraction, évitant l'emploi de l'acide sulfu- 
rique, offrirait, dans les distilleries de fermes, des avantages réels. 

Votre commission, Messieurs, a cru devoir mentionner les espérances de 
l'auteur de la communication et indiquer les problèmes importants dont il 
s'occupe; mais, à défaut d'expériences précises, elle s'abstient de toute ap- 
préciation sur celte partie des travaux de M. Moufflet. 

L'essai en grand d'un appareil de cuisson des légumes pour l'alimentation 
du bétail ne pouvait se faire avec succès que dans une exploitation agricole 
importante. M. Moufflet a trouvé à cet égard les conditions les plus favo- 
rables dans la ferme d'Épercemmes, près Toury, exploitée par M. Gaudril, 
vice-président du comice agricole de son canton. 

M. Gaudril occupe environ 500 hectares de terre divisés en deux 
fermes. L'une de ces fermes est, depuis trois générations, cultivée par sa 
famille, et ses fils donneront avant peu ce salutaire exemple d'une quatrième 
génération dévouée aux mêmes travaux, dans une même contrée. Les étables 
et les bergeries de M. Gaudril sont remarquables par leur bonne tenue; un 



136 



AGRICULTURE. 



moulin à vapeur, établi dans la ferme, réalise l'union, si profitable, d'une in- 
dustrie aux travaux de la culture. Ce n'est point ici le lieu d'étudier la 
ferme d'Epercemmes. Mais nous ne pouvons laisser échapper l'occasion de 
témoigner de l'intérêt qu'elle présente, et surtout de remercier M. Gaudril et 
sa charmante famille de leur accueil si aimable et si empressé pour votre 
commission. 

En résumé, l'appareil de M. Mouffïet pour cuire les légumes destinés à la 
nourriture du bétail paraît utile et ingénieux. En conséquence, Messieurs, 
votre commission a l'honneur de vous proposer, 

i° De remercier M. Moufflet de sa communication ; 

2° D'ordonner l'insertion du présent rapport et d'un dessin de l'appareil 
dans le Bulletin de la Société. 

Signé Hervé Mangon, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 25 mars 1863. 



Légende de la planche 293 représentant l'appareil a cuire les betteraves 

de M. Moufflet. 

La figure de la planche 293 est à la fois une élévation et une section verticale par- 
tielles de l'appareil. 

Cet appareil se compose de deux parties principales : une chaudière, et une colonne 
prismatique à base carrée, surmontant la chaudière, et destinée à contenir les cos- 
<ettes de betteraves. 

A, caisse rectangulaire en tôle, ouverte à la partie supérieure et contenant le foyer 
et la chaudière; elle est munie d'une double enveloppe pour la circulation de l'air. 

13, foyer à parois inclinées, placé dans la caisse A et s'y introduisant par une ouver- 
ture ménagée au bas de cette caisse. 

C, registre horizontal servant à régler le tirage du foyer. 

D, seconde caisse déplus petit diamètre que la première, et descendant jusqu'au 
niveau du foyer, au-dessus duquel son fond est ouvert. Cette caisse porte à la partie su- 
périeure et sur tout son pourtour un rebord extérieur, qui se prolonge jusqu'à la ren- 
contre de la grande caisse À pour former un joint hermétique. 

E, conduit mettant en communication avec la partie supérieure de l'appareil l'es- 
pace vide compris entre les deux enveloppes de la caisse A. 

F, F, orifices de prise d'air placés au bas de la caisse A. 

G, colonne prismatique surmontant la caisse A, et se prolongeant dans l'intérieur 
de celte caisse jusqu'au-dessus du foyer, où elle forme un réservoir destiné à conte- 
nir l'eau ; ce réservoir constitue la chaudière proprement dite ; un robinet de vidange, 
indiqué sur le dessin par son orifice, est placé au bas de cette chaudière. 



BuSe/hi de /a Société d'Encouragement fSauéime SrrùJ JVf 'JS6 . /'/ 203 




AGRICULTURE. 



137 



H, double enveloppe entourant la colonne G, et laissant un espace vide entre elle 
et les parois externes de cette colonne. Cette seconde enveloppe est composée de 
quatre volets mobiles à double surface de tôle, s'emboilant sous le couvercle de la co- 
lonne, et s'assemblant à recouvrement et par un système de brides et de clavettes. 

I, I, brides et clavettes servant à l'assemblage des volets formant l'enveloppe H. 

J, J, petits plans inclinés, rivés parallèlement, deux à deux, sur les parois externes 
de la colonne G ; leur surface est normale à celle de ces parois, et leur largeur est égale 
à celle de l'espace vide compris entre la colonne et la double enveloppe H, en sorte 
qu'ils forment des espèces de carnaux pour le passage de l'air et de la fumée. 

K, K, diaphragmes percés de trous, divisant la capacité de la colonne en trois com- 
partiments; ils sont montés sur des axes horizontaux qui les rendent mobiles, et per- 
mettent, en recevant une position verticale ou horizontale, au moyen d'une manœuvre 
qui s'exécute du dehors, de faire communiquer les compartiments entre eux, ou de 
rétablir leur séparation. Dans la figure, le diaphragme supérieur est horizontal, tandis 
que le diaphragme inférieur est représenté verticalement, c'est-à-dire qu'il y a seule- 
ment communication entre le compartiment intermédiaire et celui du dessous. Les 
trous de ces diaphragmes permettent à la vapeur qui se dégage de la chaudière de 
circuler dans toute la hauteur de la colonne. 

L, L, axes portant les diaphragmes K, et traversant de part en part la colonne G. 

M, M, engrenages avec manivelles articulées, servant à manœuvrer les dia- 
phragmes K. 

N, grille ou trémie inclinée, placée dans le compartiment inférieur, et sur laquelle 
glissent, à leur sortie, les cossettes de ce compartiment. 

0, prolongement de la grille N, sur lequel celle-ci peut glisser pour faire sortir 
plus facilement les cossettes cuites. 

P, canal de sortie des cossettes. 

Q, obturateur servant h fermer le canal de sortie P; il est maintenu en place par un 
croisillon mobile. 

R, cheminée dans laquelle se rendent la vapeur, ainsi que l'air chaud et la fumée 
qui traversent les carnaux J. 

S, couvercle à charnière pour le chargement des matières. 

T, T, arrêts des manivelles de manœuvre des diaphragmes K; ces arrêts servent, 
pendant le chargement, à maintenir les diaphragmes dans leur position horizontale. 

Lorsque, au lieu de cuire des cossettes de betteraves, on veut se servir de l'appareil 
pour la dessiccation des grains, on enlève l'obturateur Q, et on opère le sassage à 
mesure que les matières arrivent dans le compartiment inférieur, en accrochant à 
l'extrémité du prolongement 0 de la grille la tige U, qu'on soulève à l'aide de la ma- 
nivelle V. 

La capacité totale de la colonne est de 120 litres, correspondant à un poids de 110 
à 120 kilog. de cossettes. Lorsqu'elle a été remplie, une heure suffit pour la cuisson des 
cossettes du compartiment inférieur; alors on les sort, on les remplace par celles du 
compartiment du milieu, et on remplit le compartiment supérieur de cossettes fraîches. 

Tome XI. — Ga e année. 2 8 série. — Mars 1S64. 18 



APPAREILS DE SAUVETAGE. 



A partir de ce moment, on peut, toutes les vingt minutes, détourner et mettre une 
nouvelle charge. 

Comme il est important, lorsqu'on doit sortir les cosseltes, d'empêcher qu'il n'y ail 
projection de vapeur au dehors, parce que celle vapeur est à une pression un peu plus 
grande que celle de l'atmosphère, l'appareil est muni d'un tube de pression garni d'un 
robinet qu'on doit avoir soin d'ouvrir avant d'enlever l'obturateur Q. ( M. ) 



APPAREILS DE SAUVETAGE. 
Rapport fait par M. Combes, au nom du comité des arts mécaniques, sur 

des APPAREILS AU MOYEN DESQUELS ON PEUT PÉNÉTRER ET SFJOURNEK DANS DES 

lieux infectés de gaz méphitiques, présentés par M. Galideut, boulevard de 
Sébastopol, 73. 

Les appareils au moyen desquels on peut pénétrer et rester sans danger 
dans les lieux où manque l'air respirable sont très-anciens et ont été souvent 
décrits. On peut s'étonner que la connaissance et l'usage en soient encore 
aussi peu répandus et que nous ayons à regretter des accidents d'asphyxie 
causés par l'ignorance ou un défaut de précautions pourtant très-faciles. 
Nous renverrons, pour les détails historiques concernant ces appareils, à l'in- 
struction pratique sur l'emploi des lampes de sûreté et sur les moyens de péné- 
trer sans danger dans les lieux méphitisés, publiée en 1824 par l'Administralion 
des ponts et chaussées et des mines, et imprimée dans les Annales des mines; 
il nous suffira de rappeler les faits suivants extraits eux-mêmes de l'instruc- 
tion citée. 

Si le lieu infecté est un puits peu profond, une cave, une cuve de bras- 
seur, une excavation à ciel ouvert ou tout aulre local voisin de l'atmosphère 
libre, il suffit, pour éviter l'asphyxie, d'un tuyau flexible terminé d'un côlé 
par une embouchure qui s'applique au nez ou à la bouche de l'homme qui y 
pénètre, et dont la seconde extrémité est ouverte à l'air libre. L'opérateur a 
soin d'aspirer par celui de ses organes, le nez ou la bouche, auquel l'em- 
bouchure est appliquée et d'expirer par l'autre. Ceci exige une certaine habi- 
tude qu'on a dû préalablement acquérir; mais, si l'on veut éviter cette diffi- 
culté, il suffit que l'embouchure soit prolongée par un tube métallique court 
auquel le tuyau est adapté, et qui renferme une valve ou clapet fort léger 
qui s'ouvre pour laisser arriver l'air pur de l'extérieur vers la bouche et so 
ferme pour empêcher l'air expiré de suivre le même chemin en sens inverse; 
le même tube, dans la partie comprise entre le clapet dont nous venons de 



APPAREILS DE SAUVETACxE. 



130 



parler et l'embouchure, porte un évent latéral muni d'un autre clapet très- 
léger qui se soulève pour laisser sortir l'air expiré et se ferme, au contraire, 
pour empêcher l'air ambiant d'arriver à la bouche de l'opérateur. Celui-ci 
aspire et expire uniquement par la bouche ; il a les narines comprimées par 
une pince. 

Quand le lieu infecté est séparé du jour par une galerie remplie elle-même 
de gaz irrespirables et trop longue pour qu'il soit possible de respirer sans 
fatigue, en aspirant l'air par un tuyau qui en suivrait le développement, 
l'opérateur est obligé de transporter avec lui une provision d'air contenue 
dans une outre à parois flexibles ou dans un réservoir métallique, où il aura 
été comprimé d'avance, et qui sera muni d'un régulateur qui ramènera l'air 
comprimé à une densité de très-peu supérieure à celle du milieu ambiant, 
avant qu'il arrive à la bouche de l'opérateur. On évalue à 14 litres par minute 
environ le volume d'air à la densité ordinaire de l'atmosphère nécessaire 
pour entretenir la respiration d'un homme. 

Au tuyau simple pourvu d'une embouchure à deux clapets dont on peut 
faire usage dans les lieux infectés voisins de l'air libre M. Galibert substitue 
deux tuyaux d'égale longueur en caoutchouc vulcanisé, ouverts l'unell'aulre 
par une de leurs extrémités dans l'atmosphère libre. L'embouchure est une 
petite pièce de bois ou d'ivoire creusée intérieurement en forme de bassin 
allongé et percée au fond de deux petits trous séparés par un intervalle d'un 
centimètre environ. A chacun des trous est adaptée l'extrémité de l'un des 
tuyaux jumeaux. L'opérateur place dans sa bouche et relient entre ses dents 
le petit bassin en bois, les lèvres appliquées contre ses parois extérieures; ses 
narines sont serrées par une pince. Il porte alternativement sa langue devant 
l'un des trous du fond du bassin où elle fait obturateur, suivant qu'il inspire 
ou expire. Ainsi l'air aspiré arrive à la bouche exclusivement par l'un des 
tuyaux et l'air expiré s'écoule par l'autre, qui le ramène dans l'atmosphère 
libre. Le léger déplacement de la langue, après chaque aspiration ou inspi- 
ration, mouvement que l'opérateur fait très-facilement, sans aucune habitude 
préalable, remplace les deux petits clapets. Il n'a pas d'ailleurs à se préoc- 
cuper du côté vers lequel il doit porter la langue peur aspirer ou expirer, 
puisque les deux tuyaux débouchent l'un et l'autre dans l'air ; il suffit du 
déplacement alternatif qui se fait sans réflexion et presque machinalement. 

Pour le cas où le lieu infecté se trouve trop loin du jour, M. Galibert a 
imaginé de renfermer la provision d'air respirable dans deux ou plusieurs 
réservoirs à parois flexibles, en forme de coussins aplatis communiquant de 
l'un à l'autre, de manière que leur ensemble forme comme un tuyau unique 
avec de larges renflements qui lui donnent une capacité assez grande. L'opé- 



140 



APPAREILS DE SAUVETAGE. 



râleur porte cette série de coussins en ceinture, ou bien appliqués à ses deux 
côtés sous les bras et sur le dos ou de toute autre façon qui lui laisse la liberté 
de ses mouvements. Les deux tuyaux partant de l'embouchure qu'il main- 
tient entre ses dents aboutissent l'un à l'une, l'autre à l'autre des extrémités 
de la série de coussins. Ses narines étant toujours serrées par une pince, il 
aspire et expire par la bouche seulement. Ainsi l'air expiré revient au réser- 
voir même où l'air aspiré est puisé, mais à l'extrémité opposée, de telle sorte 
que l'air qui aura servi une fois à la respiration ne puisse se présenter de 
nouveau qu'après avoir parcouru la série entière des renflements où il aura 
dû se mêler à la masse et séjourner assez longtemps pour s'y rafraîchir et y 
déposer sans doute une partie de l'humidilé dont il est chargé. On pourrait 
même, peut-être, le purger d'acide carbonique, en le forçant à passer dans 
un tube contenant des fragments de chaux vive ou de soude caustique ou des 
fragments de pierre ponce imbibés d'une solution alcaline. 

Le principe de l'appareil décrit en dernier lieu nous paraît nouveau ; il a, 
sur les appareils proposés pour la même destination, l'avantage de n'exiger 
que des tuyaux très-courts, une provision d'air relativement moindre, par 
conséquent d'être moins encombrant, plus portatif et d'un usage plus facile. 
Nous ajouterons que, pour conserver en bon état des tuyaux ou autres pièces 
en caoutchouc vulcanisé qui ne servent que rarement, il suffit que le caout- 
chouc ne soit pas trop chargé de soufre et qu'il soit placé dans l'eau et dans 
un lieu obscur. Il est désirable que des expériences précises soient faites 
pour délerminer pratiquement le volume d'air suffisant à l'entretien, au 
moyen de cet appareil, de la respiration et de la vie sans aucun danger, pen- 
dant un temps donné, une demi-heure par exemple. Il faudrait aussi que 
l'auteur recherchât un moyen facile d'entretenir la combustion d'une lampe 
fermée dans le local méphitisé. Toutefois l'emploi de la nouvelle lampe élec- 
trique de MM. Dumas et Benoît (1) préviendrait toute difficulté à cet égard. 

Votre comité des arts mécaniques a l'honneur de vous proposer, Messieurs, 
de remercier M. Galibert de sa communication et d'ordonner l'insertion de 
ce rapport au Bulletin, avec la figure sur bois représentant l'embouchure à 
laquelle s'adaptent les deux tuyaux pour l'aspiration et l'expiration. 

Signé Ch. Combes, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 30 décembre Î8G3. 



(1) Le comité des arls économiques a fait sur cette lampe un rapport que nous publierons pro- 
chainement. 



ARTS MECANIQUES. 



111 




LÉGENDE RELATIVE A L'APPAREIL 
DE M. GALIBERT. 

La figure ci-contre esl une vue perspective de 
l'embouchure en bois ou en ivoire de l'appareil 
Galibert. 

A, A' sont les deux trous sur lesquels l'opéra- 
teur porte alternativement la langue. 

B. B' sont les deux tuyaux en caoutchouc qui 
débouchent à l'extérieur, et qui servent à l'aspira- 
tion et à l'expiration de l'air; ils sont appliqués 
sur deux petits tubes en bois faisant corps avec 
l'embouchure et correspondant avec les trous 
A, A'. 



ARTS MÉCANIQUES. 

Rapport fait par M. Tresca, au nom du comité des arts mécaniques, sur 
une note de M. Boutigny, relative à l'emploi de ses cascades de diaphragmes 
pour éviter les dépôts des matières incrustantes dans les chaudières à vapeur. 

M. Boutigny, bien connu de la Société par ses importants travaux sur l'état 
sphéroïdal des corps et les phénomènes qui s'y rapportent, a présenté à la 
Société d'encouragement, à la date du 1 er juillet dernier, une note dans la- 
quelle, après avoir mentionné le rapport dont une de ses chaudières à dia- 
phragmes a été l'objet de la part de notre collègue M. Callon (1), il appelle 
l'attention de la Société sur les nouvelles applications dans lesquelles les dia- 
phragmes ont résolu l'un des problèmes les plus intéressants de la produc- 
tion de la vapeur. 

Employées d'abord dans le but d'activer la vaporisation, les cascades de 
diaphragmes, installées par M. Boutigny dans ses premiers générateurs ver- 
ticaux, ont été appelées par lui, vers 1855, à jouer un rôle différent dans les 
chaudières à corps cylindrique et horizontal. Dans le dessin joint au brevet 
de 1855, on voit, en effet, plusieurs de ces cascades, qui sont placées dans 
des dômes spéciaux et qui sont destinées chacune, en aidant à la vaporisation 



(1) Voir Bulletin de 1856, 2 e série, t. III, p. 79. 



142 



ARTS MÉCANIQUES. 



de l'eau introduite, à retenir les dépôts résultant, soit de cette vaporisation, 
soit môme de la seule élévation de température de cette eau avant son arri- 
vée dans le corps cylindrique. M. Bouligny avait eu l'idée de cette applica- 
tion, en remarquant qu'en chauffant de l'eau ordinaire dans un tube scellé à 
la lampe on déterminait dans cette eau un léger précipité. On sait, en effet, 
depuis lors, que le carbonate de chaux dissous à la faveur d'un excès d'acide 
carbonique se dépose dans ces circonstances, et que le sulfate de chaux, comme 
le sel marin, devient moins soluble à mesure que la température s'élève. 

Celte propriété des diaphragmes ayant été appliquée plus récemment, 
tant en Allemagne qu'en France, dans les appareils Shaw et Wagner, dans 
le but tout spécial de diminuer les incrustations dans les chaudières à va- 
peur, M. Boutigny vient rappeler que la chaudière expérimentée par M. Cal- 
lon, en 1855, doit être considérée comme le point de départ de ces appa- 
reils de désincruslation. Le brevet de M. Boutigny est aujourd'hui dans le do- 
maine public; l'inventeur ne réclame donc aucun droit privatif, mais il ex- 
prime le désir que la Société, en reconnaissant l'antériorité de ses idées, lui 
accorde la récompense morale qui est aujourd'hui sa seule ambition. 

Voici, à cet égard, une citation textuellement extraite du certificat d'addi- 
tion relatif au brevet pris, pour la chaudière Boutigny, par M. Moinier, son 
associé, pour le compte de la société, en avril 1856. 

« Nous ferons remarquer la différence capitale qui existe entre la marche 
du système breveté en 1849 et celui qui a été breveté le 30 mars 1855. 

« En I84 1 .), nous chauffions à sec avant d'alimenter; aujourd'hui nous 
alimentons avant de chauffer. 

« Dans le premier cas, nous avons de l'eau à l'état sphéroïdal ; dans le 
second cas, nous n'en pouvons plus avoir. 

« En résumé, nous demandons à être brevetés pour l'emploi des 

chaudières à diaphragmes implantés sur des chaudières ou bouilleurs, à 
un ou plusieurs foyers intérieurs, et enfin pour le système mixte appliqué 
aux chaudières verticales, système décrit dans le brevet du 30 mars 1855 et 
dans les additions qui l'ont suivi jusqu'à ce jour.» 

Vous savez, Messieurs, combien la Société d'encouragement se prèle diffi- 
cilement à juger des questions de priorité : il est souvent si difficile de 
connaîlre, en ces matières, la vérité complète, que les tribunaux eux-mêmes, 
bien qu'éclairés par des débals contradictoires, hésitent souvent dans leurs 
décisions en matière de contrefaçon. 

Nous ne saurions donc vous proposer de vous prononcer officiellement 
sur le fond de la question; mais nous sommes en même temps d'avis que 
vous ne remplirez qu'un devoir en reconnaissant, avec M. Bouligny, qu'il 



ARTS CHIMIOUES. 



143 



vous a présenté, dès 1854, une cascade de diaphragmes employée avec suc- 
cès contre les inconvénients des incrustations. Ce même jeu d'organes a été 
appliqué, depuis lors, à des appareils spéciaux destinés à recueillir les in- 
crustations, aussitôt leur formation, et avant leur introduction dans l'eau 
emmagasinée dans le corps même de la chaudière; sans avoir à se pro- 
noncer plus expressément sur les ressemblances ou les dissemblances de ces 
appareils avec ceux de M. Boutigny, la Société d'encouragement ne saurait 
mieux placer ses éloges qu'en les accordant au savant expérimentateur au- 
quel est consacré ce rapport. 

Le comité des arts mécaniques a l'honneur de vous proposer, Messieurs, 
de remercier M. Boutigny de son intéressante communication et de le féli- 
citer des heureuses applications auxquelles l'invention de sa cascade de dia- 
phragmes a donné lieu, pour empêcher, dans une grande mesure, la forma- 
tion des dépôts, si nuisibles et en même temps si dangereux, dans le fonction- 
nement des chaudières à vapeur. 

Signé H. Tresca , rapporteur. 
Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. Salvétat, au nom du comité des arts chimiques, sur 
le vert d'hydrate d'oxyde de chrome préparé par M. Guignet, répétiteur à 
l'École impériale polytechnique. 

Messieurs, vous vous rappelez, sans doute, le rapport que nous avons eu 
l'honneur de vous faire, au nom du comité des arts chimiques, sur la prépa- 
ration d'une magnifique couleur verte, tirée du chrome, décrite par M. Gui- 
gnet, qui vous l'avait présentée [Bulletin, T série, t. VI, page 321, 1859). 

Nous venons aujourd'hui, conformément aux usages de votre Société, 
vous justifier que les espérances que l'auteur avait conçues se sont réalisées 
et que les faits ont entièrement donné satisfaction aux prévisions de votre 
rapporteur. 

Des perfectionnements continus ont permis d'obtenir une nuance parfai- 
tement constante, aussi riche que possible, et le travail en grand a vu réali - 
ser une économie notable sur le combustible en même temps que des mé- 



144 



ARTS CHIMIQUES. 



Ihodes plus exactes faisaient retrouver une plus grande partie de l'acide bo- 
rique qui rentre actuellement presque entièrement dans la fabrication. 

Ces résultats se sont traduits par des avantages réels offerts au consomma- 
teur; le prix du vert en poudre sèche s'est abaissé, depuis le 1 er janvier 
1862, d'environ 20 pour 100. Il coûte actuellement 22 fr. le kilogramme. 

La consommation de celte couleur est aujourd'hui générale en Alsace ; 
M. Kestner en fabrique annuellement plus de 10,000 kilogrammes. 
- Les applications de l'oxyde de chrome hydraté se sont singulièrement 
accrues. 

En première ligne, l'impression des tissus se présente dans des circon- 
stances exceptionnelles ; les jaconas, les organdis et les mousselines sont im- 
primés au vert de chrome fixé par l'albumine; les gris de charbon, l'outre- 
mer, les rouges et violets d'aniline constituent, avec le vert de chrome, un 
ensemble des plus harmonieux, et fournissent aux meilleures maisons 
d'Alsace d'immenses ressources; plus de la moitié de leurs tissus légers sont 
obtenus par les couleurs à l'albumine. 

Les percales, les calicots, les perses pour ameublement ont également 
pris un très-grand développement ; on les imprime avec les mêmes 
couleurs. 

On sait les inconvénients que présentent les papiers peints en vert par les 
matières employées jusqu'à ce jour (vert de Schweinfurth, vert anglais) ; le 
vert de chrome est complètement inoffensif; il est inaltérable, et l'expé- 
rience a prouvé qu'il résiste à l'influence de l'humidité d'une façon remar- 
quable. On peut se faire une idée de l'importance du service rendu par 
M. Guignet à certaines industries, en cilant ce fait qu'un seul apprèteur de 
papiers pour fleurs, feuilles et coiffures de dames, etc., consomme, par an, 
plus de 200 kilog. de ce vert; en mélange avec l'acide picrique, il fournit 
une variété presque infinie de tons qui conservent leur fraîcheur à la lumière 
artificielle. . 

Le peu de densité de cet oxyde de chrome et sa propriété colorante per- 
mettent de l'appliquer à la peinture murale. Une peinture à l'huile, en vert 
pur, à trois couches faisant fonds, sans réserve, ne coûte que 2 fr. le mèlre 
carré. Associé par mélange au blanc de zinc, il donne un petit vert ou vert d'eau 
fort agréable, solide et brillant, du prix de 1 fr. 50 le mètre carré; le vert 
ordinaire, grisâtre et altérable, est payé suivant le règlement actuellement en 
vigueur, à raison de 1 fr. 05 le mètre. 

La peinture sur bois, la carrosserie, malgré le prix de cette couleur, en 
font usage aussi ; la grande richesse de la nuance et l'inallérabililé du vert le 
rendent éminemment utile dans ces industries pour lesquelles l'augmenta- 



CHEMINS DE FER. 



145 



lion de dépense n'est qu'un élément très-faible de la valeur de l'objet. Une 
voiture à quatre roues, par exemple, du prix de 1,500 fr., exige, pour trois 
couches de vert, un demi-kilog. de couleur, soit 11 fr. Les verts ordinaires, 
moins brillants, plus denses, auraient employé 1 kilog., soit 4 fr. de couleur; 
la différence est donc de 7 fr. ; ce n'est même pas la deux centième partie du 
prix de la calèche. 

Tels sont, Messieurs, les documents nouveaux que votre comité a cru de- 
voir porter à votre connaissance. M. Guignet, au début de sa carrière indus- 
trielle, a reçu de la Société de Mulhouse une médaille d'or; c'était alors la 
sanction la plus honorable qu'il pùl ambitionner. L'Institut vient de recon- 
naître, par un prix prélevé sur la fondation Monlyon pour les arts insalubres, 
les services qu'il a rendus à l'humanité en donnant les moyens de faire dis- 
paraître les dangers des verts à l'acide arsénieux dont on peut désormais se 
passer. 

Votre comité pense que vous voudrez bien reconnaître de nouveau l'uti- 
lité du travail de M. Guignet en le remerciant de sa communication et en 
votant l'insertion du présent rapport dans le Bulletin de votre Société. 

Signé Salvéïat, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



CHEMINS DE FER. 
Sur un projet de locomotive a grande vitesse de M. Tourdot, chef de 

DÉPÔT AUX CHEMINS DE FER DE LYON A LA MÉDITERRANÉE ; PAR M. BAUDE, 
MEMRRE DU COMITÉ DES ARTS MÉCANIQUES (planche 294) (1). 

Tout chemin de fer qui fait des trains à grande vitesse, des trains express, 
a un modèle particulier de machines locomotives appropriées à ce genre de 
traction. Ce qui le distingue en apparence, ce sont de grandes roues mo- 
trices, ayant pour objet de ne pas trop forcer la vitesse du piston. Mais, ce 
qui est surtout essentiel dans des machines qui marchent à raison de 60 kilo- 
mètres et plus à l'heure, c'est une grande stabilité. 

Dans ce groupe des machines à grande vitesse, le système préféré, en 



(1) Communication lue dans ta séance du 24 février 1864. 

lame XL — (33" année. 2 série. — Mars 18C4. 



19 



146 



CHEMINS DE FER. 



France, est celui de Crampton. Il a donné son nom aux machines dont se 
servent la plupart des compagnies françaises. 

Nous n'avons pas l'intention de décrire la machine Crampton : nous rappel- 
lerons seulement que ses grandes roues motrices, dont les diamètres varient 
de 2 m ,10 à 2 m ,30, sont placées à l'arrière; que les roues portantes de l'avant 
ont leur essieu à 4 m ,50 de distance de l'essieu moteur, ce qui donne une base 
solide à l'établissement de la machine sur la voie. Ces deux essieux sont, d'ail- 
leurs, à peu près également chargés; celui du milieu ne porte qu'une demi- 
charge. Le centre de gravité de la machine est peu élevé. 

Les machines Crampton ne peuvent remorquer plus de 8 à 10 waggons, et 
il ne faut pas dépasser ce nombre pour être sûr d'arriver dans les limites régu- 
lières qu'assigne la marche des trains. Ainsi, par exemple, pour aller de Paris 
à Strasbourg avec une vitesse effective de 50 kilomètres à l'heure, les ma- 
chines sont obligées de prendre des vitesses de 60 à 80 kilomètres à l'heure. 
Ce sont à peu près les vitesses des autres chemins; et, si la marche devient 
plus ou moins rapide, cela tient au profil de la route parcourue. 

On a remarqué, d'ailleurs, qu'il faut faire grand usage de la détente; si le 
mécanicien ne ménage pas sa vapeur avec tout le soin imaginable, la pression 
diminue très-promptement dans la chaudière. 

Les charges sont réparties ainsi qu'il suit, dans les machines Crampton des 
chemins de fer de l'Est : 

Machine vide. Machine en charge. 

Roues d'arrière, diamètre 2 ra ,30 9,250 l 10,000 l 

Roues du milieu, diamètre l m ,20 4,620 7,000 

Roues d'avant, diamètre l m ,35 10,040 10,180 

Poids total 23,910 v 27,180* 

On a mis sous nos yeux une note de M. Tourdot, ancien chef du dépôt 
de Paris aux chemins de fer de Lyon, aujourd'hui sous- chef de traction, qui, 
frappé des excellentes conditions que réunit la machine Crampton pour les 
parcours à grande vitesse, et de l'exiguïté des chargements des trains, en pré- 
sence de besoins qui augmentent tous les jours, a voulu, par des dispositions 
nouvelles, suppléer à ce dernier inconvénient. 

M. Tourdot a doublé l'adhérence en mettant, à la place des roues de l'avant, 
deux grandes roues motrices auxquelles le mouvement est donné par le pro- 
longement des tiges des pistons des cylindres. Les bielles agissent alors symé- 
triquement sur chaque roue, attachées qu'elles sont à chacune des extrémités 
de la tige. 

Mais après avoir ainsi doublé l'adhérence, ce qui permettrait de porter la 
charge des trains de 16 à 20 voitures, il faut augmenter la surface de chauffe 



CHEMINS DE FER. 



147 



ou la production de vapeur. A cause des grandes roues entre lesquelles se 
trouve le foyer, on ne peut pas en augmenter la largeur; mais la disposition 
des machines Oampton permet de lui donner plus de longueur, en allongeant 
un peu la distance qui sépare les essieux extrêmes. En outre, M. Tourdot 
multiplie le nombre des tubes en réduisant leur diamètre, soit, par exemple, 
de 0 m ,05 à 0 m ,045; et il croit parvenir, par ces deux procédés, à augmenter- 
la surface de chauffe directe, ou du foyer, de 1/3, et la surface de chauffe des 
tubes de 1/4, ce qui lui paraît suffisant pour traîner de lourdes charges 
à grande vitesse, sans modifier les conditions essentielles de la machine 
Crampton. 

Pour mieux faire comprendre l'idée de M. Tourdot, nous présentons ici 
(fig. 3 et 4) le croquis d'une machine Crampton, et sa transformation en ma- 
chine à quatre roues accouplées (fig. 5 et 6). Nous devons la très-courte étude 
que nous produisons à la complaisance de M. Bonnet, dont les travaux per- 
sonnels sont bien connus de la Société, qui a eu plusieurs fois l'occasion de les 
apprécier. 

Le foyer de la machine Crampton, qui a 4 ™, 40 de longueur, serait allongé 
de 0 m ,60, en vue de la production de la vapeur, et l'essieu d'avant reporté 
aussi près que possible du cylindre, de manière à n'augmenter que le moins 
possible l'écartement des essieux extrêmes. Il deviendrait 4 m ,98 au lieu de 
4 m ,50, comme dans la machine actuelle. 

On ne pourrait accroître le diamètre de la chaudière, qui est de 1 m ,30, 
parce que celle-ci est, comme nous l'avons dit, invariablement comprise entre 
les grandes roues, dont l'écartement intérieur est de 1 m ,355. 

Le corps cylindrique de la chaudière devant passer au-dessus de l'essieu 
d'avant, il faudra, pour qu'il reste un jeu de 10 centimètres entre le dessus de 
l'essieu et le dessous de la chaudière, que l'axe de cette dernière soit placé 
à 2 mètres au-dessus du rail, au lieu de 1 m ,605, comme dans la machine 
Crampton. 

C'est ici que, pour nous, se manifeste la crainte que les conditions de sta- 
bilité de la machine Crampton ne soient un peu altérées dans les grandes 
vitesses, alors même qu'on réduirait à 2 m ,10 le diamètre des roues mo- 
trices. 

Les tubes de la machine Crampton ont 3 m ,50 de longueur; on pourrait les 
porter à 4 m ,50. Le dessous du cadre du foyer étant maintenu à 0 m ,40 au-dessus 
du rail, la surface de chauffe directe devient. . . 9 m , 87 au lieu de 6 m , 65 
La surface de chauffe des tubes 12l m , 50 — 88 m , 92 



Surfaces totales 



131 m ,37 au lieu de 95 m %57 



H8 



CHEMINS DE FER» 



Les bielles de la machine Crampton ont 2 m ,07 de longueur. Dans la ma- 
chine de M. Tourdot, il ne faut pas augmenter le porte à faux d'avant, en don- 
nant une grande longueur à la bielle qui revient sur la tige du piston ; on peut 
réduire les bielles à 1 m ,60 de longueur, ce qui correspond à six fois environ 
la longueur de la manivelle. 

On voit que les bielles des roues d'avant, qui doivent être parallèles à celles 
d'arrière, ne sauraient se trouver dans le même plan vertical, puisque la tige 
prolongée du piston, sur laquelle chacune fait retour, s'y trouve déjà. Il y a 
là une difficulté d'assemblage qui ne sera pas sans quelque inconvénient dans 
la pratique. 

L'augmentation de poids qui résultera des conditions obligatoires du sys- 
tème de M. Tourdot ne fera pas dépasser, par chaque essieu moteur, un poids 
de 11 tonnes, limite qu'il convient de ne pas dépasser. 

Le nouveau mode d'accouplement de M. Tourdot nous a paru ingénieux, et 
nous avons cru qu'il y avait quelque intérêt à le faire connaître; mais, en 
admettant que les modifications qu'une étude plus approfondie pourrait amener 
ne dussent point modifier, d'une manière notable, les dispositions principales 
des machines Crampton, est-ce à dire que ce soit une bonne direction à donner 
aux études des locomotives destinées aux trains express, que de doubler leur 
adhérence pour être à même de remorquer des trains de 10 et 20 voitures? 
Nous ne le pensons pas. 

Les trains express, pour marcher à une vitesse effective de 50 à 55 kilo- 
mètres à l'heure, sont obligés de prendre, en pleine marche, des vitesses qui 
atteignent et dépassent 70 et 80 kilomètres. Or nous estimons qu'il n'est pas 
prudent de conduire habituellement, même à des vitesses beaucoup moindres, 
des trains pesamment chargés. Le mouvement de lacet devient extrêmement 
prononcé, à ces vitesses, à mesure que le train s'allonge, et les chances de dé- 
raillement sont beaucoup plus grandes. 

Si un choc ou un arrêt subit se produit, la probabilité de la grandeur du 
danger est proportionnelle à la masse multipliée par le carré de la vitesse, et 
le résultat de la multiplication de ces facteurs donne des chiffres effrayants 
avec de lourdes masses et des vitesses exagérées. 

Nous croyons qu'il est heureux que les accouplements de roues, à cause des 
frottements que présente le jeu des bielles, ne se prêtent pas aux grandes 
vitesses, car celles-ci ne sauraient convenir aux transports des grandes masses. 
Lorsqu'il y a affluence, il vaut mieux dédoubler les trains que d'accumuler les 
voyageurs en un seul. 

On sait que le chemin du Nord a construit, pour le service des voyageurs, 
huit locomotives à quatre cylindres, dont deux à l'avant et deux à l'arrière, 



Jitd/etm de /il Société "" t>W *Jf WfllWI' f/ta/a-ième Jrrï*/N?135 



PI- 29 ï 




Machine /eeom ,>/i/>c 
à- quati-c cylindres . 



Jfac/iisie /oce>matihe 
Système; Cramp t&7V ordinaire 



Système Cramp ton- 
medi/té- par M. Toz/rdat . 



6 Mètres 




Fi<r. 4 



1 


JL 

A— --p^'^ 




Dri 


1 1 


1 ! 1 ! 




J 


1 1 

1 1 







Fig.6. 




Imp Lameureii.r ,r .Zacépède . 3#. /'uns 



AJ. Zcb/trnc, iM et se. 



DIFFÉRENTS TYPES DE MACHINES LOCOMOTIVES 



CHEMINS DE FER. 



149 



mettant en mouvement quatre roues motrices, indépendantes deux à deux, et 
séparées par trois petites roues portantes. Ces locomotives à voyageurs n'ont 
pu faire jusqu'ici le service de trains express ; malgré les avantages qu'elles 
présentent, ce serait leur donner une fausse destination que de les employer 
à un pareil usage. Leur fonctionnement doit se restreindre aux trains om- 
nibus ou aux trains directs, qui sont de moyenne vitesse entre les uns et les 
autres. 

Tout en cherchant le progrès dans les moyens de transports offerts aux 
voyageurs, il n'est pas bon, pour satisfaire à des aspirations sans doute très- 
philanthropiques, mais peu réfléchies, de donner des espérances qui ne peuvent 
se réaliser, et que condamnent la pratique aussi bien que la prudence. 



LÉGENDE DE LA PLANCHE 2914-, REPRÉSENTANT DIFFÉRENTS TYPES DE LOCOMOTIVES. 

Fig. 1. Croquis en élévation longitudinale d'une des locomotives à quatre cylin- 
dres construites par la Compagnie du chemin de fer du Nord. 
Fig. 2. Sections transversales partielles de cette machine. 



Surface de chauffe du foyer 10 m2 ,06 

— des tubes 144 76 

— du sécheur 12 00 



Surface de chauffe totale 166 m2 ,82 

Diamètre des cylindres 0 m ,360 

Course du pislon 0 m ,340 

Poids de la machine vide 34,300 kil. 

— en charge 43,300 kil. 



Fig. 3. Croquis en élévation longitudinale d'une locomotive ordinaire du système 
Cramplon (chemin de fer de l'Est). 
Fig. 4. Vue de bout partielle. 

Fig. 5. Croquis en élévation longitudinale de la locomotive de M. Tourdot (système 
Crampton modifié). 

Fig. 6. Vue de bout partielle. 



NOTE 

SUR DE NOUVELLES MACHINES LOCOMOTIVES MISES RÉCEMMENT EN SERVICE SUR LE CHEMIN 
DE FER DU NORD ET PROPRES A OPÉRER LA TRACTION DES CONVOIS SUR DE FORTES 

rampes, par M. Combes. 

« Notre savant confrère, M. Séguier, a entretenu l'Académie, dans une de ses 



150 



CHEMINS DR FER. 



dernières séances, des essais qui sont faits en Angleterre pour opérer la traction des 
convois sur des chemins de fer à très-fortes rampes, au moyen de machines locomo- 
tives établies sur un principe nouveau, dont il réclame avec raison la priorité. Au lieu 
d'emprunter, comme dans le système actuellement pratiqué, l'adhérence nécessaire 
pour enlrainer le convoi, au frottement des roues portantes qui reçoivent l'action des 
pistons et qu'on appelle, en raison de cela, roues motrices, les nouvelles locomotives 
l'emprunteraient à une paire de roues horizontales pressant entre elles un troisième 
rail, établi au milieu de la voie et qui passerait entre elles comme une barre de fer 
entre les cylindres d'un laminoir, avec cette différence qu'ici la barre resterait fixe et 
que le laminoir recevrait le mouvement de translation. La pression des roues contre le 
rail intermédiaire serait déterminée par une sorte de tenaille ou pince de banc à tirer, 
dont les deux branches tendraient à être rapprochées par la traction même exercée 
sur le convoi, de sorte que le serragedu rail et, par conséquent, le frottement résultant, 
qui produit" l'adhérence, atteindraient toujours, sans la dépasser, l'intensité néces- 
saire pour prévenir le glissement et déterminer la progression du train. 

« Ce système est, de prime abord, aussi séduisant qu'ingénieux. Cependant il n'est 
pas douteux que la mise à exécution, comme celle de presque toutes les conceptions 
mécaniques, ne rencontre des difficultés très-sérieuses. Ce n'est point ici le lieu de les 
indiquer et de les discuter 5 je désire, avec notre savant confrère, qu'elles soient heu- 
reusement surmontées. 

« La question importante de la construction de machines locomotives capables 
d'opérer la traction de convois sur les chemins de fer offrant de fortes rampes et des 
courbes de petits rayons est, d'ailleurs, susceptible de plusieurs solutions. Elle préoc- 
cupe depuis longtemps les ingénieurs engagés dans l'industrie des transports, qui, de 
leur côté, cherchent à la résoudre sans abandonner le principe sur lequel sont établies 
les machines actuelles. L'exploitation de la voie ferrée du Sœmmering, celle du che- 
min de fer de Gênes à Turin, dans la traversée de l'Apennin, et d'autres exemples que 
je pourrais citer, montrent que leurs tentatives n'ont pas été vaines. 

« La Compagnie des chemins de fer du nord de la France, sur la proposition de 
l'habile ingénieur directeur de l'exploitation, M. Petiet, est entrée à son tour résolu- 
ment dans la voie des expériences de ce genre. Elle a fait construire dix machines 
locomotives nouvelles d'une très-grande puissance, dont le poids tout entier est em- 
ployé pour l'adhérence, pouvant circuler dans des courbes dont le rayon descend jus- 
qu'à 80 mètres, et qui sont également propres à la traction de convois de marchan- 
dises considérables, sur les parties horizontales ou à faible inclinaison, et de convois 
moins lourds, sur de fortes rampes. 

a J'ai assisté, le 21 janvier dernier, avec plusieurs ingénieurs, à l'essai de l'une de 
ces machines sur le chemin de fer de Chauny à Saint-Gohain ; les résultats en ont été 
satisfaisants et me paraissent très-dignes de fixer l'attention de l'Académie. 

« Les machines locomotives sont à quatre cylindres et à six essieux distribués en 
deux groupes indépendants de trois essieux couplés ensemble et commandés chacun 
par les [listons d'une paire de cylindres. Les roues sont d'un petit diamètre (l m ,065), 



CHEMINS DE FER. 



151 



de sorte que le foyer de la chaudière les déborde en largeur, ce qui a permis de don- 
ner à la grille une surface de grandeur inusitée, 3 ma ,33. La surface de chauffe totale 
est de 221 mètres carrés et dépasse également en étendue celle des plus puissantes 
machines qu'on ait construites antérieurement. Elle porte, au départ, un approvision- 
nement de 8,000 kilogrammes d'eau et 2,200 kilogrammes de combustible. Son poids 
total approche alors de 60,000 kilogrammes, à peu près uniformément répartis sur 
les six essieux et les douze roues, dont chacune charge le rail d'environ 5,000 kilog. 
L'écartement des essieux extrêmes est de 6 mètres. Afin de faciliter le passage dans 
les courbes de petits rayons, M. Beugniot a appliqué, dans les ateliers de MM. André 
Kœchlin et comp., de Mulhouse, les dispositions suivantes. Les boudins des ban- 
dages des roues fixées sur les deux essieux moteurs intermédiaires de chaque groupe 
ont été diminués d'épaisseur. Le jeu dans le sens longitudinal des quatre autres 
essieux dans les coussinets a été porté à 46 millimètres, et les deux essieux extrêmes 
de chaque groupe ont été liés entre eux par un balancier horizontal, tournant autour 
d'un axe placé à l'aplomb de l'essieu intermédiaire et qui oblige l'un d'eux à se dé- 
placer longiludinalement de gauche à droite de la même quantité dont son connexe 
se déplace de droite à gauche, et vice versâ. Le placement des roues sur les rails dans 
les parties en courbe est ainsi facilité, quoique les essieux ne cessent pas d'être paral- 
lèles entre eux. 

« Le chemin de fer de Chauny à Saint-Gobain, d'un développement de 
14,500 mètres, présente d'abord, au départ de Chauny, des pentes et rampes de 
13 millimètres avec courbes de 275 mètres de rayon en minimum. Il se termine, vers 
Saint-Gobain, par une rampe dont l'inclinaison atteint 18 millimètres, avec courbes 
dont le rayon descend à 220 mètres. La gare de Saint-Gobain est elle-même formée 
de deux courbes en sens inverse, de 125 mètres de rayon sur un développement de 
200 mètres. La voie se prolonge au delà dans la manufacture des glaces, où elle 
forme un demi-cercle complet de 80 mètres de rayon, avec rampe de 25 millimètres. 

« La locomotive décrite a fait, pendant huit jours, tout le service de la ligne de 
Chauny à Saint-Gobain , et a pu circuler dans la courbe de 80 mètres de rayon, sans 
plus de difficulté que des locomotives à quatre essieux couplés qui le faisaient 
antérieurement. 

« Voici maintenant les données et le résultat de l'expérience du 21 janvier 
dernier : 

« Le train remorqué était composé de vingt et un véhicules remorqués, fourgons, 
waggons chargés de houille et voitures de voyageurs pesant ensemble 267,000 kilogr. 
Les heures de passage du train d'essai ont été relevées sur la rampe de 18 millimètres 
à chaque poteau hectométrique. Les premiers 1,200 mètres ont été parcourus avec 
une vitesse moyenne et à peu près régulière de 20 kilomètres à l'heure. Vers le 
douzième poteau kilométrique, les roues de la locomotive ont glissé sur les rails, pa- 
tiné; l'adhérence était à son extrême limite. Néanmoins il n'y a pas eu d'arrêt com- 
plet; seulement la vitesse moyenne, sur un parcours de 800 mètres, n'a été que de 
8^,3 par heure, et la vitesse minimum est descendue jusqu'à l m ,43 par seconde ou 



15J2 



CÉRAMIQUE. 



5 km ,t5 par heure. Le Irain a repris ensuite une vitesse de 20 kilomètres à l'heure et 
a franchi les derniers 1,100 mètres affectés de petites courbes, qui précèdent la gare, 
avec une vitesse de 17 kilomètres. Arrivée à la gare de Saint-Gobain, la locomotive 
est allée se placer en queue d'un petit train de waggons et l'a poussé dans l'usine sur 
la courbe de 80 mètres de rayon, avec rampe de 25 millimètres, qu'elle a parcourue 
tout entière. A l'extrémité de celte courbe, les freins des waggons ayant élé serrés, 
on a fait patiner sur place les douze roue» et exécuté plusieurs manœuvres en avant et 
en arrière, sans qu'aucune pièce ait subi d'avarie, ou ait donné des indices de fatigue 
excessive. 

« Cet essai démontre que la nouvelle locomotive du Nord à quatre cylindres, et à 
six essieux divisés en deux groupts de trois couplés ensemble et munis de balanciers, 
suivant le système Beugniot, prut circuler dans des courbes de très-petits rayons; que 
la limite supérieure de l'adhérence, pour un état peu favorable des rails (c'était le cas 
le jour de l'expérience), atteint à peu près les 13/100 du poids total de la machine, et 
peut faire équilibre à une résistance totale d'environ 7,300 kilogrammes; qu'enfin la 
machine, qui a remorqué sur la rampe de 18 millimètres un train pesant brut 
267 tonnes, pourrait remorquer un train du poids brut de 100 tonnes environ, indé- 
pendamment de son propre poids, à la vitesse de 17 à 20 kilomètres à l'heure, sur 
une rampe de 40 millimètres, avec courbes de 250 mètres de rayon en minimum. » 

(Comptes rendus de l'Académie des sciences.) 



CÉRAMIQUE. 

Sur le kaolin et les argiles a porcelaine du Cornouailles, 
par M. H. M. Stoker. 

Les gisements de kaolin et d'argiles à porcelaine du Cornouailles, qui proviennent 
de la désagrégation du granit, ont acquis, dans ces derniers temps, une importance et 
un intérêt qui peuvent se mesurer non-seulement par le développement qu'ils ont 
donné au capital, par l'augmentation de travail qui en est résultée pour la classe 
ouvrière, par l'élévation du chiffre annuel des exportations, mais encore parla variété 
du spectacle qu'ils offrent au touriste, soit dans le mode d'extraction de la matière 
première, soit dans la préparation de ces nombreux articles qu'elle fournit et qui 
sont si justement renommés. Il y a là également pour le chimiste, aussi bien que pour 
le mineur et le géologue, un sujet d'étude bien fait pour attirer leur attention, car le 
kaolin forme des dépôts assez restreints pour qu'on doive songer, dans un avenir peu 
éloigné, à rechercher, dans la même région ou dans quelque autre, une matière qui 
puisse lui être substituée dans les mêmes conditions de prix de revient. 

En remontant jusqu'au siècle dernier, on trouve qu'en 1768 M. Cookworlhy, de 
Plytooutb, appela l'attention de l'industrie sur ce fait que le granit désagrégé et les 



CÉRAMIQUE. 



153 



argiles du Cornouailles, aussi bien que ceux du comté de Devon, pouvaient, après 
fusion ou calcination, être utilisés dans l'art du potier pour servir de couverte (glaze), 
et c'est dans ce but qu'il commença à en faire des envois considérables aux poteries 
du comté de Stafford. La découverte de gisements importants de cette nature dans la 
paroisse de Saint-Stephens ayant permis de corroborer les expériences de M. Cook- 
worthy, de larges exploitations s'ouvrirent, qui donnèrent lieu à un commerce dont le 
développement n'a pns cessé de progresser jusqu'à ce jour. 

Le principal gisement de kaolin était, dans le principe, d'une grande pureté; il ne 
contenait ni fer ni manganèse, mais seulement du feldspath, de la silice et du mica, 
en proportions variables. C'est encore lui qui fournit aujourd'hui la matière première 
la plus appréciée pour les produits ordinaires; mais, en présence de son prix et de la 
distance à laquelle il faut l'aller chercher, il n'est pas probable que les efforts des chi- 
mistes et des industriels ne réussissent à lui substituer une autre substance. 

Le granit ordinaire ne diffère de la plupart des granits dont provient le kaolin 
qu'en ce qu'il contient des plaques de talc, d'hornblende ou de diallage, éléments 
étrangers dont la présence dans le kaolin, même en petites quantités, en rend l'em- 
ploi tout à fait impossible, parce qu'ils donnent lieu à la formation de scories noires 
ou brunes, composées de silicate de fer ou de manganèse. La proportion de ces élé- 
ments peut varier, sans que cependant le phénomène de la désagrégation de la roche 
semble s'en trouver altéré, et que la pierre perde une partie de ses propriétés vitri- 
fiantes. 

Les endroits où les recherches de kaolin offriraient le plus de chances de succès 
sont ceux qui sont placés au voisinage des roches granitiques fissurées, contenant ou 
supposées avoir contenu quelque matière en décomposition, ou sur des collines à 
sommets arrondis, formées en grande partie de roches feldspathiques à stratification 
horizontale. 

Le gisement qui fournit le kaolin est contigu aux paroisses de Saint-Denis et de 
Saint-Stephens, et occupe, en quelque sorte, le centre de la région granitique du 
comté; il est entouré d'autres roches primitives, d'origine ignée, qui, en se dévelop- 
pant de part et d'autre vers les côtes, se transforment peu à peu en argile schisteuse. 
A l'est et au nord, la roche est d'un aspect plus irrégulier et plus abrupt que sur les 
autres points; elle est plus porphyrique et renferme une plus grande quantité de 
feldspath, en cristaux opaques rouges ou blancs, de forme cubique ou rhomboïdale. 
Enfin, au sud, elle est séparée de la masse granitique voisine par une large faille qui 
offre cette particularité que, tandis que d'un côté le kaolin existe dans un état parfait 
de pureté, de l'autre, et seulement à une faible distance de 1 à 2 pieds (0 m ,30 à 0 m ,60), 
on ne le trouve plus que dans des conditions qui le rendent impropre à la céramique, 
en raison de la présence de petites plaques de talc empâtées dans une variété de 
granit compacte et grisâtre qu'on rencontre également dans la région orientale. 

Quiconque a étudié les dykes porphyriques ou le caractère général des roches pri- 
mitives du Cornouailles n'aura pas manqué de faire des conjectures sur les différences 
de température qui ont dû accompagner chacun des soulèvements, différences qu'at- 
lante XI. — 63* année. 2' série. — Mars 1864. 20 



154 



CÉRAMIQUE. 



teste la nature de quelques feldspalhs, dont les uns renferment encore une cerlaine 
quantité d'eau de cristallisation tandis que d'autres n'en contiennent plus aucune 
trace, la matière feldspalhique ayant subi une désagrégation qui l'a amenée à l'état 
amorphe et en quelque sorte pulvérulent (le kaolin); enfin, sur d'autres points et 
surtout dans les dykes porphyriques, on peut constater que la roche offre une cassure 
dont les bords ont un aspect cireux comme ceux de la porcelaine. De l'ensemble de 
tous ces caractères extérieurs on a tiré les conclusions suivantes, qui paraissent 
cependant fort douteuses : on a dit, en se reportant à la période des convulsions aux- 
quelles cette région du pays a été soumise, que la température à laquelle les roches 
granitiques étaient en fusion étant de beaucoup supérieure à la température de fusion 
des autres minéraux, le kaolin, en se formant, avait dû naturellement se trouver 
exempt de fer; que, en émergeant à la surface du sol, les cristaux de feldspath s'étaient 
brisés sous l'action de la vapeur d'eau qu'ils contenaient, et, perdant ainsi leur forme 
et leur aspect primitifs, avaient peu a peu abandonné une partie de leur potasse aux 
eaux pluviales qui, par des lavages successifs, avaient mis à nu des cristaux de quartz 
et des lamelles de mica aux reflets argentés, restant empâtés dans une masse formée 
de silicate de potasse et d'alumine. 

Suivant moi, il y a deux sortes de causes principales qui ont dû déterminer la 
désagrégation du granit et contribuer à la formation non-seulement du kaolin et de 
l'argile à porcelaine, mais encore à celle du sol en culture ou propre à être cultivé ; 
ce sont : 

1° Les agents physiques extérieurs dont l'action est, en quelque sorte, démontrée 
par ce fait que le kaolin se rencontre très-rarement à une profondeur de plus de 20 ou 
30 pieds (6 à 9 mètres) au-dessous de la surface; l'influence des saisons et, par suite, 
l'influence des changements de température sur des masses composées de cristaux de 
quartz et de feldspath, dont le coefficient de dilatation est loin d'être identique; enfin 
l'action des eaux pluviales. 

2° Les agents chimiques, parmi lesquels l'acide carbonique en excès qui peut se 
trouver dans l'air, comme il existe dans le sein de la terre, où son influence est sur- 
tout sensible dans certaines régions, comme, par exemple, au voisinage des roches 
volcaniques, où l'on sait que les terres arables produisent d'excellentes récoltes, et, en 
général, sur tous les points où il peut rencontrer les composés silicates qui forment 
en grande partie la croûte du globe. 

Aujourd'hui que les demandes de kaolin ont pris un accroissement considérable, 
le gisement qui le fournit est resté ce qu'il était dans le principe, c'est-à-dire une 
espèce de vaste clapier composé de neuf ouvertures, appartenant à divers exploitants 
entre lesquels la propriété de la colline se trouve divisée. Chaque ouverture a son puils 
particulier, au fond duquel la pierre s'exploite au moyen de la poudre pour arriver 
ensuite au jour, où un certain nombre d'ouvriers la chargent dans des waggons; de 
là elle est transportée aux ports les plus voisins, d'où elle est expédiée par navires 
aux poteries des comtés de Stafford et de Worcester. La distance de 7 h 9 milles qui 
sépare ces ports des carrières nécessite, par conséquent, des frais assez considérables 



CÉRAMIQUE. 



155 



de transport par terre, d'où résulte, pour la matière première, une augmentation de 
prix telle que, dans ces derniers temps, elle ne pouvait pas êlre livrée à bord, soit à 
Par, à Pentewan ou à Charlestown, à moins de 12 à 20 schellings (16 à 25 fr.). Néan- 
moins ces prix n'ont pas ralenti la demande, si bien que les propriétaires se sont vus 
dans la nécessité de limiter à 18,000 tonnes le chiffre de leur production annuelle, 
et, à ce taux, il est probable que moins de cinquante ans suffiront pour épuiser ces 
gisements. 

Le nombre d'ouvriers employés dans ces exploitations est relativement peu consi- 
dérable, car l'extraction de la pierre n'exige, par puits, que deux ou trois mineurs, 
et ceux-ci ne sont toujours que trop empressés à aider au remplissage des waggons 
pour gagner le prix d'une charge. L'épuisement, en quelque sorte prochain, de ces car- 
rières, ainsi qu'il vient d'être dit, doit faire réfléchir sérieusement les propriétaires 
actuels sur l'avenir de leurs exploitations et sur l'influence que pourrait exercer sur 
le marché la découverte de quelque bon gisement capable de rivaliser avec les leurs, 
bien que, pour le moment, la Société des kaolins du Cornouailles soit en possession du 
monopole. 

Le kaolin, tel qu'on l'extrait aujourd'hui, consiste en un mélange de quartz, de 
feldspath et de mica, éléments réunis en une masse homogène qui a beaucoup d'ana- 
logie avec le granit, bien qu'elle ne soit pas d'une texture aussi compacte. Le quartz 
s'y trouve en petits cristaux d'un blanc à reflets bleuâtres, dont les arêtes ont plus ou 
moins disparu par suite de la désagrégation de la roche, et dont la transparence est 
plus grande qu'elle ne l'était alors que celte roche était encore à l'état granitique non 
décomposé. Ces cristaux sont empâtés dans une masse composée de feldspath blanc 
privé d'une partie de sa potasse, et de petites lamelles de mica très-minces, opaques et 
à reflets d'argent. Cette masse provient d'un granit dont la composition est très-simple, 
car les espèces plus communes, en outre du mica, du quartz et du feldspath qui peut 
avoir une teinte rouge ou grise, renferment des cristaux et des plaques d'horneblende, 
de diallage ou de talc, avec une proportion plus ou moins notable de fer, facile à 
reconnaître par les taches noires qui apparaissent dans un essai de fusion ou de calci- 
nalion. Il suit de là que, tant qu'on n'aura pas trouvé un procédé économique pour puri- 
fier les autres granits vitrifiables du Cornouailles, le kaolin dont on se sert conservera, 
comme matière première, la supériorité qu'il doit à la pureté du silicate double d'alu- 
mine et de potasse dont il est formé; ce silicate produit en effet, à la fusion, un corps 
d'une pâte ferme, sonore, transparente et d'un blanc de perle, corps dont le kaolin 
proprement dit compose en grande partie le noyau recouvert par le vernis silicaté qui 
produit la transparence. Mais ce n'est pas seulement la présence des substances étran- 
gères que nous avons signalées qui doit faire exclure l'emploi de la matière qui les con- 
tient; un excès de silice ou de quartz en cristaux devra également la faire rejeter, car il 
en rendra la fusion impossible, même aux températures les plus élevées. Il est vrai 
qu'on peut corriger ce dernier défaut par l'addition d'une certaine quantité de potasse 
ou de soude, qui favorise la fusion en agissant comme dans la formation du verre; celte 
addition se règle d'après la teneur en potasse du feldspath, teneur qui, d'après Liebig, 
est de 17,75 p. 100. 



15fi 



(.KHAMIOTJE. 



Le kaolin joue un rôle important dans l'industrie céramique, où on l'emploie à une 
foule d'usages. Pour n'en citer que quelques-uns, nous rappellerons qu'il entre comme 
élément principal dans la composition de la pâle argileuse avec laquelle on fait le bis- 
cuit; il sert à donner plus de corps aux argiles rendues maigres par l'absence de la 
potasse; enfin, mélangé à d'autres subslances, on l'utilise pour la préparation des vernis 
ou couvertes destinées à recouvrir le biscuit qui doit passer une seconde fois au four. 

On désigne, en général, sous le nom de poteries, les articles à la confection des- 
quels on emploie le kaolin, l'argile à porcelaine, ainsi que d'autres substances, et 
dont les variétés si nombreuses dépendent de la nature et des proportions des matières 
premières employées. La série des porcelaines ne contiendrait, dit-on, que 3 p. 100 
de potasse; mais nous estimons que ce chiffre est inexact, en raison de la pureté et de 
la transparence de ces produits. Les Chinois passent pour employer dans leur fabri- 
cation les cendres de fougères, en raison de la grande quantité de carbonate de po- 
tasse qu'elles contiennent, et qui, en procurant à leur porcelaine cet aspect brillant 
qu'on leur connaît, leur ont, pendant longtemps, donné une incontestable supério- 
rité. Ils emploient également les cendres d'os ; mais, en France, on s'en sert aussi, et 
les potiers anglais en font aujourd'hui une grande consommation, parce que le phos- 
phate de chaux qui s'y trouve a la propriété, pendant la fusion, d'augmenter la trans- 
parence des produits, tout en empêchant la couverte de se fendre ou de s'écailler ; ce 
phénomène ne se produit pas avec la chaux seule, dont la présence, en trop forte pro- 
portion, a parfois perdu des fournées d'une valeur de plus de 5,000 livres (125,000 fr.), 
en déterminant, pendant la cuisson , à la surface des objets, une série de fentes et de 
gerçures qui obligeaient à les mettre au rebut. Il est donc important, dans la prépa- 
ration des matières, de veiller avec soin à la composition des pâles. 

Les principaux produits céramiques résultant soit de la cuisson, soit de h cuisson 
et de la vitrification des pâles sont connus en Angleterre sous les noms de terres de 
pipe (la variété la plus commune et la moins importante), porcelaines de la reine 
[queen's ware), terres cuites, basaltes et biscuits, dénominations introduites par 
Wedgwood, à la science et aux efforts persévérants duquel l'Angleterre est redevable, 
en partie, du rang élevé qu'elle occupe dans l'industrie céramique. Mais si les pro- 
grès ont été rapides, si les découvertes faites dans ces dernières années ont été remar- 
quables surtout au point de vue de l'art qu'elles concernent, il ne faut pas oublier 
qu'ils sont dus également à une connaissance plus parfaite des expériences de chimie 
pratique, dont on ne saurait trop recommander l'étude constante aussi bien au fabri- 
cant qu'à celui qui lui fournit les matières premières. En continuant la désignation des 
produits dont rénumération a été commencée, nous nommerons, pour parler de ceux 
qui sont le plus en usage, les poteries et les porcelaines de qualités inférieures et les 
faïences; c'est de ceux-là que nous nous occuperons plus particulièrement, laissant, 
pour le moment, de côté les premiers, parmi lesquels il serait convenable de ranger 
également les genres parian (1) et biscuit. 



(1) Nom donné par les Anglais, qui l'ont inventée, à une pâte de sculpture qui est argilo- 
feldspathique. (H.J 



CÉRAMIQUE. 



157 



Pendant longtemps l'industrie céramique était relativement peu avancée en Angle- 
terre, car, au xvm e siècle encore, c'est la Chine qui lui fournissait les poteries les plus 
fines, tandis que, pour les plus communes, on s'adressait, en grande partie, au con- 
tinent. Un siècle s'est à peine écoulé, et aujourd'hui le peuple anglais peut, à bon 
droit, s'enorgueillir des changements qui se sont opérés; car, grâce à l'esprit essen- 
tiellement industriel et au génie des affaires qui le caractérisent, on peut être sûr de 
retrouver, dans les régions les plus lointaines du globe, la marque de quelqu'une de 
ses fabriques. 

Dans la porcelaine, ainsi que dans les variétés de produits plus communs désignés 
sous le nom de poteries, les matières premières sont combinées de manière à exercer 
les unes sur les autres une action chimique, le feldspath décomposé donnant lieu à 
un verre fusible de silicate d'alumine et de potasse, moins transparent que celui que 
produit le silex fondu dans lequel il se trouve disséminé. Si le corps de la pâte est 
composé d'argile résistant, lorsqu'elle est seule, à l'action des plus hautes températures, 
cette argile est alors combinée de manière à donner, au feu, un produit d'une opacité 
homogène, à cassure vitreuse et d'aspect cireux, et, pour peu qu'on y ajoute quelque 
base métallique destinée à fournir la couleur, on obtient alors ce qu'on appelle la po- 
terie de grès (slone-ware). 

On sait qu'il existe deux sortes de porcelaines : la porcelaine dure, qui a été im- 
portée de France, et la porcelaine tendre. La pâte de la première peut être formée 
comme suit : 



Avec une pâle ainsi composée, on obtient, par une première cuisson, un produit 
auquel on donne le nom de biscuit. Ce produit est ensuite trempé dans un bain de 
feldspath, puis soumis à une seconde cuisson qui le fait passer à un état complet de 
vitrification, et lui donne une texture homogène, translucide, qui ne ressemble pas à 
la simple glaçure dont sont recouvertes les poteries communes. 

Pour faire la porcelaine tendre, les potiers anglais vitrifient complètement la pâte 
par une première cuisson, la forme de chaque objet étant maintenue au moyen d'un 
saupoudrage de poudre de silex (ground flint) qu'on enlève facilement après le dé- 
tournement; la glaçure est ensuite appliquée, et la température de la seconde cuisson 
est moins haute que celle de la première. Pour ce genre de porcelaine, on emploie : 



Kaolin ou argile à porcelaine 

Feldspath 

Sable 

Sélénite 



70 parties, 
14 — 
12 — 
4 — 



Os (phosphate de chaux) 

Kaolin 

Argile à porcelaine. . . 



46 parties. 
31 — 
23 — 



Quant à la glaçure, on fait d'abord une fritte qui rend ensuite plus facile l'appli- 
cation de la couverte. Cette fritte peut être ainsi composée : 



158 



CÉRAMIQUE. 



Kaolin 
Soude. 
Borax. 
Nitre. 



25 parties. 



6 — 
3 — 
1 — 



La fritle obtenue par la cuisson est ensuite broyée et porphyrisée, puis on en prend 
26 parties, auxquelles on ajoute : 



Ce sont ces matières qui, convenablement mélangées, constituent la glaçure dont le 
biscuit doit être enduit avant d'être soumis à une seconde cuisson. Pour les couleurs, 
elles doivent être appliquées et cuites avant l'application de la couverte; souvent chaque 
couleur demande une cuisson spéciale, surtout pour les objets dorés, ce qui augmente 
le travail et, par conséquent, le prix de revient. 

Le kaolin est l'élément qui donne à la pâte plus de force et de sonorité, tandis que 
le silex broyé communique à l'argile plastique une blancheur et une densité qu'elle 
n'a pas par elle-même. Les terres proprement dites sont infusibles; mais, en y ajou- 
tant du quarlz ou silex en proportion déterminée avec une base alcaline, on forme un 
corps vilrifiable et d'une translucidité uniforme. 

Nous allons décrire brièvement le mode de préparation auquel on soumet le kaolin 
et l'argile à porcelaine, pour en former ensuite des pâtes avec lesquelles, au moyen du 
pétrissage, du tournage et du modelage, on arrive à fabriquer ces variétés infinies 
d'objets qui font l'objet d'un commerce si important. 

Le kaolin est d'abord réduit en poudre fine au moyen d'un certain nombre de 
meules tournant dans une auge pavée, puis on le mélange avec de l'eau, en préparant 
une espèce de bouillie [bhinging) qui doit avoir la consistance d'une crème, laquelle 
passe ensuite par une série de tamis en batiste, animés d'un mouvement rapide par le 
moyen d'une roue hydraulique. Chaque substance destinée à former les pâtes est sou- 
mise à peu près au même traitement, puis les bouillies sont, en dernier lieu, passées 
à travers un fin tamis de soie, et mélangées ensuite dans une grande cuve, suivant 
des proportions déterminées, mais variables avec la nature des produits à fabriquer. 
Ce dosage se règle d'après le poids des matières, qui est de 2k onces (680 grammes) 
pour une pinte (0'''-,56) de bouillie d'argile (soit de 1\20 par litre), et d'environ 
32 onces (906 grammes) pour la même quantité de bouillie de kaolin (soit de l k ,60 
par litre). Dès que le mélange a atteint le degré de consistance voulu, on en soustrait 
l'eau par évaporation, ce qui oblige à soumetire la pâte à un système de battage ou 
de pétrissage destiné à chasser tous les globules d'air qui s'y trouvent emprisonnés. 
Après cette opération, on regardait autrefois comme indispensable d'abandonner la 
pâte à elle-même, pendant trois ou quatre mois, avant de la porter au four; mais 
aujourd'hui cette précaution est jugée inutile. 



Kaolin en poudre. . . 

Blanc de plomb 

Sable 

Carbonate de chaux, etc 
Oxyde d'étain 



26 parties. 



31 — 

7 — 

7 — 

3 — 



CÉRAMIQUE. 



159 



Variété brune. 



Variété drab ware. 



Voici les proportions de matières qu'on emploie ordinairement dans les différentes 
sortes de poteries : 

1 Argile du comté de Dorset 56 parties. 

Argile à porcelaine 27 — 

Silex 14 — 

Kaolin 3 — 

Argile rouge 83 — 

Argile de Dorset 13 — 

Silex 2 — 

Manganèse 2 — 

Marne de Caen 32 — 

Argile de Dorset 22 — 

Kaolin 45 — 

Nickel 1 — 

Baryte 32 — 

Kaolin 15 — 

Variété jaspée {jaspar}. . . { Argile de Dorset 15 — 

Calcaire 33 — 

Plomb 3 — 

La glaçure ordinairement employée pour la variété cream colour se compose de 
proportions variables de blanc de plomb et de kaolin, ou bien on forme une fritte avec 
les matériaux suivants : 

Kaolin 30 parties. 

Silex . 16 — 

Fritte. . . ( Minium 25 — 

Soude 12 — 

Borax 17 - 

On prend alors 26 parties de cette fritte, et on les mélange avec 15 de kaolin, 10 de 
cristal anglais (flint glass), 9 de silex et 40 de blanc do plomb. 

Malgré tous les chiffres que nous avons donnés, nous devons ajouter que la com- 
position exacte des pâtes ainsi que la provenance bien déterminée des argiles em- 
ployées constituent des secrets qui sortent rarement des ateliers de malaxage, en 
sorte qu'il devient très-difficile d'indiquer avec quelque degré d'exactitude l'influence 
que peut exercer l'emploi en excès de telle ou telle matière première. 

L'argile à porcelaine, particulièrement celle du Cornouailles, n'a été connue relati- 
vement que très-lard; non-seulement il y a bien longtemps que les Chinois font usage 
de cette substance, mais, d'après des renseignements émanés de différentes sources, 
et d'après les savantes recherches de M. Layard, il paraîtrait qu'elle n'était pas 
inconnue des Égyptiens. Dès que M. Cookworthy, en 1768, fit connaître celle de 
Lescrowse et de Trethose, dans la paroisse de S.iint-Stephens, les poteries du comté 
de Stafford en demandèrent immédiatement de grandes quantités, et depuis lors la 
consommation n'a pas cessé de s'en accroître, en même temps que l'exportation du 
kaolin, sur le continent et en Amérique, se faisait sur une grande échelle. 



160 



CÉRAMIQUE. 



L'argile à porcelaine se rencontre entremêlée de quartz et de mica dans la plupart 
des vallées qui sont contiguës aux soulèvements des roches primitives en décompo- 
sition de notre contrée. D'après ce que l'on peut en inférer jusqu'ici de ses relations 
avec le kaolin, les gisements qu'elle forme ne sont pas bornés à tel ou tel district, car 
on en trouve, il est vrai de qualités variables, sur les différents points de la région 
sud-ouest de la formation granitique, où leur présence est souvent décelée par diffé- 
rents caractères extérieurs, tels que la surface complètement unie du sol, le dévelop- 
pement de la végétation, que favorise surtout l'excès de potasse que l'argile peut con- 
tenir, et enfin l'abondance des sources voisines. 

Le caractère de l'argile a une grande analogie avec celui des granits d'où elle dérive, 
en vertu du phénomène de désagrégation dont nous avons parlé plus haut, analogie 
qu'on observe non-seulement au point de vue du rendement d'une quantité donnée 
de matière première, mais aussi sous le rapport de la pureté et de la blancheur de la 
substance; car la plus blanche provient des granits dont la pâte feldspathique est la 
plus pure et la plus exempte de fer. La proportion de mica exerce également une in- 
fluence qu'on ne saurait négliger, si bien qu'on peut dire, en règle générale, que la 
valeur d'une argile peut, en quelque sorte, se déduire de celle qu'on aura reconnue 
au granit dont elle provient. Dans ces conditions, il ne serait donc pas inutile que nos 
fabricants se livrassent à un examen minutieux de la matière, examen que leur facili- 
terait de beaucoup l'emploi d'un bon microscope. 

L'argile à porcelaine des comtés de Devon et de Derby est d'une bonne qualité pour 
la fabrication ; mais elle ne saurait se comparer à celle du Cornouailles pour la fer- 
meté et la blancheur. Elle renferme 60 d'alumine, 20 de silice et 20 de potasse 
(Wedgwood), et c'est à cet excès de silice qu'elle doit d'être infusible et inaltérable aux 
plus hautes températures; en outre, elle conserve très-longlemps son humidité, en 
sorte que sa préparation demande de grands soins, ainsi qu'on le verra plus loin. 

Le quartz qu'elle renferme est en petits cristaux de forme irrégulière et à arêtes 
indéterminées, tandis que le mica ne semble pas plus altéré que celui du granit d'où 
il provient, et continue à s'y trouver sous forme de silicate double d'alumine et de 
potasse. 

On a vu précédemment combien il en était autrement du feldspath provenant des 
mêmes granits, lequel, par suite de la perte de la majeure partie de sa potasse, s'est 
trouvé transformé en une matière pulvérulente et amorphe 5 singuliers effets des phé- 
nomènes chimiques créés par la nature, et qui donnent lieu à la formation de matières 
capables de fournir, à la cuisson, des produits entièrement différents sous le rapport 
de la transparence, de la sonorité et de la blancheur. Entre les pâtes dites terre de 
pipe et la porcelaine translucide, ou même le verre qui n'est qu'un silicate entiè- 
rement vitrifié, il existe encore des genres nombreux dont les variétés dépendent 
d'autres éléments, tels que certains alcalis et des oxydes métalliques. N'oublions 
pas de noter que certaines coudies d'argile sont quelquefois peu utilisables pour 
la céramique, par suite de la présence d'une forte proportion de fer qui colore la 
matière et lui fait perdre une grande partie de sa plasticité; ces couches, qu'on 



CÉRAMIQUE. 



161 



laisse généralement de côté, sont désignées, en Angleterre, sous le nom de brawny. 

Il nous reste maintenant à décrire le mode de préparation qu'on fait subir à l'ar- 
gile dont nous venons de parler, préparation qui, malgré sa simplicité théorique, 
exige néanmoins beaucoup de soin dans la pratique, et qui consiste essentiellement 
dans la séparation du quartz. Les ateliers où l'on se livre à ce travail sont situés dans 
la paroisse même de Saint-Stephens, dont l'activité, surtout pendant l'été, offre au tou- 
risle un spectacle qui n'est pas sans intérêt; ils ont, du reste, une importance qu'at- 
teste leur développement, car l'un d'eux occupe, à lui seul, une surface de 10 à 13 acres 
(4 à 5 hectares) et ne produit pas moins de 2 à 3,000 tonnes de matière bonne à être 
expédiée. 

Rien de plus curieux et de plus pittoresque à la fois que l'aspect de ces ateliers qui 
se trouvent au milieu des bruyères, dans une solitude aride et sauvage, bordée par des 
remparts de rochers et ayant une série de collines froides et âpres pour seul horizon. 
Ici ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui, coiffés de blanc et munis 
d'une paire de manches et d'un lablier de même couleur, portent, dans de larges pa- 
niers, une matière encore plus blanche que leur accoulrement et qui n'est autre que 
l'argile, et vont la déposer sur la hauteur, où des aires de séchage sont disposées dans 
les conditions les plus favorables à l'action du soleil et des vents secs; là, d'autres ou- 
vriers neltoient l'argile sèche pour la mettre en barils, forme sous laquelle on l'expédie 
sur les marchés de l'ancien et du nouveau monde; plus loin on remarque des fosses 
de toutes les formes, où se font les lavages, et dont la série est interrompue de temps 
en temps par une ou deux roues hydrauliques qui fonctionnent sans discontinuer. 
A l'extrémité la plus éloignée sont les excavations d'où on tire l'argile pour la nettoyer 
ensuite, la soumettre au lavage et la débarrasser du sable avec lequel elle est mélangée; 
ce dernier est chargé dans des waggons roulant sur un petit chemin de fer ayant l'eau 
comme force motrice. Enfin, couronnant le tout, un certain nombre de laveurs, éche- 
lonnés sur des points culminants, desservent plusieurs pompes affectées à différents ser- 
vices. 

Les couches d'argile sont recouvertes par une épaisseur de terrain variable : tantôt 
on en exploite à peu de distance de la surface du sol, et tantôt il faut aller jusqu'à 10 
à 20 fathoms (18 à 36 mètres) pour trouver un gisement convenable. Le terrain 
stérile est enlevé avec la pioche et la pelle; c'est là le travail d'une brigade d'ouvriers 
qui chargent, en outre, les déblais dans des brouettes et les transportent dans le voi- 
sinage, où ils servent à niveler le sol et à préparer des aires de séchage pour la saison 
d'été. En même temps que ce travail s'effectue, d'autres ouvriers attaquent la couche 
d'argile, sur laquelle on fait constamment couler un petit filet d'eau qui sert à la dé- 
tremper; puis ils foulent celte argile avec des bottes pesantes (environ 3 kilog.), afin 
de faciliter sa séparation d'avec le sable et le mica, que le courant d'eau emporte peu 
à peu. Le sable est ensuite repris et chargé, comme on l'a dit, dans des waggons qui le 
remontent, soit pour le déposer sur des aires, soit pour le verser dans des fosses. 

L'eau dont on se sert pour détremper l'argile doit consister en 2/3 d'eau de source 
et 1/3 d'eau de pluie, ce mélange favorisant le dépôt de la matière en suspension. 

Tune X.I. — 0:j 9 année. 2 e série. — Mars 1804. 21 



162 



CÉRAMIQUE. 



Cette opération n'est pas sans importance et demande une certaine dose d'attention, 
car il peut arriver qu'il y ait un excès d'eau de pluie, et dans ce cas il faut saturer le 
mélange avec quelque base terreuse. L'alun ordinaire est souvent employé à cet usage; 
mais tout autre sel meilleur marché pourrait remplir le même but, car il n'est néces- 
saire de saturer complètement le liquide avec des bases terreuses que lorsque l'argile 
se précipite trop rapidement; c'est là un phénomène qui n'est généralement pas 
connu. Au lieu de sels, il nous est quelquefois arrivé d'employer avec succès de la 
tourbe en poudre fine, ou du charbon de bois pulvérisé; l'une ou l'autre de ces sub- 
stances, simplement jetée sur le liquide d'une fosse où elle surnage, a la singulière 
propriété d'aider à la précipitation de l'argile, même dans l'eau distillée, ce dont 
il est facile de se convaincre en répétant l'expérience en petit dans une éprouvette. 

Mais reprenons la suite des opérations. Des pompes en bois ou en métal, mises en 
mouvement par un puissant moteur hydraulique et plongeant à 40 et quelquefois 
à 80 pieds de profondeur (12 et 24 mètres) dans les fosses inférieures du chantier, 
remontent le liquide en quelque sorte laiteux, et le versent dans des caisses échelon- 
nées par étages, où le mica se dépose en vertu de sa plus grande densité. Le degré 
d'inclinaison et le nombre de ces caisses varient avec la rapidité du courant du liquide, 
et quant à leurs dimensions, qui sont également variables, elles sont de 10 à 20 pieds 
(3 à 6 mètres) en longueur, 3 pieds (0 m ,9) en largeur, et 6 à 9 pouces (0 m , 15 à 0 ra ,22) 
en profondeur. Il arrive parfois, lorsque les caisses ne sont pas convenablement dis- 
posées, que la majeure partie du mica ne se dépose pas; dans ce cas, l'argile qu'on 
recueille en contient une proportion assez forte pour en altérer les qualités au point 
de vue de la blancheur et de la plasticité. Il est donc essentiel, surtout pour les argiles 
les plus précieuses, que la séparation des matières puisse s'effectuer aussi complè- 
tement que possible, et pour cela il faut régler, d'une manière convenable et uni- 
forme, le courant du liquide et l'inclinaison des caisses de dépôt; en outre, celles-ci 
doivent être vidées et nettoyées toutes les six ou sept heures, travail que saura am- 
plement payer la bonne qualité des produits. La matière contenue dans la première 
des caisses où arrive le courant étant un mélange d'argile, de mica et de cristaux de 
diallage ou d'hornblende, on la jette alors aux déblais, tandis que celle qui provient 
des autres caisses peut être utilisée et est vendue comme argile de seconde qualité. 

L'eau qui entraîne l'argile la plus pure, et qui vient de quitter les caisses étagées, 
arrive, en dernier lieu, dans une fosse de forme circulaire ou ovale, de 30 à 40 pieds 
de circonférence (2 m ,80 à 3 m ,80 de diamètre) et de 6 à 10 pieds (l m ,80 à 3 mètres) de 
profondeur, au fond de laquelle l'argile se dépose peu à peu, en même temps que l'eau 
la plus claire coule par-dessus les bords. Quand la fosse est remplie d'argile, on la vide 
au moyen d'une vanne placée à la partie inférieure, ou bien au moyen de pompes, et 
on reçoit la matière dans des cuves, où on la fait sécher par une simple exposition 
au soleil ou sous l'action des vents secs du mois de mars. 

Au bout de trois ou quatre mois, pendant lesquels la matière a déjà perdu une 
grande partie de son humidité, on la sort des cuves et on la débite en blocs cubiques 
de 1 pied de côté (0 m ,30), pour la plarer sur des plates- formes disposées dans le voi- 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



168 



sinage, où elle achève de se sécher pendant l'été. Des ouvriers préparent ces blocs en 
découpant la matière au moyen d'un couteau muni d'un long manche (espèce de 
louchet) ; ils commencent par faire une première série d'incisions parallèles, puis ils 
en font d'autres à angles droits et enlèvent enfin les blocs au moyen de bêches. Des 
femmes et des enfants viennent alors les prendre et les rangent sur les plates-formes 
sablées, où ils acquièrent, en peu de temps, la siccité et la blancheur voulues. Commo 
cette opération ne peut se pratiquer qu'en été, et qu'un temps humide lui est exces- 
sivement défavorable, on comprend qu'il soit nécessaire d'avoir quelquefois recours 
à des moyens artificiels pour arriver au même but. Malheureusement Newport est le 
point le moins éloigné d'où l'on puisse tirer le charbon, et la distance est encore assez 
grande pour que, en raison des frais de transport, peu d'exploitants se décident à en 
faire venir. En effet, si on employait ce combustible, le séchage s'opérerait en plaçant 
l'argile dans de grands fours ou dans des séchoirs à vapeur, procédés qui, au prix de 
la houille, ne seraient ni l'un ni l'autre applicables au traitement annuel de plusieurs 
milliers de tonnes d'argile. 

Une fois secs, les blocs d'argile sont ramassés, empilés Sous des hangars et recouverts 
de chaume, c'est-à-dire mis à l'abri de l'humidité, et rangés avec soin en tas où l'air 
puisse circuler librement. Quand on doit en faire des expéditions à l'étranger, on les 
racle avec soin (travail qui est fait sur des tables par des femmes armées d'un instru- 
ment qui ressemble à la houe hollandaise), et on les emballe dans de petites caisses 
contenant chacune une demi-tonne environ, ou bien on les charge directement dans 
des waggons qui les amènent au port d'embarquement le plus rapproché. 

Quant aux prix, ils dépendent beaucoup de la nature de la marchandise ; ceux des qua- 
lités supérieures varient dans de très-faibles limites, el, dans ces dix ou quinze dernières 
années, ils se sont constamment maintenusenlre 36 et 46 schellings (45 et 57 fr. 50) par 
tonne, tandis qu'on peut avoir des qualités de second ordre à des prix bien inférieurs, 
qui peuvent descendre jusqu'à 17 schellings (21 fr. 25). La pureté, la siccité, la blan- 
cheur, la dureté et le degré de retrait après cuisson sont les qualités les plus recher- 
chées et qui, nécessairement, influent sur la valeur de la matière. (M.) 



EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1862. 

RAPPORT SUR LES PRODUITS CHIMIQUES INDUSTRIELS ( CLASSE II , SECTION A ) , PAR 
M. A. W. HOFMANN, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE LONDRES. (Suite) (1). 

Sources inorganiques des composés potassiques. 

Découverte et exploitation de dépôts souterrains de chlorure potassique recouvrant 
le sel gemme ordinaire. — On a découvert récemment à Stassfurt, petite ville située 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2« série, t. X, p. 478, 546 et 672. 



m 



EXPOSITION UNIVERSELLE . 



près de Magdebourg (Prusse), un gisement do sel gemme ordinaire d'une épaisseur 
de 100 pieds (30 m ), lequel est recouvert immédiatement par une couche d'argile ren- 
fermant des veines de sels mélangés, principalement des sulfates et des chlorures ter- 
reux et alcalins, désignés en allemand sous le nom d' Abraumsalz (sel de déblai) . L'ana- 
lyse de ce dépôt salin, faite par M. Pelers (1), a indiqué qu'il renfermait 19,16 de 
chlorure de potassium correspondant à 12,1 de potasse. Les sulfates terreux et le sel 
marin qu'on rencontre en abondance dans la partie inférieure de ce dépôt recouvrant 
immédiatement le sel gemme, disparaissent dans les veines supérieures formées prin- 
cipalement d'un mélange de chlorures potassique et magnésique fortement hydratés 
et quelque peu ferrugineux. La composition, l'aspect et les caractères de cette dernière 
matière sont assez définis et assez constants pour qu'on puisse l'envisager comme un 
minerai particulier. M. H. Rose, qui le désigne sous le nom de carnallùe, a trouvé, 
en l'analysant, qu'il contenait 24,27 de chlorure de potassium, correspondant à 
13,83 de potasse. Le mode de superposition de ces dépôts est intéressant, en ce qu'il 
indique l'ordre dans lequel les sels de l'eau de mer se déposeraient par une concen- 
tration graduelle du liquide, la masse du sel marin se solidifiant d'abord et formant la 
base du dépôt. 

La période décennale qui s'est écoulée entre 1851 et 1862 a été témoin du com- 
mencement de l'exploitation industrielle du sel potassique contenu dans ces dépôts 
complexes. En 1860, 160 tonnes de cette matière ont été recueillies et vendues prin- 
cipalement comme engrais; en 1861 la production a doublé, et depuis cette époque 
n'a cessé d'augmenter. 

Salpêtre naturel. — Le rapporteur rappelle que dans beaucoup de districts des 
régions tropicales le sol est imprégné de nitrate de potasse qu'on peut extraire par 
simple lixiviation, et c'est ainsi qu'on obtient le salpêtre qu'on importe en si grandes 
quantités des Indes. Il explique les deux théories qui attribuent la formation de l'acide 
nitrique, l'une à là décomposition des matières organiques au contact de l'air, et l'autre, 
qu'il croit moins exacte, à l'absorption, par certains corps inorganiques de nature po- 
reuse, de l'azote et de l'oxygène atmosphérique qui se combineraient ensuite sousl'in- 
fluence de certaines circonstances favorables. Du reste, quelle que soit leur origine, 
il est certain qu'on rencontre souvent de pareils dépôts, et tout récemment on en a 
découvert un nouveau gisement au cap de Bonne-Espérance , dans le district de 
Clan-William. 

Enfin M. Hofmann signale, en passant, l'importance du chlorure potassique, dont il 
a été question plus haut, comme moyen d'obtenir le nitrate de potasse par double dé- 
composition avec le nitrate de soude natif. Il fait remarquer que c'est à la connaissance 
plus exacte et à l'utilisation de cette propriété du chlorure qu'il faut attribuer l'augmen- 
tation rapide de sa valeur commerciale dans les dernières années. En France, on 
emploie beaucoup les produits potassiques provenant des résidus des liqueurs de bet- 
teraves; à cet effet, on ajoute du nitrate de soude pendant l'évaporalion des liqueurs, 



(1) Chem. Ackersmann, 1861, n° 2, p. 102. 



Bidfe/vi Je la, Joc^e/é d'£riC4Jrtra</erri<-nf '/Ww .feriej JY?/37 . 



PI . 295 



Fig.l Fiq;.2. 




Imp Lanunmuar.r de/ Zacépède SS.Parir 



Ad . Zch/a/w de/ et Mr. 

INJECTEÏÏB GIFFARD PERFECTIONNÉ, PAR M. TURCK . 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



165 



afin d'effectuer la transformation désirée; mais ce procédé présente des dangers d'ex- 
plosion. 

Extraction directe des sels neutres de potasse de l'eau de mer, au moyen du procédé 
Balard, modifié par M. Merle. — « On peut dire, en termes généraux, que la méthode 
de M. Balard, mentionnée brièvement par le Jury, dans son rapport de 1851 (1), con- 
siste à concentrer et à refroidir alternativement l'eau de mer (ou plus exactement les 
eaux-mères des marais salants), d'après un plan méthodique arrangé de manière à 
obtenir, en partie par la décomposition réciproque opérée entre les matières salines, en 
partie par des précipitations et des cristallisations successives, trois produits salins pré- 
cieux, savoir : le sel de cuisine, le sulfate de soude et le chlorure de potassium. 

« Les eaux-mères, qui constituent la matière brute de M. Balard, peuvent être con- 
sidérées comme une solution d'un mélange de trois chlorures et d'un sulfate, savoir : les 
chlorures sodique, potassique et magnésique, et le sulfate de magnésie. Le traitement 
a pour but : 1° de combiner avec le sodium tout l'acide sulfurique en présence; 2° de 
récolter séparément le sulfate de soude ainsi formé, le chlorure de sodium et le chlo- 
rure de potassium. Le chlorure de magnésium, pour lequel on ne connaît pas d'em- 
ploi, est écoulé comme déchet dans les liqueurs qui constituent le résidu. Pour réaliser 
ces conditions, M. Balard met à profit l'influence générale si connue que les condi- 
tions physiques exercent sur les phénomènes chimiques, et il se sert plus particulière- 
ment de l'influence de la solubilité relative pour déterminer laquelle des diverses 
combinaisons possibles, entre des acides et des bases mélangés en solution, doit être 
formée et précipitée à l'état de produits solides par la concentration et le refroidisse- 
ment de pareilles solutions. » 

Ici le rapporteur examine en détail la méthode de M. Balard, et il explique les dif- 
ficultés nombreuses qu'elle a rencontrées dans la pratique, difficultés qui devaient la 
conduire à ne pouvoir être exploitée que d'une manière peu suivie, en lui donnant un 
caractère aléatoire présentant plus d'analogie avec une exploitation agricole qu'avec 
une opération industrielle. Nous passerons celte partie du rapport pour en arriver 
de suite à la description du procédé tel que l'a modifié M. Merle, qui en fait un pro- 
cédé complètement pratique, consistant dans l'extraction des sels des eaux de la mer 
concentrées par leur exposition à une basse température produite artificiellement. 

« Le degré de concentration nécessaire pour rendre les eaux de la mer propres à 
être traitées par ce procédé correspond à une densité de 1,24 (28° B.) ; à ce point de 
concentration l'eau de mer dépose à peu près les 4/5 du sel marin qu'elle contient. On 
obtient ce degré de concentration par le procédé ordinaire d'évaporalion sur le sol, tel 
qu'on le pratique dans la fabrication du sel marin, dont l'ample moisson dédommage 
pleinement de cette opération préliminaire. 

« Les eaux-mères constituent la matière brute du nouveau procédé; on les renferme 
dans de vastes réservoirs clos, et à partir de ce moment elles ne sont plus exposées ni 
à la dilution par la pluie ni à l'absorption par le sol. Mais l'expérience ayant montré 



(1) Rapport du Jury, 1851, p. 39. 



166 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



que ce degré de concentration était un peu supérieur à la densité la plus favorable à la 
prochaine phase de l'opération, on ajoute 10 pour 100 d'eau pure aux eaux-mères ren- 
fermées dans les réservoirs. 

«Après avoir fait subir cette préparation aux eaux de la mer, on leur fait traverser les 
appareils réfrigérants construits d'après les plans de M. Carré (1), et on les y soumet à un 
refroidissement de — 18° C. Celte réfrigération artificielle provoque la double décompo- 
sition entre le sulfate de magnésie et le chlorure de sodium; le sulfate de soude se 
dépose dans les eaux-mères à mesure qu'elles traversent l'appareil, et le chlorure de 
magnésium restant en solution est entraîné avec les liqueurs. Le procédé est continu ; 
les liqueurs entrent constamment d'un côté de l'appareil et ressortent de l'autre; le 
sulfate de soude, qui se dépose, est continuellement extrait au moyen d'une chaîne à 
godets. Une essoreuse centrifuge dépouille rapidement ce sel des eaux-mères, et fina- 
lement il est desséché dans un four à réverbère. Ces eaux-mères sont ensuite traitées 
pour en extraire les sels qu'elles tiennent en dissolution. 

« Pour obtenir le sel marin, on fait écouler les eaux-mères directement de l'appareil 
réfrigérant dans des chaudières analogues à celles qu'on emploie pour le raffinage du 
sel gemme. Dans ces chaudières, les eaux-mères sont évaporées jusqu'à ce qu'elles 
présentent une densité de 1,331 (36° B.); à ce degré de concentration, presque tout 
le sel marin s'est déposé à l'état de poudre fine, et, après dessiccation dans un appareil 
centrifuge, il équivaut, en pureté, aux plus beaux sels fins anglais. 

« Il reste à recouvrer le chlorure de potassium encore en dissolution dans les eaux- 
mères bouillantes ; dans ce but, on les fait écouler dans des réfrigérants en béton 
très-grands, mais peu profonds, où elles déposent bientôt la totalité de leur potasse sous 
forme de chlorure double de potassium et de magnésium. On recueille ce dépôt, et on 
élimine le chlorure de magnésium, en ajoutant à la masse saline mixte la moitié de 
son poids d'eau douce. Celle-ci dissout la totalité du chlorure de magnésium, qui est 
de beaucoup le sel le plus soluble, et seulement un quart du chlorure de potassium. 
On obtient ainsi les 3/4 de la potasse sous forme de chlorure, ne contenant que 1/10 
de matière saline étrangère ; l'autre 1/4, dissous dans les eaux de lavage, conjointe- 
ment avec du chlorure de magnésium, est reporté dans les chaudières. 

« Ce procédé remarquable fonctionne avec une facilité et une régularité parfaites. 
L'action énergique du froid artificiel, non-seulement dispense des éliminations suc- 
cessives qui sont la base de la méthode de M. Balard, mais elle permet à la double 
décomposition de s'accomplir avec une telle netteté, que les eaux-mères, ne retenant 
plus qu'une faible proportion de sulfate de magnésie, se prêtent avec une grande faci- 
lité au traitement ultérieur qui a pour but d'obtenir les sels de potasse. » 

La netteté et la régularité, ajoute M. Hofmann, ne sont pas cependant les seuls ca- 
ractères distinctifs de ce procédé ; il est encore remarquable pour la grande quantité 
de produits salins qu'il est susceptible de fournir. En effet, les opérations salinières 



(1) On sait que les appareils de M. Carré produisent le froid au moyen de la distillation de 
l'ammoniaque en vase clos. Voir Bulletin de 1863, 2 e série, t. X, p. 32. (R.) 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



167 



étant limitées à la production, sur le sol, d'eaux-mères d'une densilé de 1,24 (28° B.), 
la perte résultant de la perméabilité du sol est tout à fait insignifiante, et ne peut être 
comparée à la perte sérieuse provenant de la même cause qu'on éprouvait dans l'an- 
cienne méthode, dans les marais salants, lorsqu'on poussait le traitement des eaux à 
un bien plus haut degré de concentration. 

L'eau mère, amenée à une densité de 1,24 (28° B.), une fois emmagasinée dans les 
grands réservoirs, reste dans des vases métalliques pendant les phases ultérieures du 
procédé, et, comme les opérations suivantes se font dès lors sans aucune perte, on 
arrive à une production qui peut devenir énorme si l'on met en action de grandes 
surfaces d'évaporation. 

Un mètre cube d'eaux-mères à 28° B., qui, sans perte, correspondrait à 25 mètres 
cubes d'eau de mer, mais qui, par suite de la perle résultant des infiltrations, corres- 
pond à environ 75 mètres cubes d'eau de mer, traité comme il a été dit, peut fournir : 



M. Merle a déjà organisé, dans la Camargue, le matériel nécessaire pour le traite- 
ment de 100,000 mètres cubes d'eau de mer concentrée à 28° B., et ce n'est qu'une 
faible fraction de ce qu'il peut faire avec les surfaces dont il dispose. 

Cela posé, M. Hofmann se demande si ce procédé, ainsi perfectionné, représente bien 
la solution finale du problème auquel M. Balard a travaillé si longtemps. Il est à sa 
connaissance que l'éminent chimiste poursuit encore de nouveaux développements, 
et il croit que le recouvrement du brome des eaux-mères, encore rejetées comme dé- 
chet, sera l'un des prochains perfectionnements apportés à celte exploitation. Une dif- 
ficulté, cependant, est inséparable de ces procédés que le rapporteur appelle océaniques, 
parce qu'elle est inhérente à la nature môme des choses, et qu'elle doit nécessairement 
déjouer les efforts du plus grand génie. Cet obstacle tient à l'excès naturel des composés 
sodiques sur les composés potassiques dans l'eau de mer, de sorte que, pour obtenir 
10 tonnes de chlorure de potassium, il faut produire 160 tonnes de chlorure de so- 
dium et de sulfate de soude. Or ce fait ne peut être changé et constitue une barrière 
naturelle qui, en posant, en réalité, des limites b ce qu'on pourrait appeler la fabrica- 
tion océanique de la potasse, s'oppose à l'équilibre normal et désiré entre les prix com- 
merciaux des deux alcalis, qui sont également abondants dans la nature. C'est cerlai- 
nement cette considération qui, dans ces derniers temps , a déterminé tant de chi- 
mistes à chercher la potasse dans les sources minérales qui, comme certaines roches, 
la contiennent dans un état plus concentré. 

Extraction de la potasse des roches alcalifères primitives. — Depuis un quart de 
siècle, le but que se proposaient les chimistes, c'était de découvrir quelque procédé 
artificiel analogue aux pouvoirs dissolvants de l'air et de l'eau, mais d'un effet plus 
rapide, pour amener la désintégration de ces roches primitives alcalifères si réfrac- 
taires, et mettre en liberté la potasse qu'elles contiennent. Avant de parler du procédé 



Sulfate de soude anhydre. . 

Sel marin raffiné 

Chlorure de potassium. . . . 



40 kilog. 
120 — 
10 — 



168 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



par lequel M. F. 0. Ward a résolu le problème et l'a mis en pratique avec le capilaine 
Wynanls, de Bruxelles, M. Hofmann croit devoir passer en revue toutes les tentatives 
antérieurement faites dans la même voie. 

Procédés proposés par M M . Sprengel, Tumer, Kulhmann, Meyer et autres. — Les 
premières expériences faites, dont le rapporteur ait pu retrouver la trace, sont celles 
de Sprengel (1), qui, en 1830 déjà, prépara de l'alun, en soumettant le feldspath à 
l'action de l'acide sulfurique. A cet effet, on pulvérisait finement le feldspath, et on le 
mélangeait avec de l'acide sulfurique concentré, de manière à réduire le tout à l'état 
de consistance pâteuse; on laissait ensuite les deux substances en contact pendant 
plusieurs mois. En lixiviant par l'eau, le mélange fournissait de T'alun de potasse en 
solution qui, généralement, était si pur, qu'on était dispensé de le faire recristalliser. 

Plus tard, M. Turner (2) faisait fondre le minerai finement divisé avec du sulfate 
neutre de potasse. Il en résultait, d'un côté du silicate double de potasse, et de l'autre 
un silicate double insoluble d'alumine et de potasse pouvant fournir, sous l'influence 
fie l'acide sulfurique, de l'alun et de la silice. Le silicate soluble de potasse, mis en 
digestion avec de la chaux, formait du silicate insoluble de chaux, laissant de la po- 
tasse en dissolution. 

D'après les expériences de M. Kuhlmann, on peut aussi employer le chlorure de 
calcium pour attaquer le feldspath à une température élevée. En traitant par l'eau la 
masse fondue, elle abandonne des quantités considérables de chlorure de potassium. 

On a proposé une variété de procédés analogues pour obtenir la fusion du feldspath 
en employant des sels neutres comme fondants; mais tes procédés, de même que 
ceux de MM. Turner et Kuhlmann, ont tous échoué à cause de l'intensité de la tempé- 
rature exigée pour la réaction, ainsi que par suite de la dépense excessive de combus- 
tible et de la destruction rapide des fours qui en était la conséquence. En suivant la 
même voie, on a également essayé de mélanger intimement du feldspath pulvérisé avec 
du fluorure de calcium, et de soumettre ce mélange à l'action de l'acide sulfurique, et 
ultérieurement à une chaleur rouge modérée; mais la dépense, comparée à la valeur 
du produit obtenu, a rendu cet essai impraticable en grand. 

Enfin M. E. Meyer est l'auteur d'un procédé (3) sur lequel il a publié, en 1857, une 
notice, procédé reposant sur cette observation faite par M. Fuchs, que le feldspath pul- 
vérisé, après avoir été chauffé à blanc avec de la chaux et après avoir été lessivé ulté- 
rieurement avec de l'eau, fournit une faible proportion de potasse en solution. Partant 
de là, M. Meyer constate que la calcination du mélange de chaux et de feldspath à une 
température intermédiaire entre le rouge vif et la chaleur blanche fournit un produit 
qui, soumis à l'action de l'eau, et avec l'aide d'une pression de 7 à 8 atmosphères 
et d'une température énorme, donne naissance à une solution potassique, laquelle, en 
peu de temps, est suffisamment alcaline pour que la chaux n'y puisse plus rester en 



(1) Sprengel (C), Journ. f. œlion. Tech, chemie, t. VIII, p. 220. 

(2) Turner (AV. G.), Brevet n° 9486, 8 octobre 1842; Wagner' & chem. Technologie, 3 aufl., 140. 

(3) Meyer (E.), Ding. Polytech. Journ., t. CXLllI.p. 274; Wagner' s Jahresber., 1857, p. 124. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



169 



dissolution. L'intensité de la chaleur nécessaire pour effectuer ainsi la décomposition 
du feldspath au moyen de la chaux oppose malheureusement au succès industriel de 
ce procédé une barrière analogue à celle qui a rendu impraticables tous les autres pro- 
cédés par voie sèche proposés antérieurement dans le même but. D'un autre côté, la 
nécessité de lessiver 288 tonnes de produit calciné à une pression considérable, afin 
d'obtenir seulement 9 à 11 tonnes de potasse, constitue un autre obstacle qui s'op- 
pose, de la manière la plus formidable, à la réalisation de celte méthode. 

Attaque calcifluorique ; procédé de M. F. O. Ward. — La question de l'extraction 
de la potasse des roches feldspathiques restait donc pendante dans un état fort peu 
satisfaisant, quand M. F. O. Ward reprit le problème. C'est au commencement de 1857 
qu'il imagina le nouveau mode de traitement auquel il donne le nom d'attaque calci- 
fluorique, et depuis cette époque il s'occupe, de concert avec le capitaine Wynants, 
de réaliser ce plan sur une échelle industrielle (1). 

Dans un travail qu'il a publié à ce sujet (2), M. F. O. Ward explique les nombreux 
essais auxquels il s'est livré avec son collaborateur, et, après avoir énuméré chacune 
des difficultés qu'il a rencontrées, il donne la relation suivante du procédé auquel il a 
été conduit par l'emploi du fluor, et qui est, dit-il, d'une extrême simplicité, quoi- 
qu'on ait mis bien du temps à le découvrir. 

« Le feldspath, ou tout autre silicate alcalifère naturel, qu'on se propose de traiter, 
est pulvérisé jusqu'à ce qu'il soit réduit à la finesse du ciment ordinaire de Portland, et 
mélangé ensuite avec une proportion convenable (qui est indiquée plus loin) de spath- 
fluor (ou d'une autre fluorure), également réduit en poudre fine. On incorpore dans 
ce mélange une certaine quantité de craie ou, mieux, d'un mélange de craie et de 
chaux hydratée. L'introduction d'une partie de la base terreuse, sous forme de craie, 
est avantageuse, 1° parce qu'elle rend la matière friltée poreuse (et par conséquent 
facile à lixivier), par suite du dégagement d'acide carbonique pendant la calcination ; 
2° parce qu'elle favorise, par sa fusibilité, le contact des molécules entre lesquelles la 
réaction doit s'effectuer. L'hydrate de chaux, sans la craie, met en liberté beaucoup 
moins d'alcali que ne le fait la craie sans hydrate de chaux, et la chaux vive, employée 
seule, en élimine à peine des traces; mais, quand on emploie un mélange de chaux et 
de craie humecté avec de l'eau, il se forme peu à peu un carbonate hydraté basique, 
qui se solidifie ou se concrète comme du mortier, ce qui permet de façonner les ma- 
tières à traiter en boules ou en briques, qu'on soumet ensuite à la calcination. On 
chauffe le mélange, ainsi préparé, à la température rouge jaunâtre (assez forte pour ra- 
mollir l'argent, mais sans le fondre) (3), jusqu'à ce que les éléments dont il se compose 



(1) Ward (F. O.) et Wynants (F.), Brevet n° 3185, 30 décembre 1857; Rep. of pat. inv., sep- 
tembre 1858, p. 219. 

(2) Mémoire sur un nouveau procédé proposé par F. O. Ward, et mis en œuvre par lui, de 
concert avec le capitaine Wynants, pour l'extraction de la potasse des roches primitives. Lon- 
dres, 1862. 

(3) Il résulte d'une série d'expériences faites par M. Ward, depuis la rédaction du rapport an- 
glais, que la température indiquée ci-dessus peut être abaissée de beaucoup sans diminuer le 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série, — Mars 1864. 22 



170 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



s'agglomèrent en une substance frittée poreuse. Le temps nécessaire pour produire ce 
résultat varie d'une à plusieurs heures, selon la masse de la charge à pénétrer par la cha- 
leur et le caractère plus ou moins réfractaire du feldspath; ce caractère varie souvent, 
môme dans différentes parties d'un même dépôt ou d'une même veine, augmentant 
ordinairement avec la densité de la roche. La substance frittée et poreuse est épuisée 
à l'eau bouillante, ou lixiviée méthodiquement avec de l'eau chaude, qui dissout ra- 
pidement la totalité de l'alcali préexistant dans le feldspath. La lessive alcaline ainsi 
obtenue est plus ou moins carbonatée, et relient en dissolution une certaine proportion 
de silice ou d'alumine, ou des deux réunies; mais elle ne contient aucune substance 
étrangère qu'on ne puisse facilement séparer en ajoutant de la chaux à la solution; 
de cette manière on peut obtenir de la potasse de la plus grande pureté, soit caustique, 
soit carbonatée, en employant les moyens ordinaires. La substance frittée et épuisée 
contient évidemment la silice et l'alumine du feldspath ; elle contient, de plus, la chaux 
et la magnésie ou toute autre base terreuse qui aurait pu entrer dans sa composition, 
ainsi que la totalité de la base terreuse ajoutée. Ce résidu n'est pas un déchet comme 
celui du procédé de la soude; on peut l'employer utilement, et, pour cette raison, il 
est soumis à un traitement qui sera expliqué plus loin. » 

Pour ce qui concerne le dosage des substances constituant le mélange, et en pre- 
mier lieu celui de la chaux, M. F. 0. Ward dit que « le minimum théorique de la base 
terreuse doit être augmenté dans la pratique, par suite de l'impossibiltié d'effectuer un 
mélange assez parfait des matières pour assurer le contact entre toutes les molécules 
des substances attaquées el attaquantes. » Plus loin il ajoute que, « dans les conditions 
ordinaires, les proportions de chaux, de 2 équivalents pour la silice et 1 1/2 équi- 
valent pour l'alumine, constituent la quantité normale de chaux active à fournir. Et 
même je recommande, à ceux qui voudraient exploiter ce procédé industriellement, 
d'ajouter 1/9 ou 1/10 de chaux en plus, parce qu'un léger excès de craie ne forme pas 
d'obstacle à l'opération et n'augmente pas sensiblement la dépense, tandis qu'un 
manque de chaux est un mal dont il ne faut courir la chance à aucun prix. Ces pro- 
portions pour de l'orthose pure, représentée (d'après les nouvelles formules) par 
K'O. 3 SiO 2 . A1 4 0 3 . 3SiO, et ayant par conséquent pour équivalent 568,92, soit, en 
chiffres ronds, 569, correspondent à 13 1/2 équivalents = 1,350 parties de craie (Ca'CO 3 
étant égal à 100), ou avec l'addition de 1/9 en plus, 15 équiv. = 1,500 parties. » — 



rendement du feldspath en alcali. Des résultats excellents ont été obtenus, par exemple, en frittant 
(avec certaines précautions constamment requises) des quantités industrielles du mélange (soit 
des masses pesant plusieurs quintaux) dans les fours employés pour déshydrater le gypse, dans 
les cornues à gaz ordinaires et même dans les fours à travail continu où se cuit le ciment romain. 
Dans chaque expérience, on s'en est tenu à la température usuelle du four. On est parvenu ainsi 
à fnlter le mélange parfaitement avec 60 pour 100 moins de combustible que n'en demande le 
carbonate de chaux pour être converti en chaux vive. Pour ce qui concerne l'abaissement de la 
température dans ce procédé, l'influence du fluor, comme fondant, ne laisse rien à désirer. — Le 
rapporteur a assisté, en décembre 1863, à plusieurs de ces essais faits sur une échelle industrielle, 
et il se plait à en constater la réussite. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



171 



Quant à la proportion du spath-fluor exigée, M. Ward pose celle simple règle géné- 
rale : « L'addition du fluor doit être proportionnée, équivalent pour équivalent, à la 
quantité d'alcali existant dans la roche. » 

M. Ward explique la série des essais qu'il a faits à cet égard, et, après quelques autres 
remarques sur le caractère de la réaction qui se développe dans les phases ignée et 
aqueuse du traitement, il fait observer, relativement au résidu lessivé de la substance 
frittée, que, «d'après sa composition, on pourra facilement juger de ses applications et 
du traitement nécessaire à leur développement. Il est évident qu'en soumettant ce ré- 
sidu à une nouvelle calcination il dégagera de l'acide carbonique, et offrira alors dans 
ses traits principaux la composition d'un ciment hydraulique. » Mais il fait remarquer 
que la présence du fluor altérant les propriétés cimentantes de ce résidu, il ne peut, 
tel qu'il est, constituer qu'un ciment de second ordre, pouvant néanmoins servir avec 
avantage dans beaucoup de constructions usuelles. On peut encore l'utiliser comme 
substance à introduire dans les mélanges servant à la fabrication de pierres artificielles, 
ou de briques d'une dureté égale à celle de la pierre. Il ne sera donc nullement né- 
cessaire d'accumuler autour des fabriques des monceaux de ce résidu, comme cela a 
lieu pour les déchets provenant du procédé de la soude. 

« J'espère, dit en terminant M. Ward, me livrer, d'ici à peu de temps, à une série 
d'expériences complémentaires, en vue de l'utilisation du résidu. Mais, dans tous les 
cas, je crois pouvoir affirmer que le problème le plus important, celui de l'extraction 
de la potasse du feldspath, est déjà complètement résolu. Comme procédé de labora- 
toire, il est évidemment complet, parce qu'il accomplit, à une basse température, l'ex- 
traction de la totalité de l'alcali, et, sous ce rapport, il est impossible de le perfection- 
ner. En opérant sur des quantités plus grandes (par exemple, sur la charge d'une 
cornue à gaz ordinaire), on a extrait du feldspath potassique environ les 9/10 de tout 
l'alcali qu'il renfermait; et à la fin de quelques essais, aujourd'hui en cours d'exécution, 
pour déterminer la forme la plus économique et la meilleure des fourneaux ou fours 
à calciner de grandes quantités du mélange dans les conditions nécessaires d'unifor- 
mité et d'exactitude, on commencera la construction d'une usine pour l'exploitation 
en grand de ce procédé. » 

Après ces citations du mémoire de M. Ward, M. Hofmann rapporte que c'est avec 
le plus vif intérêt que le Jury a examiné la communication qui lui était faite par l'in- 
venteur sur ce procédé remarquable. Depuis lors il a appris que M. Ward et son asso- 
cié, M. Wynants, ont opéré sur des charges de 240 livres (108 k ,70), et obtenu les 7/8 
de l'alcali contenu dans le feldspath en traitement. Il émet, en conséquence, la con- 
viction que l' attaque calcifluorique constituera la solution véritable et définitive du 
grand problème de la production économique de la potasse. 

Sur la composition des résidus liquides de betteraves, et sur la manière d'en recouvrer 
la potasse et les autres produits salins. 

Sous ce titre, l'auteur a cru devoir réunir, comme appendice, l'ensemble des opé- 



172 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



rations auxquelles M. Kuhlmann soumet le salin brut de betterave, et dont les dé- 
tails ont été puisés par lui dans un mémoire présenté par l'habile industriel de Lille. 

Il explique que la mélasse qui forme le résidu des raffineries de sucre de betteraves 
est soumise à la fermentation, afin de convertir son sucre en alcool; qu'on recueille 
ensuite cet alcool au moyen de la distillation, et qu'on obtient enfin le salin brut avec 
les vinasses laissées dans l'alambic. Ces vinasses ou liqueurs restantes de la fermenta- 
tion et de la distillation de la mélasse sont neutralisées par la chaux, évaporées jusqu'à 
consistance sirupeuse et calcinées dans un four à réverbère, en agitant constamment. 
On passe ensuite à la lixiviation de la masse carbonisée, et si l'incinération a été bien 
faite, la solution obtenue est, après filtration, presque incolore. 

La matière carbonisée, retirée du four à incinération, constitue une potasse brute 
renfermant 10 à 25 pour 100 de matière insoluble (principalement de la craie, du 
charbon et du phosphate de chaux basique), et 3 à 4 pour 100 d'humidité ; le reste se 
compose de carbonates sodique et potassique en proportions variables, mélangés avec 
une quantité assez considérable de sulfates et de chlorures alcalins, et quelquefois 
d'une proportion très-variable de cyanure alcalin. 

Voici trois analyses de salin brut, dont deux de M. Kuhlmann et une de M. Esselens, 
de Bruxelles : 





I 


II 


III 




Kuhlmann* 


Kuhlmann. 


Esselens. 






44,0 


37,86 






33,7 


28,98 




20,4 


20,5 


19,83 






» 


0,07 






17,0 


22,54 




7,7 


12,0 


6,95 






■ 


1,60 






» 


traces. 






» 


0,11 




8,4 


6,3 


4,61 




22,8 


10,5 


15,31 




100,0 


100,0 


100,00 



M. Esselens a trouvé, pour la composition des matières insolubles du salin n° III : 



Phosphate de chaux (tricalcique) 5,70 

Azote 1,50 

Carbonates de potasse et de soude 0,30 

Silicates de potasse et de soude 1,60 

Carbonate de chaux . 57,00 

Sesquioxyde de fer 1,30 

Carbone 32,00 

Sable 0,60 



100,00 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



173 



Extraction des substances solubles du salin brut de betterave. — Voici maintenant 
les principaux détails de la méthode de M. Kuhlmann : 

On broie le salin brut en le faisant passer entre des cylindres cannelés, tournant 
en sens contraire. Un ouvrier travaillant douze heures peut moudre 2,000 kilogr. de 
salin. 

Les cuves à lixiviation, au nombre de huit, peuvent contenir chacune 1,320 kilog. 
de matière écrasée. Toutes les huit heures on remplit de nouveau l'une des cuves, de 
sorte qu'on peut lixivier 3,960 kilog. de salin brut dans l'espace de vingt- quatre 
heures. Quatre hommes travaillant alternativement suffisent à ce travail. 

La liqueur des cuves coule dans un réservoir contenant 21,000 litres, et, moyen- 
nant une chaleur perdue, on l'y concentre jusqu'à ce qu'elle ait atteint une densité 
de 1,261 (30° B.). Elle laisse alors précipiter une quantité considérable de sulfate de 
potasse qu'on recueille et qu'on débarrasse, aussi bien que possible, des eaux-mères 
adhérentes des cuves. Ce sulfate de potasse est converti en carbonate par le procédé 
Leblanc. 

La liqueur marquant près de 30° B. passe du réservoir dans des chaudières cylin- 
driques contenant chacune 9,000 litres, et chauffées au moyen de serpentins dans les- 
quels circule de la vapeur à trois atmosphères de pression. On concentre jusqu'à ce 
que la liqueur atteigne une densité de 1,408 (42° B.). Pendant cette concentration, 
il se précipite du carbonate de soude mélangé à du sulfate de potasse, mais indi- 
quant néanmoins quelquefois 30 degrés alcalimétriques. 

Les sels prennent, pour se déposer, quelques heures pendant lesquelles on arrête le 
chauffage. La liqueur, presque bouillante, mais complètement claire, est alors siphon- 
née dans des réservoirs à cristallisation d'une capacité égale à celle des chaudières, et 
on l'y laisse refroidir jusqu'à 30° C, mais pas au-dessous, afin d'empêcher que les cris- 
taux de chlorure de potassium qui vont se déposer ne se recouvrent de grands et durs 
cristaux de carbonate de soude. A mesure donc que la liqueur se refroidit, le chlorure 
de potassium se dépose; on le recueille alors et on le fait égoulter. 

Laliqueur, présentant maintenant une densité de 42° B. et une température de 30° C, 
est ensuite évaporée dans des récipients d'une capacité de 2,000 litres, jusqu'à ce qu'elle 
indique, en hiver, une densité de 1,494 (48° B.), et de 1,51 (49° B.) en été; quelquefois 
même, en été, on la concentre jusqu'à la densité de 1,54 (51° B.). Pendant cette con- 
centration, il se précipite une grande quantité de carbonate de soude, les premières 
portions indiquant 82 degrés alcalimétriques ; mais cet état de pureté s'abaisse jusqu'à 
50 degrés vers la fin de l'opération. 

Le carbonate de soude s'étant déposé, on écoule la liqueur dans de petites cuves à 
cristallisation, contenant chacune 250 litres, et on l'y laisse refroidir jusqu'à ce qu'elle 
atteigne la température ordinaire de l'atmosphère. Chaque cuve, ainsi refroidie, 
fournit à peu près 130 kilog. de cristaux d'une composition variable, mais constituant 
un carbonate double de potasse et de soude. 

Les eaux-mères qui restent dans les cuves sont très- foncées. On les fait passer dans 
des fours à réverbères, pour chasser l'eau et brûler les matières organiques colorantes. 



174 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



Le produit, séché et calciné, constitue une potasse partiellement raffinée, désignée 
sous la dénomination de sel roux, en raison de l'oxyde de fer qui la colore. On redis- 
sout ce produit et on concentre la solution à une densité de 1,51 à 1,525 (49 à 50° B ); 
pendant cette opération il se dépose beaucoup de sulfate de potasse et de carbonate de 
soude qu'on recueille. On décante de nouveau les eaux-mères dans les réfrigérants, et 
elles y déposent, comme précédemment, des cristaux en abondance. On les évapore 
ensuite à siccité, et le produit, calciné dans un four à réverbère, représente une po- 
tasse blanche bien raffinée, marquant 70 degrés alcalimétriques et ne contenant au 
plus que 4 p. 100 de soude. 

Quant aux sels précédemment mentionnés et marquant de 80 à 85 degrés alcalimé- 
triques, ils se composent principalement de carbonate de soude avec un peu de sul- 
fate et de chlorure potassiques : on les en débarrasse facilement en les lavant avec une 
solution froide et saturée de carbonate de soude, qui ne dissout que les sels de potasse. 
De celte manière, il est facile d'obtenir un carbonate de soude assez pur pour marquer 
90 degrés alcalimétriques. 

Les fours employés à l'évaporation des liqueurs concentrées et à la calcination des 
produits desséchés doivent être chauffés au rouge avant qu'on fasse couler la liqueur 
sur leur sole en briques, et la chaleur doit être parfaitement maintenue. En cas d'in- 
suffisance de chauffage, les liqueurs filtrent dans la maçonnerie et la détruisent ra- 
pidement. 11 faut également éviter avec soin une chaleur trop intense. Chez M. Kuhl- 
mann trois fours suffisent pour raffiner journellement 3,960 kilog. de salin brut, four- 
nissant 21 p. 100 (840 kilog.) de potasse raffinée. 

Purification des sels obtenus pendant le raffinage de la potasse brute de betterave. — 
Ces sels sont, comme on l'a vu, le sulfate potassique, le chlorure de potassium et le 
carbonate de soude. Comme ils ne sont que des produits accessoires de l'opér ation prin- 
cipale, nous ne suivrons pas plus loin le détail des opérations donné par M. Kuhl- 
mann, et nous passerons de suite au chapitre suivant du rapport de M. Hofmann. 

SELS AMMONIACAUX ET COMPOSÉS DU CYANOGÈNE. 

Sources des sels ammoniacaux; applications de ces sels ainsi que de l'ammoniaque 
caustique. — L'auteur indique d'abord quelles sont les principales sources dont on 
tire les sels ammoniacaux, sources qui sont : les substances animales en distillation, 
soit pour la préparation du noir animal, soit pour la fabrication du prussiate de po- 
tasse; les eaux-vannes, c'est-à-dire le liquide résultant de la putréfaction des matières 
fécales en contact avec l'eau-, la houille en distillation, etc. 

L'augmentation de la demande de sels ammonicaux, dont la consommation devient 
de jour en jour plus active, doit être surtout attribuée à l'emploi toujours croissant 
qu'on en fait en agriculture. 

L'application la plus importante de l'ammoniaque caustique en solution consiste, 
jusqu'à présent, dans la préparation de la cochenille ammoniacale et de l'orseille, et 
dans le dégraissage et le lavage de la laine. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



175 



Quant à l'ammoniaque liquide, résultat de la compression mécanique du gaz, 
M. Hofmann croit que l'introduction des machines réfrigérantes de M. Carré provo- 
quera une consommation notable de cet article. 

Enfin une application nouvelle de l'ammoniaque caustique, assez intéressante, mais 
qui n'est guère appelée à augmenter la consommation de cette substance, a été pro- 
posée récemment par M. Fournier, pour rechercher les fuites de gaz qui peuvent se 
produire dans les conduites (1). 

Sels ammoniacaux dérivés de la houille. — La fabrication du gaz se fait sur une 
échelle si vaste, qu'elle constitue une source d'ammoniaque devant laquelle toutes les 
autres s'effacent. A Londres seul on distille chaque année, pour cette fabrication, au 
moins un million de tonnes de houille. Bien que la quantité d'azote contenue dans ce 
combustible soit très-petite (en moyenne 0,75 p. 100), M. Hofmann, supposant un 
instant qu'on obtienne seulement un tiers de cet azote sous la forme de sel ammoniac, 
calcule que la quantité de sel engendré annuellement, comme produit secondaire de 
la manufacture du gaz de Londres, ne doit pas s'élever à moins de 9,723 tonnes. Mais, 
ajoute-t-il, cette abondante provision ne suffit même pas aux exigences du com- 
merce, et les fabricants sont toujours à la recherche d'autres sources de production. 
Une telle source s'offrirait dans la préparation du coke, à condition d'éviter la perte 
des produits volatils. On l'a souvent essayée, mais sans succès. Le rapporteur a ce- 
pendant appris qu'on avait renouvelé tout récemment ces essais dans les grandes 
fabriques de coke d'Alais (France), et qu'ils semblaient promettre d'heureux résultats. 

« Une nouvelle branche d'industrie ne peut manquer d'exercer une certaine in- 
fluence sur la production des sels ammoniacaux : nous voulons parler de la prépara- 
tion des matières colorantes dérivées du goudron de houille, dont il sera question dans 
un des chapitres suivants. La méthode ordinaire de fabrication du coke entraîne la 
perte non-seulement de gaz et d'ammoniaque, mais encore des produits liquides con- 
densables, y compris la benzine, dont la valeur, comme matière brute servant à la pré- 
paration des couleurs d'aniline, a augmenté si considérablement et d'une manière si 
inattendue dans ces derniers temps. Il en résulte que le fabricant de coke trouvera un 
double avantage à abandonner l'ancienne routine, et à chercher un procédé de fabrica- 
tion du coke en vase clos, à condition, toutefois, de ne pas produire, ainsi qu'on l'a fait 
jusqu'ici, une qualité inférieure à celle qu'on obtient dans les fours ordinaires (2). » 

Le rapporteur cite ensuite d'autres branches d'industrie dans lesquelles on a tenté, 
mais avec peu de succès, de recueillir l'ammoniaque perdue. Ainsi MM. Bunsen et 
Playfair ont trouvé qu'au haut fourneau d'Afreton, chauffé à la houille, on pouvait, 
sans grande augmentation de prix, recueillir journellement, dans les gaz perdus, 
2 quintaux de sel ammoniac. En Allemagne, M. Wagner (3) a cherché à propager l'idée 



(1) Voir le Bulletin de la Société d'encouragement, 2 e série, t. VIII, p. 522. 

(2) On peut citer, à cet égard, l'établissement de la Compagnie de carbonisation de la Loire, 
qui se livre, sur une grande échelle, à ce genre de fabrication. Voir le Bulletin de la Société d'en- 
couragement, 2« série, t. IX, p. 58t. (R.) 

(3) Wagner' s Jahresber., t. II, 1856, p. 82 ; t. III, 1857, p. 122; t. IV, 1858, p. 142. 



176 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



qu'on pourrait condenser et utiliser l'ammoniaque que dégagent les cheminées des 
fourneaux ordinaires chauffés à la houille. En France, M.Kuhlmann a essayé de faire 
passer les gaz, émanant des fours qui servent à la préparation du noir animal, à travers 
une pluie fine d'une solution de chlorure de manganèse (résidu de la préparation du 
chlore), ou par des appareils contenant une solution de manganèse ou de l'acide 
chlorhydrique. Enfin il faut noter les tentatives de M. Kuenzi (1) et de M. Delperdange, 
en Belgique, celles de ce dernier ayant produit une explosion dangereuse. 

M. Hofmann fait remarquer qu'on ne connaît, par aucune expérience directe, la 
quantité réelle d'ammoniaque qui se dégage pendant la combustion de la houille dans 
les fours. Cette quantité doit varier matériellement, selon la disposition de ces fours; 
mais on doit ajouter que les conditions les plus favorables à une combustion rapide et 
parfaite sont exactement celles qui contribuent à empêcher la formation de l'ammo- 
niaque. 

Sels ammoniacaux extraits des matières fécales des villes. — M. Hofmann explique 
la méthode qu'on suit à Paris pour le traitement des matières extraites des fosses d'ai- 
sances, système assez connu aujourd'hui pour qu'il soit inutile d'en répéter ici les dé- 
tails. En principe, il trouve qu'on peut lui opposer bien des objections, et qu'on ne 
saurait le proposer comme modèle à suivre. Il blâme le système des fosses d'aisances 
comme contraire à la santé, à la propreté et à la dignité humaines, sans compter les 
lourdes charges qu'il impose aux communautés. 

On sait qu'à Paris le contenu semi-liquide des fosses d'aisances est déversé dans de 
vastes réservoirs situés dans la forêt de Bondy. On laisse ces matières se clarifier, et le 
liquide clair surnageant, qui constitue ce qu'on appelle les eaux-vannes, est écoulé 
clans d'autres bassins, abandonnant un dépôt qu'on sèche et qu'on vend sous le nom 
de poudrette. Au bout d'un mois, les eaux-vannes se chargent d'une quantité notable 
d'alcali volatil, par suite de la décomposition de l'urée qu'elles contiennent. Par l'ac- 
tion de la chaleur on dégage l'ammoniaque en opérant avec des appareils conve- 
nables (2), comme ceux de M. Mallet, de M. Figuera, ou de MM. Margueritte et de 
Sourdeval. On fait absorber, par de l'acide chlorhydrique ou de l'acide sulfurique, le 
gaz qui se dégage, et on livre le produit au commerce à l'état de sel ammoniac ou de 
sulfate d'ammoniaque. 

D'un autre côté, le rapporteur examine ce qui se pratique en Angleterre, où la 
vidange des fosses se fait par les égouts, et il montre les difficultés que rencontre 
l'extraction de l'ammoniaque de matières qui se trouvent alors délayées dans d'é- 
normes quantités d'eaux de pluie et de ruisseaux, qu'on laisse perdre dans les fleuves 
et dans la mer, au grand préjudice de l'agriculture. Jusqu'à présent tous les efforts 
qu'on a tentés pour séparer ces substances, sous forme d'un engrais solide et portatif, 
sont demeurés sans résultat, parce qu'on ne connaît pas d'agent qui puisse précipiter 
les sels fertilisants de solutions aussi étendues que le sont les eaux-vannes des égouts 



(1) Gén. indust., mars 1858, p. 39. 

(2) Voir le Dictionnaire de chimie industrielle de MM. Barreswil et Girard, 1. 1, p. 271. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



177 



des villes. A la suite de ces échecs, une proposition hardie a élé faile, qui a soulevé, 
dans ces dernières années, une violente polémique. Cette proposition avait pour but 
de n'appliquer au sol que le drainage fécal ou la vidange proprement dite des villes; 
le séparant, dans ce but, des eaux de pluie ou de surface, et conduisant les deux es- 
pèces de drainage au moyen de deux systèmes différents de tuyaux, selon la formulo 
aujourd'hui célèbre : La pluie à la rivière, les matières fécales au sol. Ce système pa- 
raît correct au point de vue théorique; mais la possibilité de le réaliser en pratique 
est très-contestable, et le rapporteur ne se hasarde pas à émettre une opinion sur le 
sujet de tant de controverses. Il s'est contenté de profiler de l'occasion de l'Exposition 
universelle pour appeler l'attention de tous les peuples sur le problème, si important à 
résoudre, de recueillir et d'utiliser les matières des égouts des villes; et il n'hésite pas 
à déclarer que, de quelque manière qu'on l'envisage, ce problème est actuellement le 
plus important, soit par les intérêts pécuniaires considérables qu'il met en jeu, soit 
par l'influence que sa solution doit exercer sur le bien-être physique et moral des po- 
pulations. 

Composés du cyanogène. - 

Ancien procédé de fabrication. — Le rapporteur constate que la fabrication des com- 
posés de cyanogène, particulièrement celle des prussiates jaune et rouge de potasse et 
du cyanure de potassium, n'a pas subi de grands changements. En effet, il est douteux 
que le procédé ordinaire ait reçu un perfectionnement matériel quelconque, malgré 
la publication d'une série d'admirables recherches, parmi lesquelles il faut citer celles 
de MM. R. Brunquell (1), C. Kamrodt (2), C. Nœllner (3), Grœger (4) et R. Hoff- 
mann (5). L'imperfection des procédés ordinaires de préparation du prussiate jaune 
de potasse par la calcination de substances animales avec la potasse, ou plutôt avec le 
carbone de potasse, est démontrée suffisamment par la quantité extrêmement petite 
de sel obtenue proportionnellement à la quantité des matières premières employées. 

Nouveaux procédés de fabrication des composés de cyanogène. — « En 1847, 
M. Mallet s'est occupé d'expériences ayant pour but la préparation des prussiates au 
moyen des résidus de la fabrication du gaz; mais l'exploitation industrielle régulière 
de ce procédé n'a été entreprise que récemment par M. Gauthier-Bouchard, d'Auber- 
villiers (France). Le composé du cyanogène, produit pendant la distillation de la 
houille, est l'acide cyanhydrique qui, se combinant avec l'ammoniaque, se dégage 
sous la forme de cyanure d'ammonium. Une partie de ce cyanure reste dissoute dans 
l'eau qui se condense avec d'autres produits de la distillation ; une autre partie est en 



(1) Brunquell, Preuss. Ferhandlungen (1856), p. 30; Wagner's Jahresbericht, t. II (1856), 
p. 102. 

(2) Kamrodt, Preuss. Verhandlungen (1857), p. 153; Wagner's Jahresbericht, t. III (1857), 
p. 139. 

(3) Nœllner, Ann. chem. pharm., CVII, p. 8; CXVII, p. 238. 

(4) Grœger, Wagner's Jahresbericht, IV (1858), p. 181. 

(5) R. Hoffmann, Ann. chem. pharm., CXIII, p. 81. 

Tome XL — 63 e année, 2 e série. — Mars 18(14. 



178 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



traînée par le courant de gaz, et condensée ultérieurement par les composés métal- 
liques employés pour la purification du gaz. 

« Les principaux agents dont on fait usage actuellement dans ce but sont les com- 
binaisons à base de fer. En Angleterre, on se sert surtout de peroxyde de fer hydraté 
(avec ou sans sciure de bois), breveté, par M. F. C Hills. En France, on purifie géné- 
ralement le gaz d'après la méthode de M. Mallet, c'est-à-dire en employant un mélange 
de peroxyde de fer, de sulfate de fer et de sable, mélange qu'on rend poreux en y ajou- 
tant de la sciure de bois. Ce mélange fixe le cyanure et le sulfure d'ammonium entraînés 
par le courant de gaz, l'ammonium à l'état de sulfate, le cyanogène à l'état de cyanure 
de fer, tandis que le soufre produit en partie du sulfure de fer et se sépare en partie à 
l'état de soufre. Au contact de l'air, le protosulfure de fer est facilement reconverti en 
peroxyde de fer, de sorte qu'on peut employer ce mélange un grand nombre de fois. 
Par un usage prolongé, les substances étrangères s'y accumulent en quantité suffi- 
sante pour altérer profondément l'efficacité de l'oxyde de fer; on épuise alors ce mé- 
lange par l'eau, qui dissout le sulfate d'ammoniaque en laissant un résidu qu'on jetait 
autrefois et que M. Gauthier-Bouchard utilise maintenant. » 

Procédé de M. Gauthier-Bouchard. — On commence par laver soigneusement les 
résidus provenant de la purification du gaz, afin d'éliminer une certaine quantité de 
sulfocyanure de fer. On les mélange ensuite avec une proportion convenable de chaux, 
et on les lessive à l'eau froide, qui se charge ainsi de ferrocyanure de calcium. On pré- 
cipite celte solution par le sulfate de fer, et le composé cyanogéné bleu-clair qu'on ob- 
tient est converti en bleu de Prusse au moyen du chlorure de chaux. 

D'après les renseignements que le rapporteur a pu obtenir, on n'a pas encore imité, 
dans d'autres établissements, le procédé mis en usage dans la fabrique d'Aubervilliers. 
Il estime que, quand même on parviendrait à surmonter les difficultés que rencontre 
encore ce procédé et à résoudre la question du prix de revient, il ne pourrait suffire 
à la consommation toujours croissante des prussiales; c'est la raison pour laquelle les 
fabricants ont dû chercher d'autres méthodes de fabrication, et les expériences de 
M. Fownes (1), et plus récemment celles de M. Bunsen (2), ont été le point de dé- 
part qui a conduit à essayer d'utiliser directement l'azote de l'air. 

Préparation des cyanures au moyen de V azote atmosphérique. — Procédé Possoz et 
Boissière (3). — M. Hofmann raconte, dans ce paragraphe, la lutle pleine de sacrifices 
qu'ont soutenue, tant en France qu'en Angleterre, MM. Possoz et Boissière, pour ten- 
ter d'exploiter en grand la préparation des cyanures au moyen de l'azote de l'air; il 
renvoie, pour les détails de ce procédé, au rapport de M. Graham, membre du Jury de 
l'Exposition de 1851 (k). Après avoir rappelé d'autres tentatives infructueuses, parmi 



(1) Fownes, Athenœum, 1841, p. 625; Joura. pract. chem., XXVI, p. 412. 

(2) Bunsen, Report of the brilish association for the advancement of science (1845), p. 185. 

(3) Possoz et Boissière, London Journ. of arts, 1845, p. 380 ; Newton (A.), patente 9985, 13 dé- 
cembre 1843. 

(4) Reports by thejuries, 1851, p. 39. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



179 



lesquelles celles qui ont été faites en 1858 et 1859 dans la fabrique de prussiale de po- 
tasse d'OEdenwald, près de Frendenstadt (forêt Noire), il ajoute qu'une des princi- 
pales causes d'insuccès dans la fabrication des prussiates par l'azote atmosphérique est 
la quantité si minime de cyanure de potassium produite relativement à la quantité de 
charbon potassique employée. Un autre obstacle des plus sérieux est l'obligation de 
lessiver d'énormes masses de produit brut. 

Préparation des cyanures au moyen de l'azole dérivé de rammoniaqtte. — Procédé 
Kamrodt. — « L'idée de convertir l'ammoniaque en composés du cyanogène, en fai- 
sant passer ce gaz à travers le charbon potassique, a été émise, à différentes reprises 
et sous des formes diverses, depuis une dizaine d'années. Au lieu d'employer à la pré- 
paration de sel ammoniac les gaz dégagés pendant la carbonisation préliminaire de la 
matière animale, en suivant la méthode ordinaire de préparation du prussiate jaune, 
on a proposé, dans le même but, de faire passer ces gaz par une colonne de charbon 
polassique, et de combiner ainsi, en quelque sorte, les deux modes de production. A 
la place des gaz produits par la carbonisation des matières animales, on pourrait em- 
ployer ceux qui se dégagent pendant la préparation du noir animal, et mieux encore, 
le gaz ammoniac dégagé d'après la manière ordinaire des sels ammoniacaux. M. Kam- 
rodt (1) a conseillé originairement cette méthode, M. Lucas l'a fait revivre, et M. J. 
H. Johnson (2) l'a récemment brevetée en Angleterre. » 

Préparation des cyanures sans le secours des matières animales ou des sels potas- 
siques. — Procédé Brunquell. — Le procédé de M. Brunquell est basé sur le fait im- 
portant, observé par MM. Langlois et Kuhlmann, que le gaz ammoniac, passé à tra- 
vers le charbon porté au rouge vif, est converti en gaz des marais et en cyanure 
d'ammonium. S'il était possible de préparer ce cyanure en grand d'après ce procédé, 
sa transformation ultérieure en ferrocyanure de potassium devrait être effectuée par 
l'intermédiaire du sulfate ferreux (protosulfate de fer). Les produits de cette transfor- 
mation seraient, d'une part, du sulfate d'ammoniaque, qui fournirait de nouveau le gaz 
ammoniac nécessaire pour une autre opération, et, d'autre part, du cyanure ferreux, 
qui serait ensuite facilement converti en ferrocyanure de potassium ou de sodium en 
le traitant par le carbonate de potasse ou de soude. 

En poussant encore plus loin le procédé de M. Brunquell, on pourrait produire 
l'ammoniaque qui constitue son point de départ, en faisant réagir de l'air et de la va- 
peur d'eau sur du charbon porté au rouge vif. On arriverait ainsi à produire un prus- 
siate jaune dont le cyanogène serait complètement dérivé de l'atmosphère. Ce sont là, 
fait observer le rapporteur, des idées théoriques dont le sujet est très-séduisant, mais 
que la pratique est loin d'avoir consacrées. 

Substitution de la baryte à la potasse dans la préparation des cyanures. — Procédé 
Margueritte et de Sourdeval. — Les avantages que présente le procédé de MM. Mar- 



ti) Kamrodt, Preuss. Ferhandîungen, 1857, p. 153. 

(2) Johnson, patente 891, 9 avril 1859; Lond. Journ., février 1860, p. 81. 



180 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



gueritte et de Sourdeval (1) reposent sur l'emploi de la baryte caustique, qui est meil- 
leur marché que la potasse et qui possède le très-grand avantage d'être infusible et 
fixe à des températures (rès-élevées, ce qui, contrairement à ce qui a lieu avec la po- 
tasse, permet à la formation du cyanogène d'avoir lieu dans la masse tout entière ; 
en outre, la baryte n'attaque pas les cornues en terre, qui peuvent alors servir plu- 
sieurs fois. 

Ce procédé, qui a été breveté en Angleterre au nom de M. W. Clark (2), peut s'exé- 
cuter de différentes manières. On mélange le carbonate de baryte avec des quantités 
variables (20 à 30 fois son volume) de goudron de houille, de résine, de sciure de bois, 
de charbon de bois ou de coke, et l'on porte le tout à une température élevée; il y a 
alors absorption de l'azote par ce charbon barytique et formation de cyanure de ba- 
rium . On peut encore opérer autrement, et faire passer un mélange d'azote et de gaz d'é- 
clairage sur ce charbon barytique; ou bien, on le mélange avec des matières animales, 
de la même manière que dans le procédé ordinaire de préparation du prussiate jaune. 
Le cyanure de barium, obtenu d'une manière ou de l'autre, est ensuite converti par 
les méthodes connues en cyanure, ferrocyanure et ferricyanure de potassium, bleu de 
Prusse, etc. 

M. Hofmann conclut de cet exposé rapide que, si la formation du cyanogène s'o- 
père d'après ce procédé avec la facilité extraordinaire que lui attribuent les inventeurs, 
il deviendrait possible, au lieu d'employer l'ammoniaque pour engendrer le cyanogène, 
d'utiliser, au contraire, le cyanure de barium pour la préparation de l'ammoniaque. En 
fait, on n'a qu'à faire passer de la vapeur d'eau à une température même inférieure à 
300 degrés centigrades à travers les cylindres dans lesquels s'est formé le cyanure de 
barium, pour obtenir la totalité de l'azote sous forme d'ammoniaque, tandis que le 
barium retourne à l'étal de carbonate de baryte. 

Préparation des cyanures par l'intervention du soufre. — Procédé Gélis. — Enfin 
voici un procédé qui emploie encore comme matière brûle l'ammoniaque, dont la trans- 
formation en cyanogène s'accomplit à l'aide du bisulfure de carbone, de la potasse et 
du fer métallique. Par une série de réactions remarquables par leur simplicité et leur 
netteté, on convertit successivement l'ammoniaque en sulfure d'ammonium, puis en 
sulfocarbonale d'ammonium, en sulfocyanure de potassium et enfin en ferrocyanure 
de potassium. Voici les détails de ce procédé, à peu près tels que les donne le rappor- 
teur d'après le mémoire présenté au Jury par M. Gélis. 

« La première opération est donc la préparation du bisulfure de carbone, qu'on 
trouvera décrite minutieusement dans un autre chapitre de ce rapport. On a, récem- 
ment, si bien perfectionné les procédés de préparation de ce corps, que son prix ne 
dépasse pas beaucoup celui des deux éléments qui le composent. 

« On convertit ensuite le bisulfure de carbone en sulfocarbonate d'ammonium 



(1) Margueritte (F.) et de Sourdeval (A. L.), brevet n° 1171, 11 mai 1860; Comptes rendus, LIV, 
p. 1100. 

(2) Clark (W.), Lond. Journ. of arts, janvier 1861, n" 39. 



EXPOSITION UNIVERSELLE. 



181 



(H 4 N)' CS 3 , en le mélangeant intimement, au moyen d'un agitateur mécanique, avec 
une solution de sulfure d'ammonium, qu'on obtient facilement en faisant passer de 
l'hydrogène sulfuré dans l'ammoniaque à la température ordinaire. Le sulfocarbonato 
d'ammonium, ainsi produit, est ensuite mélangé avec du sulfure de potassium (qu'on 
obtient aisément par la réduction du sulfate de potasse au moyen du charbon). On 
chauffe le mélange à 100 degrés centigrades, dans un alambic, où il se décompose en 
sulfocyanure de potassium, hydrosulfure d'ammonium et en hydrogène sulfuré. Ou 
volatilise l'acide sulfhydrique et ['hydrosulfure d'ammonium, et on les reçoit dans un 
vase où on fait passer un courant de gaz ammoniac dégagé, par l'ébullition, d'une 
chaudière contenant les liqueurs ammoniacales du gaz d'éclairage; le sulfure d'am- 
monium ainsi produit sert pour une autre opération. 

« Au moyen d'un dessiccateur à force centrifuge, on dessèche le sulfocyanure de 
potassium, qui reste à l'état de résidu dans l'alambic; on le mélange ensuite avec du 
fer métallique finement divisé (qu'on prépare facilement en soumettant l'oxyde de fer 
natif à l'action d'agents réducteurs), et enfin on le fait chauffer, pendant un court es- 
pace de temps au rouge sombre, dans un vase en fer couvert. Cette opération est très- 
délicate et exige que la chaleur soit réglée avec le plus grand soin, parce qu'une tempé- 
rature trop élevée donnerait lieu à des pertes considérables. On a donc jugé nécessaire 
de restreindre à 40 kilogrammes la quantité de matière que devra contenir chacun 
des vases en fer. 

« En traitant par de l'eau le produit résultant de celte calcination du sulfocyanure 
de potassium avec le fer, il en résulte une solution d'un mélange de ferrocyanure de 
potassium et de sulfure de potassium, le sulfure de fer restant insoluble. En faisant en- 
suite évaporer la solution décantée du sulfure de fer insoluble, on obtient le ferrocya- 
nure cristallisé, et l'on fait servir à une autre opération le sulfure de potassium qui 
reste en solution. » 

Tout en reconnaissant l'ingéniosité du procédé Gélis que le Jury a récompensé, M. Hof- 
mann ne dissimule pas les difficultés qu'il présente, en raison de l'extrême volatilité du 
bisulfure de carbone et des soins minutieux que réclame la conduite du feu pendant 
la seconde phase de l'opération. Il indique que l'inventeur se propose, à l'égard du 
soufre qui existe en excès dans les résidus (1), de l'utiliser en partie comme source d'a- 
cide sulfureux, pour être converti en acide sulfurique dans les chambres de plomb, et 
et en partie à l'état de soufre libre vendable. 

M. Gélis affirme avoir fabriqué environ une tonne de prussiate jaune, au moyen de 
son procédé, au prix de revient de 1 fr. 66 le kilogramme. (M.) 

(La suite prochainement.) 



(1) Le rapporteur indique, du reste, le moyen qu'il emploie pour calculer l'excès de sulfures con- 
stituant ces résidus. 



182 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



NOTICES INDUSTRIELLES 

EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

Des effets de la neige sur les chemins de fer actuels, par 91. Séguier. 

— « Ce qui vient de se passer sur les chemins de fer du Midi, ce qui était arrivé, il y 
a quelques semaines à peine, sur ceux de l'est de la France, mérite de fixer un 
moment l'attention de l'Académie. Des convois ont été arrêtés dans leur marche et 
sont restés en détresse. L'impossibilité de vaincre l'obstacle présenté par l'accumula- 
tion de la neige, dans le Midi, peut n'être qu'un cas rare, résultant de circonstances 
météorologiques qui ne se reproduiront qu'à de longs intervalles; mais, dans les pays 
de montagnes que les chemins commencent à sillonner, cet inconvénient restera une 
entrave fâcheuse à la circulation, renouvelée chaque hiver. 

« Le mode actuel de progression des convois par la simple adhérence des roues de 
la locomotive, résultant du seul poids de la machine, n'est-il pas la cause de ces ac- 
cidents dont l'importance et les dangers viennent de se révéler? En effet, un train 
n'avance que parce que les roues motrices de la locomotive éprouvent, sur les rails, un 
frottement que l'expérience a démontré être, en temps ordinaire, d'environ un ving- 
tième du poids qui pèse sur les roues motrices. Ainsi une locomotive lourde de 
20 tonnes, par un temps sec, alors qu'aucune humidité ne lubrifie les rails, trouve, 
dans le coefficient de frottement de ses roues motrices, une puissance de traction, en 
plan horizontal, d'une tonne; mais que les rails s'imprègnent d'une matière vis- 
queuse, comme cela arrive fréquemment sous les tunnels, qu'ils se couvrent de verglas 
ou de neige, oh! alors l'adhérence résultant du frottement est réduite au point que 
les roues motrices patinent sans avancer. Cette expression, à elle seule, indique que 
les roues se trouvent dans cet état de glissement si facile que l'homme se procure, sur 
la glace, en garnissant ses pieds de patins. 

a Qui de nous, en marchant sur les conduits de fonte intercalés dans les trottoirs, 
n'a senti son pied glisser sur cette surface métallique lubrifiée par la crotte, la neige 
ou le verglas? La puissance d'une locomotive ainsi réduite suffit à peine pour traîner 
à sa suite son convoi : en vain essaye-t-on de lui faire encore pousser devant elle des 
organes, pour se frayer à elle-même un passage en rejetant la neige sur les côtés de 
la voie. Qu'on ne dise pas qu'en faisant tomber continuellement du gros sable sur les 
rails, devant les roues motrices, on leur restitue leur adhérence; le coefficient de 
frottement peut certainement être ainsi augmenté, nous le reconnaissons; mais nous 
faisons de suite remarquer que le grand bénéfice de la locomotion, facile sur che- 
min de fer, se trouve remplacé par les conditions bien moins avantageuses d'un che- 
minement ordinaire sur une route macadamisée, c'est-à-dire que l'effort de traction, 
au lieu d'être, par rapport à la masse traînée, comme 1 à 300, n'est plus que comme 
1 à 60, comme 1 à 70 tout au plus. Maintenant, il est aisé de comprendre pourquoi 



NOTICES INDUSTRIELLES . 



183 



une locomotive luttant en vain devant la neige accumulée dans une tranchée, épuisant 
sa vapeur en un patinage stérile de ses roues motrices sur des rails glissants, finit par 
rester en détresse jusqu'à ce qu'une force musculaire humaine vienne la tirer de cette 
position critique. Telle est la conséquence d'une mélhode de locomotion que tout 
d'abord on n'avait point oséel 

« Un coup d'oeil en arrière vers l'origine des voies ferrées nous fait voir que la pre- 
mière pensée d'un chemin de fer ne s'est présentée à l'esprit des ingénieurs, comme 
réalisable, qu'avec l'emploi de rails et de roues pourvus de dents engrenant les unes 
dans les autres, comme un pignon qui roule dans une crémaillère. Ainsi fut exécuté 
le premier railway destiné au transport des houilles, entre Slockton et Darlington, en 
Angleterre. 

a Ce ne fut que lorsque Stephenson eut expérimentalement reconnu que le simple 
poids d'une machine locomotive, établie dans les conditions de la plus grande légè- 
reté possible par l'habile mécanicien Brathwaite, laissait à des roues ordinaires, sur 
le sol, une adhérence encore plus que suffisante pour traîner un convoi, que cet 
ingénieur hardi se décida à établir, entre Liverpool et Manchester, dans une con- 
trée presque plane , le premier chemin de fer, tel que nous les voyons tous au- 
jourd'hui. 

« Cet examen rétrospectif nous permet de rappeler encore que Polonceau, en adop- 
tant des pentes minimes pour le chemin de fer de Versailles, rive gauche, que Cla- 
peyron, en ne dépassant pas 5 millimètres de pente par mètre pour le chemin de fer 
de la rive droite, se préoccupaient tous deux du glissement possible des roues motrices 
sur des rails unis. Les paroles si touchantes, prononcées récemment sur la tombe de 
notre regretté confrère, nous rappellent qu'il dut observer la responsabilité du bon 
fonctionnement des machines, dont il fournissait lui-même les plans à un construc- 
teur anglais, effrayé d'une inclinaison que Stephenson déclarait insurmontable. Un 
peu plus tard, la rampe d'Étampes, au sept-millième, apparaissait comme une faute 
regrettable dans le tracé de la ligne d'Orléans ; les très-faibles pentes de 2 à 3 milli- 
mètres au plus, les grandes courbes de 1,200 mètres de rayon, ont été les con- 
ditions proclamées comme essentielles au début de l'industrie des chemins de fer, 
et les immenses sacrifices consentis pour les maintenir dans les tracés nous 
prouvent que ce n'est que par des hardiesses successives que les ingénieurs ont osé 
s'en affranchir. 

a Le mode de progression par l'adhérence des roues résultant du poids seul de la 
locomotive, d'abord parfaitement justifiable, puisqu'il suffisait sur des chemins à faibles 
pentes, devient maintenant une solution critiquable, et toutes les ingéniosités pour la 
rendre moins imparfaite ne font, chaque jour, que rendre plus manifeste son insuf- 
fisance. Une locomotive de 60 tonnes et plus pour gravir des montagnes! Quelle no- 
table partie de la force motrice de ce colossal engin absorbée pour se monter lui- 
même! La vitesse qu'une pareille masse, poussée par son convoi, pourrait prendre à 
la descente ne fait-elle pas trembler, quand on réfléchit que la vie de tous les voya- 
geurs ne tient qu'aux organes d'enrayage bien près d'être insuffisants, alors qu'ils ne 



184 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



font que transformer les véhicules roulants en traîneaux glissants. La vapeur mise à 
contre-sens sur les pistons pour forcer la locomotive, par une tendance rétrograde, à 
agir à la façon du cheval limonier qui, aux descentes, retient dans les brancards, 
n'ajouterait à cette sécurité que celle de la solidité des organes de distribution de va- 
peur ; que ceux-ci se détraquent, c'est le cheval qui s'abat et la voiture qui l'écrase en 
continuant de rouler! Nous le disons avec franchise, il faut toute l'assurance que 
donnent des tentatives chaque jour plus périlleuses, mais pourtant couronnées de 
succès, pour étudier des tracés à forte pente, en pays de montagnes, avec une solution 
de locomotion si peu normale. 

« Permettez-moi d'expliquer devant vous ce que j'entends par solution normale. 
J'appelle ainsi celle qui satisfait absolument à toutes les conditions nécessaires pour 
obtenir certainement le but proposé. Quelques exemples vont faire comprendre ma 
pensée. 

« Les portes busquées d'une écluse, rapprochées d'autant plus énergiquement l'une 
contre l'autre que la poussée de l'eau est plus grande contre elles; le cuir embouti 
de la presse hydraulique qui s'oppose à la fuite du liquide avec d'autant plus d'effica- 
cité que son énorme compression lui donne une plus grande tendance à fuir, consti- 
tuent ce que j'appelle des solutions normales, puisqu'elles satisfont à leur but, et 
qu'aucune autre ne les remplacerait avec avantage. 

a Deux roues horizontales agissant à la façon des rouleaux d'un laminoir, rappro- 
chées par la résistance du convoi conlre un rail intermédiaire fixé solidement au milieu 
de la voie, réalisent encore une solution normale du problème du cheminement sur 
les chemins de fer. Au moyen d'une telle solution, on peut épuiser pour la locomotion 
la puissance totale de la vapeur de la machine sous sa plus haute pression, maximum 
d'effort que l'expérience démontre ne pouvoir être obtenu avec une locomotive même 
du poids de 60 tonnes, capable de gravir de fortes pentes, puisque les six roues cou- 
plées de ces énergiques machines tournent sur place, alors que tous les freins sont si- 
multanément serrés pour apprécier leur puissance extrême que ce patinage ne permet 
pas de développer. 

« Cette solution normale est celle que nous avons eu l'honneur d'exposer devant 
vous- il y a vingt et un ans, dont nous réclamions pour la France la priorité il y a 
quelques semaines, alors que nous apprenions qu'un ingénieur anglais se préparait à 
en faire l'application au passage des Alpes par le mont Cenis; c'est celle dont le chef 
de l'État a bien voulu concevoir lui-même toute l'efficacité, dont il daigne ménager 
une application, que des considérations d'intérêts privés ou publics ne retarderont 
pas, je l'espère, indéfiniment en France. 

« Cette solution présente, pour vaincre l'obstacle des neiges, les conditions les plus 
favorables : faisons -les brièvement ressortir. 

« À la tête d'un convoi, une locomotive ordinaire est impuissante à s'ouvrir un 
passage à travers des neiges, dès que leur accumulation offre un obstacle dépassant 
l'adhérence très-amoindrie de ses roues motrices sur 1rs rails verglacés; une machine 
pourvue de roues horizontales assez énergiquement rapprochées contre un rail cen- 




Imp. Lm,tTtirr,r dr Seing 6j -Farù . UUagraphiâparBlmda 

TONDEUSE AUTOMATIQUE À LAMES HELICOÏDALES DE LEONARD DE Vl\( I. 

( fac-similé des croquis originaux I 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



185 



tral pour ne pouvoir jamais patiner permettra à la vapeur d'acquérir, sous les pis- 
tons, une pression égale à celle limitée par la soupape de sûreté de la chaudière. Ce 
maximum d'effort de la vapeur, sous la plus haute pression, sera capable de faire 
opérer à la machine un déblai que des organes spéciaux faciliteront encore. 

o Nous ne craignons pas d'affirmer qu'avec une chaudière tubulaire ordinaire, de 
grands pistons faisant tourner, à l'aide de grandes manivelles, de petites roues hori- 
zontales pour faire une conversion de vitesse en puissance sans patinage possible, 
puisque c'est la résistance même qui les rapproche, on constituerait certainement un 
engin assez puissant pour maintenir libre, dans la plupart des cas, la circulation en 
temps de neige. 

« Imnginez une telle machine pourvue, à son avant, d'une espèce de soc à double 
versoir, qui lui donne une certaine ressemblance avec la charrue employée pour ou- 
vrir les rigoles d'assainissement dans les terres labourées; voyez-la passer sur la voie 
à certains intervalles pendant que la neige tombe, avant que celle-ci se soit encore 
accumulée en couche trop épaisse, vous comprendrez de suite que ce puissant engin, 
s'avançant sûrement en déversant la neige à droite et à gauche de la voie, fera 
mécaniquement, d'une façon plus expéditive et plus économique, le déblai que 
l'impuissance des machines actuelles, par suite du patinage de leurs roues motrices, 
vous force de rechercher dans l'emploi, plus lent et plus coûteux, de nombreux ou- 
vriers. » (Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences.) 

Extrait d'au mémoire sur le diamant, par M. le docteur Gœppert. — 
Sous le titre de Mémoire sur la nature des corps solides qui entrent dans la composi- 
tion du diamant, et considérés au point de vue de leur origine organique ou inorga- 
nique, M. le conseiller médical docteur Gœppert a publié, en 1863, un travail qui a 
été couronné par la Société silésienne et dont voici quelques extraits. 

L'auteur rappelle d'abord, en citant les œuvres de Pline, que le diamant ainsi 
qu'une partie de ses remarquables qualités étaient connus dès la plus haute antiquité. 
« Chose étonnante, dit-il, malgré cette connaissance si ancienne, la première décou- 
verte qu'on en a faite au Brésil ne remonte qu'à l'année 1727. Cependant, dès 1373, 
il y avait déjà des polisseurs de diamants à Nuremberg. » 

Après avoir énuméré les principaux gisements connus des Indes orientales, ceux de 
l'Oural, de la Californie, de l'Australie et du Brésil, et avoir indiqué la nature des 
principaux terrains renfermant cette pierre précieuse, l'auteur en arrive à l'examen 
de sa composition : « Les différentes opinions émises à ce sujet, conlinue-t-il, nous 
sont connues par les travaux de Lavoisier, qui considère le diamant comme du car- 
bone. Les uns lui attribuent une origine ignée, tandis que les autres pensent qu'il a 
été formé par voie humide. Déjà Newton préfère cette dernière opinion, et Brewster 
également. 

« Liebig, dans les leçons professées par lui en 184-2, admet que le diamant se forme 
lentement, par des procédés de putréfaction prolongée, « Supposons, dit-il, la putré- 
« faction d'un corps liquide, riche en carbone et en eau. Comme dans la formation 
« des substances charbonneuses cristallisées, la naphtaline incolore se mêlera, sous 

Tnme XI — 63 e année. 2 e série. — Mars 1864. U 



186 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



« forme de gaz, au carbone et à l'eau, et, par une union plus intime, tacilitera la pu- 
o (réfaction et amènera la cristallisation du carbone. Dans ce cas, une température 
« élevée est défavorable, car, d'après les expériences de Despretz, elle a pour effet de 
« noircir la matière et de la transformer en coke ou en graphite. Le diamant noir de 
« Bahia, dont le docteur Bcettger m'a envoyé quelques échantillons, est un mélange 
« de carbone non cristallisé et de diamant semblable à celui sur les cendres duquel 
a mon collègue, M. Lœvig, a fait d'intéressantes expériences. » 

« Quant à l'origine du diamant par la voie humide, mes observations m'ont fait 
rencontrer souvent des incrustations de cristaux dans les diamants, telles qu'on en avait 
déjà vu quelques exemples. J'en ai remarqué sur des cenlaines d'échantillons et sous 
différentes formes, comme des glandes ou de petites cavités intérieures. D'autres 
preuves viennent encore à l'appui de cette théorie de la condensation du carbone. On 
peut voir, dans le trésor de l'empereur du Brésil, un diamant qui présente, d'une ma- 
nière bien visible, l'empreinte d'un grain de sable. J'ai en ce moment sous les yeux 
un grenat qui porte, sur toute sa surface, des traces de grains de sable, et un cristal 
de diamant noir qui, sur quelques points, offre les mêmes impressions. Dans un troi- 
sième échantillon, on remarque une glande d'une nature inconnue qui a recourbé et 
brisé le cristal. La formation du diamant par la voie humide ne peut donc plus, 
pour ainsi dire, être mise en doute. 

« Maintenant il s'agit de savoir si le diamant est composé de résidus organiques, 
s'il est d'origine végétale. La réponse à ces questions a été préparée par Newton même, 
lorsque, en vertu de la puissance des rayons lumineux, il attribue l'origine du dia- 
mant à la coagulation d'un corps gras ou huileux. Jamson et Wilson étayèrent cette 
théorie, ainsi que Petzbold, en recherchant des traces végétales dans la cendre de dia- 
mant. La connaissance de l'origine organique du charbon de terre et de l'anthracite, 
ainsi que de leur formation par la voie humide qu'on a mis vingt ans à affirmer, m'a 
servi de point de départ pour rechercher la même origine à l'égard du diamant et du 
graphite, origine que de nombreuses expériences, faites pendant plusieurs années, 
m'ont permis d'attribuer également à l'ambre jaune et à la calcédoine. A l'égard du 
graphite, je ne suis, jusqu'ici, parvenu à aucun résultat \ mais, pour le diamant, j'ai 
réuni une série de preuves qui me paraissent dignes d'être publiées, et, bien qu'elles 
n'établissent pas d'une manière infaillible son origine végétale, elles rendraient à coup 
sûr difficile une affirmation négative. » 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

PROCÈS- VERBAUX. 

Séance du 9 mars 1864. 

Présidence de M. Dumas. 

Correspondance mamuscrite. — Son Exc. M. le Ministre de T agriculture, du 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



187 



commerce et des travaux publics adresse deux exemplaires du n° 10 du Catalogue des 
brevets d'invention pris en 1863. 

M. Emile Nourrigat, propriétaire-éducateur à Lunel (Hérault), transmet, avec de 
nouvelles observations sur ses travaux, le 2 e Bulletin hebdomadaire des expériences 
de sériciculture qu'il poursuit en ce moment à ses frais. (Renvoi au comité d'agri- 
culture.) 

MM. Brocard et Rousselet, à Saint-Maur-les-Fossés, présentent plusieurs échan- 
tillons de plombs et baguettes cannelées pour joints de chaudières à vapeur, etc. 
(Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Febvre, rue du Faubourg-du-Temple, 129, communique à la Société les perfec- 
tionnements qu'il a apportés aux objets de menuiserie. (Renvoi au même comité.) 

MM. Naudin et Moser, vétérinaires à Versailles, soumettent un spécimen de ferrure 
pour les chevaux. (Renvoi au comité d'agriculture.) 

M. Plagnol, ouvrier mécanicien à Belleville, demande l'examen de plusieurs 
inventions qui lui sont propres. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Harel (Georges), ingénieur civil au Cateau (Nord), demande qu'on veuille bien 
statuer le plus tôt possible sur un ouvrage qu'il a présenté, concernant la filature de 
la laine peignée. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Legrand, membre de la Société, vice-secrétaire de la Société de secours des amis 
des sciences, communique le résultat de la souscription qu'il a ouverte dans l'indus- 
trie des corps gras, la parfumerie et la savonnerie. Le montant de cette souscription 
s'élève déjà à 4,500 francs. Il demande que la Société veuille bien se charger de ce 
capital et du produit ultérieur des souscriptions dont il continue à s'occuper. Le pla- 
cement en serait fait, au nom de la Société, en obligations de chemins de fer, et le 
revenu converti en dotations spéciales à l'industrie des corps gras, pour être applica- 
bles, chaque année, à récompenser les services rendus ou les inventions utiles dont 
les auteurs seraient dans l'infortune, et de plus à fonder une médaille d'encourage- 
ment sur des sujets proposés au concours pour le développement de cette industrie. 

M. Dumas, en proposant de remercier M. Legrand de cette généreuse initiative et 
d'accueillir sa proposition, fait observer que l'industrie des corps gras a donné lieu, 
depuis quelques années, à de nombreuses inventions, dont les auteurs sont souvent 
malheureux. On ne peut donc que prier M. Legrand de continuer ses efforts, car sa 
pensée est conforme à celle du Conseil. A cette occasion, M. Dumas exprime l'espé- 
rance qu'un grand nombre d'industries suivront la même voie. Depuis vingt-cinq ou 
trente ans, la Société a fait beaucoup de bien avec les legs Bapst et Besançon ; elle a 
soustrait annuellement à la misère, et parfois au désespoir, un grand nombre de per- 
sonnes, en accordant de légers secours à des veuves, à des vieillards, etc. — Si diverses 
industries formaient un capital avec des dotations semblables, la Société serait heureuse 
de leur prêter son concours; on pourrait dégager alors les legs Bapst et Besançon 
d'une partie des secours dont se chargeraient ces industries. C'est, sans contredit, 
ajoute M. le Président, l'une des formes de la charité la plus digne d'être encou- 
ragée. 



188 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



Correspondance imprimée. — M. Leroux, membre, du Conseil, fait hommage à la 
Société de son Cours de géométrie élémentaire, qu'il vient de publier. 

M. Baudoin, membre de la Société, à Neuilly, adresse une brochure sur la liberté 
du travail et les coalitions. 

M. Ernest Slamm, membre de la Société, fait hommage de ses Essais sur l'automa- 
tique pure. (Remercîmenls h l'auteur.) 

M. Dumas annonce que le Compte rendu des séances de l'Académie des sciences sera 
désormais envoyé gratuitement à la Société, en échange de son Bulletin. 

Rapports des Comités. — Au nom du Comité des arts mécaniques, M. Callon lit 
un rapport sur les perfectionnements apportés aux métiers à tisser par M. Fillon, de 
Paris. (Adoption et insertion au Bidlelin.) 

Communications. — M. Berendorf, mécanicien, membre de la Société, donne 
quelques explications sur un nouveau système d'emmanchement des tubes pour chau- 
dières à vapeur. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

Nominations. — M. Bande, membre du Conseil, présente, pour être élues membres 
de la Société, 

La Compagnie des chemins de fer du Nord, représentée par son président, M. le 
baron James de Rotschild; 

La Compagnie des chemins de fer d'Orléans, représentée par son président, M. Bar- 
tholony. 

M. Dumas présente M. Boitel, inspecteur général de l'agriculture, au Ministère du 
commerce. 

M. le Président propose de voter immédiatement, et par exception, sur ces nomi- 
nations. 

Cette proposition est approuvée, et les nominations sont faites à l'unanimité. 

Sont nommés ensuite membres de la Société : 

MM. Firmin Houlard, directeur de la verrerie de Lourches; 

Gustave Ducel, maître de forges; 

Baral, directeur du Jouriml des Inventeurs. 
Le Conseil se forme en comité secret. 

Séance du 23 mars 1864. 

Présidence de M. Chevallier, membre du Comité des arls chimiques. 

Correspondance imprimée. — M. Paul Christofle fils écrit à M. le Président que, 
désirant ne pas interrompre la fondation de son père, il continuera à verser annuelle- 
ment, à la Société, une somme de 1,000 fr., dont une moitié serait employée comme 
par le passé, et l'autre affectée à reconstituer le capital primitivement versé par son 
père. 

M. Christofle demande, en outre, à être admis parmi les membres de la Société. 
M. Jules Delbruck, rue de Rivoli, 162, informe M. le Président qu'il met à la dis- 
position de la Société, à prix réduit de moitié, pour être délivrée aux contre-maîtres, 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



189 



chacune des quatre séries de ses Récréations instructives. (Renvoi a la commission 
spéciale.) 

M. Georges, photographe, rue de Richelieu, 83, renouvelle l'offre qu'il a faite de 
faire les porlraits des membres du Conseil. 

M. Camion, membre de la Société, à Vrignes-aux-Bois (Ardennes), transmet un mé- 
moire sur la culture des pommes de terre. (Renvoi au comité d'agriculture.) 

MM. Desgranges et Simonelon, place Saint-Jean, 4, à Paris, demandent l'examen 
de courroies en tissu, qu'ils substituent aux courroies de cuir pour les transmissions de 
mouvement. (Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Monié, rue des Vieilles-Étuves-Saint-Honoré, 7, sollicite l'examen d'une nouvelle 
machine à frotter les appartements. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M me la comtesse de Beanfort, à Vienne (Autriche), annonce, sans donner, d'ail- 
leurs, aucune description de son procédé, qu'elle a trouvé le moyen de blanchir com- 
plètement la soie brune des cocons du bombyx cynthia. (Renvoi au comité des arts 
chimiques.) 

M. Babatlé, ingénieur-mécanicien, avenue de la Roquette, 43, demande l'examen 
d'une machine propre à faire les sacs en papier. (Renvoi au comité des arts 
mécaniques.) 

M. Legey, à Athis-Mons (Seine-et-Oise), soumet au jugement du Conseil un instru- 
ment pour le cubage des arbres, nommé dendromètre, et une règle pour dessiner 
toute espèce de courbes. (Renvoi au même comité.) 

M. Urbin-Dussehu, rue des Amandiers-Popincourt, 40, appelle l'attention du Con- 
seil sur son nouveau procédé de fabrication des allumettes chimiques. (Renvoi au 
comité des arts chimiques.) 

M. Evg. Mouline, rue des Filles-Saint-Thomas, 10, présente le dessin et la descrip- 
tion d'un nouveau système de machine atmosphérique, dont il sollicite l'examen. 
(Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Leroy, d'Amiens, soumet un nouveau système de graissage pour transmission 
de mouvements. (Renvoi au même comité.) 

Correspondance imprimée. — Il est fait hommage, à la Société, des ouvrages 
suivants : 

L'Étudiant micrographe , ou Traité pratique du microscope, par M. Arthur 
Chevallier, ingénieur-opticien ; 

Manuel de la literie, par M. de Laterrière, membre de la Société; 

Mémoire sur la méthode générale d'analyse des eaux fluviales, par M. Jacquelain, 
membre du Conseil; 

Annuaire de Vlnstitut des provinces, pour l'année 1863. 

Rapports des Comités. — M. Baude, au nom du Comité des arts mécaniques, lit 
un rapport sur un mémoire de M. Èmile Vuigner relatif aux travaux exécutés pour 
l'établissement du chemin de fer du camp de Châlons. (Adoption et insertion au Bul- 
letin.) 

Communications. — M. Pradel, mécanicien, rue Sainte-Calherine-d'Enfer, 4, 



190 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



donne des explications sur son système de contrôle mécanique universel. (Renvoi au 
comité des arts mécaniques.) 

M. Degas-Bonnet, d'Orléans, entretient la Société d'un appareil de sauvetage pour 
les incendies. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Alphonse Poitevin présente des photographies faites sur émail, qu'il obtient par 
son procédé au perchlorure de fer et à l'acide tarlrique. (Renvoi à la commission des 
beaux-arts appliqués à l'industrie.) 

Nominations. — Sont nommés, à l'unanimité, membres de la Société : 
M. Morsaline, entrepreneur de peinture, à Paris; 
M. Balsan, manufacturier^ Châteauroux. 

Séance extraordinaire du 30 mars 1864. 

Présidence de M. Dumas. 

Correspondance imprimée. — M. Febvre, entrepreneur à Paris, prie la Société de 
s'intéresser à ses inventions concernant la menuiserie. (Renvoi au comité des arts 
économiques.) 

M. Armand Donal, boulevard des Poissonniers, à Montmartre-Paris, demande 
l'examen de son nouveau procédé de télégraphie sans fil conducteur. (Renvoi au 
même comité.) 

M. Brunei, à Lyon, demande qu'on lui vienne en aide pour obtenir une addition 
ou brevet qu'il a pris pour un système de pliage de chinés et d'imprimés. (Renvoi au 
comité des arts mécaniques.) 

M"" veuve Pielte adresse des remercîments pour son admission comme membre de 
la Société, et fait hommage du Traité de la coloration des pâles à papier, dernier ou- 
vrage de feu son mari. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 

M. Bartholony, président du Conseil d'administration de la compagnie des chemins 
de fer d'Orléans, adresse des remercîments pour l'admission de cette compagnie 
parmi les membres de la Société. 

M. Herpin, membre du Conseil, fait hommage de son Rapport sur les progrès et 
l'état actuel de l'instruction primaire en Espagne. 

Rapports des Comités. — M. Dumas, au nom du Comité des arts chimiques, donne 
lecture d'un rapport sur la découverte et l'exploitation, faites en Sibérie, par M. Ali- 
beri, d'un graphite d'une grande pureté. (Voir plus haut, p. 129.) 

A l'occasion de ce rapport, M. Dumas communique quelques passages d'un récent 
mémoire de M. Gœppert, conseiller médical de la Société silésienne, dans lequel, con- 
trairement à l'opinion généralement admise, il attribue une origine organique à la 
formation du diamant. (Voir aux notices, p. 185.) 

Communications. — M. Dumas, à la demande du Conseil, donne de nouveaux détails 
sur son procédé pour reconnaître la richesse des sucres bruts cristallisés. 



SÉANCES DU CONSEIL D ADMINISTRATION. 



191 



Il rappelle que les moyens dont on s'est servi jusqu'à présent reposent sur l'emploi 
du sacchariraètre et sur le procédé de M- Payen. 

L'usage du saccharimètre exige d'abord l'acquisition d'un instrument assez coûteux; 
il faut ensuite, pour obtenir des résultats exacts, une certaine habitude qui ne s'ac- 
quiert que par un long usage. Enfin, en cas de contestation, cet instrument présente 
cet inconvénient qu'une seule personne peut l'observer à la fois. D'ailleurs, le degré 
qu'il indique varie un peu, suivant des circonstances tenant à l'organe de la vision de 
l'observateur. 

La méthode de M. Payen, à laquelle M. Dumas emprunte son liquide normal, ré- 
clame un temps long et des manipulations délicates. 

Ces deux modes d'essais consistent à déterminer la proportion de sucre pur contenue 
dans un sucre brut. 

M. Dumas dose, au contraire, la proportion de matières étrangères au sucre, et en 
déduit, par différence, la proportion de sucre pur. 

L'application de son procédé n'exige qu'un alcoomètre ordinaire. Les précautions à 
suivre dans son emploi sont les mêmes que s'il s'agissait d'un essai d'alcool. 

A Paris, dans une importante raffinerie , à Lille, dans les mains les plus compétentes, 
comme au laboratoire des finances ou à celui de la Sorbonne, ce procédé a donné les 
mêmes titres que le polarimètre. Sur une moyenne de vingt essais destinés à évaluer 
la richesse des sucres d'une livraison considérable de sucres très-divers, les écarts n'ont 
pas dépassé un millième, c'est-à-dire ont été nuls. Pour des essais individuels, ils dé- 
passent rarement un centième, ce qui est insignifiant, comme on sait, dans un com- 
merce où des sucres, classés au même type, diffèrent si souvent de 8 à 10 pour 100 en 
richesse. 

Voici le procédé : on mêle un litre d'alcool à 85° et 50 grammes d'acide acétique à 
8°; on ajoute à la liqueur autant de sucre pur qu'elle en peut dissoudre : elle marque 
74° à l'alcoomètre. 

En agitant un décilitre de ce liquide avec 50 grammes de sucre à essayer, et filtrant 
la liqueur, il suffit, pour terminer l'essai, d'y plonger l'aréomètre. 

S'il marque 74° de nouveau, le sucre est pur; s'il descend à 69°, le sucre est à 95; 
s'il descend à 64°, le sucre est à 90. Chaque degré perdu par l'alcoomètre répond à 
un degré de diminution dans la richesse du sucre. 

Après un essai de sucre effectué par M. de Luynes sous les yeux du Conseil, 
M. Dumas fait remarquer que, dans les sucres à très-bas prix, la nature variable des 
impuretés rend ce genre d'essai un peu moins certain $ mais pour les sucres compris 
entre 87 ou 88 et 100, qui forment la presque totalité des sucres bruts du com- 
merce, les résultats s'accordent avec ceux du polarimètre. 

Si le sucre renfermait du sable ou des matières insolubles, il faudrait en tenir 
compte. 

M. Clerget, membre du comité des arts économiques, à l'occasion de la communi- 
cation. de M. le Président, demande la parole. Il reconnaît que l'ancien procédé de 
M. Payen t qu'il a expérimenté dans le temps avec beaucoup d'attention, sans indiquer 



192 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION» 



exactement la quantité de sucre réel contenue dans les sucres bruts, donne des résul- 
tats utiles à consulter. 

Il considère le procédé de M. Dumas comme très-important non- seulement sous 
le rapport de l'exactitude, mais encore sous celui de la simplicité et de la promp 
tilude de la méthode. M. Clerget entre dans quelques explications sur la saccha- 
rimétrie optique à laquelle la méthode de M. le Président fait appel, pour graduer 
sur échelle spéciale, près de l'échelle centésimale de Gay-Lussac, l'aréomètre qui sert 
à son application. Il expose que la saccharimélrie optique, telle qu'il l'a réglée dans 
le mémoire couronné par la Société d'encouragement, avant qu'il eût l'honneur de 
faire partie du Conseil, et auquel l'Académie des sciences a donné son suffrage en vo- 
tant son insertion au recueil des travaux des savants étrangers, n'exige pas plus de 
temps que celui que comportent les essais par l'alcool saturé de sucre; mais il recon- 
naît que l'usage des appareils de polarisation qu'elle nécessite, même de celui dont la 
précieuse invention est due à M. Soleil, exige des soins délicats. 

Quant à la prise des densités, soit des dissolutions des sucres bruts, soit des jus na- 
turels de la canne ou de la betterave, afin de déterminer, par son rapprochement 
avec le titre sacch;irimétrique donné par la polarisation, la quantité des matières 
autres que le sucre réel qui existe dans ces dissolutions ou dans ces jus, M. Clerget 
rappelle qu'il l'a depuis longtemps indiquée. Il explique que cette donnée a même été 
la base d'une méthode de prise en charge et d'appréciation des rendements dans les 
fabriques de sucre de betterave. 

M. le Président invile M. Clerget à déposer une note sur cette méthode, afin qu'elle 
puisse prendre place dans le Bulletin de la Société. 



PAHIS. - IMfKlMEME DE M me V BOl'CH ARt>-HU2AKD , IU!E DE l/ÉfERON , 5. — 



1864. 



63 e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XI. — Avril 1864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 



DONATIONS FAITES A LA SOCIÉTÉ. 

M. le Président a annoncé au Conseil que, sur la proposition de S. Exc. le 
maréchal Vaillant, S. M. l'Empereur daignait permettre que son nom fût 
inscrit en tête des membres de la Société, et qu'elle lui accordait une alloca- 
tion annuelle de 1,000 francs. 

M. Dumas a également annoncé que la souscription ouverte par M. Legrand 
dans l'industrie des savons et de la parfumerie, et dont le produit doit être 
confié à la Société pour venir en aide aux travailleurs malheureux appartenant 
à cette industrie, s'élevait déjà à près de 7,000 francs. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU 6 AVRIL 1864. 

PRÉSIDENCE DE M. DUMAS, SÉNATEUR. 

La Société d'encouragement pour l'industrie nationale a tenu, le 6 avril 1864, 
une séance générale, dans laquelle elle a décerné des récompenses aux artistes 
et aux industriels dont les œuvres ont été soumises à son examen, ainsi qu'aux 
contre-maîtres et ouvriers les plus méritants parmi ceux que les établisse- 
ments agricoles et manufacturiers recommandent, chaque année, à sa bien- 
faisante sollicitude. 

Tome XI. — 63 e année, 2 8 série. — Avril 1864. 25 



194 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



Cette séance, qui avait attiré une foule compacte, offrait un caractère 
spécial d'intérêt. La Société était appelée à entendre la proclamation du prix 
de 12,000 francs, fondé par M. le marquis d'Argenteuil. 

L'ordre du jour était ainsi composé : 

Allocution de M. le baron Charles Dupin ; 

Distribution des médailles ; 

Rapport sur le compte des recettes et dépenses ; 

Rapport fait par M. Barrai, au nom d'une commission spéciale, sur le 
prix d'Argenteuil à décerner. 

Vote sur le renouvellement du Bureau et des Comités. 

Avant la lecture du rapport de M. Barrai, M. le Président a lu le discours 
suivant, dont plusieurs passages ont soulevé les applaudissements de l'assem- 
blée tout entière. 



DISCOURS DE M. LE SÉNATEUR DUMAS, PRÉSIDENT. 

Messieurs , 

En 1801, quelques amis éclairés de leur pays, sous l'impulsion de M. de 
Lasteyrie, se réunissaient chez le meilleur d'entre tous, Benjamin Delessert, 
et décidaient, de concert avec cet illustre promoteur de leur pensée nais- 
sante , que la Société d'encouragement pour l'industrie nationale serait 
fondée. Napoléon, Cambacérès, Lebrun, Chaplal, de Laplace, Boulay (de la 
Meurthe), Monge, Berthollet, Sieyès, Benjamin Constant, Portalis, de Luynes, 
Montgolfier, Yauquelin, Mérimée, Parmentier, Mathieu de Montmorency, 
Regnaud de Saint-Jean -d'Angély, de Candolle, Vilmorin, heureuse associa- 
lion de grands génies et de pures renommées, venaient constituer la liste 
presque entière des fondateurs et des premiers administrateurs de la Société. 

De cette pléiade, un seul a survécu, M. François Delessert; il continue à 
couvrir d'un nom vénéré une Société que sa création rattache à l'éminenl 
homme de bien dont il est le digne héritier par ses lumières, par sa bonté, 
par ses vertus. 

Chaptal, entrant vivement dans les vues des fondateurs, leur assurait son 
concours complet. Présageant les destinées de la Société, sous réserve de la 
légèreté française, si elle dure trois ans, disait-il, elle qui représente l'inven- 
tion, le perfectionnement et l'application, quel beau rôle l'attend dans le 
développement de l'industrie nationale ! 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



195 



Comme il l'avait prévu, la Société a prospéré au delà de toute espérance ; 
pendant plus d'un demi-siècle elle a fait un bien qui n'est pas contesté et 
qui a sa moralité. 

En effet, la Société doit toutes ses forces à la seule association des amis 
de l'industrie du pays; ce sont eux qui en assurent les ressources par leur 
tribut annuel. 

Elle est dirigée par un Conseil élu , dans lequel on appelle, à titres égaux, 
les représentants de la théorie et ceux de la pratique, alliance qui est utile 
partout et qui, dans une académie des sciences appliquées, est indispensable. 

Ce Conseil provoque les communications qui touchent à l'industrie; il les 
étudie, les apprécie et les juge. 11 accorde des récompenses au mérite. 

Il propose des questions à résoudre. Il met au concours les sujets vers les- 
quels l'intérêt de la production se dirige ; il décerne des prix aux meilleurs 
ouvrages présentés. 

Le Conseil reste en contact journalier avec les usines, les ateliers, leurs 
chefs et leurs ouvriers; et c'est ainsi qu'il a guidé l'industrie française pen- 
dant plus d'un demi-siècle, la soutenant avec sympathie, la préparant avec 
fermeté aux luttes périodiques des grandes expositions, en même temps qu'il 
apportait aux jurys, par ses décisions réfléchies, des éléments certains pour 
ses jugements définitifs. 

Se constituant votre interprète, il a toujours voulu que l'invention des idées, 
la perfection des procédés, la moralité industrielle fussent la base ou la jus- 
tification de toutes ses récompenses. 

Mais au premier rang de ces trois intérêts industriels à exciter, à soutenir 
ou à défendre, votre Conseil a constamment placé l'invention. Il existe au- 
jourd'hui, il est vrai, une école historique et philosophique, où, considérant 
l'humanité comme une armée en marche vers le progrès, mais une armée 
sans général, on regarde.au contraire, chaque inventeur comme l'expression 
un peu banale d'idées appartenant à tous ; idées dont il se serait fait seule- 
ment l'interprète un peu plus tôt que le reste des humains, et qui, sans lui, 
n'en eussent pas moins germé, fleuri et fructifié. 

Cet inventeur, que vous connaissez si bien, dévoré par la pensée qui 
l'obsède, à laquelle il voue toutes ses forces, sa fortune, sa santé, sa vie et 
les intérêts plus chers encore de tous les siens, ne serait, à en croire ces nou- 
velles doctrines de l'histoire, qu'un organisme obéissant à l'évolution géné- 
rale de l'espèce et produisant une invention en vertu des mêmes fatalités 
auxquelles obéit l'abeille qui sécrète sa cire ou son miel; ce qu'il a fait, tout 
autre aurait pu l'accomplir. 



196 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



Poar cette école, Homère, Phidias, Raphaël, Newton, Lavoisier, qui ont 
porté si haut le niveau de la puissance créatrice de l'homme, ne seraient que 
des chiffres. Leur génie serait celui de l'époque où ils ont vécu ; au besoin 
ils eussent été remplacés par d'autres chiffres chargés de produire leurs 
poèmes divins, leurs pages immortelles ou leurs calculs sublimes 1 

Messieurs, les hommes vraiment supérieurs qui ont présidé à la rédaction 
de vos statuts, ces inventeurs de tant d'œuvres durables, n'avaient pas même 
soupçonné cette étrange opinion des sophistes du temps présent. Dirigés par 
leur propre expérience, ils avaient pensé que, dans toute invention, s'il est 
une part qui soit empruntée au temps où l'homme vit, au milieu dans 
lequel il se meut, aux forces dont il dispose, il y a aussi une autre part 
plus haute qui vient de lui, qui lui appartient tout entière, comme l'émana- 
tion libre et pure du travail spontané de sa pensée. 

Or, vous l'avez compris, si l'invention appartenait à tous, elle n'appartien- 
drait à personne ; les inventeurs n'auraient droit ni aux garanties que l'État 
leur accorde, ni à vos récompenses; la propriété d'une idée serait moins 
légitime encore que celle du sol. 

Assurément, les conditions nécessaires à l'épanouissement de toute idée 
neuve consistent en un certain état de l'éducation du genre humain et du 
progrès de ses besoins, cela n'est pas douteux ; mais croire que, le moment 
venu, le génie n'ait rien à faire et que le travail de l'invention s'accomplirait 
sans lui, c'est une erreur profonde ; c'est flatter les plus mauvais penchants 
du pauvre dont toute supériorité peut exciter l'envie, ceux du riche qui, 
pour dédaigner le génie, peut aussi quelquefois avoir ses motifs. 

Cependant, croyez-le bien, c'est en vain que nous réunirions tous les 
peintres du monde, ils ne produiraient pas un Raphaël ; ou tous les sculpteurs, 
ils ne feraient pas sortir du marbre la Vénus de Milo; et de même, n'en 
doutez pas, il y a telle invention, dans les sciences industrielles, dont on a 
droit de dire que celui qui l'a faite était seul capable de la produire. 

Quoi! l'Académie des sciences n'inventait rien qu'un autre n'eût pu créer, 
lorsqu'elle disait aux arts, il y a près d'un siècle : La soude vous fait défaut 
pour fabriquer le savon ou le verre, pour lessiver vos étoffes; eh bien I 
puisque la soude s'extrait des plantes qui croissent aux bords de la mer et 
qu'elles l'empruntent au sel marin, imitez-les dans leurs procédés, et ap- 
prenez d'elles à retirer la soude qu'il contient, de ce sel marin que la mer 
vous offre en quantités inépuisables. 

Le génie de l'Académie, ou plutôt celui de Lavoisier son organe, qui 
posait la question, le génie de Leblanc, qui vint la résoudre, ont fait subir 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



197 



à l'industrie de l'Angleterre, au commerce des nations une révolution dont 
les effets sont incalculables. Après quatre-vingts ans nous discutons encore 
sur le sens des phénomènes qui se passent dans la fabrication de la soude 
artificielle, et on viendrait nous dire que, Lavoisier et Leblanc supprimés, 
la soude des chimistes n'en eût pas moins été inventée et n'en aurait pas 
moins pris la place de la soude de la naturel 

Ah I Messieurs , ce sont là des pensées mauvaises, des excuses prêtes pour 
l'ingratitude, des doctrines qui font tomber avec dédain les têtes des Lavoi- 
sier, qui assistent avec indifférence aux suicides désespérés des Leblanc I 

Quoi ! l'empereur Napoléon I er n'inventait pas, lorsque, en présence de la 
pénurie du coton, il provoquait la filature mécanique du lin; lorsque, la 
France étant privée de sucre de cannes, il décrétait la mise en œuvre du sucre 
de betteraves, et qu'il trouvait, dans Philippe de Girard et dans ses émules, 
les génies de la pratique qu'exigeaient ses grandes vues 1 Quant à moi, je 
l'affirme, ces inventions, leur œuvre commune, que chaque jour fortifie et 
qui déplacent tant de forces dans la balance des nations, seraient encore à 
naître, si Napoléon I er ne les eût inspirées, et si Philippe de Girard ou 
ses rivaux dans l'extraction du sucre indigène n'eussent matérialisé sa 
pensée ! 

Sans sortir de cette enceinte, lorsqu'un trait de lumière, émané de votre 
Conseil, apprenait à l'industrie que la fermentation acide des liqueurs alcoo- 
liques n'est pas le seul moyen capable de lui fournir le vinaigre qu'elle con- 
somme, et que cette inspiration trouvait, pour la rendre féconde, le génie 
pratique de Mollerat l'élevant du premier coup à sa perfection dernière, 
je me demande si cet éminent industriel n'a été que l'expression des orga- 
nismes en activité de son temps, si son invention pouvait se passer de l'in- 
venteur et s'accomplir d'elle-même par le progrès naturel des idées. 

Non ! pour le vinaigre de bois, que l'industrie des toiles peintes emploie 
en si grande abondance, comme pour la soude, il a fallu devancer d'un 
siècle la marche de la science. Si Mollerat n'eût pas existé, le vinaigre de 
bois se dissiperait toujours en fumée infecte sur les fauldes des charbon- 
niers, au lieu de distiller en liqueur limpide et d'un goût pur dans les 
milliers d'usines qui le produisent en Europe et en Amérique. 

Alors que les Hollandais avaient gardé la fabrication de la céruse, comme 
secret et monopole, n'est-ce pas ici qu'il fut reconnu qu'on pouvait l'obte- 
nir en France par des moyens nouveaux, dont l'invention et la mise en œuvre 
constituaient un besoin pressant du pays? Et, si Thénard au laboratoire et 
Roard dans l'usine de Clichy donnèrent satisfaction à ce vœu, n'ai-je pas 
le droit de dire que la céruse française ne serait pas née, si ce triple con- 



198 



DISCOURS DE Mi DUMAS. 



cours d'efforts du génie économique, du génie scientifique et du génie indus- 
triel lui avait manqué? 

Dans ces derniers temps, la chimie a donné des preuves de fécondité qui 
étonnent le monde, en retirant de la houille ces suaves couleurs, qui 
déploient sur toutes les étoffes de luxe leur pureté, leur richesse et leur 
incomparable éclat; dans cette voie, le premier pas, je l'avoue, a été fortuit 
peut-être, et les autres sont dus eux-mêmes aux tâtonnements d'une foule 
attirée par cette Californie qui lui promettait des trésors. 

Est-ce à dire que lorsque l'outremer se vendait au poids de l'or, qu'il était 
réservé aux grands maîtres de l'art, que son extraction s'opérait à l'aide de 
minéraux tirés des filons les plus rares, placés aux confins du monde connu, 
par des procédés bizarres, ancien legs de l'alchimie, vous n'avez rien inventé 
quand vous avez dit : L'outremer peut se fabriquer de toutes pièces? Est-ce 
à dire que M. Guimet, si savant, si modeste, si éminent h tant de titres, répon- 
dant a votre appel et créant l'outremer factice, tombé tout à coup, grâce à 
lui, de la palette de Raphaël à celle du peintre d'enseignes ou du fabricant de 
papiers de tenture, et donnant l'azurage au papier de nos écoliers; est-ce à 
dire que M. Guimet n'aurait rien inventé ? Permettez-moi de le croire, sup- 
primez votre Conseil et M. Guimet, et l'outremer artificiel serait encore à 
naître, malgré les affirmations contraires des sophistes. 

Demandez à nos fabriques de cristal que la révolution de 1848 avait 
privées de tous leurs débouchés et qui en étaient réduites à éteindre leurs 
fours, à fermer leurs ateliers, à renvoyer tous leurs ouvriers, si elles n'ont 
pas béni votre Conseil qui leur avait ménagé pour ce moment de détresse 
effroyable une ressource inespérée. Oui, votre Conseil avait pensé, quelques 
années auparavant, que nos verriers étaient capables de faire ce que faisaient 
les verriers de Venise ou de Bohême, ce que les anciens verriers de l'Egypte 
avaient fait; il leur indiquait la marche à suivre, mettait sous leurs yeux une 
série graduée des modèles à imiter et leur ouvrait un large concours. M. de 
Fontenay, de l'usine de M. de Rlinglin, remportait les prix proposés, l'in- 
dustrie des verres colorés était fondée, et, au moment où la vente du cristal 
blanc cessait tout à coup, celle des cristaux de couleur ou de la verroterie 
vénitienne, s'ouvrant à propos, venait soutenir, à leur grande surprise, le 
travail de nos cristalleries. 

N'en doutez pas, si votre Conseil n'avait pas eu cette excellente inspiration, 
et si elle n'avait trouvé prêt celui qui devait la réaliser par un effort heureux 
mais nécessaire, la brillante industrie des verres colorés, qui alimente aujour- 
d'hui un si riche commerce et qui est la source de tant de jouissances dans 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



199 



nos plus modestes demeures, fût demeurée inconnue à la France ; elle serait 
restée le privilège de la Bohême et de Venise. Les verres colorés étrangers, 
entrant désormais en France, auraient désintéressé les besoins du luxe et 
eussent confiné nos cristalleries, comme celles de l'Angleterre, dans la fabri- 
cation et dans le fanatisme du cristal blanc. 

Il y a des inventions, il y a des inventeurs, n'en doutez donc pas; mais, de 
même qu'il y a des paresseux qui nient la propriété, trouvant qu'il est plus 
court de la prendre que de la gagner par le travail et l'épargne , il y a aussi 
des faiseurs, pressés de gagner gros, qui nient l'invention, trouvant plus tôt 
fait de se servir des idées d'autrui que d'avoir des idées à force d'étude et 
d'attention persévérante. 

Savent-ils ce que c'est que l'invention? non, et leur seule excuse pour le 
dédain qu'ils affectent à son sujet, c'est qu'ils ignorent les douleurs et les 
joies de ces sortes d'enfantements. 

Écoutez ceci. Il y a quarante ans, je fus consulté par un ami de la famille 
de Daguerre qui s'était ému des allures étranges de cet homme célèbre. Sa 
raison n'était-elle pas menacée? Que penser, me demandait-il, d'un artiste 
habile, abandonnant ses pinceaux et poursuivant cette idée insensée de saisir 
les fuyantes images de la chambre obscure et de fixer sur le papier, sous une 
forme matérielle et durable, ce spectre insaisissable, ce rien? Je me suis 
souvent reporté aux heures de méditation que je consacrai alors à préparer 
une réponse qui rendit peut-être à Daguerre un repos troublé par des em- 
pressements inquiets. S'il eût été détourné de sa voie, cependant, la photo- 
graphie n'existerait pas ; qui oserait en douter ? 

Savez-vous combien de temps s'écoula pour lui en études, en essais rui- 
neux, en tentatives trompées? Quinze ans ! Oui, quinze ans séparent ce mo- 
ment où Daguerre était regardé comme menacé dans sa raison et celui où 
l'Europe apprenait son triomphe. Lorsqu'il vint, au bout de ces quinze an- 
nées d'épreuves, me montrer ses planches admirables, il n'en sut rien, mais 
ma première pensée, je l'avoue, fut un sentiment de reconnaissance envers 
Dieu, qui avait permis que je fusse appelé à défendre un si heureux génie, 
et qui m'avait inspiré, malgré ma jeunesse, la confiance de le protéger 
contre le zèle de ses amis. 

Avec quel intérêt je l'écoutais, me racontant ses espérances, ses doutes, ses 
soupçons; car, pendant ces quinze années, Daguerre, dont le sentiment ar- 
tistique délicat avait tant de peine à se tenir pour satisfait, et qu'une éduca- 
tion scientifique insuffisante livrait à tous les hasards des tâtonnements incer- 



ÎOO 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



tains, voyait tour à tour se rapprocher ou s'éloigner le but de ses espérances, 
se réaliser ou s'anéantir l'objet de sa poursuite infatigable. 

Troublé par les gloires de sa vie d'artiste qu'il lui eût été si facile de rajeu- 
nir, l'inventeur du diorama se demandait tantôt s'il n'était pas attiré par le 
mirage d'une vaine chimère, tantôt si, au jour du succès, il ne se trouverait 
pas en face d'un spoliateur. 

Où se procurer, en effet, les lames de plaqué et les réactifs chimiques, 
sans mettre un plagiaire sur la voie des essais qu'il tentait? Ne fallait-il pas 
épuiser tour à tour les divers quartiers de Paris, ne revenant jamais, pour 
le même objet, chez le même fournisseur? Ne fallait-il pas mêler à l'achat 
des matières utiles celui d'ingrédients sans emploi destinés à détourner une 
curiosité intéressée ou indiscrète? 

Que de soins! S'agissait-il ensuite de fixer une image, celle d'un monu- 
ment immobile et vivement éclairé lui étant indispensable, il était contraint 
d'opérer dans la rue ou en plein champ. Tout lui faisait ombrage alors : le 
passant, parce qu'il avait l'air trop indifférent ; celui qui s'arrêtait, parce 
qu'il avait l'air trop curieux ; celui qui se tenait éloigné, sa réserve n'étant 
pas naturelle. Les personnes familières avec les écrits des alchimistes 
peuvent seules se représenter ce tableau naïf de la vie troublée de Daguerre, 
ainsi vouée, pour une moitié, à la crainte d'échouer, et, pour l'autre, à la 
terreur de se voir dérober son trésor. 

Quiconque a réfléchi sur l'histoire des découvertes ne mettra pas en doute, 
cependant, que, si la photographie a obtenu l'immense succès que chaque 
jour augmente, c'est que Daguerre, qu'on oublie trop et envers qui l'in- 
gratitude semble de mode, ne s'est pas contenté de produits imparfaits, 
qu'il ne s'est pas arrêté en roule, el qu'il a montré du premier coup des 
épreuves d'un art irréprochable, devant lesquelles les plus délicats se sont 
inclinés. 

Mais par quels sacrifices et par quelles angoisses il a payé l'honneur de 
doter son siècle d'une de ses plus merveilleuses conquêtes! 

Perdre les quinze plus belles années de sa vie , dédaigner les intérêts 
matériels, ignorer les inquiétudes de ses proches, vivre dans le doute, 
pendant le jour à mulliplier des essais décourageants, pendant les nuits à 
se reprocher d'être un déserteur de l'art, demander pourtant à la science 
une gloire qu'elle fait longtemps, bien longtemps solliciter et attendre : voilà, 
Messieurs, ce que coûte l'invention, et à quel prix on laisse un nom dans 
l'histoire des découvertes! 

Voulez-vous savoir quels profils, de leur côté, les nations en retirent? De- 



DISCOURS DE M. DUMAS. 



201 



mandez au commerce de Paris pour combien de millions, chaque année, il 
fabrique d'instruments destinés à la photographie ; pour combien de millions 
il vend ou exporte d'images produites par les moyens photographiques. Rap- 
pelez-vous les jouissances nouvelles et inattendues que chacun de nous 
a éprouvées à réunir autour de lui ces chères images qui semblent une éma- 
nation même de la personne aimée, regrettée ou admirée. 

Ah ! Messieurs, ne marchandons pas les inventions ; soyons bienveillants 
et secourables aux inventeurs; gardons-nous de tuer la poule aux œufs d'or! 
Tous n'arrivent pas au but comme Daguerre; beaucoup meurent avant 
l'heure du triomphe, d'autres s'égarent en route. L'invention est une lutte, 
et, de même qu'au lendemain d'une bataille, si les vainqueurs sont récom- 
pensés, les morts sont honorés et les blessés recueillis avec sollicitude, glo- 
rifions les inventeurs qui réussissent, couvrons d'un indulgent respect les 
fautes de ceux qui échouent, et adoucissons les derniers ans de ces blessés, 
de ces invalides de la science industrielle, qui n'auront connu que les dou- 
leurs du combat et qui auront toujours ignoré les joies de la victoire. 

Ne marchandons pas les inventeurs ; car, si leur avant-garde était indis- 
pensable à l'industrie française, alors qu'enfermée sous les lois du blocus 
elle devait tout demander au sol et se suffire avec ses seules ressources, 
pourquoi le serait-elle moins aujourd'hui que notre industrie rencontre sur 
son propre marché la concurrence et les ressources de l'industrie du monde 
entier? 

Sans doute, le temps a marché ; il a emporté, avec les intérêts économiques 
nés d'une autre situation, les représentants de nombre de ces familles dont 
les noms ornaient vos premières annales ; mais des temps et des hommes 
nouveaux sont venus, et la sympathie que vous inspirez a trouvé de nouveaux 
échos. Les grandes sociétés industrielles veulent, aujourd'hui, prendre la place 
qu'occupaient, sur vos premières listes, les noms des grandes familles de la 
France, et demandent à figurer toutes au rang de vos membres. La ville de 
Paris s'est inscrite parmi vos plus larges bienfaiteurs. Sa Majesté l'Empe- 
reur a voulu que son nom ouvrît désormais la liste de vos souscripteurs, en 
témoignage de la protection qu'il daigne accorder à la pensée que vous 
poursuivez, aux travaux désintéressés et patriotiques accomplis par votre 
Conseil avec une si louable persévérance. 

L'appel que nous avons fait pour raffermir vos pas dans les routes qui 
s'ouvrent devant vous a donc été entendu. Les inventions couronnées par le 
succès, soit que vous les ayez provoquées, soit qu'elles aient pris naissance 
Tome XI. - 63 e année. 2" série. — Avril 1864. ±b 



202 



PRIX D ARGENTEUIL. 



hors de votre concours, recevront des récompenses multipliées en nombre et 
rehaussées en importance. Que l'industrie française le comprenne, c'est là 
que réside sa force. Réchauffons sans cesse dans ses rangs, par toutes les 
voies, cette flexible et féconde faculté d'invention qui la distingue, et l'essor 
de ses affaires ira toujours croissant; car l'invention seule sait donner leur 
valeur aux matières et aux forces de la nature, remplacer celles qui font 
défaut, et centupler le prix de celles qu'on possède. 

Les inventeurs trahis par le sort, que les libéralités de MM. Bapst et Chris- 
tofle nous permettaient déjà de secourir, rencontreront désormais des 
secours plus larges pour les jours de la détresse. Des fonds spéciaux ont été 
mis à votre disposition par diverses industries ; ils serviront à pensionner ces 
invalides de l'intelligence vaincus par le poids des années. 

La Société s'enorgueillit d'avoir suscité des découvertes importantes, d'avoir 
inscrit, parmi les lauréats de ses grands prix, les noms de Vicat, Chevreul, 
Heilmann et Sorel ; mais ces satisfactions éclatantes ne lui font pas oublier 
ces legs et ces dons pieux, promettant la sécurité à des vieillards délaissés, 
que le souvenir des services rendus ne protégerait plus, épargnant la misère 
à des familles privées, avant l'heure, de leurs chefs succombant aux fatigues, 
aux amertumes ou aux déceptions de l'invention. 

En son nom, je remercie les cœurs généreux qui, dans ce noble but, lui 
prêtent leur chaleureux concours. 



PRIX D'ARGENTEUIL. 

Rapport fait par M. Barral, au nom du comité des arts chimiques, sur le prix 
fondé par M. le marquis d'Argenteml, en faveur de Fauteur de la découverte 

LA PLUS IMPORTANTE POUR L* INDUSTRIE NATIONALE. 

Messieurs, je viens vous exposer les titres de M. Sorel au prix fondé par 
M. le marquis d'Argenteuil pour la découverte la plus utile au perfectionne- 
ment de l'industrie française, faite dans les six dernières années. C'est pour 
la quatrième fois seulement que ce prix important est décerné. 

Vous savez, Messieurs, que M. Sorel est l'inventeur du procédé dezincage 
du fer, connu sous le nom de galvanisation du fer. Il est vrai que, dans le 
siècle dernier, le chimiste Malouin avait déjà proposé de substituer le zinc à 
l'étain pour garantir le fer de l'action de la rouille. Mais quand les indus- 
triels lui dirent : « Il y aura toujours quelques portions de fer dénudées, et 



prix d'argenteuil. 



203 



la rouille les attaquera ; bien plus, vous avez revêtu l'extérieur des tuyaux 
destinés à la conduite des eaux, mais l'intérieur se rouillera comme précédem- 
ment, » le chimiste Malouin n'eut rien à leur répondre, et pendant un siècle 
entier son procédé resta inappiiqué. Quant à M. Sorel, éclairé par la grande 
découverte de Volta, que le zinc place le fer dans des conditions électriques 
tout à fait différentes des conditions ordinaires, il a prouvé que le zinc, 
selon l'expression technique, rend le fer négatif, c'est-à-dire non oxydable 
par l'air, que le fer, en contact sur une partie de son contour avec du zinc, 
ne s'oxyde plus dans les parties restées dénudées. 

Déjà en 1844, dans un discours à la Chambre des députés, un savant 
illustre, M. Arago, avait rendu justice à celui que vous allez couronner : 
« M. Sorel, disait-il, a trouvé dans un produit non employé, dont personne 
ne faisait usage, auquel nul industriel ne songeait, des propriétés qui l'ont 
rendu extrêmement précieux. » 

D'un autre côté, il résulte d'expériences faites en 1842, par une commis- 
sion du comité consultatif des arts et manufactures, que M. Sorel a perfec- 
tionné d'une manière très-remarquable le procédé de Malouin ; qu'il a dû 
obvier à l'inconvénient de la formation d'un alliage de zinc et de fer qui 
s'opposait à la régularité du zincage ; à cet effet, il a chauffé les creusets par 
le haut, pour permettre à l'alliage moins fusible de se séparer du bain de 
zinc, par précipitation au fond des appareils, où l'on effectue le trempage 
des pièces à zinguer. 

Une fois qu'il a eu vaincu les difficultés nombreuses qui s'opposaient à la 
constitution même de l'industrie nouvelle, M. Sorel s'est attaché à multiplier 
les applications du fer, et ce n'est qu'à la suite de travaux persévérants, qui 
ont duré plus de vingt ans, qu'il a pu amener la galvanisation du fer à l'état 
de prospérité où elle est enfin arrivée dans ces cinq ou six dernières années. 
C'est dans cette dernière période de temps qu'ont été appliqués différents 
perfectionnements, consistant à réduire la couche de zinc à son épaisseur 
justement nécessaire, de manière à obtenir, en France, des produits éco- 
nomiques dont le bon marché pût lutter avec celui des produits similaires 
fabriqués à l'étranger. Du reste, s'il y a des fabriques de fer galvanisé chez 
presque tous les peuples civilisés, c'est à M. Sorel qu'on le doit ; c'est grâce 
à lui qu'une industrie née dans notre patrie s'est répandue dans le monde 
entier. 

Le fer galvanisé est aujourd'hui employé dans les grands ateliers de con- 
struction de la marine, dans le matériel d'exploitation des chemins de fer, 
dans la télégraphie, dans la construction des bâtiments, dans la brasserie, 
dans la fumisterie, dans la fabrication des articles de ménage, dans l'horti- 



204 



prix d'aroenteuil. 



culture et l'agriculture, à l'état de tôle, de fils, de clous, de rivets, de tuyaux, 
de châssis, d'objets de chaudronnerie, etc. Les systèmes de culture nouveaux 
qui, chaque jour, se développent reposent sur l'emploi des fils galvanisés. Il 
serait impossible de calculer toute l'importance de cette fabrication; mais un 
seul exemple suffira pour montrer combien les services rendus sont considé- 
rables. Il résulte d'une note qui nous a été remise par M. Baron, inspecteur 
des lignes télégraphiques de Paris, que les lignes télégraphiques de France 
emploient environ 10,800,000 kilogrammes de fils de fer galvanisé, repré- 
sentant une valeur de 7 à 8 millions de francs; et, pour la télégraphie en 
général, la valeur des quantités de fer galvanisé employées ne s'élève guère 
à moins de 100 millions de francs. La dépense eût été triple, s'il eût fallu 
employer le cuivre à la place du fer galvanisé. 

Ainsi, vous le voyez, Messieurs, M. Sorel a de véritables droits au prix 
d'Àrgenteuil. Il est tout à fait digne de cette récompense en raison de l'im- 
portance, de la qualité et du bon marché relatif des objets que son invention 
a permis de fabriquer. D'ailleurs, outre la galvanisation du fer, on lui doit 
diverses autres inventions ingénieuses et applications intéressantes : un mastic 
au chlorure de zinc, un régulateur du feu pour obtenir une température 
constante, un double siphon pour chauffer les bains de teinture. Vous allez 
donc, Messieurs, couronner dans M. Sorel un travailleur persévérant et habile, 
digne de tous les encouragements, qui a rendu à l'industrie nationale de très- 
grands services, sans en retirer pour lui-même, le plus souvent, d'autre profit 
que la satisfaction d'avoir bien fait. Mais quelle belle récompense pour lui 
de voir aujourd'hui, dans la nomenclature des lauréats du prix d'Argen- 
teuil, son nom se placer à la suite des noms du savant ingénieur Vicat, de 
l'illustre chimiste Chevreul et du célèbre mécanicien Ueilmann. 



Après la lecture de ce rapport, M. le Président annonce que, conformé- 
ment à ses conclusions, le Conseil a décerné le prix d'Argenteuil à M. Sorel; 
il l'invite à venir en recevoir le litre de ses mains. 

11 adresse à M. Sorel, en le lui remettant, l'expression personnelle de l'es- 
time profonde qu'il porte à ses travaux, et des sentiments particuliers de 
sympathie bien ancienne qu'il lui a voués. 

M. Sorel, ajoute M. le Président, par ses inventions heureuses, par son 
dévouement désintéressé à toutes les choses de la science et de l'industrie, 
par ses grands services de tout genre, méritait de prendre place à côté des 
noms illustres auxquels il demeure associé pour toujours. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



205 



MÉDAILLES. 



LISTE DUS DIFFÉRENTES MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES 
PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS. 



w 
a 
a 






INVENTIONS 


« 

"a 


NOMS. 


RAPPORTEURS. 


ou perfectionnements 


• 

o 






ayant motivé les médailles. 






Médailles tt'or. 




MM. 


MM. 




1 


Alibert. 


Dumas. 


Découverte, en Sibérie, d'un gisement de 
graphite d'une grande pureté. 


2 


Cavaillé-Coll. 


Lissajous. 


Perfectionnements aux orgues et recon- 
struction du grand orgue de St.-Sulpice. 


3 


Dulos. 


Barre. 


Procédés de gravure en creux et en relief. 


4 


Durand (François) 


Combes. 


Machines à égrener le coton. 


0 


Latry et comp. 


Chevallier. 


Préparations de bois durci. 


6 


Laurent (Victor). 


Tresca. 


Machine à fabriquer les clous pour ferrer 
les chevaux. 


7 


Henri Sainte-Claire 
Deville et Debraï. 


Balard. 


Aluminium et bronze d'aluminium. 






fléttailles rte &Matine. 


1 


Kessler. 


Salvétat. 


Procédés de gravure sur verre à l'acide 
fluorhydrique. 


2 


Kopp (Emile). 


Barreswil. 


Produits industriels extraits de la garance 
d'Alsace. 


3 


LÉONI et COBLENZ. 


Barral. 


Teillage mécanique du lin sans rouissage. 



206 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



« 
a 






INVENTIONS 


d'or: 


[NUMb. 


T> i DDADTFIIDC 

KArrUnl Lutta. 


ou perfectionnements 








ayant motivé les médailles. 




MM. 


MM. 




4 


Leyherr. 


Alcan. 


Métier à filer continu. 


5 


Stahl. 


Duchesne. 


Perfectionnements à ses procédés de mou- 
lage (rappel de médaille). 


6 


Thierry fils. 


Tresca. 


Appareil fumivore. 






JfMéttailles d'argent. 


4 
1 


Alvergniat. 


De Luynes. 


Soufflage du verre.— Tubes de Geissler. 


o 
& 


Belin et Jeannez. 


Barral. 


Presse pour les écumes de défécation des 
sucreries. 


3 


Boutigny, d'Évreux. 


Tresca. 


Chaudières k diaphragmes. 


h 

i 


Dumas (A.) et Benoit. 


De Luynes. 


Lampe électrique. 


5 


Dumas-Fremy. 


Chevallier. 


Papiers et toiles à polir. 


R 


Gaiffe. 


Du Moncel. 


Machine à graver électro-magnétique. 


7 


Gautron. 


Faure et Herpin. 


Appareils hydro-extracteurs. 


& 

o 


Grison. 


Salvétat. 


Ouvrage intitulé : Le Teinturier au xix e 

siècle. 


Q 

«7 


Hempel. 


Silbermann. 


Balances de précision. 


10 


Imbs. 


Alcan. 


Tissus ouatés en laine pour tapis et chaus- 
sures. 


li 


Mousseron. 


Peligot (Henri). 


Appareils de chauffage. 


12 


Robert fils. 


Silvestre (baron de). 


Appareils pour la détermination graphique 
des heures. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



207 



w 
es 






INVENTIONS 


d'ori 




i\ i\ Jr r yj i\ L Et u i\ o • 


fin tirnrrrTTn wv'r vtc 
UU r Jinr 1 lUiNISKMKiN 1 o 


0 

z 






ayant motivé les médailles. 




MM. 


MM. 




13 


SCHAAFF et LAUTH. 


Barreswil. 


Fabrication de produits exlraits de la ga- 
rance d'Alsace (procédé E. Kopp). 


11 


Tailfer. 


Baude. 


Machines à ébouer. 


1 K 
10 


TURCK. 


Combes. 


Perfectionnements à l'injecleur Gifîard. 


16 


Perraut-Steiner. 


Du Moncel. 


Coussins frotteurs de machines électriques. 






Médailles tte bronze. 


1 


BÉLIARD. 


Duchesne. 


Appareil pour le gonflage des animaux 
de boucherie. 


2 


Biard. 


Barreswil. 


Cartes au blanc de zinc. 


3 


Chambon-Lacroisade. 


Herpin. 


Appareils à chauffer les fers à repasser. 


4 


ÉVRARD. 


Phillips. 


Essieu creux à graissage continu. 


s 


Fichet (Anatole). 


Benoît. 


Instrument à tracer des parallèles. 


g 


Filleul. 


Trélat. 


Appels à joints pour l'ébénisterie, et ré- 
gulateurs de tabliers de cheminées. 


7 


Galibert. 


Combes. 


Appareil respiratoire. 


8 


Jager. 


Priestley. 


Table géographique. 


9 


Kemmerer. 


Herpin. 


Culture perfectionnée des huîtres. 


10 


Marçais. 


De Luynes. 


Modifications apportées aux compteurs à 
gaz. 


11 


Royer. 


Benoît. 


Boîte de compas. 



208 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



DISTRIBUTION DES MÉDAILLES. 

MÉDAILLES DÉCERNÉES POUR DES INVENTIONS OU DES PERFECTIONNEMENTS INDUSTRIELS 

(voir le tableau). 



Médailles d'or. 

1 . Découverte, en Sibérie, d'un gisement de graphite de qualité supérieure, 

par M. Alibert (1). 

M. Alibert a présenté à la Société des échantillons d'un graphite découvert par lui 
dans les mines de Marinski, en Sibérie. 

Ce graphite, par sa beauté et son abondance, donne un aliment nécessaire à un 
commerce intéressant, étroitement lié à la propagation des nrls du dessin et à quel- 
ques industries spéciales, telles que la fabrication des creusets réfractaires, la galvano- 
plastie, les emplois domestiques des objets en fer, en fonte, etc. 

Pour se faire une idée de la valeur industrielle d'une exploitation de cette nature, il 
suffira de dire que le gisement de graphite dont il s'agit a été attaqué sur une étendue 
considérable, et qu'il paraît formé de masses constituant une richesse destinée à une 
longue et profitable production. 

On sait que les célèbres mines de Borowdale, dans le Cumberland, aujourd'hui 
épuisées, et qui ont pendant longtemps alimenté l'Europe, ont produit annuellement 
deux millions et demi de bénéfice, et presque un million encore dans les dernières 
années. 

Il est permis de croire, en voyant la puissance des masses, la pureté et la belle na- 
ture des produits de la mine mise en exploitation par M. Alibert, qu'elle est destinée 
à prendre dans le commerce européen la place que la mine de Borowdale y occupait. 

Les efforts de M. Alibert sont donc, au plus haut point, dignes des sympathies de la 
Société, qui lui accorde sa médaille d'or. 

2. Perfectionnements dans la facture des orgues, et reconstruction du grand 
orgue de Saint-Sulpice , par M. Cavaillé-Coll (2). 

M. Cavaillé-Coll a acquis depuis longtemps une réputation méritée par travaux 
de facture d'orgue. 



(1) Voir le rapport au Bulletin de mars 1864, page 129. 
r 2) Le rapport paraîtra ultérieurement. 



MÉDAILLES DENCOUHAGEMENT. 



209 



La reconstruction de l'orgue de Saint-Sulpice a été pour cet habile artiste l'occa- 
sion de réunir, dans un ensemble monumental, tous les perfectionnements dont il a 
doté la facture moderne. 

Malgré le nombre considérable de jeux, la multiplicité des organes, le développe- 
ment considérable de la soufflerie, cet orgue présente dans l'ensemble de ses dispo- 
sitions et dans les détails de sa partie mécanique une simplicité majestueuse et une 
élégante clarté. 

La partie acoustique de l'instrument se fait remarquer par la variété et la distinc- 
tion des timbres. L'ingénieuse disposition des registres, jointe à la multiplicité des 
pédales de combinaison, crée à l'organiste des ressources d'exécution inconnues jus- 
qu'à présent. 

Le Conseil, convaincu de la haute valeur des travaux de M. Cavaillé et reconnaissant 
les efforts qu'il n'a cessé de faire pour maintenir la facture française au premier rang 
en Europe, lui décerne une médaille d'or. 

3. Procédés de gravure en creux et en relief, par M. Dulos (1). 

Les publications dites illustrées, en prenant une importance justifiée par leur attrait 
et par le concours qu'elles apportent à la vulgarisation des sciences et des arts, ont 
provoqué la recherche de procédés permettant de traduire directement en gravure, et 
principalement en gravure typographique, l'œuvre môme du dessinateur. 

Plusieurs raélhodes très-ingénieuses, et dont quelques-unes sont exploitées indus- 
triellement, ont été découvertes jusqu'à ce jour; niais il était réservé à un habile gra- 
veur, M. Dulos, de trouver la solution complète d'un problème qui intéresse à un si 
haut degré la typographie moderne. 

Les procédés de cet artiste, basés sur l'observation de certains phénomènes de la 
capillarité, ne présentent aucun des inconvénients résultant de l'emploi des acides, et 
permettent de transformer fidèlement, soit en taille-douce, soit en gravure typogra- 
phique, le dessin le plus sévèrement étudié, comme le croquis le plus libre et le plus 
capricieux. Désormais, grâce à cette découverte, les effets du crayon, de la plume, du 
lavis, de la pointe et môme de l'aqua-tinta sont acquis à la typographie. 

La solution due à M. Dulos n'est pas seulement appelée à un grand avenir; depuis 
plus d'une année elle fournit à toutes les exigences de publications importantes. 

Le conseil décerne à M. Dulos une médaille d'or. 

4. Machines à égrener le coton, par M. François Durand (2). 
L'énorme diminution dans les arrivages de coton des Etats du Sud de l'Union amé- 



(1) Voir Bulletin de janvier 1864, page 3. 

(2) Le rapport et les dessins paraîtront prochainement. 
Tome XI. — (53 e année. 2 e série. — Avril 



1864. 



27 



210 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



ricaine, depuis l'invasion de la guerre civile, a provoqué de nombreuses demandes de 
machines à égrener le coton, soit pour les filatures européennes obligées d'achever 
l'égrenage de cotons de l'Inde ou d'autres localités, imparfaitement nettoyés sur les 
lieux de production, soit pour les contrées dans lesquelles la culture du précieux tex- 
l i le prenait une extension considérable ou était nouvellement introduite. M. Platl et 
d'autres constructeurs renommés du Lancashire se sont occupés, en même temps que 
M. François Durand, de satisfaire à ces besoins. On comprend qu'aucun d'eux ne s'est 
borné à reproduire servilement les appareils anciennement usités en Amérique ou en 
Egypte; tous ont voulu les perfectionner. 

Notre compatriote s'est judicieusement attaché au type de machines qui ménagent le 
mieux les fibres cotonneuses et donnent lieu au moindre déchet. Ces machines sont 
essentiellement composées de deux cylindres d'un petit diamètre , l'un en fer tourné, 
l'autre en fer recouvert de cuir ou de parchemin, pressés l'un contre l'autre, et recevant 
des mouvements de rotation en sens inverse, comme les rouleaux d'un laminoir, d'où 
le nom de roller-gin donné à ces appareils dans l'Amérique anglaise. Les colons bruts 
étant présentés en avant des rouleaux, mis en mouvement à la main ou par un moteur, 
les fibres textiles sont saisies, attirées et séparées des graines qui, en raison de leur 
dimension et de leur dureté, ne peuvent s'engager entre les rouleaux serrés l'un contre 
l'autre, et dont les éléments, à une très-petite distance des génératrices de contact, 
forment déjà, à cause de la petitesse de leur diamètre, un angle très-obtus. Les graines 
dépouillées tombent donc en avant des rouleaux derrière lesquels passent les fibres 
textiles. M, Durand a heureusement perfectionné ce genre de machine sans en altérer 
la simplicité, en pratiquant des cannelures hélicoïdes à pas très-allongé sur le contour 
du rouleau en fer; en enveloppant l'autre cylindre d'une bande de parchemin fixée 
seulement par un de ses longs côtés dans une rainure radiale, et que la rotation 
même, sous la pression du rouleau contigu, maintient toujours tendue ; en ajoutant 
deux cylindres pressant en arrière les deux rouleaux et détachant les fibres qui, entraî- 
nées parle mouvement de rotation, reviendraient en avant; en établissant enfin tout le 
système sur un bâti en fonte très-solide, malgré ses petites dimensions. La machine à 
rouleaux, ainsi perfectionnée, revient à un prix qui la met à la portée des plus petits 
cultivateurs, peut s'établir facilement partout et donne un travail parfait, avec des 
frais d'entretien presque nuls. La bande de parchemin qui entoure l'un des rouleaux 
peut être remplacée, quand elle est usée, avec une extrême facilité. L'égrenage, au 
moyen de cette petite machine, est exécuté à la main. Une femme ou un garçon de 
14 à 15 ans y suffit. 

M. François Durand a construit une machine sur les mêmes principes, mais pour- 
vue d'une bande de cuir sans fin, sur laquelle on étale le coton brut, et d'une paire 
de rouleaux alimentateurs. Celle-ci fait, dans un temps donné, une quantité de travail 
beaucoup plus grande que la petite machine; mais, au lieu d'être mise en mouvement 
à bras, elle exige un moteur à eau ou à vapeur, ou au moins un manège. 

Les machines à égrener de M. François Durand se distinguent, comme tout ce qui 
sort des mains de cet habile constructeur, par l'absence de toute complication, l'ingé- 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



211 



nuilé, si je peux parler ainsi, des combinaisons qui vont directement au but et l'at- 
teignent parfaitement. 
La Société décerne une médaille d'or à M. François Durand. 

5. Objets en bois durci et fabrication du blanc de zinc, par MM. Latry et comp, (1). 

L'un de nos industriels les plus habiles, M. Latry, a présenté à la Société d'encou- 
ragement : 

1° Du blanc de zinc préparé par de nouveaux procédés; 

2° Des cartons et des cartes glacés, préparés avec le blanc de zinc obtenu dans sa 
fabrique ; 

3° Des objets d'art fabriqués par des procédés particuliers, avec des sciures de bois 
et de l'albumine du sang, objets qui, par la raison de leur perfection, ont déjà mérité 
à M. Latry des citations honorables à l'Exposition de Londres. 

M. Latry a, sans restriction, communiqué, aux membres de la Société chargés d'exa- 
miner sa fabrique, ses modes d'opérer, la description des machines qu'il emploie, 
enfin tous les procédés qu'il met en pratique. 

La Société d'encouragement, voulant lui témoigner l'intérêt qu'elle prend à ses 
succès industriels , lui décerne la médaille d'or. 

6. Machine à fabriquer les clous de fer à cheval, par M. Laurent (Victor) (2). 

MM. Laurent frères sont, à Plancher-les-Mines, à la tête d'une grande fabrication 
d'objets de quincaillerie, de serrurerie et d'ustensiles de ménage, qui fournit de la 
main-d'œuvre à toute la population environnante. 

Les soins que réclame cette grande industrie, si multipliée dans ses détails, n'ont 
pas empêché M. Victor Laurent, ingénieur civil et l'un des chefs de cette maison, de 
donner l'attention la plus minutieuse à l'invention d'une machine nouvelle sur laquelle 
a été appelée l'attention de la Société d'encouragement. Celte machine a pour objet de 
forger, successivement et d'une manière tout à fait automatique, un grand nombre de 
clous de fer à cheval. Le fer, chauffé par le bout, étant présenté à la machine, celle-ci 
mesure la longueur qu'elle doit employer, le forge sur toute cette longueur, en lui 
donnant à chaque point l'épaisseur et la largeur variées que son emploi ultérieur né- 
cessite; puis elle coupe la barre , emboutit la tête et livre le clou terminé dans une 
trémie pendant qu'une autre barre est soumise, entre les mêmes organes , à cette 
même succession d'opérations. 

La partie capitale de la machine de M. Laurent consiste dans le jeu des cames, qui 
sont étudiées de telle façon que les quatre marteaux qui agissent deux à deux sur le 



(1) Les rapports sur les objets en bois durci et sur le blanc de zinc paraîtront très-prochaine- 
ment. 

(2) Le rapport sera prochainement publié. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



clou, dans le sens vertical et dans le sens horizontal, sont limités dans chacune de 
leurs courses individuelles, suivant l'épaisseur même qu'il faut alors laisser au fer. 

Cette combinaison, nouvelle et ingénieuse, rendue plus pratique encore par l'emploi 
d'élampes en fonte blanche, facilement renouvelables, doit être considérée comme un 
perfectionnement important dans la disposition des machines à forger; et, se plaçant 
au seul point de vue de l'invention et des difficultés de détail qu'il a fallu vaincre pour 
le réaliser, le Conseil d'administration n'a pas hésité à décerner à M. Victor Laurent 
une médaille d'or, la première de ses récompenses. 

7. Préparation du bronze d'aluminium, par MM. Henri Sainte-Claire Deville 

et Debray. 

Un métal nouveau qui s'introduit dans l'usage ordinaire n'est pas seulement utile 
par les qualilés qui lui sont propres, mais aussi par celles qu'il peut faire acquérir aux 
métaux déjà employés, en se combinant avec eux, et formant ces alliages, qui sont, 
on lésait, les véritables métaux de l'industrie. 

Ce genre d'espérance que l'aluminium a fait concevoir dès l'origine de sa décou- 
verte et qui a donné tant d'éclat aux travaux de M. Henri Sainte-Claire Deville, son 
éminent inventeur, n'a point été déçu. Ce métal remarquable, qu'une inaltérabilité 
tout à fait imprévue et comparable à celle des métaux précieux destine à des usages 
généraux si nombreux, et à qui sa légèreté égale à celle du verre en assigne de spéciaux 
pour lesquels rien ne saurait le remplacer, peut aussi rendre des services nombreux 
en se combinant avec le cuivre et en contribuant à produire un bronze nouveau, 
remarquable par ses précieuses qualités. 

Un dixième d'étain associé au cuivre lui communique, on le sait, des propriétés 
nouvelles, et le transforme en bronze, que les anciens dépourvus de fer employaient, 
sous le nom d'airain, pour la confection de leurs instruments et de leurs armes, et dont 
nous faisons surtout usage pour le coulage des statues, des cloches et des canons. C'est 
aussi en bronze qu'on fahrique les coussinets dans lesquels on fait tourner les tourillons 
des machines et dans le but de diminuer le frottement et d'atténuer l'usure. Mais 
la texture du bronze, rendue peu homogène par la liquation, l'empêche de se forger 
et détermine souvent un grippement contre le fer qui amène l'usure, ainsi que le 
remplacement fréquent des coussinets des machines rotatives. Si l'art tire parti 
du bronze ordinaire pour reproduire avec assez de pureté par le coulage les formes de 
la statuaire, c'est à la condition qu'on laissera sa surface, d'un aspect terne et d'une 
couleur douteuse, noircir et verdir au contact de l'air et de l'eau qui l'altèrent encore. 
Cette altérabilité lui communique une odeur sensible, moindre cependant que celle du 
cuivre , et une saveur peu agréable; il noircit les doigts qui le manient. 

Mais, en substituant à l'étain un poids égal (soit un volume trois fois plus grand) 
d'aluminium, il se produit, avec un développement de chaleur et de lumière 
énergique, indice d'une forte affinité, une véritable combinaison métallique. Cet 
alliage nouveau , incapable d'éprouver la liquation, est par conséquent homogène dans 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



213 



toute la masse, et dès lors susceptible d'èlre forgé en acquérant une ténacité qui ne le 
cède qu'à celle du fer. Son grain fin et sa dureté le rendent précieux pour la confec- 
tion des coussinets, qui ne donnent lieu à aucun grippement et peuvent résister à 
l'usure pendant un temps si long que, malgré son prix plus élevé, l'emploi de ce bronze 
nouveau pour toutes les pièces qui doivent subir un frottement continu est déjà plus 
économique que celui du bronze ordinaire. Sa texture susceptible d'un poli parfait, 
son éclat, sa couleur en font le véritable similor, et nul doute qu'une foule d'indus- 
tries diverses, la bijouterie, la sellerie, la carrosserie, etc., ne soient appelées à en faire 
un très-heureux emploi, auquel contribuera sa faible altérabilité. En effet, l'aluminium 
qu'il contient, et qui fait le quart de son volume, lui communique une assez grande 
inaltérabilité par l'air, par l'eau et par les agents sulfureux; aussi conserve-t-il bien 
plus que tout antre alliage de cuivre son éclat et son poli. Il ne noircit pas les doigls 
qui le manient; son odeur et sa saveur sont presque insensibles, et comme les corps 
gras ne l'altèrent pas du tout, qu'il résiste aux liqueurs acidulées par les acides orga- 
niques faibles, l'emploi qu'on a commencé à en faire dans l'économie domestique 
ne peut que s'accroître beaucoup. En Angleterre, on en tire parti pour la confection 
de grandes bassines propres à préparer sans danger les gelées de fruits acides, et tout 
porte à penser que l'emploi qui commence à s'étendre de cet alliage pour la confection 
des objets du service domestique ne pourra que s'accroître, et qu'il est appelé à 
prendre sur nos tables une large part du rôle qu'y jouent les objets d'argent massif ou 
argentés à leur surface ; le métal, ici, peut s'user jusqu'au bout, tout en conservant son 
aspect premier, son éclat parfait, sa couleur pure et toutes ses qualités primitives. 

Quelques essais qu'on en a faits pour la confection de certaines armes prouvent que 
l'emploi de ce bronze , et même d'un bronze beaucoup moins riche en aluminium , 
pourrait donner des canons susceptibles de servir beaucoup plus longtemps que les 
canons de bronze ordinaires. La Société d'encouragement, pour reconnaître et popu- 
lariser toutes ces vérités, a voté pour MM. Deville et Debray, qui nous ont fait connaître 
ce précieux alliage, la plus haute récompense qu'elle décerne, une médaille d'or. 

Médailles de platine. 

t. Procédés de gravure à l'acide fluorhydrique, par M. Kessler (1). 

M. Kessler, chimiste, a présenté à la Société d'encouragement les produits obtenus 
à l'aide de sa méthode de graver le verre et le cristal. Ces procédés, employés en grand 
dans la manufacture de Saint-Gobain, concourent à la confection d'un grand nombre 
de pièces qui se distinguent par leur parfaite exécution; ils reposent sur l'emploi de 
l'acide fluorhydrique liquide, agissant sur une surface réservée par des vernis gras 
appliqués au moyen de l'impression. 



g (1) Voir le rapport au Bulletin de février 1864, p. 91. 



MÉDAILLES d' ENCOURAGEMENT. 



Economie dans le travail, reproduction presque à l'infini, perfection dans la gravure, 
tels sont les mérites de la méthode pratique introduite par M. Kessler dans la décora- 
tion des cristaux. 

Le Conseil décerne à M. Kessler une médaille de platine. 

2. Extraction des principes tinctoriaux de la garance; leur application à la teinture 
et à l'impression des tissus, par M. E. Kopp, de Saverne. 

Au moyen d'une dissolution aqueuse d'acide sulfureux, les principes tinctoriaux 
sont enlevés à la racine de garance moulue. Le liquide, soumis à l'action de la chaleur, 
abandonne successivement la purpurine, puis l'alizarine. Ces deux produits sont immé- 
diatement applicables à la teinture et à l'impression des tissus et à la fabrication des 
loques. 

M. Kopp a institué une expérience neuve et élégante, il a doté l'industrie de deux 
produits importants, et créé un système de fabrication recommandable par ses disposi- 
tions ingénieuses et par la coordination de ses moyens et l'économie de ses produits. 

Le Conseil a voulu reconnaître ces mérites en accordant à M. Kopp , pour cet objet 
spécial, la médaille de platine. 

3. Procédé de leillage mécanique du chanvre, par MM. Léoni et Coblenz (1). 

De tout temps, la Société d'encouragement pour l'industrie nationale a suivi avec le 
plus vif intérêt et a récompensé les efforts faits pour remplacer le rouissage rural du lin 
et du chanvre, rouissage si insalubre pour les populations des campagnes et si nuisible 
à la qualité même des produits. Aussi elle a accueilli avec une véritable satisfaction la 
preuve que lui ont donnée MM. Léoni et Coblenz de la possibilité de supprimer com- 
plètement le rouissage pour le chanvre employé à la corderie, et le remplacer par 
des actions purement mécaniques. C'est une invention en pleine exploitation, en 
plein intérêt, qu'ils ont montée dans leur belle usine de Vaugenlieu, et ils ont bien 
mérité la médaille de platine qui leur est décernée. La sympathie de la Société les suit, 
d'ailleurs, dans les efforts qu'ils font pour continuer leur œuvre, pour faire sortir une 
nouvelle usine des cendres de celle de Vaugenlieu, dévorée par un incendie récent, 
pour rendre enfin leurs procédés complets, applicables aux filatures et à tous les usages 
du lin et du chanvre. 

h. Métier à filer continu, par M. Leyherr de Laval (2). 

Les progrès réalisés depuis un demi-siècle dans la construction des métiers à filer 
consistent principalement dans l'augmentation de la vitesse des broches, dans leur 
nombre par métier, et dans la transformation automatique de toutes les fonctions. Un 



(1) Le rapport paraîtra prochainement. 

(2) Ibid. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



215 



métier automate, avec les perfectionnements réalisés dans ces dernières années, mène 
de 1,000 à 1,200 broches à une vitesse de 6 à 7,000 tours à la minute; c'est une rapi- 
dité centuple de celle du fuseau de la plus habile fileuse. Les métiers d'il y a cin- 
quante ans faisaient fonctionner de 150 à 200 broches à peine, et leur vitesse attei- 
gnait rarement2, 000 révolutions dans l'unité de temps. On s'émerveillait, néanmoins 
alors, de voir faire à un seul métier la besogne de 3,600 ouvrières; l'on ne pouvait 
prévoir qu'il arriverait bientôt à en obtenir le travail de 100,0001 Ce résultat, qui 
eût été considéré comme chimérique, si on avait pu y prétendre autrefois, est cepen- 
dant devenu insuffisant actuellement; attendu que la puissance des métiers self-aclings 
est limitée à la production de fils d'une finesse relativement restreinte, il ne peut guère 
embrasser que 1/5 de l'échelle des numéros. L'industrie emploie, en effet, couramment 
du n° 300, c'est-à-dire des ténuités représentées par 75 lieues pour 500 grammes do 
filaments, et l'application des métiers automates est bornée au filage des n os 60. 

Les recherches du moment ont surtout en vue la construction d'un métier entière- 
ment automatique, susceptible de produire toutes espèces de finesses. Les conditions 
du problème sont telles, qu'elles entraînent à une complication inouïe, lorsqu'on 
songe à les résoudre par des modifications au mull-jenny automate, déjà l'une des 
machines les plus volumineuses, les plus compliquées, et des plus difficiles à régler 
des arts mécaniques. 

Il existe un autre système dont les métiers sont moins volumineux et plus simples, 
c'est le système dit continu, à cause de la simultanéité de ses fonctions. 

M. Leyherr de Laval a pensé avec raison que c'est en perfectionnant ce genre de 
métier, dont l'emploi est également limité, qu'on arriverait au progrès désiré. Le métier 
modèle de son invention donne des résultats fort intéressants. L'application est trop 
récente encore pour pouvoir considérer le problème comme entièrement résolu, mais 
l'on peut, dès à présent, constater un nouveau pas important de fait, et une extension 
considérable dans l'emploi du système continu. Sa production, bornée, jusqu'à présent, 
aux fils pour chaîne de finesses assez restreintes, comprendra désormais les fils de 
trame, et fera toutes les sortes à des numéros bien plus élevés que par le passé. 

Le succès obtenu par M. Leyherr, tout en réalisant, dès à présent, un progrès notable 
au profit de la filature en général, aura également pour résultat de stimuler de nou- 
velles recherches dans une voie trop délaissée jusqu'ici, et qui aura, si nous ne nous 
trompons, les conséquences les plus avantageuses. 

C'est pour constater le double intérêt des travaux de M. Leyherr que la Société d'en- 
couragement lui décerne une médaille de platine. 

5. Nouveaux procédés de moidaga, par M. Stahl (1). 

Dans la séance générale du 11 août 1852, la Société a accordé une médaille de 
platine à M. Stahl pour ses procédés de moulage. 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2* série, t. X, p. 528. 



216 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



Encouragé par cette première récompense, M. Stahl a tenté, avec succès, d'en faire 
de nouvelles applications. Il est parvenu, en 1861, à mouler des semelles en caout- 
chouc à l'usage des personnes qui ont les pieds contrefaits, à dissimuler ces diffor- 
mités et à rendre la marche moins pénible. 

En 1863, M. Stahl est parvenu à modifier avantageusement les appareils qui servent 
aux amputés, en moulant le moignon et en faisant ensuite un moule en caout- 
chouc fondu qui s'adapte parfaitement à la surface périphérique du moignon, quelles 
qu'en soient, d'ailleurs, la forme et l'irrégularité. 

Cette sorte de manchon sert alors de modèle pour confectionner le manchon ou 
cône ordinaire qui doit être porté par le blessé. 

Frappé des inconvénients que présente le moulage actuel des animaux destinés à 
être empaillés pour l'étude de l'histoire naturelle, M. Stahl a proposé aussi une com- 
position légère et solide, qui sert à prendre l'empreinte exacte des têtes d'animaux, et 
qui permet à l'empailleur d'y fixer les clous nécessaires à la bonne confection de son 
travail. Des modèles bien exécutés ont été mis sous les yeux du Conseil qui, voulant 
tenir compte à M. Stahl de ses efforts incessants de perfectionnement, a décidé qu'il 
serait fait, en sa faveur, un rappel de médaille de platane. 

6. Appareil fumivore, par M. Thierry fils (1). 

A mesure que la grande industrie se développe, la fumée de nos chaudières à 
vapeur devient plus gênante et plus nuisible ; les plaintes se multipliaient, mais l'autorité 
ne pouvant leur donner qu'un semblant de satisfaction, elle a dû tolérer le mal jusqu'à 
ce qu'elle pût imposer le remède avec une certitude suffisante. 

Loin de nous la pensée que ce remède soit unique; bien des moyens peuvent cer- 
tainement conduire au résultat. Celui de M. Thierry consiste en une injection de 
vapeur surchauffée qui s'introduit au-dessus de la porte du foyer, et qui se dirige, sous 
une certaine obliquité cependant, dans le même sens que les gaz de la combustion. 
Il résulte des expériences répétées que nous avons faites que le procédé de M. Thierry 
fils est absolument efficace, et que la fumivorité la plus complète peut être assurée 
sans augmentation dans la dépense du combustible et sans exiger plus de soin de la 
part du chauffeur. La Société a voulu témoigner de ce résultat en attribuant une de 
ses médailles de platine au système de M. Thierry fils. 

Médailles d'argent. 

1. Soufflage du verre et fabrication des tubes de Geissler, 
par M. Alvergniat jeune (2). 

M. Alvergniat a présenté à la Société un certain nombre d'objets en verre fabriqué* 



(1) Voir Bulletin de février 1864, p. 65. 

(2) Id. de janvier 1864, p. 13. 



MÉDAILLES DENCOURAGEMENT. 



217 



par lui, et atlestant chez leur auteur une rare habileté dans l'art du souffleur. Ce qui 
a particulièrement attiré l'attention du comité des arts économiques, ce sont ces tubes 
connus dans les cabinets de physique sous le nom de tubes de Geissler, qui servent à 
étudier soit la nature de l'étincelle d'induction dans les gaz raréfiés, soit ces effets si 
remarquables de fluorescence présentés par le sulfate de quinine et le verre d'uranc, 
et qui ont été même proposés pour l'éclairage des mines. Jusqu'à ces derniers temps, 
ces tubes, dont la construction est des plus délicates, venaient de l'étranger; mais au- 
jourd'hui M. Alvergniat est parvenu à en fabriquer de pareils et à des prix plus modé- 
rés. Il a donc rendu un véritable service à la science, et la Société l'en récompense en 
lui décernant une médaille d'argent. 

2. Presse pour les écumes de défécation des sucreries, par MM. Belin et Jeannez (1). 

Les écumes provenant de la défécation des jus de betteraves doivent être soumises, 
dans les sucreries, à diverses manipulations qui ont pour but d'en extraire le jus 
qu'elles contiennent. Mais jusqu'à présent ces manipulations étaient défectueuses, 
insalubres pour les ouvriers, en même temps assez coûteuses. MM. Belin et Jeannez ont 
obvié à tous ces inconvénients par l'invention d'une presse commode, énergique, qui 
soustrait les ouvriers à tout contact nuisible, qui fait mieux, avec plus de propreté et 
avec économie. La Société a voulu montrer à ces honorables industriels qu'elle apprécie 
tous les efforts faits pour améliorer les sucreries, même dans le détail de leur outillage, 
en leur décernant une médaille d'argent. 

3. Chaudières à diaphragmes, par M. Boutigny (d'Evreux) (2). 

M. Boutigny, d'Évreux, dont on connaît les belles recherches sur l'état sphéroïdal 
des corps, a présenté un mémoire dans lequel il appelle l'attention de la Société sur les 
diverses applications qui ont été faites des diaphragmes qu'il avait précédemment in- 
ventés pour recueillir les dépôts incrustants que forme l'eau dans les chaudières à 
vapeur. 

Cesappareils désincrustants offrent un grand intérêt, et M. Boutigny, en fournissant 
l'organe principal qui assure leur efficacité, a rendu indirectement un nouveau ser- 
vice que la Société d'encouragement reconnaît par une nouvelle médaille d'argent 
accordée à cet habile expérimentateur. 

k. Lampe électrique, par MM. Dumas (A.) et Benoit (3). 

On est souvent obligé de pénétrer dans un lieu infecté, soit pour exécuter un tra- 
vail urgent, soit pour porter secours aux ouvriers qui ont reçu les premières atteintes 



(1) Le rapport sera publié ultérieurement. 

(2) Voir Bulletin de mars 1864, p. 141. 

(3) Le rapport paraîtra incessamment; 

Tome XI. — 63 e année. T série. — Avril 1864. 28 



218 



MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT. 



d'un gaz délétère. Pour garantir les personnes qui se trouvent dans de semblables 
circonstances, on les a isolées du milieu ambiant en les enveloppant d'appareils ana- 
logues à ceux des plongeurs, et qui leur permettent en même temps de recevoir l'air 
nécessaire à la respiration par de longs tuyaux communiquant avec l'extérieur. 

Mais il n'est pas seulement nécessaire de pouvoir pénétrer sans danger dans une 
atmosphère viciée, il se présente des cas où, cette atmosphère n'entretenant pas la 
combustion, l'usage des lampes ordinaires est impossible et dès lors les opérations 
qui doivent s'y exécuter deviennent longues, pénibles et hasardeuses. Un appareil 
éclairant, fonctionnant dans de semblables circonstances, serait donc d'un immense 
secours, et c'est au moyen des tubes lumineux de Geissler que MM. Dumas, ingénieur 
aux mines de 1er du Lac, près Privas, et Dumas, pharmacien, sont parvenus à ce ré- 
sultat. L'appareil qu'ils ont combiné, et qui comprend, sous un petit volume, un élé- 
ment de pile, une bobine de Ruhmkorff, et un tube de Geissler, a été expérimenté 
avec succès dans les raines d'Alais et à Saint-Etienne. Il y a donc là une nouvelle ap- 
plication de l'électricité qui peut, dans des cas spéciaux, rendre de réels services, 
et qui appelle sur MM. Dumas et Benoît l'attention de la Société, heureuse de leur 
décerner une médaille d'argent. 

5. Fabrication de papiers de verre et d'émeri, par M. Dumas-Frémy (1). 

La fabrication des papiers et toiles recouverts d'émeri ou de verre est considérable, 
aujourd'hui que ces préparations sont employées : 

1° Au polissage des bois avec lesquels on fait des meubles de luxe; 

2° A l'égrenage des murs que l'on veut rendre aptes à supporter certaines pein- 
tures, le stucage. 

L'usage du papier à polir date de 1792. Celte fabrication, qui est d'origine alle- 
mande, ne fut établie qu'en 1814 par MM. Frémy père, Baradel et Philippe. 

La Société d'encouragement, qui récompense les progrès utiles qui lui sont signalés, 
a déjà accordé, en 1843, à M. Frémy fils une médaille de bronze, et en 1845 une 
médaille de platine. Aujourd'bui elle donne à M. Dumas, gendre de M. Frémy, une 
médaille d'argent pour les améliorations qu'il a apportées, depuis 1854, à cette in- 
dustrie. 

En effet, M. Dumas-Frémy a établi, à lvry, une manufacture modèle, dans laquelle 
non-seulement toutes les précautions ont été prises pour obtenir un bonne fabrication 
de ses produits, mais encore les mesures hygiéniques convenables pour la conservation 
de la santé des personnes qu'il emploie. 

6. Machine à graver électro-magnélique , par M. Élie Gaiffe (2). 
L'impression des étoffes s'opère, comme on sait, à l'aide de rouleaux de cuivre 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2 S série, t. X, p. 6i5. 

(2) Ibid., p. 137. 



MEDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



sur lesquels sont gravés les dessins qui doivent être reproduits. Le plus souvent ces 
dessins consistent dans des fleurons ou ornements plus ou moins grands, plus ou 
moins compliqués, plus ou moins enchevêtrés les uns dans les autres, mais qui se ré- 
pètent symétriquement, d'une manière ou d'une autre, une ou plusieurs fois, soit sur 
la longueur du cylindre, soit sur le développement de sa surface. Quand ces fleurons 
ou ornements sont de très-petite dimension, on peut, à l'aide du poinçon et de la 
molette, les reproduire d'un seul coup sur la planche cylindrique aussi souvent qu'il 
est nécessaire, et en faire varier à volonté le groupement et la disposition. Mais avec 
des ornements d'un dessin un peu plus grand et un peu plus capricieux, et dans les 
cas où la gravure à la main ou au pantographe est exigée, il était désirable qu'on pût 
trouver un système simple et économique qui dispensât de l'intervention du graveur, 
et qui pût fournir d'un même coup la reproduction multiple de tous les dessins de- 
vant figurer dans la largeur de l'étoffe. C'est ce problème qu'a résolu de la manière la 
plus heureuse M. E. Gaiffe, en employant l'électricité comme intermédiaire entre le 
modèle et les reproductions gravées. Depuis le rapport qui a été fait en janvier 1862, 
et sur lequel la Société a eu seulement à statuer relativement à la récompense accordée 
cette année, M. Gaiffe a considérablement perfectionné son invention, et l'a étendue 
à la gravure des planches en taille-douce, qui peut se trouver maintenant exécutée 
dans telle proportion qu'il convient, d'après un simple modèle, gravé ou dessiné, et 
avec une perfection réellement surprenante. Un rapport sera fait ultérieurement sur 
ce brillant perfectionnement de l'invention primitive. En attendant, et pour lui mar- 
quer l'intérêt qu'elle a pris à ses premiers essais, la Société d'encouragement décerne 
à M. E. Gaiffe une médaille d'argent. 

7. Appareils hydro-extracteurs, par M. Gautron (1). 

M. Gautron, mécanicien-constructeur, s'est adonné, d'une manière toute spéciale 
et avec un succès remarquable, à la construction des appareils connus sous le nom 
d'hydro- extracteurs à force centrifuge ou essoreuses. 

L'énorme vitesse de rotation (1,500 à 2,500 tours par minute) qui doit être im- 
primée à l'arbre vertical et au pivot de l'hydro-extracteur rend particulièrement dif- 
ficile l'organisation des coussinets qui embrassent le tourillon inférieur de l'arbre. 

Les coussinets mécaniques sont sujets à des grippements désastreux, qui entraînent 
à des réparations fréquentes, à des renouvellements coûteux. 

Les coussinets en gaïac, en bois dur, en corne présentent aussi divers inconvénients. 

Aux coussinets métalliques ou en bois dur M. Gautron a substitué, avec succès, des 
coussinets en nerf de bœuf préparé pour cet objet; il a obtenu ainsi un système 
de coussinets qui ne grippe jamais, qui dure longtemps et qui ne consomme que 
très-peu d'huile. 

« Je me plais à rendre justice, disait notre honorable et regretté collègue Faure, 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2« série, t. X, p. 193. 



220 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



« à l'intelligence judicieuse et raisonnée avec laquelle M. Gautron a su étudier les 
« détails de construction de ses hydro-extracteurs, et à l'exécution soignée, écono- 
o inique et irréprochable de ces appareils. 

« Durée, stabilité, économie d'argent, économie de force motrice, tels sont les résul- 
te tats que nous ont paru réunir, très-heureusement et sans contestation possible, les 
« coussinets de M. Gautron. » 

Nous n'ajouterons rien à ce témoignage d'un juge aussi compétent et aussi éclairé 
que l'était Faure; ce serait en. affaiblir la valeur. 

M. Gautron a fait, de plus, une application fort curieuse et très-intéressante de 
l'hydro-extracleur à la fabrication de la fécule de pommes de terre; son procédé donne 
à la fécule une blancheur et une pureté parfaites. 

La Société décerne à M. Gautron une médaille d'argent. 

8. Ouvrage intitulé : Le Teinturier au xix e siècle, par M. Grison, fabricant 
de produits chimiques à Deville-lès-Rouen (1). 

M. Grison, à Deville-lès-Rouen, a présenté à la Société son ouvrage intitulé : Le 
Teinturier au xix* siècle. 

Dans cet ouvrage , l'auteur a réuni les receltes résultant de sa longue pratique; de 
nombreux spécimens, intercalés dans le texte, le mettent au rang des livres les plus 
instructifs. Sa place est marquée dans toutes les bibliothèques» à côté des meilleurs 
traités sur les arts appliqués à l'industrie. 

La Société décerne une médaille d'argent à M. Grison. 

9. Balances de précision, par M. Hempel (2). 

M. Hempel est un travailleur ingénieux et modeste qui, depuis plus de vingt-cinq 
ans, construit en chambre des balances, des poids et des instruments de précision 
pour la science. Sa chambre est devenue peu à peu un atelier d'une certaine impor- 
tance, puisqu'il y emploie aujourd'hui trente ouvriers, dont plusieurs sont de véri- 
tables artistes. Dans ces derniers temps, M. Hempel a apporté aux balances de labora- 
toire une modification qui permet de diminuer la durée des pesées en en supprimant 
les tâtonnements ordinaires. 

La Société récompense les travaux de M. Hempel en lui accordant la médaille d'argent. 

10. Nouvelles étoffes, par MM. Imbs frères (3). 
MM. Imbs frères ont créé et livrent à la consommation de nouvelles étoffes teintes 



(1) Voir Bulletin de 18G3, p. 325. 

(2) Id. de 1864, p. 87. 

(3) Le rapport paraîtra prochainement. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



221 



ou imprimées, épaisses et moelleuses, dans des largeurs quelconques, sans augmenta- 
tion notable de prix. 

Ces produits, particulièrement propres aux articles économiques qui nécessitent 
beaucoup de matières, ont été employés jusqu'ici à la confection des chaussons, des 
tapis, tentures, et pour certains vêtements chauds et de fatigue. 

La nouvelle fabrication repose, en principe, sur la réunion, au moyen d'une piqûre, 
d'un nombre plus ou moins grand de nappes de laine pure ou mélangée à d'autres 
substances, et même à des tissus légers, suivant les propriétés visées. 

Ces surfaces piquées sont foulées et apprêtées par les moyens et appareils ordinaires. 
On obtient ainsi des produits ayant l'apparence de certains lainages lissés, quoique 
établis aussi économiquement que les feutres simples. 

La réalisation pratique du nouveau procédé n'était pas sans difficulté; la principale 
consistait dans l'exécution régulière, rapide et économique de la piqûre longitudinale 
et transversale des nappes de grandes dimensions. 

Il n'y avait à songer ni au travail à la main, ni même à la machine à coudre, la plus 
avantageuse, dont l'emploi à cet objet eût occasionné trop de dépense. Pour l'atté- 
nuer, MM. Imbs ont imaginé une machine spéciale à aiguilles multiples, dont le 
nombre n'est limité que par l'emplacement; l'une de celles qui fonctionnent couram- 
ment en fait manœuvrer 300 simultanément, avec une précision ne laissant rien à 
désirer. Le temps nécessaire à l'action de ces nombreuses aiguilles est à peine celui 
employé au lancement d'une navette. 

Toutes les applications possibles d'une machine de ce genre ne sont pas encore réa- 
lisées, et cependant son emploi, dans le cas spécial dont il s'agit, a permis à MM. Imbs 
de doter l'industrie d'articles intéressants, au double point de vue des besoins qu'ils 
satisfont et des moyens ingénieux mis en usage. 

La Société d'encouragement signale le progrès en accordant une médaille d'argent 
à ses auteurs. 

11. Appareils de chauffage, par MM. Mousseron et comp. (1). 

En proportionnant la section de l'appareil de chauffage et la dimension du foyer à 
la capacité de la pièce à échauffer, et en utilisant la chaleur développée au chauffage 
de l'air par contact, MM. Mousseron et comp. ont obtenu un triple résultat : une 
économie de combustion, un chauffage plus facile à obtenir immédiatement et à régler 
aussi parfaitement que possible, enfin une absence, pour ainsi dire absolue, de fumée 
et même de toute crainte d'avoir de la fumée dans la pièce. 

Le tuyau unitaire présente le sérieux avantage d'économiser la plus grande partie 
de l'espace pris aujourd'hui par les souches de cheminées, de faciliter les ramonages 
et de diminuer les chances d'incendie. 

Le Conseil décerne à MM. Mousseron et comp. une médaille d'urgent. 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2» série, t. X, p. 391. 



222 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



12. Tableaux astronomiques, par M. Henri Robert fils (1). 

M. Henri Robert fils a soumis à l'examen de la Société un tableau astrono- 
mique destiné à résoudre graphiquement les Iriangles horaires, et qui peut servir 
également à déterminer l'heure et la latitude d'un lieu, quand on connaît deux hau- 
teurs du soleil, le temps écoulé entre deux observations et la déclinaison de l'astre. 

Le comité chargé de cet examen a été d'avis que ce procédé qui est simple dans son 
application, rigoureux théoriquement, et suffisamment exact dans la pratique, peut 
être très-utilement employé sur terre comme en mer. Il dispensera, dans beaucoup de 
cas, l'observateur d'avoir recours à des calculs souvent compliqués et, par consé- 
quent, sujets à erreur; ou bien lui offrira un moyen de contrôler les résultats obtenus 
par le calcul. 

Le Conseil décerne une médaille d'argent à M. H. Robert fils. 

13. Fabrication de nouveaux produits industriels extraits de la garance d'Alsace 
(procédé E. Kopp), par MM. Scbaaff et Lauth (2). 

L'idée la plus féconde, le système de fabrication le mieux coordonné sont lettres 
mortes pour l'inventeur et pour la société s'il ne se trouve un praticien, à la fois in- 
dustriel et commerçant, capable de résoudre les mille problèmes de la première mise 
en œuvre, de vaincre les habitudes routinières et d'assurer ainsi le succès. Le Conseil 
a rencontré ces diverses qualités chez MM. Schaaff et Lauth, et, pour leur montrer tout 
le cas qu'il fait de cet ordre de mérite, il décerne une médaille d'argent à ces fabri- 
cants habiles qui ont converti en pratique industrielle les procédés de M. E. Kopp, 
auquel la médaille de platine a été accordée. 

14. Machine à ébouer, par M. Tailfer (3). 

On sait qu'un grand nombre de machines à ébouer ont été essayées en France, 
et particulièrement en Angleterre, où ce mode mécanique de nettoyage des chaus- 
sées est bien plus usité que chez nous. La Société a remarqué, dans les essais 
les plus récents qui ont été tentés, la voilure à ébouer, inventée par M. Tailfer. 
C'est une voiture à un cheval, qui occupe peu d'espace, qui écarte la boue et la réunit 
en bourrelets, sans avoir la prétention de l'enlever au balai, qui restitue au hérisson 
ou cylindre, légèrement conique, son véritable rôle, et donne, par là, avec l'aide 
d'une certaine main-d'œuvre, les résultats les plus économiques. En conséquence, le 
comité des arts mécaniques a proposé de décerner à l'inventeur, M. Tailler, une 
médaille d'argent. 



(1) Voir Bulletin de 1862, 2 e série, l. IX, p. 385, et de 1863, p. 460. 

(2) Jd. de février 1864, p. 78. 

(3) Le rapport paraîtra prochainement. 



MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT. 



223 



15. Perfectionnements apportés à l'injecteur Giffard, par M. Turck (1). 

L'ingénieux appareil imaginé, il y a quelques années, par M. Gifïard, pour l'ali- 
menta lion des chaudières à vapeur, et qui est aujourd'hui universellement substitué 
aux pompes alimentaires dans la construction des machines locomotives, a été heu- 
reusement, perfectionné par M. Turck, ingénieur attaché à la compagnie des chemins 
de fer de l'Ouest. 

La modification qu'il a introduite consiste dans l'interposition d'un cône mobile 
entre l'enveloppe cylindrique extérieure de l'appareil, terminée par l'orifice d'où jaillit 
la veine formée par le mélange de la vapeur et de l'eau alimentaire, et le tube cylin- 
dro-conique dans lequel arrive la vapeur de la chaudière. Dans l'instrument, tel qu'il 
a été construit primitivement par l'inventeur et qu'il l'est encore assez généralement, 
cette dernière partie est mobile longitudinalement et vient rétrécir, à mesure qu'elle 
s'enfonce dans l'enveloppe, l'espace annulaire par lequel doit passer l'eau d'alimen- 
tation, et sert ainsi à en régler la quantité. Dans l'appareil modifié par M. Turck, elle 
reste fixe et solidaire avec l'enveloppe extérieure; c'est le cône mobile interposé qui 
est mobile. Celle disposition offre l'avantage de procurer la suppression de deux boites 
à éloupes,et de prévenir le contact direct de l'eau froide alimentaire et de la paroi du 
cône dans lequel arrive la vapeur de la chaudière. Le jeu de l'appareil est ainsi rendu 
plus sûr, et son règlement plus facile ; les pertes de vapeur sont évitées et les répara- 
tions à faire moins fréquentes. Il est devenu possible d'employer, pour l'alimenta- 
tion, de l'eau à une température plus élevée. 

La Société décerne à M. Turck une médaille d'argent. 

16. Perfectionnements aux coussins frotteurs des machines électriques, par M. Per- 

rauIt-Steiner, de Francfort (2). 

Les coussins des machines électriques à plateau de verre jouent, comme on le sait, 
un grand rôle dans le développement de l'électricité dégagée par ces sortes de ma- 
chines. De leur disposition et de la préparation de leurs surfaces frottantes dépend, en 
quelque sorte, l'énergie de la charge électrique provoquée. C'est précisément la déter- 
mination des meilleures conditions de construction de ces coussins quia été l'objet 
des recherches persévérantes de M. Perrault-Steiner, et il est arrivé à des résultais 
tellement heureux, que de vieilles machines électriques qui ne pouvaient plus pro- 
duire aucun dégagement électrique se sont trouvées transformées comme par enchan- 
tement, et ont fourni des décharges que jamais elles n'avaient pu produire quand elles 
étaient en bon état. 



(1) Le rapport paraîtra prochainement. 

(2) Voir Bulletin de 1863, 2 e série, t. X, p. 9. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



En présence d'un résultat si heureux, la Société d'encouragement a cru devoir 
décerner à M. Perrault-Steiner une médaille d'argent. 

Médailles de bronze. 

1. Appareil pour le gonflage des animaux de boucherie, par M. Béliard (1). 

La Société d'encouragement ne lient pas seulement compte des procédés industriels 
nouveaux, elle apprécie encore les moyens qui tendent à perfectionner ceux qui 
sont déjà connus, surtout lorsqu'ils ont pour but de ménager les forces des ouvriers, 
d'être plus expéditifset moins coûteux. 

L'opération du gonflage des animaux de boucherie a pour but de faciliter l'en- 
lèvement de la peau. Aujourd'hui encore, ce sont les garçons bouchers qui y procè- 
dent au moyen d'un soufflet approprié à cet usage. 

M. Béliard a fait, à l'abattoir Popincourt, des essais nombreux de gonflage au 
moyen d'air comprimé dans des réservoirs spéciaux et conduit ensuite sous la peau de 
l'animal par un tube en caoutchouc. Ces essais ont parfaitement réussi. 

Ce procédé nouveau abrégera considérablement le travail des garçons bouchers, et 
cependant il sera beaucoup moins coûteux que les procédés primitifs employés 
aujourd'hui. 

Le Conseil a décidé qu'il serait accordé une médaille de bronze à M. Béliard. 

2. Emploi de l'oxyde de zinc pour la fabrication de la carte-porcelaine, 

par M. Biard 

Les cartes-porcelaine étaient, dans le principe, préparées à la céruse. L'opération 
était dangereuse pour l'ouvrier, et le produit s'altérait sous l'influence des émanations 
sulfureuses. M. Biard a tenté de remplacer, dans cette fabrication, la céruse par le 
blanc de zinc. De ce moment il n'a plus eu de malades, et ses cartes-porcelaine ont 
conservé leur blancheur en toute circonstance. Depuis M. Biard, d'autres fabricants 
ont fait comme lui, et même opéré sur une échelle bien plus considérable; mais il est 
constant que c'est M. Biard qui le premier a mis au jour cette fabrication intéressante 
au double point de vue de la santé des ouvriers et de la qualité des produits. 

La Société a voulu consacrer ce fait en décernant à M. Biard une médaille de bronze. 

5. Appareil à chauffer les fers à repasser, par M. Cbambon-Lacroisade (2). 
On fait usage, dans diverses industries, celles du tailleur, du charpentier, de la lin- 



(1) Le rapport paraîtra bientôt. 

(2) Voir Bulletin de. 1863, 2« série, t. X, p. 65. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



225 



gerie, etc., de fers chauds, de formes et de grosseurs différentes, pour polir, lustrer et 
presser à la main les étoffes et les tissus de toute espèce. 

Le plus souvent, ces fers sont exposés au contact du feu nu, qui altère leur poli, 
soit dans un fourneau très-imparfait, soit simplement dans un réchaud ouvert et 
alimenté par du charbon qui répand dans l'atelier des émanations insalubres et nui- 
sibles à la santé des ouvriers. 

M. Chambon-Lacroisade a soumis à la Société une série d'appareils portatifs, 
commodes, salubres, pour chauffer les fers dont il est question, et présentant un 
ensemble de dispositions ingénieuses, bien entendues et parfaitement appropriées à 
leur destination. 

Ces appareils sont très- économiques; ils sont chauffés avec le coke, et la fumée est 
transportée au dehors de l'atelier par un conduit spécial. Ils peuvent servir comme 
calorifères; on peut aussi y adapter un vase culinaire. 

Avec une dépense très-minime de coke, 10 à 30 centimes par jour, on peut chauffer 
et entretenir convenablement chauds plusieurs fers du poids de 2 à 10 kilogrammes 
chacun, 

La Société décerne à M. Chambon-Lacroisade une médaille de bronze. 

4. Essieu creux à graissage continu, par M. Evrard (1). 

Le Conseil décerne à M. Évrard, ingénieur civil à Douai, une médaille de bronze 
pour son essieu creux à graissage continu, appliqué aux chariots de mine. Cet essieu 
est alésé aux extrémités qui contiennent les fusées, et le milieu renferme un 
réservoir d'huile disposé de façon que celle-ci ne puisse s'écouler que goutte à 
goutte et pendant le travail. On obtient ainsi un graissage qui s'opère de lui-même 
d'une manière très-satisfaisante. Le système de M. Evrard, d'abord expérimenté aux 
mines de Nœux, dépendant de la compagnie houillère de Vicoigne, y a bientôt 
reçu la consécration de la pratique et n'a pas tardé à se répandre dans les exploita- 
tions environnantes. 

5. Instrument à tracer les parallèles, par M. Anatole Fichet (2). 

L'instrument de M. Fichet, très-simple et néanmoins très-ingénieux, facilite singu- 
lièrement le tracé des systèmes de lignes parallèles en usage dans les dessins géomé- 
triques sous le nom de hachures. 

Sa construction repose sur ce principe, que, si, pendant que le dos d'un petit ressort 
courbe, appuyant ses extrémités sur un plan, est poussé vers ce plan, une de ses 
extrémités est forcée d'y conserver sa position, l'autre extrémité se déplace toujours 
de la même quantité pour un même rapprochement du dos dece ressort. 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2 e série, t. X, p. 32t. 

(2) Le rapport paraîtra prochainement. 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Avril 1804. 29 



226 



MÉDAILLES d' ENCOURAGEMENT. 



Le dessinateur, le lithographe, les graveurs sur pierre et sur métaux, qui feront 
usage de cet instrument, pourront tracer avec rapidité les fonds unis ou moirés; son 
emploi dans le réglage du papier de musique et des planches métalliques qui doivent 
en recevoir la gravure ne peut être qu'avantageux. 

Le Conseil décerne à M. Fichet une médaille de bronze. 

6. Appels à joints et régulateurs de rideaux de cheminées d'appartements, 

par M. Filleul (1). 

M. Filleul a cherché à remplacer les assemblages à vis, généralement employés pour 
unir entre elles les pièces principales des gros meubles d'ébénislerie. Il a substitué à 
ce procédé un système de clavetage, dont la Société a pu apprécier la solidité, la sim- 
plicité et la facilité d'usage. 

M. Filleul a, en outre, apporté des améliorations utiles à l'installation des rideaux de 
cheminées, dont les réparations sont si souvent gênantes dans les appartements. 

A ces deux titres et en considération de différents travaux déjà connus de la Société, 
le Conseil, appréciant une longue et méritante persévérance poursuivie au milieu d'une 
pénible carrière d'ouvrier, décerne une médaille de bronze à M. Filleul. 

7. Appareil respiratoire, par M. Galibert (2). 

M. Galibert a perfectionné les appareils respiratoires au moyen desquels on peut 
pénétrer impunément dans des lieux remplis de gaz méphitique. Il emploie deux tuyaux 
jumeaux débouchant à l'air libre et aboutissant à deux orifices écartés d'un centimètre 
environ, percés dans une embouchure en ivoire ou en bois dur que l'opérateur tient 
dans sa bouche. L'air frais est aspiré par l'un de ces tuyaux, et l'air qui a servi à la res- 
piration est expiré par l'autre. Ce résultat est obtenu par un léger déplacement de 
la langue, qui remplace les deux petites soupapes dont sont pourvus les appareils or- 
dinaires. 

La suppression de tout organe mobile fait qu'on trouve toujours l'appareil prêt à 
servir, ce qui est de grande importance pour des instruments qui ne sont employés 
qu'à de longs intervalles et dans des cas d'urgence. 

La Société décerne à M. Galibert une médaille de bronze. 

8. Table géographique, par M. Jager (3). 
M. Jager a présenté à l'examen de la Société une table géographique muuie d'un 



(1) Voir Bulletin de 1863, 2' série, t. X, p. 652. 

(2) Voir le Bulletin de mars 1864, p. 138. 

(3) Le rapport paraîtra sous peu. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



227 



plateau transparent où sont figurées les étoiles des différentes constellations, et qui peut 
recevoir une utile application dans l'enseignement. 
Par ce motif, le Conseil accorde à M. Jager une médaille de bronze. 

9. Culture perfectionnée des huîtres, par M. Kemmerer (1). 

La production artificielle du poisson, des huitres, etc., est une industrie nouvelle 
et importante qui, tout en augmentant les ressources alimentaires du pays, donne du 
travail aux populations laborieuses de notre littoral. 

Le succès ou l'insuccès de cette industrie tient à diverses causes, à diverses condi- 
tions qu'il importe de connaître et d'étudier avec soin. 

Il faut faire naître le poisson ou l'huître, recueillir et fixer le naissain, faire croître 
et engraisser le mollusque. 

Toutes ces opérations doivent être conduites avec intelligence et sagacité, et prati- 
quées dans des conditions aussi favorables que possible. 

Souvent les huîtres naissantes sont entraînées par un courant d'eau trop fort; 
d'autres fois elles sont ensevelies sous le sable ou la vase, détruites par les gelées, etc. 

Dans certaines localités privilégiées, l'huître se développe très-promptement, en 
trois, ou même deux années; les valves ont une forme régulière et gracieuse, commer- 
ciale en un mot. Dans d'autres endroits, au contraire, le développement complet du 
mollusque se fait attendre pendant plusieurs années; la forme des coquilles est inso- 
lite, anguleuse, incommode. 

M. le docteur Kemmerer, de Saint-Martin (île de Ré), a imaginé de placer les jeunes 
huitres dans des alvéoles formés par des tuiles creuses, ayant une disposition assez 
analogue à ceux que construisent les abeilles pour élever leur couvain. L'huître, 
protégée par cet abri, se développe d'une manière rapide et fort remarquable. 

La Société décerne à M. le docteur Kemmerer une médaille de bronze. 

10. Modifications apportées aux compteurs à gaz, par M. Marçais (2). 

Malgré les nombreux perfectionnements qu'ont subis, pendant ces dernières 
années, les compteurs à gaz, ils présentent encore un inconvénient grave, relative- 
ment aux conséquences défavorables qui peuvent résulter des variations de niveau 
de l'eau placée dans la boite. En effet, si ce niveau est trop élevé, le volume du gaz 
débité diminue au détriment du consommateur et au profit de la compagnie; au con- 
traire, si le niveau est trop bas, le volume du gaz est trop grand, et c'est la compagnie 
qui est en perte. 

De ces deux circonstances, il faut bien le dire, c'est la dernière qui arrive le plus 
souvent. Au moyen d'une cale plus ou moins épaisse qu'on introduit sous le comp- 



(1) Voir Bulletin de 1862, 2* série, t. IX, p. 517. 

(2) Id. de janvier 1864, p. 10. 



228 



ALLOCUTION DE M. DUPIN. 



teur, on parvient à faire sortir une certaine quantité d'eau, dont le niveau se trouve 
alors d'autant plus abaissé que l'épaisseur de la cale est plus grande. 

Par une série de dispositions simples et ingénieuses, M. Marçais est parvenu à re- 
médier à ces inconvénients. Son invention comble une lacune importante dans la con- 
struction des compteurs à gaz, et elle a l'avantage, avec une dépense insignifiante, de 
pouvoir s'adapter à tous les appareils en usage. 

En conséquence, la Société décerne à M. Marçais une médaille de bronze. 

11. Système de boîte à compas, par M. Royer (1). 

La boîte à compas de M. Royer est composée d'instruments très-bien entendus dans 
tous leurs détails et parfaitement exécutés. 

La déviation des lames des lire-lignes est empêcbée par une tige spéciale; et un 
manchon d'arrêt, embrassant, entre ces lames, la tige de la vis qui sert à en varier 
l'écartement, ne permet pas qu'on les rapproche au delà du simple contact de leurs 
extrémités. 

Le petit compas à balustre, dit à pompe, se distingue de ceux que l'on trouve dans 
le commerce par plusieurs dispositions nouvelles et heureuses qui doivent lui conci- 
lier le choix des dessinateurs. 

Celte boîte, très-portative, ayant été trouvée digne d'être recommandée aux ingé- 
nieurs, le Conseil décerne à M. Royer une médaille de bronze. 



ALLOCUTION DE M. LE BARON CHARLES DUPIN, SÉNATEUR, 

Secrétaire général de la Société. 

La Société, fille de notre siècle, qui compte, en 1864, soixante-quatre ans 
d'existence, a cherché successivement tous les moyens d'encourager l'indus- 
trie nationale en s'éclairant sur les routes à suivre, sur les découvertes à 
faire, sur les perfectionnements, sur les améliorations dont les arts les plus 
parfaits sont pourtant toujours susceptibles. 

A côté de ces moyens de provoquer et d'accélérer le progrès des choses, 
elle a pensé qu'elle pouvait influer sur le progrès des hommes, dont la con- 
duite, les qualités, les facultés intellectuelles sont susceptibles d'améliora- 
tions, de perfectionnements, et peuvent obtenir des récompenses à la fois 
justes et fécondes. 

Nous avons commencé par étudier, dans son ensemble et, si nous pou- 



(1) Voir Hulle/in de 1863, 2' série, t. X, p. 588. 



ALLOCUTION DE M. DUPIN. 



229 



vons ainsi parler, dans son système, cette grande société laborieuse, cultiva- 
teurs, artisans, marchands et transporteurs, qui forme la nation même, 
distribuée, dirigée sur toutes les voies de la production et de l'échange. 

Le caractère national d'une population ainsi répartie, c'est qu'elle l'est 
avec plus d'avantages pour l'ensemble de nos compatriotes que chez aucun 
autre peuple, même parmi les plus avancés. 

Dans les biens de la terre et de l'industrie, tout est plus divisé chez nous ; 
partout nous trouvons au point de départ un plus grand nombre de copar- 
tageants, soit héritiers, soit créateurs de leurs fortunes; copartageants sui- 
vant les lois et le mérite, qu'il faut se garder de confondre avec les célèbres 
partageux qui voudraient, ou du moins qui voulaient s'approprier tout au 
mépris des lois, des droits et du mérite. 

La Providence elle-même semble avoir posé le principe de celte organisa- 
tion privilégiée, en accordant, d'une main plus large et plus libérale, les 
faveurs de l'intelligence parmi son peuple français que chez la plupart des 
autres nations. 

Par un secret que nous n'avons pas l'orgueil de prétendre expliquer, le 
souverain auteur des choses a des inégalités, des préférences infinies dans la 
mesure des dons qu'il accorde aux intelligences; la moindre part, celle du 
plus humble de nous tous, sépare déjà le moindre des hommes, par une 
distance infinie, du plus parfait, du plus avancé des autres êtres animés. 

Mais, par surcroit, à ce premier présent, immense, universel, une part 
de distinction et de puissance est réservée entre les individus avec des 
nuances et des degrés infinis entre les facultés de l'esprit, facultés qu'il nous 
est donné, par l'étude et par le travail, de développer et de féconder. 

Le devoir sacré d'une Société d'encouragement nationale, c'est d'accepter 
avec reconnaissance la diversité, la gradation de ces bienfaits; c'est d'ac- 
cueillir et de féconder le don primitif, comme on arrose la semence pour lui 
faire porter les fruits les plus abondants. 

Voilà ce que nous essayons de faire à tous les degrés de la pyramide intel- 
lectuelle, depuis les prix supérieurs que nous accordons aux grandes décou- 
vertes, aux grands perfectionnements, prix que nous décernons, comme 
aujourd'hui, à l'homme éminent qui mérite la haute récompense dite Prix 
d'Argenteuil, jusqu'aux modestes médailles que nous donnons aux contre- 
maîtres de manufactures et d'ateliers. 

Les contre-maîtres sont les sous-officiers de la grande armée du travail et 
de l'industrie, armée où l'on compte autant de soldats qu'il y a d'adultes 
chez un peuple de trente-huit millions d'âmes qui combattent par le travail, 



230 ALLOCUTION DE M. DUPIN. 

pour la vie et le bien-être de leurs femmes , de leurs enfants et d'eux- 
mêmes. 

Les contre-maîtres, ce n'est pas le caprice du hasard qui peut décider leur 
nomination, c'est l'élite de la vertu manifestée par la bonne conduite et de 
la supériorité d'intelligence ; sans ces deux sources de supériorité, le contre- 
maître ne pourrait pas commander aux simples ouvriers, son autorité man- 
querait de raison d'être, il ne pourrait pas les commander, parce qu'il ne 
saurait pas les diriger. 

De même que dans notre armée , les sous-officiers sont la pépinière des 
officiers et, si je puis parler ainsi, des officiers en espérance, les contre- 
maîtres sont également la plus féconde et la plus puissante pépinière des 
maîtres dans tous les genres d'industrie. 

Si nous présentions ici la liste raisonnée de toutes nos récompenses, 
médailles d'argent, médailles de platine et médailles d'or, décernées à d'an- 
ciens contre-maîtres devenus maîtres à leur tour, et maîtres éminenls, vous 
seriez moins surpris encore que remplis d'une généreuse satisfaction. Dans 
les concours mêmes entre toutes les nations, ouverts pour savoir à qui seraient 
décernées les palmes de l'industrie, nous étions fiers de compter d'anciens 
ouvriers, passés contre- maîtres ensuite, pour placer la France au premier 
rang dans une foule de carrières. 

Dans un moment on va vous lire la liste nombreuse et méritoire des 
contre-maîtres ouvriers avec l'indication, forcément succincte, de leurs ser- 
vices, de leurs qualités et de leurs mérites. Soyez certains que, parmi ces 
modestes récompenses qu'ils vont recevoir, plus d'une sera le prélude d'une 
fortune future et de progrès honorables pour l'industrie nationale. 



MÉDAILLES d' ENCOURAGEMENT. 



231 



LISTE DES CONTRE-MAÎTRES ET OUVRIERS JUGÉS DIGNES DE RECEVOIR 
DES MÉDAILLES D* ENCOURAGEMENT. 



NOMS. 



10 



11 



12 



13 



14 



MM. 

Baer (Ch.) 

Barthélémy (Théodore).. . 
Béliard de Beaupré. . . . 
Bettenant (Auguste). . . . 
Binart (Jean-François). . . 

Boudin (Charles) 

Candot (Jean-Baptiste). . . 
Charpentier (Eusèbe-Félix 

Daupley (Armand) 

Febvre (Anatole) 

Lambert (Jean) 

M me V ve Leblond 

Leconte (Eugène-Maxime). 
Leroux (Louis) 



H g 

•m £ 

g «5 

< è 



43 



43 



28 



37 



30 



24 



24 



14 



17 



36 



20 



11 



ETABLISSEMENTS 

AUXQUELS 
ILS APPARTIENNENT. 



MM. 

Schaaff et Lauth, fabricants de garance, 
àWasselonne (Bas-Rhin). 

Lebigre aîné, mécanicien, à Montivilliers 
(Seine-Inférieure). 

Leclaire, entrepreneur de peinture, à 
Paris. 



Le Roux, professeur de physique, à Paris. 



Leguay, entrepreneur de menuiserie, à 
Versailles. 



V ve Bouchard Jiuzard, imprimeur, à 
Paris. 



Roll, fabricant d'ébénisterie, à Paris. 



Latry et comp., fabricants de bois durci, 
à Paris. 



Devinck, fabricant de chocolat, à Paris. 



Marais, entrepreneur de menuiserie, à 
Bellevue. 



Placide Peltereau, fabricant de cuirs, à 
Château-Renault (Indre-et-Loire). 

Piver, fabricant de parfumerie, à Paris. 



Morsaline, entrepreneur de peinture, à 
Paris. 



Moulin, artiste lithographe, à Paris. 



232 



MÉDAILLES D ENCOURAGEMENT. 



NOMS. 



15 



16 



17 



18 



19 



20 



21 



22 



23 



24 



25 



MM. 

Longpré (Antoine-Augusle). 
Mansard (François-Alexis). . 
Mathieu (Jean-Pierre). . . . 
Minié (François-Joseph).. . . 
Pelletier (François-Auxence) 

Portier (Nicolas) 

Ramier (Michel) 

Richard (Louis) 

Schneider 

Thiemann (Bernard) 

Zeitz (Jean) 



S •- 

■m > 

^ en 
T3 



30 
20 
13 
42 
14 
43 
16 
17 
10 
11 
53 



ETABLISSEMENTS 

AUXQUELS 
ILS APPARTIENNENT. 



MM. 

Boulenger, fabricant de porcelaine, à 
Choisy-le-Roi. 

Charnelel, apprêteur d'étoffes, à Paris. 



Levy et O, fabricants de clouterie méca- 
nique, à la Pipée, près Bains (Vosges). 

Javal [E.) t fabricant de ferronnerie et 
moulins à café, à Paris. 

Fagnou, entrepreneur de peinture, à 
Paris. 

Vinchon, puis Mourgues frères, impri- 
meurs, à Paris. 

Colonie agricole pénitentiaire du Val- 
d'Yèvre (Cher). 

Dupont [Paul], imprimeur, à Paris. 



Meyrueis et comp., typographes, à Paris. 



Cavaillé-Coll, facteur d'orgues, à Paris. 



Pasquay et comp., filateurs de laine, à 
Wasselonne (Bas-Rhin). 



MEDAILLES D ENCOURAGEMENT. 



233 



MÉDAILLES 

DÉCERNÉES AUX CONTRE-MAITRES ET OUVRIERS DES ÉTABLISSEMENTS AGRICOLES 

ET MANUFACTURIERS. 

(Voir le tableau.) 

Les candidats qui lui sont recommandés étant très-nombreux, la Société d'encou- 
ragement s'est vue, comme toujours, dans la nécessité de choisir ceux dont les titres 
lui paraissaient les plus dignes de récompense. Les notes qui suivent sont extraites des 
dossiers concernant chacun des lauréats. 

1. M. Baer (Ch.). 

Né à Strasbourg en 1796, M. Baer est entré, à l'âge de seize ans, dans une maison 
de commerce d'où il est sorti, en 1820, pour être attaché à la fabrique de MM. Schweig- 
haeuser et Lauth, qui venait d'être créée, et dans laquelle il fut chargé de la surveil- 
lance et de la direction d'un moulin à garance établi à Wasselonne, ainsi que de la 
réception, pendant l'arrière-saison , des racines destinées au traitement. Plus tard, 
quand la fabrique eut passé aux mains de MM. Schaaff et Lauth, M. Baer y a con- 
servé les mêmes fonctions, et il n'a cessé d'y apporter une activité et une intelligence 
telles que ses patrons ont fini par lui confier la gestion, pour ainsi dire, entière du 
moulin. 

M. Baer est donc, depuis quarante-trois ans, dans le même établissement. 

2. M. Barthélémy (Théodore). 

M. Lebigre, mécanicien à Montivilliers, a vivement recommandé à la Société 
M. Barthélémy, employé comme menuisier dans l'établissement qu'il dirige et qui a 
successivement appartenu à son grand-père et à son père. 

Agé aujourd'hui de soixante-deux ans, M. Barthélémy a fourni une carrière de 
quarante-trois années de bons et loyaux services. Dans sa modeste position, il trouvait 
encore le moyen de soutenir sa vieille mère, aux besoins de laquelle il n'a pas cessé 
de pourvoir un seul instant. 

3. M. Béliard de Beaupré. 

M. Béliard de Beaupré est employé chez M. Leclaire, entrepreneur de peinture, 
depuis l'année 1836. Il est donc resté vingt-huit années consécutives chez le même 
patron, qui a fourni les renseignements les plus honorables sur son zèle et sur S7i con- 
duite. 

Tome XI. — 63 e année. 2' série. — Avril 1864. 30 



234 



MEDAILLES d' ENCOURAGEMENT. 



4. M. Bettenant (Auguste). 

M. Bettenanl est ouvrier mécanicien. Assiduité soutenue, intelligence, bonne 
volonté, conduite irréprochable, telles sont les notes que fournit sur son compte 
M. Le Roux, chez lequel il est employé, depuis neuf ans, comme constructeur d'appa- 
reils de physique et aide d'expériences. 

5. M. Binart (Jean-François). 

M. Brunox, président de la Société de secours réciproques établie à Versailles et 
fondée en 1820, a sollicité la médaille d'encouragement pour un de ses plus anciens 
membres, M. Binart, ouvrier menuisier, employé depuis irente-sept ans dans l'éta- 
blissement de M. Leguay. M. Brunox ajoute que son protégé s'est constamment fait 
remarquer par sa conduite irréprochable, ses idées d'ordre, de prévoyance et d'amour 
du travail. 

6. M. Boudin (Charles). 

M. Boudin est resté pendant trente ans dans l'imprimerie typographique de 
M me V e Bouchard-Huzard ; il y est entré d'abord comme apprenti, puis, devenu plus 
tard un des meilleurs ouvriers de cette maison, il s'y est élevé, dans les derniers temps, 
jusqu'aux fonctions de proie, qu'il a dû malheureusement abandonner à la suite d'une 
affreuse maladie qui lui a fait perdre la vue. 

Aujourd'hui, quoique jeune encore, M. Boudin est condamné à ne plus pouvoir 
rendre que quelques services manuels. Sa triste position, ses services passés, auxquels 
il convient de joindre six années passées sous les drapeaux, sont des titres que la 
Société n'a pas hésité à récompenser. 

7. M. Candol (Jean-Baptiste). 

M. Candol est, depuis vingt-qualre ans, employé dans la maison de M. Roll, fabricant 
d'ébénisterie, dont il est aujourd'hui le contre-maître. Laborieux, honnête, intelligent, 
aimé des ouvriers qu'il a sous ses ordres, M. Candot représente souvent son patron 
auprès des clients, qui se louent beaucoup de sa loyauté. 

8. M. Charpentier (Eusèbe-Félix). 

Voici les renseignements fournis par MM. Latry et comp., fabricants de bois durci 
et de papiers et cartes-porcelaine à base de zinc, chez lesquels M. Charpentier est 
employé en qualité de contre-maître pour l'industrie du blanc de zinc. 

« il s'est dévoué, depuis neuf ans, au progrès de cette nouvelle industrie, et, par 
suite de son expérience dans ce genre de fabrication, il u beaucoup contribué aux 
perfectionnements qui y ont successivement été apportes. » 



MÉDAILLES n'RNCOURAGEMENT. 



9. Daupley (Armand). 

La Société a récompense en M. Daupley vingl-qualre années de service passées 
dans la fabrique de chocolats de M. Devinck, dont il est aujourd'hui contre-maître. 

Ouvrier dévoué, laborieux et doué d'un esprit inventif remarquable, M. Daupley a 
coopéré à l'invention des diverses machines qui fonctionnent dans rétablissement, 
notamment de celle qui dresse le chocolat, et, plus récemment, de celle qui sert à l'en- 
velopper; cette dernière, qui figurait à l'Exposition universelle de 1862, fonctionnait 
sous son habile direction. 

10. M. Febvre (Anatole). 

M. Febvre est contre-maître chez M. Marais, entrepreneur de menuiserie à Bellevue, 
chez lequel il est entré il y a quatorze ans. Son assiduité et sa moralité ne sont pas les 
seuls titres avec lesquels il s'est présenié devant la Société. M. Febvre, en effet, a 
imaginé, pour faciliter et simplifier le tracé des dessins, plusieurs appareils dont l'exa- 
men a été confié au comité des arts économiques, et qui accusent chez leur auteur un 
degré d'instruction peu ordinaire. 

11 . M. Lambert (Jean). 

M. Lambert est, depuis dix-sept ans, le principal employé de M. Placide Peltereau, 
fabricant de cuirs à Château-Renault (Indre-et-Loire). 

Appelé à seconder M. Peltereau dans la direction des ateliers divers de son établis- 
sement, tant pour la fabrication des cuirs que pour la confection des courroies méca- 
niques qui en sont devenues une importante spécialité, il a constamment donné des 
preuves d'une activité et d'une intelligence exceptionnelles. 

« C'est un devoir pour moi de constater ici, écrit M. Peltereau, que si ma maison a 
a su conserver, dans ces dernières années, pour la supériorité de ses produits, la ré- 
« putalion dont elle jouit depuis longtemps ; si elle a obtenu, dans les concours uni- 
« versels, les premières récompenses accordées à l'industrie des cuirs; si, enfin, elle 
« est souvent citée en première ligne, parmi les établissements similaires français ou 
« étrangers, pour son outillage et pour les nombreux perfectionnements qui sont dus 
« à son initiative, elle le doit à M. Lambert, qui a contribué, pour une large part, à 
« ses succès. » 

12. M me V Leblond. 

M me V e Leblond, née Julie Prochasson, est, probablement, la doyenne des ouvrières 
en parfumerie. Entrée dans la maison Piver en 1827, elle n'en est sortie qu'en 1863 
après y être, par conséquent, restée trente-six années consécutives. Pendant cette 
longue période, trente et un ans ont été passés par elle à l'étiquetage, travail délicat 
où elle avait à diriger de nombreuses ouvrières dont elle a su toujours se faire aimer. 



336 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



13. M. Leconte (Eugène-Maxime). 

M. Morsaline, entrepreneur de peinture à Paris, a vivement recommandé son chef 
ouvrier M. Leconte, comme étant employé chez lui depuis vingt ans. 

M. Leconte, dont la conduite et l'assiduité sont dignes d'éloges, est, depuis 1837, 
membre participant d'une Société de secours mutuels. 

14. M. Leroux (Louis). 

M. Leroux a été signalé à la Société par M. Moulin, artiste lithographe, dans l'ate- 
lier duquel il travaille, depuis onze ans, avec une intelligence qui lui a permis de 
contribuer souvent aux progrès de la chromo-lithographie. D'honorables attestations 
sont venues appuyer la recommandation de M. Moulin, parmi lesquelles celle de M. le 
maire du 4 e arrondissement. 

15. M. Longpré (Antoine- Auguste). 

Entré, à l'âge de douze ans, dans la fabrique de porcelaine de M. Boulenger, à 
Choisy-le-Roi, M. Longpré en est arrivé, aujourd'hui, à la trentième année d'une 
longue période de travail, pendant laquelle sa bonne conduite et son intelligence l'ont 
fait élever au poste de contre-maître. 

Chargé, de bonne heure, d'une bien lourde lâche, il n'a pas faibli un seul instant 
dans l'accomplissement des devoirs sérieux qu' il avait à remplir. C'est ainsi que, ayant, 
à l'âge de dix-sept ans, perdu son père, il est resté le seul soutien d'une mère et de 
trois autres enfants, et a trouvé encore le moyen de prendre à sa charge un neveu 
devenu orphelin. La Société, en récompensant une telle vie d'abnégation, aime à la 
signaler à l'estime de tous. 

16. M. Mansard (François- Alexis). 

Vingt années consécutives de service, dont les dix dernières comme contre-maître; 
de plus, une conduite et une probité exemplaires; tels sont les titres do M. Mansard, 
employé chez MM. Charnelet père et fils, npprêteurs d'étoffes. 

17. M. Mathieu (Jean-Pierre). 

MM. Ch. Lévy et comp., fabricants de clouterie mécanique à la Pipée, près Bains 
(Vosges), en envoyant les titres de leur contre-maître, attaché à leur usine depuis treize 
ans, y ont joint plusieurs certificats émanant d'honorables industriels qui, connaissant 
M. Mathieu, n'ont pas hésité à témoigner de sa moralité, de son zèle et de son intel- 
ligence. 



MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT. 



237 



18. M. Minié (François-Joseph). 

M. Minié est entré, à l'âge de quatorze ans, dans la fabrique de quincaillerie de 
M. Lejeune, à Paris, et depuis quarante-deux ans il a toujours travaillé, avec une 
fidélité à toute épreuve, sous la direction de quatre patrons successifs, dont le dernier 
est aujourd'hui M. Ernest Javal. 

Son caractère droit et honnête lui a acquis la sympathie de tous les autres ouvriers, 
sur lesquels il en est arrivé, peu à peu, à exercer une sorte d'autorité respectée, dont 
ses chefs eussent été heureux d'étendre la portée, si son instruction première l'avait 
permis. 

Père d'une famille assez nombreuse, et ne pouvant espérer de sa femme, qui est 
toujours malade, un concours qui lui serait si utile, Minié trouve cependant le 
moyen d'élever ses enfants en travaillant en dehors de l'atelier, et en consacrant à 
des travaux à forfait les heures que d'autres donnent souvent au cabaret. 

19. M. Pelletier (François-Auxence). 

M. Pelletier dirige les ateliers de M. Fagnou, entrepreneur de peinture à Paris, 
chez lequel il est entré en 1850, et qui fournit sur lui les meilleurs renseignements. 

Parmi les recommandations qui se joignent à celle de M. Fagnou, est celle de 
M. Moll, architecte, membre de la Société, qui connaît M. Pelletier, et a eu, pen- 
dant plus de dix ans, l'occasion de constater son zèle et son excellente conduite. 

20. M. Portier (Nicolas). 

En acquérant de M. Vinchon l'imprimerie administrative qu'ils dirigent aujour- 
d'hui à Paris, MM. Charles de Mourgues frères y ont trouvé et conservé M. Portier, 
qui y remplit les fonctions de prote depuis 1820 avec une activité, une intelligence et 
une honorabilité qui ne se sont pas démenties pendant les quarante-trois ans que com- 
prend sa longue carrière. 

M. Portier est président de la Société des protes de Paris, fonctions dans l'exercice 
desquelles il a su acquérir l'estime et l'affection de tous, ainsi que l'attestent les recom- 
mandations de deux membres de la Société d'encouragement, M. Bailleul, président 
honoraire de cette même Société des protes, et Alkan aîné, ancien imprimeur corres- 
pondant de la chambre des imprimeurs de Paris. 

21. M. Ramier (Michel). 

M. Ramier appartient à la colonie 'agricole et pénitentiaire du Val-d'Yèvre (Cher) 
depuis sa fondation, qui remonte à 1847. Son intelligence et son dévouement à l'éta- 



238 



MEDAILLES d'eNCOURAGEMENT. 



bassement l'ont fait successivement passer de simple ouvrier aux fonctions de contre- 
maître, puis de contre-maitre principal, et enfin de chef pratique. 

L'estime et la confiance dont il jouit dans la colonie, et qu'il a su également inspirer 
au dehors, ont appelé sur lui, dans ces derniers temps, les suffrages des habitants de 
la commune, qui l'ont élu membre du conseil municipal. 

En présentant les litres de M. Ramier, M. le directeur de l'établissement y a joint 
la recommandation toute spéciale du fondateur de la colonie, M. Charles Lucas, 
membre de l'Institut. 

22. M. Richard (Louis). 

M. Richard, aujourd'hui proie de l'imprimerie de M. Paul Dupont, est employé de- 
puis dix sept ans dans cet établissement. Les notes qui le recommandent à la Société 
non-seulement témoignent de ses services dévoués, mais signalent surtout l'esprit de 
justice et de fermeté dont il a fait constamment preuve dans la direction des vastes 
ateliers à la tête desquels il est placé. M. Richard est membre actif de la Société des 
proies de Paris. 

23. M. Schneider. 

M. Schneider a élé présenté par M. Ch. Meyrueis, typographe, chez lequel il tient, 
depuis dix ans, la comptabilité. 

M. Meyrueis écrit que les services de M. Schneider sont devenus exceptionnels en 
raison de la confiance que lui a inspirée son caractère essenliellement moral; il déclare 
en même temps, comme un fait digne d'encouragement, que son comptable consacre 
ses loisirs à des travaux utiles et qu'il a composé un Traité pratique de comptabilité, 
dont l'introduction dans les écoles primaires a été autorisée par M. le Ministre de l'in- 
struction publique, 

24. M. Thiemann (Bernard). 

M. Thiemann, né dans le Hanovre, est entré en 1852 chez M. Cavaillé-Coll , où il 
remplit aujourd'hui les fonctions de chef d'atelier. 

M. Cavaillé-Coll se loue beaucoup de son intelligence et de son dévouement, et il 
n'hésite pas à signaler la part qui revient à ce modeste coopérateur dans la reconstruc- 
tion du grand orgue de Saint-Sulpice, travail long et difficile qui exigeait le concours 
d'un véritable artiste pour ajuster, de ses propres mains, les innombrables mouve- 
ments de celte immense machine, et régler la sonorité d'environ 7,000 tuyaux. 

25. M. Zeitz (Jean). 

MM. Pasquay frères, filateurs à Wasselonne , en sollicitant une médaille pour 
M. Zeitz, ont adressé sur ce contre-maître une nolice biographique des plus intéres- 
santes, dont nous citerons quelques passages. 



FONDATIONS SPÉCIALES. 



239 



« Zeitz, ayant perdu son père de bonne heure, dut, dès l'âge de huit uns, chercher 
à gagner sa vie pour enlever à sa mère une partie de la charge d'une nombreuse 
famille. Il débula, en 1805, comme garçon de labour, chez un propriétaire de Coswil- 
ler (Bas-Rhin), où il reçut, outre sa nourriture, le modique salaire de 4 francs par 
mois. 

« En 1809, il entra en qualité de rattacheur dans notre filature, qu'il n'a pas quit- 
tée depuis lors. La bonne conduite et l'assiduité de l'enfant lui attirèrent bientôt l'af- 
fection de notre famille, où il trouva des conseils et des leçons d'écriture et de calcul 
pendant les heures de repos. Il en profita si bien, qu'il avança successivement en 
grade, et parvint au poste de contre-maître qu'il remplit depuis quarante ans. 

« Zeitz, qui est resté jusqu'en 1839 l'unique soutien de sa mère aveugle, est en 
même temps le tuteur de nombreux orphelins, tâche qu'il a toujours remplie avec le 
désintéressement le plus exemplaire. 

« Son attachement pour la famille de ses maîtres ne connaît pas de bornes. Plu- 
sieurs fois, dans des moments de crise commerciale où une partie des machines étaient 
forcément en chômage, Zeitz réduisait lui-même ses appointements, et ce n'était 
jamais que sous une forme détournée, et dans les temps meilleurs, que nous par- 
venions à lui restituer le salaire qui lui était légitimement dû, et dont il avait fait 
l'abandon avec une abnégation si touchante et si loyale. 

« Aujourd'hui qu'il est près de prendre une retraite si bien gagnée, nous serions 
heureux de lui voir décerner la médaille de la Société; ce serait pour nous l'occa- 
sion de fêter, en présence de tous nos ouvriers, le jour où cet homme de bien rece- 
vrait cette récompense... » 



FONDATIONS SPÉCIALES. 

INDUSTRIE DES CUIRS. 

M. le Président, nu nom de M. Fauler et de l'industrie des cuirs, remet à M. Vau- 
quelin, ancien tanneur, dont les procédés ont été l'objet de plusieurs communica- 
tions ou rapports au sein de la Société, comme marque de sympathie à l'occasion des 
services rendus par lui à cette industrie, le titre d'une rente de cent quatre-vingts 
francs, qui lui est assurée pour le reste de ses jours et qui lui sera servie par le Tréso- 
rier de la Société. 



240 



RECETTES ET DÉPENSES. 



COMMISSION DES FONDS. 



EXTRAIT DU RAPPORT FAIT, AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS, SUR LE COMPTE RENDU 
DES RECETTES ET DÉPENSES DES EXERCICES 1860, 1861 ET 1862, PAR M. LAINEL. 

Organes de la commission des fonds, nous venons vous exposer la situation finan- 
cière de notre Société, telle qu'elle ressort des comptes qui nous ont été présentés 
par notre Trésorier, pour les exercices 1860, 1861 et 1862, et qu'en vertu du règle- 
ment nous soumettons à vos investigations, comme ils ont été l'objet de la nôtre. 

Ces comptes sont divisés, pour les recettes comme pour les dépenses, en catégories 
diverses, selon les affectations spéciales de leur caractère propre, d'après la nomen- 
clature générale adoptée depuis longtemps. 

Nous passerons donc rapidement sur la comptabilité proprement dite, dont les écri- 
tures sont tenues avec une très-grande régularité, et dont les recettes et les dépenses 
sont justifiées;, les premières parles éléments des perceptions qui constituent les droits 
acquis à la Société, et les secondes par les ordonnancements préalables des commis- 
sions et par les quittances des parties prenantes. 

Nous ne comprenons, du reste, dans ce rapport sommaire, que les comptes relati's 
aux fonds généraux, à l'administration proprement dite de la Société. 

L'exposé des comptes qui s'appliquent aux fonds d'accroissement et de réserve, 
ainsi qu'aux legs et donations, eût exigé des développements et des explications qui 
nous eussent fait sortir du cadre que nous nous sommes tracé, et qui eussent fatigué 
inutilement votre attention ; nous avons donc cru devoir les passer sous silence. 



EXERCICE ÎSOO. 



1 r. Partie. 



Recettes. 



Les recettes de l'exercice 1860 se composent, savoir, de : 



1» Souscription du ministre du commerce. . . . 

2° Cotisations des membres de la Société 

3° Ventes d'exemplaires du Bulletin 

4» Arrérages d'inscriptions 

5° Intérêts de dépôts à la caisse des consignations 
6° Location de la salle des séances 



4,000 fr. » c. 
24,948 » 
94t 75 
28,535 » 
300 » 
1,012 » 



Total général des ressources applicables à l'exercice 1861. 



59,736 fr. 75 c. 



RECETTES ET DEPENSES. 241 

9 e Partie. — Dépenses. 

Les dépenses afférentes à l'exercice 1860 sont divisées ainsi qu'il est indiqué ci- 
iiprès : 

1° Rédaction et impression du Bulletin 26,622 fr. 11 c. 

2° Impressions pour le service courant 2,283 30 

3° Abonnement aux ouvrages divers 98 » 

4° Ports de lettres et affranchissements. 504 30 

5» Assurances, entretiens divers de l'hôtel 2,187 29 

6° Personnels divers 7,357 92 

7° Pensions diverses 3,400 » 

8° Chauffage et éclairage 2,412 80 

9» Bibliothèque 692 40 

10» Dépenses diverses d'économat 1,383 30 

11° Récompenses et encouragements 256 » 

12» Expériences par les comités 382 05 

13° École de dessin 210 » 

14° Jetons de présence 3,000 » 

15° Excédant de dépenses de 1859 1,053 06 



Total général des dépenses 51,842 fr. 53 c. 



Résumé. — Balance. 

Les recettes générales ont été de 59,736 fr. 75 c. 

Les dépenses justifiées s'élèvent à 51,842 53 



Reste en caisse au l' r janvier 1861 7,894 fr. 22 c. 



EXERCICE 1861. 
l re Partie. — Recettes. 

Les recettes de l'exercice 1861 se composent, savoir, de : 

• 1" Souscription du ministre du commerce 4,000 fr. » c. 

2° Cotisations des membres de la Société 21,564 » 

3» Ventes d'exemplaires du Bulletin 552 22 

4° Arrérages d'inscriptions 28,433 76 

5° Intérêts de dépôts à la caisse des consignations 300 » 

6° Location de la salle des séances.. 986 » 



Total 55,835 fr. 98 c. 

Reste en caisse au 1 er janvier 1861. .... 7,894 22 



Total général des ressources. applicables à l'exercice 1861. . . 63,730 fr. 20 c. 



Tome XI. — ' G3 P année, %" série. — Avril 1864. 31 



242 



RECETTES ET DÉPENSES. 



Partie. — Dépenses. 

Les dépenses afférentes à l'exercice 1861 sont divisées ainsi qu'il est indiqué ci- 

apres : 



1° Rédaction et impression du Bulletin 23,116 fr. 48 c. 

2° Impressions pour le service courant 1,813 27 

3° Abonnement aux ouvrages divers 227 » 

4° Ports de lettres et affranchissements 451 60 

5° Assurances, contributions, entretiens divers de l'hôtel 1,290 97 

6° Personnels divers 7,022 56 

7' Pensions diverses 3,200 » 

8° Chauffage et éclairage 2,282 PO 

9° Bibliothèque 593 10 

10° Dépenses diverses d'économat 1,476 05 

1 1° Récompenses et encouragements 190 55 

12° Expériences par les comités 998 80 

13" École de dessin 210 » 

14° Jetons de présence 3,000 » 



Total général des dépenses 45,873 fr. 18 c. 



Résumé. — Balance. 

Les recettes générales ont été de. . 
Les dépenses justifiées s'élèvent à. 

Reste en caisse au 1 er janvier 1862 



EXERCICE 18GS. 
i re Partie. — Recettes. 

Les receltes de l'exercice 1862 se composent, savoir, de : 



1» Souscription du ministre du commerce 4,000 fr. » c. 

2° Cotisations des membres de la Société 15,300 » 

3° Ventes d'exemplaires du Bulletin » » 

4° Arrérages d'inscriptions 28,433 75 

5° Intérêts de dépôts à la caisse des consignations 300 » 

6° Location de la salle des séances » » 

Total 48,033 fr. 75 c. 

Reste en caisse au 1" janvier 1862 17,857 02 

Total général des ressources applicables à l'exercice 1862. . . 65,890 fr. 77 c. 



63,730 fr. 20 c, 
45,873 18 

17,857 02 



RECETTES ET DÉPENSES. 



243 



« e Partie. — Dépenses. 

Les dépenses afférentes à l'exercice 1862 sont divisées ainsi qu'il est indiqué ci- 
après : 



1» Rédaction et impression du Bulletin 27,516 fr. 19 c. 

2» Impressions diverses pour le service courant 1,076 42 

3» Abonnement aux ouvrages divers 487 35 

4° Ports de lettres et affranchissements » » 

5° Assurances, contributions, entretiens divers de l'hôtel 1,119 43 

6" Personnels divers 6,772 » 

7° Pensions diverses 3,200 » 

8° Chauffage et éclairage 1,648 50 

9° Bibliothèque 254 30 

10» Dépenses diverses d'économat 579 90 

1 1° Récompenses et encouragements 7,956 64 

12" Expériences par les comités » » 

13° École de dessin 210 » 

14° Jetons de présence » » 



Total général des dépenses 50,820 fr. 73 c. 



Résumé. — Balance. 

Les recettes générales ont été de 65,890 fr. 77 c. 

Les dépenses justifiées s'élèvent à 50,820 73 



Reste en caisse au 1 er janvier 1863 15,070 fr. 04 c. 



Ainsi que nous l'avons dit en commençant, il a semblé préférable à votre commis- 
sion de ne vous présenter que des résultats généraux, dégagés de toutes circonstances 
de détails, sur les faits consommés qui se résument ainsi qu'ils viennent de vous être 
exposés. 

Nous espérons, Messieurs, que vous voudrez bien approuver celte mesure, prise, 
nous le répétons, dans le but unique de ménager votre attention en ne la mettant pas 
à une épreuve trop rude. 

La répartition des sommes provenant des legs à divers titres a été faite avec le res- 
pect religieux dû aux intentions des donataires. 

Les dépenses, à ce titre, ont été ordonnancées sous l'inspiration de la sage direction 
de l'éminent Président de notre Société, incessamment pénétré, ainsi que le Conseil 
d'administration, de la plus parfaite sollicitude, et animé des plus nobles sentiments 
envers le mérite frappé de malbeur, paralysé dans ses efforts, et, par suite, arrêté 
dans sa marche et abandonné parfois sous les coups de la misère la plus accablante. 

Ce n'est pas non plus sans une extrême satisfaction, Messieurs, que vous avez pu 
apprendre la libéralité avec laquelle M. le Préfet de la Seine, a voulu témoigner de ses 



RECETTES ET DEPENSES. 



sympathies et de l'intérêt qu'il porte il la Société d'encouragement, en associant, en 
quelque sorte, la ville de Paris à nos travaux, par un acte de générosité exceptionnel. 

La subvention annuelle, volée par le Conseil municipal , est une dotation impor- 
tante, un accroissement de nos ressources qui nous permettra d'ajouter de nouveaux 
bienfaits aux services si nombreux que la Société d'encouragement rend chaque jour 
sous tant de formes diverses. 

Déjà notre très-honorable Président, qui, à cette occasion, vient d'acquérir un nou- 
veau titre à notre reconnaissance, comme président du Conseil municipal de la ville 
de Paris, a bien voulu transmettre à M. le Sénateur-Préfet l'expression de nos remer- 
cîmenls; mais il nous a semblé, et nous avons l'honneur de le proposer à l'assemblée, 
qu'à l'occasion de la solennité de notre séance générale la Société, à l'unanimité, dans 
un profond sentiment de reconnaissance, pourrait voter, par acclamation, l'expres- 
sion de nouveaux remercîments à M. le Préfet de la Seine, au Conseil municipal de la 
ville de Paris, et tout particulièrement à M. Dumas, si cher à nos sympathies. 

Après l'exposé dont nous venons de vous donner lecture, nous avons l'honneur de 
vous proposer, Messieurs, de voter l'adoption des comptes des exercices 1860, 1861 
et 1862, qui vous sont présentés, et de vouloir bien confondre, dans ce vote, un 
témoignage de remerciaient à M. Le Tavernier, notre Trésorier. 

La Société, consultée, donne son approbation à l'exposé financier qui précède, et 
remercie M. le Trésorier des soins qu'il donne à l'administration de ses finances. Elle 
vote des remercîments à M. le Préfet de la Seine et au Conseil municipal de la ville de 
Paris pour la libéralité dont elle a été l'objet de leur part. 



M. le Président annonce à la Société que S. M. l'Empereur a daigné accepter pour 
sa Bibliothèque un exemplaire du Bulletin publié par le Conseil depuis sa fondation. 

S. M. a voulu que son nom fût placé en tête de la liste des souscripteurs de la 
Société. 

Elle a chargé S. Exc. M. le maréchal Vaillant de l'informer qu'une somme annuelle 
de 1,000 francs serait mise, par ses ordres, à la disposition du Conseil. 

Ces communications de M. le Président sont accueillies par les vives acclamations 
de l'assemblée. 

La séance est levée. 



SÉANCES DU CONSEIL D'AD.tf iNISTRATION. 



245 



NOTICES INDUSTRIELLES 

EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

État de la richesse en numéraire du monde entier. — La valeur de l'or 
existant en nature à l'avènement du christianisme a été estimée à 7 1/2 milliards de 
francs environ, et celle de l'argent à 14 milliards 148 millions. 

Quinze siècles plus tard, au moment de la découverte de l'Amérique, ces valeurs 
avaient augmenté, pour l'or, de 20 1/2 milliards; pour l'argent, de 3 milliards seu- 
lement. 

La possession de l'Amérique, l'exploitation des mines péruviennes et mexicaines 
eurent pour effet d'accroître notablement le capital métallique des différents peuples, 
mais en déterminant tout naturellement une baisse notable sur la valeur des métaux 
précieux. 

Vers le commencement de ce siècle, en 1810, l'augmentation résultant de l'exploita- 
tion de l'or et de l'argent dans le monde entier depuis le quinzième siècle dépassait 
40 1/2 milliards de francs. Les 3/4 à peu près de cette somme doivent être attribués à 
l'argent, qui avait ainsi regagné le terrain perdu durant les quinze premiers siècles 
de l'ère chrétienne. 

Les richesses de la Californie et de l'Australie ont de beaucoup grossi ce chiffre. Au 
total, depuis l'antiquité la plus lointaine jusqu'à ce jour, l'exploitation de l'or a porté 
sur une masse de matière valant 50 milliards 882 millions de francs, et celle de l'ar- 
gent sur une masse de 51 milliards 802 millions. Comme poids, la première masse 
ne dépasse guère 15 millions de kilog., et la seconde est un peu inférieure à 245 mil- 
lions de kilog. (M.) 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION . 

PROCÈS-VERBAUX. 

Séance du 20 avril 1864. (Elections.) 

MM. le baron Séguier et Dumas occupent successivement le fauteuil. 

Correspondance imprimée. — M. Auguste Cochol, 12, rue Moreau, prie la Société de 
vouloir bien examiner les perfectionnements qu'il a apportés aux machines locomobiles 
à scier les bois, depuis le rapport de son comité des arts mécaniques (1) sur la machine 
qui lui avait été commandée par l'Administration de la marine pour nos établissements 



(1) Voir Bulletin de 1862, 2" série, l. IX, p. 461. 



246 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



de Cochinchine. Une scie du dernier modèle est aujourd'hui montée dans les ateliers 
de cet habile constructeur, où l'un des secrétaires, M. Combes, l'a vue fonctionner. 
Elle a, dit M. Combes, sur les appareils du même genre déjà très-perfectionnés produits 
par M. Cochot, des avantages considérables sous le rapport du poids, qui est beaucoup 
moindre, de la facilité du montage et du démontage des pièces qui la composent, et 
dont la plus lourde pourrait être transportée à dos de mulet par des sentiers de mon- 
tagnes, enfin de la stabilité qui, malgré le peu de poids de l'ensemble, ne laisse rien 
h désirer. 

Le bâti en fonte, portant les paliers de l'arbre à manivelle qui reçoit le mouvement 
de la machine motrice par l'intermédiaire d'une courroie, repose sur le tablier du 
chariot, à l'une des extrémités duquel sont fixés les guides du châssis mobile des scies. 
Ce tablier, extrêmement rigide, est assez élevé au-dessus du sol pour laisser une libre 
excursion au châssis, sans creusement de fosse. Une fois la machine arrivée au lieu où 
l'on doit s'en servir, les roues du chariot sont rendues fixes, en pressant très-forte- 
ment leurs moyeux contre les embases des essieux, au moyen de rondelles à cordon 
saillant sur une de leurs faces, et d'écrous qui serrent ces rondelles préalablement 
retournées. L'essieu de l'avant-lrain est relié au tablier par de forts boulons à écrous 
avec interposition d'entretoises qu'on allonge ou raccourcit, pour mettre le tablier 
de niveau, malgré les inégalités du sol. Enfin on obtient une très-large assiette du 
système sur le sol, en emboîtant chaque roue entre deux sabots reliés l'un à l'autre 
par un étrier, ou des tirants avec écrous. Le chariot porteur acquiert ainsi une fixité 
comparable à celle d'un massif de maçonnerie. Le bâti en fonte est peu élevé au-dessus 
du tablier; l'arbre moteur porte des volants égaux situés symétriquement à droite 
et à gauche du bâti, munis de contre- poids qui équilibrent la manivelle, les bielles 
et les châssis. Ces conditions donnent à la machine une stabilité si grande, que, l'arbre 
faisant 120 révolutions par minute, en menant trois lames de scies qui débitaient 
un tronc de frêne fort difficile à scier, il n'y avait aucune secousse ou ébranlement, et 
que les trépidations du châssis et du tablier étaient très-faibles. Le moteur était une 
de ces machines locomobiles à chaudière verticale et à tubes bouilleurs légèrement in- 
clinés, de petit diamètre et croisés en étages, dont le succès justifie le jugement favo- 
rable qu'en a porté le comité des arts mécaniques (I). 

La machine à scier n'a ni chariot porteur de l'arbre ni chemin de fer, et peut dé- 
biter des arbres d'une longueur quelconque. L'arbre avance seul sur des rouleaux éta- 
blis à la hauteur du tablier du chariot de la machine; sa progression est déterminée 
par l'action de deux cylindres en fer verticaux, striés ou plutôt dentelés sur leur 
contour, contre lesquels il est pressé par deux autres cylindres également ver- 
ticaux opposés aux premiers, et montés sur un châssis mobile dans le sens transver- 
sal, qu'un poids suspendu à un levier pousse vers l'arbre. Ce système de quatre 
cylindres, dont les deux derniers sont taillés en vis à filets rectangulaires, est placé en 
avant et tout près des lames de scies. Les rouleaux a dents aiguës reçoivent le mouve- 



(1) Voir Bulletin do 18f>2, p. 577. 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



247 



ment intermittent de la roue à rochet ordinaire des scieries, par l'intermédiaire 
d'une combinaison simple de roues d'angle. L'arbre est ainsi tiré et amené, à chaque 
révolution de l'arbre à manivelle, sous l'action des lames de scies par les rouleaux ver- 
ticaux dont l'action s'exerce constamment sur les deux faces latérales dans la portion 
actuellement voisine de ces lames et contiguë à celle qu'elles ont déjà divisée. 

M. Cochot demande également que la Société examine une machine à vapeur à ro- 
tation directe, d'une construction extrêmement simple, dont il a reçu la commande de 
l'architecte de S. M. T. le sultan. Pour l'alésage du cylindre dont la base est une courbe 
fort irrégulière, M. Cochot a dû faire construire une machine spéciale qui se trouve 
dans ses ateliers et mérite de fixer l'attention de la Société. Quant à la machine à ro- 
tation directe, elle est montée à bord d'un petit yacht à hélice qui est actuellement dans 
la gare du canal Saint-Martin. Elle imprime directement le mouvement de rotation à 
l'arbre de l'hélice. Le poids de cette machine ne dépasse pas 40 kilog. par force de 
cheval, et, d'après les essais faits jusqu'ici, le piston tournant lient si bien la vapeur, 
qu'on serait tenté de concevoir pour les machines de ce genre un avenir qui, jusqu'ici, 
leur était absolument refusé. 

Enfin M. Cochot est le constructeur des bateaux plats, sans quille, à vapeur et à 
deux hélices qui, depuis six ans, font un service régulier de navigation directe entre 
Paris et Londres, en employant 145 heures pour le trajet. Un navire semblable, pour- 
vu d'une machine de 40 chevaux, porte 300 tonnes de marchandises, et soutient, 
avec succès, la concurrence des chemins de fer et des bateaux à vapeur rapides qui 
traversent le détroit entre Boulogne ou Calais, et Folkstone ou Douvres. 

M. le baron Séguier ajoute à ces détails quelques explications sur le montage des 
scies, du système de M. Cochol, et sur ses bons résultats, très-supérieurs à ceux qui 
sont obtenus par les autres systèmes, et notamment par ceux que l'on emploie en 
Angleterre. 

M. François Durand prie la Société de vouloir bien examiner l'appareil méca- 
nique à mouler les assiettes et autres vases en terre de formes très-diverses, et qui 
fonctionne aujourd'hui dans la fabrique de Choisy. 

Cet habile et ingénieux constructeur présente également une pompe perfectionnée, 
analogue à l'ancienne pompe des prêtres, et qui peut aspirer, sans s'engorger, des eaux 
très-troubles. 

Il demande enfin un rapport sur la liseuse, qui fonctionne depuis longtemps dans 
ses ateliers, rue Claude-Vellefaux, 11, et que connaissent déjà tous les membres du 
comité des arts mécaniques. 

(Les communications de MM. Cochot et François-Durand sont renvoyées à l'examen 
du comité des arts mécaniques.) 

M. Gélibert, rue Duperré, 17, à Paris, soumet un instrument de précision pour 
l'enseignement du dessin, et qu'il nomme perspeclromèlre. (Renvoi au même comité.) 

MM. Garnier et comp., mécaniciens à Paris, rue Folie-Méricourt, 22, demandent 
à présenter un contrôleur automatique du gaz de leur invenlion. (Renvoi au comité 
des arts économiques.) 



248 



SÉANCES DU CONSEIL D ADMINISTRATION. 



M. Henri et M c "° Dulac, à la Chapelle, sollicitent l'examen d'un guide universel de 
leur invention, au moyen duquel on peut facilement désigner un lieu quelconque. 
(Renvoi au même comité.) 

M. Beau, rue Saint-Maur, 100, soumet à l'appréciation du Conseil un métier 
pour la fabrication de tous les tissus unis et façonnés. (Renvoi au comité des arts mé- 
caniques.) 

M. Lemareschal, coutelier à Versailles, demande l'examen d'un manche à gigot 
de son invention. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Lion, de Marseille, demande de nouveau l'examen de son procédé d'épuration 
des huiles. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 

M. de Lafollye, inspecteur des lignes télégraphiques à Tours, présente un nouveau 
procédé de reproduction, par impression, des images photographiques. (Renvoi à la 
commission des beaux-arts appliqués à l'industrie.) 

MM. Larcade et comp. appellent l'attention du Conseil sur un appareil destiné au 
filtrage et à l'épuration des eaux. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Adolphe Cousin, papetier, rue du Bac, 53, soumet à l'examen du Conseil un 
encrier de classe de son invention. (Renvoi au même comité.) 

M. Sacré, constructeur belge, présente une balance de précision. (Renvoi au même 
comité.) 

M. Legrand, membre de la Société, remercie le Conseil d'avoir bien voulu le propo- 
ser comme membre de la commission des fonds; il rend compte en même temps de 
l'état de la souscription qu'il a ouverte dans l'industrie des corps gras, et dont le mon- 
tant s'élève actuellement à 6,700 fr. 

Correspondance imprimée. — Notice sur la culture de la betterave en billons et sur 
sa conservation, par M. Champonnois ; 

Note sur quelques réactions du bichromate de potasse, par M. E. Kopp; 

Notice sur les eaux naturelles prises aux couches inférieures, et sur le perfection- 
nement apporté à leur distribution sous le rapport de leurs qualités et de leur 
quantité, par M. Prunier, ingénieur civil; 

Programme d'un concours de moissonneuses ouvert en 1864 par la Société d'agri- 
culture du Cher; 

Revue semestrielle des travaux d'exploitation des mines, par M. Grateau, ingénieur 
civil des mines. 

Renouvellement du bureau et des comités. — Elections. — M. le Président an- 
nonce que l'on va procéder au dépouillement du scrutin qui a eu lieu dans la séance 
générale du 6 avril dernier pour le renouvellement du bureau en entier, pour le 
renouvellement des comités par tiers, et pour la nomination de nouveaux membres 
titulaires. 

Après avoir constaté que les scellés apposés sur l'urne sont restés intacts, M. le Pré- 
sident procède à leur enlèvement et au dépouillement du scrutin. 
Le résultat suivant est proclamé par M. le Président : 

Pureau. — MM. Dumas, président; Darblag ainé, baron Séguier, vice-présidents ; 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



249 



Balard, Baude, Amédée-Ditrand, vice-présidents adjoints-, baron Ch. Dupin, secré- 
taire; Combes, Peligot, secrétaires adjoints; de Valois, Laboulaye, censeurs; Le Ta- 
vernier, trésorier. 

Commission des fonds. — MM. le comte de Mony-Colchen , Godard-Desmarets, 
membres sortants réélus ; Fauler, Legrand, membres titulaires nouveaux. 

Comité des arts mécaniques. — MM. Benoît, Alcan, Duméry, membres sortants 
réélus; M. Froment, membre adjoint nommé titulaire. 

Comité des arts chimiques. — MM. Payen, Frémy, Cahours, membres sortants 
réélus. 

Comité des arts économiques. — MM. Silbermann, Lissajous, Trélat, membres 
sortants réélus; M. Duchesne, membre adjoint nommé titulaire. 

Comité d'agriculture. — M. Brongniarl, membre sortant réélu; MM.- Boitel, 
Chatin, membres nouveaux. 

Comité de commerce. — MM. Biétry, Delessert, membres sortants réélus; MM. La- 
vollée, Gratien-Milliet, membres nouveaux (1). 

M. le Président annonce à la Société que, sur la proposition de S. Exc. le maréchal 
Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur, Sa Majesté a daigné permettre que 
son nom fût inscrit en tête des membres de la Société, et qu'elle lui a accordé une 
allocation annuelle de 1,000 francs. Cette communication est accueillie par des 
marques unanimes de satisfaction et de gratitude. 

M. Dumas se rendra l'organe de la Société en exprimant ces sentiments à Sa Majesté 
et à M. le maréchal Vaillant. 

Rapports des Comités. — M. Lissajous lit, au nom du comité des arts économiques, 
un rapport sur les violons de M. Morisseau. (Adoption et insertion du rapport au Bul- 
letin.) 

M. de Luynes, pour M. Becquerel, fait, au nom du même comité, un rapport verbal 
sur des réflecteurs en porcelaine de M. Vuadel, lesquels ont la forme d'une conque 
marine et sont adoptés à Paris dans quelques vitrines de magasins. 

M. Laboulaye fait, au nom du comité des arts mécaniques et de la commission des 
beaux-arts appliqués à l'industrie, un rapport sur les ouvrages de serrurerie artistique 
présentés par M. Vigneron. (Adoption et insertion du rapport au Bulletin.) 

M. Baude lit, au nom du comité des arts mécaniques, un rapport sur un appareil 
concasseur de pierres de M. Ducourneau. (Adoption et insertion du rapport au Bul- 
letin avec un croquis de l'appareil.) 

Communications. — M. le comte du Moncel, membre du Conseil, donne des expli- 
cations, 1° sur les fusées de M. Gaiffe, pour l'explosion des mines; 2° sur la machine 
à graver les planches planes de M. Elie Gaiffe. (Renvoi au comité des arts écono- 
miques.) 

M. Duchesne demande l'autorisation, au nom du, comité des arts économiques, de 
présenter deux candidats aux fonctions d'adjoints. 



(1) Voir plus loin la liste complète des membres du Conseil d'admïmstràtion. 
Tome XL — 63' année. 2" série, — Avril 1864. 



32 



250 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



M. Barreswil, au nom du comité des arts chimiques, demande également de pré- 
senter un candidat pour les fonctions d'adjoint. 

Les autorisations sont accordées, sous la réserve des formalités prescrites par le 
règlement. 

Nominations. — Sont nommés, à l'unanimité, membres de la Société : 
MM. Béliard, fabricant de chaudronnerie ; 
Verslraet, chimiste ; 

Henri de Chavannes, ingénieur-chimiste; 
Paul Chrislofle, fabricant d'orfèvrerie; 
Bouilhet, chimiste; 

Bézard, fabricant de bonneterie, à Paris; 

Antonio Ferreira, chimiste-pharmacien, à Rio-Janeiro. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

La Société d'encouragement a reçu, dans les séances des 9, 23, 30 mars et 
20 avril 1864, les ouvrages dont les titres suivent : 

Ouvrages offerts à la Société. 

Annales du commerce extérieur. Janvier, février. 
Annuaire des engrais, par M. Rohart, l rc à 4° livr. 
Annales de l'agriculture française. N oS 3 à 6. 

Annales de la Société impériale d'agriculture de la Loire. Juillet, août, septembre 1863. 

Annuaire de l'institut des provinces, vol. 6. 

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. Janvier, février. 

Bulletin du musée de l'industrie. Février, mars. 

Bulletin mensuel de la Société protectrice des animaux. Février, mars. 

Bulletin des travaux de la Société libre d'émulation de la Seine-Inférieure, 1862, 1863. 

Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d'agriculture. N" 3. 

Courrier des sciences (le), par M. Victor Meunier. N os 9 à 16. 

Cultivateur de la Champagne (le). Février, mars. 

Compte rendu des séances hebdomadaires de l'Académie des sciences. N°* 8 à 13. 

Génie industriel (le), par MM. Armengaud frères. Mars, avril. 

Guide (le) des brasseurs. N os 9 à 16. 

Invention (1'), par M. Desnos-Gardissal. Février, mars. 

Journal des fabricants de sucre. N uS 47 à 53. 

Journal des inventeurs. Mars, avril. 

Journal de l'éclairage au gaz. N 01 23, 24, et n° 1 de la 13 e année. 
Journal d'agriculture pratique. N°" 5 à 7. 
Journal des fabricants de papiers. N°« 5 à 7. 
Journal d'éducation populaire. Janvier, février, mars. 
Journal de la Côte-d'Or. Octobre 1863. 

Journal de la Société impériale et centrale d'horticultuie. Février, mars. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



251 



Lumière (la). N 0 ' 4 à 7. 

Mondes (les), par M. l'abbé Mûigno. Livr. 8. 

Mémoires et comptes rendus des travaux de la Société des ingénieurs civils. Octobre, novembre, 
décembre 1863. 

Moniteur scientifique du docteur Quesneville. Livr. 171 à 176. 

Propriété industrielle (la). N' 9 322 à 329. 

Presse scientifique des deux mondes (la). N 08 S à 8. 

Revue générale de l'architecture et des travaux publics, par M. C. Daly. N os 1, 2. 

Revue agricole, industrielle, etc., de Valenciennes. Décembre 1863 et janvier 1864. 

Revue universelle des mines et de la métallurgie, sous la direction de M. Ch. de Cuyper, 6* livr. 

Société des ingénieurs civils. Séances des 19 février, 18 mars et 1 er avril 1864. 

Technologiste (le), par MM. Malepeyre et Vasserot. Mars, avril. 

Newton's London Journal. Mars, avril. 

Polytechnisches Journal de Dingler. N 08 984 à 988. 

Revista de obras publicas. N 0 ' 4 à 7, ano XII. 

The Journal of the Franklin institute. Février. 

The Journal of the Society of arts. N os 588 à 595. 

The photographie Journal. N oS 143, 144. 

Cours de géométrie élémentaire, par M. le Roux. 1 vol. in-12. Savy, libr.-édit. 

Culture de la betterave en billons. Sa récolte, sa conservation, par M. Champonnois, Br. 

Des Eaux naturelles prises aux couches inférieures, et perfectionnement apporté à leur distribu- 
tion, par M. Eug. Prunier. Br. 

Essais sur l'automatique, par M. Ernest Stamm. Br., Mallet-Bachelier, libr.-édit. 

L'Étudiant micrographe. Traité pratique du microscope, de la dissection, préparation et conserva- 
tion des objets, par M. A. Chevallier. 1 vol. in-12. 

La Liberté du travail et les coalitions, par M. Baudouin. B. Faure, libr.-édit. 

Manuel de la literie, par M. Jean de Laterrière. 1 vol. in-12. Lacroix, édit. 

Méthode générale d'analyse des eaux fluviales, par M.. Jacquelain. Br. 

Notice sur quelques réactions de bichromaie de potasse, par M. E. Kopp. Br. 

Rapport sur les progrès et l'état actuel de l'instruction primaire en Espagne, par M. le D r Herpin. 
Br. 

Revue semestrielle des travaux d'exploitation des mines, de métallurgie et de construction, par 
M. Ed. Grateau. Br. 

Abonnements. 

Annales des ponts et chaussées. Juillet, août 1863. 

Annales de chimie et de physique. Février. 

Journal des économistes. Mars, avril. 

Le Teinturier universel. N° 23. 

The Artizan. Mars. 

The chemical news. N oS 220 à 223. 

The mechanic's Magazine. Février. 

The practical mechanic's Journal. Mars. 



CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



LISTE DES MEMBRES TITULAIRES, DES ADJOINTS ET DES MEMBRES HONORAIRES, 
ARRÊTÉE DANS LA SÉANCE DU 20 AVRIL 1864. 

' r . g Hre-'IH 



A N N 1: F. 

de l'entrée 
aii Conseil. 



Bureau. 

Président. 



1829. MM. Dumas (G. C. sénateur, membre de l'Académie des sciences, etc., rue 
de Grenelle-Saint-Germain, 42. 

Vice-présidents. 

1833. — Le baron A. Séguier (0. $0, avocat à la cour impériale, membre de l'Aca- 
démie des sciences, etc., rue Garancière, 11. 

1828. — Darblay aîné (0. ^), membre de la Société impériale et centrale d'agri- 
culture, rue de Lille, 74. 

Vice-présidents adjoints. 

1844. — Balvrd (G. de l'Académie des sciences, professeur de chimie au collège 

de France et à la l'acuité des sciences, rue de l'Ouest, 72. 
1847. — Baude (O. j^î), inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint 
Honoré, 13. 

1831. — Amédée-Durand (^), ingénieur-mécanicien, membre de la Société impé- 
riale et centrale d'agriculture, rue de l' Abbaye-Saint-Germain, 10. 

Secrétaire. 

1845. — Le baron Charles Dupin (G. O. sénateur, membre de l'Académie des 

sciences, rue du Bac, 24. 

Secrétaires adjoints. 

1839, — Combes (O. de l'Académie des sciences, inspecteur général des mines, 
directeur de l'école impériale des mines. 

1836. — Peligot (E.) (O. ^t) , membre de l'Académie des sciences, vérificaleur des 
essais à la Monnaie, professeur au Conservatoire impérial des arts et mé- 
tiers, quai Conti, 11. 

Trésorier. 

1857. — Le Tavernier, notaire honoraire, rue Louis-le-Grand, 28. 

Censeurs. 

1843. — De Valois (O. régent de la banque de France, rue Joubert, 31. 
1850. — Laboulaye (Ch.) (^), ancien élève de l'école polytechnique, rue de Ma- 
dame, 40. 



conseil d'administration. 253 

ANNfcB 

de l'enti-ée 
au Conseil. 

Commission «les fonds. 

Membres titulaires. 

1823. MM. Michelin (Hardouin) ($0, conseiller référendaire honoraire à la cour des 
comptes, rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 28. 

1842. — Le comte B. de Mony-Colchen conseiller référendaire à la cour des 
comptes, rue Chauchat, 14. 

1849. — Le baron E. de Ladoucette (gfc), député au corps législatif, ancien sous- 
préfet, rue Saint-Lazare, 58. 

1854. — Godard-Desmarest administrateur de la compagnie des cristalleries 
de Baccarat, cité Bergère, 1. 

1854. — Hurteaux docteur en médecine, rue du Bac, 86. 

1854. — Lainel (O. ancien membre du conseil général des manufactures, ancien 
inspecteur et officier principal d'administration, en retraite, boulevard 
des Capucines, 35. 

1862. — Lorin, propriétaire, rue du Bac, 77. 

1864. — Fauler membre de la chambre de commerce de Paris, rue Neuve- 

des-Petits-Champs, 101. 
1864. — Legrand, ancien négociant, vice-secrétaire de la Société des amis des 
sciences, rue Bergère, 26. 



Comité des arts mécaniques. 

Membres titulaires. 

1829. — Benoît (^), ingénieur civil, ancien professeur à l'école d'application d'état- 
major, rue Cassette, 20. 

1831. — Amédée-Durand (jttL ingénieur-mécanicien, membre de la Société impé- 
riale et centrale d'agriculture, rue de l'Abbaye-Saint-Germain, 10. 

1840. — Calla(^), ingénieur-mécanicien, membre de la chambre de commerce de 

Paris, rue Lafayette, 11. 
1847. — Baude (O. inspecteur général des ponts et chaussées, rue Royale-Saint- 

Honoré, 13. 

1847. — Alcan ingénieur civil, professeur au Conservatoire impérial des arts et 

métiers, rue Laffitte , 45. 
1850. — Duméry, ingénieur civil, rue du Monceau, 8. 

1850. — Pihet (Eugène) , ancien constructeur-mécanicien, rue Neuve-Popincourt, 3. 

1851. — Callon ingénieur en chef des mines, rue de Condé, 24. 

1855. — Froment ingénieur en instruments de précision, rue Notre-Dame-des- 
Champs, 85. 

Membres adjoints. 

1855. — Tresca f$t], sous-directeur du Conservatoire impérial des arts et métiers, 

rue Saint-Martin, 292. 
1855. — Phillips (-J&), ingénieur des mines, avenue des Champs-Elysées, 115. 
1859. — Cavé aîné ingénieur-mécanicien, place Lafayette, 22. 
1864. — Bois (Victor), ingénieur civil, place du Havre, 14. 



254 conseil d'administration. 

ANV&I 

de Tenlrêe 
au Conseil. 

Comité des arts chimique* 

Membres titulaires. 

1824. MM. Gaultier de Claubry (O. professeur à l'école de pharmacie, membre 
de l'Académie impériale de médecine, rue des Fossés-Saint-Victor, 45. 

1827. — Payen (C. membre de l'Académie des sciences, secrétaire perpétuel de 
la Société impériale et centrale d'agriculture, rue Saint-Martin, 292. 

1830. — Bussy (O. membre de l'Académie des sciences, de l'Académie impériale 

de médecine, directeur de l'école de pharmacie, rue de l'Arbalète, 21. 

1831. — Chevallier (O. membre de l'Académie impériale de médecine, profes- 

seur à l'école de pharmacie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 188. 
1840. — Frémy (O. ^), de l'Académie des sciences, professeur de chimie à l'école 
polytechnique et au muséum d'histoire naturelle, rue Cuvier, 33. 

1844. — Balard (G. de l'Académie des sciences, professeur de chimie au collège 
de France et à la faculté des sciences, rue de l'Ouest, 72. 

1844. — Cahours (O. examinateur des élèves de l'école impériale polytechnique, 
essayeur à la Monnaie, quai Conti, 11. 

1846. — Le baron Thenard (Paul) (■}&), chimiste, membre du conseil général de la 

Côte-d'Or, place Saint-Sulpice, 6. 

1847. — Leblanc (Félix) ingénieur civil des mines, répétiteur à l'école impériale 

polytechnique, rue de la Vieille-Estrapade, 9. 

Membres adjoints. 

1851. — Barral (O. Jjfc), ancien élève de l'école polytechnique, membre de la Société 

impériale et centrale d'agriculture, rue Notre-Dame-des-Champs, 82. 
1851. — Barreswil (J^f), professeur de chimie à l'école Turgot, r. Saint-Florentin, 1G. 
1851. — Jacquelain, chimiste-ingénieur, rue Soufflot, 10. 

1851. — Salvétaï (jjfc), membre de la Société philomathique , chef des travaux chi- 
miques à la manufacture impériale de porcelaines, à Sèvres (Seine-et- 
Oise). 

Comité des arts économiques. 

Membres titulaires. 

1832. — Herpin, docteur en médecine, rue Taranne, 7. 

1840. — Le baron Ed. de Silvestre, ancien élève de l'école polytechnique, rue de 
Verneuil, 33. 

1840. — Becquerel (Ed.) professeur de physique appliquée aux arts au Con- 
servatoire impérial des arts et métiers, rue Cuvier, 57. 

1840. — Priestley (Ch.), professeur-répétiteur à l'école centrale des arts et manufac- 
tures, rue Saint-Gilles, 17, au Marais. 

1840. — Silbermann aîné conservateur des collections du Conservatoire impérial 
des arts et métiers, rue Saint-Martin, 292. 

1856. — Lissajous (^), professeur de physique au lycée Saint-Louis, rue Saint- 
Placide, 60. 

1856. — Trélat ingénieur-architecte, professeur au Conservatoire impérial des 
arts et métiers, rue de la Tour-d Auvergne, 37. 



conseil d'administration. 255 

ANNÉE 

île l'entrée 
au Conseil . 

1856. MM. Le comte du Moncel (Jjfc), ingénieur-électricien de l'administration des 
lignes télégraphiques, membre du conseil général de la Manche, rue de 
Hambourg, 7. 

1859. — Duchesne {M), docteur en médecine, membre du conseil d'hygiène et de sa- 

lubrité, rue d'Assas, 1. 

Membres adjoints. 

1852. — Clerget receveur principal des douanes, au Havre (Seine-Inférieure), 
et à Paris, rue de l'Université, 25. 

1860. — Molinos (Léon) ingénieur-architecte, rue Blanche, 46. 

1861. — Le Roux, répétiteur de physique à l'école impériale polytechnique, rue de 

Braque, 4. 

1861. Jamin (^), professeur de physique à l'école impériale polytechnique, rue 

Soufflot, 24. 

1862. — Peligot (Henri), ingénieur civil, rue Bleue, 5. 

1862. — Luynes (Victor de), ancien professeur de chimie et de physique, rue Ma- 
dame, 44. 

Comité d'agriculture. 

Membres titulaires. 

1828. — Huzard ( JjfcJ, membre de la Société impériale et centrale d'agriculture, de 
l'Académie de médecine et du conseil de salubrité, rue de l'Éperon, 5. 

1844. — Darblay aîné (O. ijfc), membre de la Société impériale et centrale d'agricul- 
ture, rue de Lille, 74. 

1844. — Moll (^), membre de la Société impériale et centrale d'agriculture, pro- 
fesseur au Conservatoire impérial des arts et métiers, rue Saint-Mar- 
tin, 292, et à Vaujours, près Livry (Seine-et-Oise). 

1846. — Brongniart (Adolphe) (O. membre de l'Académie des sciences, profes- 
seur au muséum d'histoire naturelle, rue Cuvier, 57. 

1851. — Ad. Dailly (^), membre de la Société impériale et centrale d'agriculture, 

rue Pigalle, 6. 

1856. — Mangon (Hervé) ingénieur des ponts et chaussées, professeur à l'école 
impériale des ponts et chaussées et au Conservatoire impérial des arts et 
métiers, rue de Grenelle-Saint-Germain, 42. 

1856. — Bourgeois membre de la Société impériale et centrale d'agriculture, au 
Perray, près Bambouillet (Seine-et-Oise), et à Paris, rue de Rivoli, 156. 

1864. — Chatin professeur à l'école de pharmacie, quai Saint-Michel, 27. 

Membre adjoint. 

1852. — Jourdier (Auguste), propriétaire-cultivateur, membre de sociétés d'agricul- 

ture, rue de Gravelle, 2, à Versailles (Seine-et-Oise), et à Paris, rue du 
Faubourg-Montmartre, 10. 

Comité de commerce. 

Membres titulaires. 

1844. — Gaulthier de Rumilly (Jjfc), ancien conseiller d'État, à Fleury, près d'A- 
miens (Somme). 



256 conseil d'administration. 

ANNÉE 

de l'entrée 
au Conseil. 

1844. MM. Chapelle (^), ingénieur-mécanicien, boulevard Beaumarchais, 102. 

1846. — Biétry (O. manufacturier, président du conseil des prud'hommes, 
boulevard des Capucines, 41. 

1846. — Delessert (Benjamin), banquier, rue Montmartre, 176. 

1832. — Julien (O. directeur du commerce intérieur au ministère de l'agriculture, 
du commerce et des travaux publics, rue de Varenne, 78 bis. 

1856. — Block (Maurice), ancien sous-chef au ministère de l'agriculture, du com- 
merce et des travaux publics, rue de l'Assomption, 23, à Auteuil-Paris. 

1838. — Rondot (Natalis) (O. délégué de la chambre de commerce de Lyon , rue 
Meslay, 24. 

1864. — Lavollée administrateur de la compagnie générale des omnibus, 

grande rue de Passy, 80. 
1864. — Milliet (Gratien) manufacturier, rue Boursault, 14. 

MEMBRES HONORAIRES. 
Trésorier. 

1825. — Agasse ( notaire honoraire, rue du Bac, 86. 

Commission des fonds. 
185V. — Mimerel (C. de Boubaix, sénateur, rue de la Ferme-des-Mathurins, 39. 
Comité des arts mécaniques. 

1845. — Kerris ( % ), ingénieur de la marine, à Toulon (Var). 

1846. — Féray (Ernest) (O. manufacturier, ancien membre du conseil général 

des manufactures, à Essonne ( Seine-et-Oise ). 

1840. — Le Chatelier ingénieur en chef au corps impérial des mines, rue de 

Vaugirard, 63. 

Comité des arts fleiMiiques. 

1805. — Boullay (O. membre de l'Académie impériale de médecine, rue Bour- 
daloue, 7. 

Comité «Ses arts économiques. 

1824. — Pouillet (O. ^ ), membre de l'Académie des sciences, rue Saint-Louis, 97, 
au Marais. 

Comité de eomnterce. 

1823. — Delessert (François) (O. ^f), membre de l'Académie des sciences, rue 
Montmartre, 176. 



PARIS. — IMPRIMERIE DE MADAME VEUVE BOUCHARD- H UZARD, RUE DE l/ÉPERON, 5. — 18f>4. 



63 ; ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XI. — Mai 1864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 



CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS. 

Conformément à l'arrêté pris le 16 janvier 1855, 

M. Barreswil entendu d'une part, dans la séance publique du 20 avril 1884, 
pour le comité des arts chimiques ; 

Et M. Duchesne, d'autre part, dans la même séance, pour le comité des 
arts économiques, 

Le Conseil, après délibération, a décidé que chacun de ces comités était 
autorisé à présenter une liste de candidats pour la nomination d'un membre 
adjoint au premier et de deux membres adjoints au second. 



ARTS MÉCANIQUES. 

Rapport fait, par M. Combes, au nom du comité des arts mécaniques; sur les 
perfectionnements apportés a l'injecteur Giffard, par M. Turck; , ingé- 
nieur aux chemins de fer de F Ouest. 



Messieurs, M. Turck, ingénieur, attaché aux chemins de fer de l'Ouest, a 
adressé à la Société un mémoire accompagné de dessins sur des modifica- 
Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Mai 1864. 33 



258 



ARTS MÉCANIQUES. 



lions de construction qu'il a apportées à l'ingénieux et très-utile appareil que 
M. Giffard a imaginé pour remplacer les pompes alimentaires des machines 
à vapeur, et qui porte son nom. Nous ne reviendrons pas ici sur la des- 
cription de l'injecteur, qui a été donnée, dès l'origine de l'invention, dans 
votre Bulletin (2 e série, t. VIII, 1861, p. 216). Tout le monde sait que la 
vapeur empruntée au générateur arrive dans un tuyau cylindrique fermé à 
l'une de ses extrémités, et terminé à l'autre par un ajutage conique conver- 
gent, appelé tuyère. Le cylindre entier peut être déplacé dans le sens longi- 
tudinal, de manière que la tuyère s'enfonce plus ou moins dans un tuyau 
conique plus large et convergent sous un angle moins aigu, appelé cheminée, 
et qui communique, par sa base, avec le réservoir d'eau alimentaire placé 
au niveau de l'appareil ou à une petite distance verticale en contre-bas. Une 
aiguille mobile, dont l'axe se confond avec celui du cylindre et de la tuyère 
qui le termine, peut-être enfoncée plus ou moins dans l'intérieur de celle-ci, 
et jusqu'à la fermer complètement. De même, l'espace annulaire compris 
entre la paroi externe de la tuyère et la paroi interne de la cheminée est plus 
ou moins rétréci, et peut même être supprimé complètement par l'enfoncement 
de la tuyère dans l'intérieur de la cheminée. Ainsi, l'abondance du jet de 
vapeur, par la tuyère, est réglée par l'enfoncement de l'aiguille, et la quantité 
d'eau entraînée par communication latérale, qui, mêlée au jet de vapeur, 
forme la veine lancée à travers l'atmosphère dans le tuyau conique diver- 
gent qui la conduit à la chaudière, est réglée par l'enfoncement de la tuyère 
dans la cheminée. 

Dans l'injecteur, tel qu'il a été créé et construit primitivement par l'in- 
venteur, le système du cylindre qui reçoit la vapeur, de la tuyère qui le ter- 
mine et de l'aiguille mobile qui en occupe l'axe coule tout d'une pièce dans 
le manchon-enveloppe, avec lequel la cheminée fait corps, lorsqu'on veut 
modifier la largeur de l'espace annulaire par lequel arrive l'eau alimentaire 
qui vient se mêler à la vapeur. Cette disposition exige que le cylindre coule 
dans le manchon à travers deux boîtes à étoupes, dont l'une empêche l'écou- 
lement direct de la vapeur dans l'atmosphère extérieure, et l'autre la com- 
munication directe par l'extérieur du cylindre entre la vapeur et l'eau ali- 
mentaire. 

La disposition nouvelle imaginée par M. Turck a pour effet de supprimer 
ces boîtes à étoupes, de rendre le système du cylindre, de la tuyère et de 
l'aiguille entièrement fixe, et d'éviter le contact de l'eau alimentaire relati- 
vement froide et de la paroi externe de la tuyère par laquelle jaillit la vapeur 
du générateur. Il obtient ces résultats en interposant, entre le cylindre à 
tuyère qui reçoit la vapeur et le manchon extérieur de l'instrument, une 



ARTS MÉCANIQUES. 



259 



pièce métallique enveloppant le cylindre et sa tuyère. Celte enveloppe est 
seule mobile dans le sens longitudinal de l'axe commun à toutes les pièces 
de l'injecteur. C'est elle qui, en s'enfonçant plus ou moins dans l'intérieur 
delà cheminée, diminue jusqu'à l'annihiler ou augmente la largeur du pas- 
sage annulaire par lequel arrive l'eau alimentaire. 

Les modifications introduites par M. Turck ne simplifient pas seulement 
la construction de l'injecteur de M. Giffard; elles font disparaître plusieurs 
causes graves de dérangement, facilitent le règlement de l'appareil par la 
main de l'ouvrier mécanicien et en assurent le jeu régulier : elles constituent 
donc un perfectionnement réel et important. 

En conséquence, votre comité des arts mécaniques a l'honneur de vous 
proposer de remercier M. Turck de sa communication et d'ordonner l'inser- 
tion, dans votre Bulletin, du mémoire détaillé qu'il vous a adressé et des 
dessins qui y sont joints, ainsi que du présent rapport. 

Signé Combes, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 30 décembre 1863. 



INJECTEUR GIFFARD PERFECTIONNÉ , A RÉGULATEUR D'EAU INDÉPENDANT ISOLANT ET MU 
SÉPARÉMENT , SANS PISTON , SANS BOÎTE NI GARNITURE D'ÉTOUPE MÉTALLIQUE OU 
AUTRE, PAR M. TURCK (Pl. 295). 

Pour bien apprécier la nature, le but et l'importance des perfectionnements ap- 
portés à l'injecteur inventé par M. Giffard, il convient d'examiner d'abord ce dernier 
injecleur tel qu'il est généralement construit. 

L'injecteur ordinaire, pl. 295, fig. 6, est composé d'un cylindre extérieur, I, qui 
reçoit d'une part la vapeur par la tubulure E, et d'autre part l'eau d'aspiration par la 
tubulure C. 

Un piston F glisse dans le cylindre I, et le divise en deux chambres, l'une E 
pour la vapeur, l'autre C pour l'eau d'aspiralion ; ce piston est creux lui-même pour 
admetlre la vapeur dans son intérieur, au moyen des petites ouvertures pratiquées dans 
la partie du piston qui fait face à l'arrivée de vapeur; il se termine, du côté de la 
chambre d'eau, par une tuyère B, qui pénètre dans celte chambre; l'extérieur de 
cette tuyère sert à régler l'affluence de l'eau d'aspiration lorsque, dans ce but, on la 
rapproche ou lorsqu'on l'éloigné de la cheminée D, qui est jointe au cylindre exté- 
rieur et complète ainsi la chambre d'eau. La manivelle H et la vis sur laquelle elle 
est fixée servent à mouvoir le piston, et par conséquent la tuyère qui le termine. Une 
boîte à étoupes X ferme la chambre à vapeur , sur le piston , du côté où se manœuvre 
l'appareil. Enfin une aiguille G pénètre dans l'intérieur du piston et s'engage, par 
son extrémité, dans la tuyère qu'elle ferme ou ouvre à volonté. 



260 



ARTS MÉCANIQUES. 



Pour obtenir une séparation étanche (ce qui est de la plus grande importance) entre 
la chambre à vapeur et la chambre d'eau, on enroule autour de la partie A du piston 
une garniture de chanvre ou d'autres matières, ou bien encore on y ajuste des an- 
neaux métalliques, ainsi que cela se pratique pour les pistons des machines à vapeur. 

Un des points défectueux de cet appareil réside précisément dans les garnitures qu'il 
exige, et notamment dans celle du piston qu'il est impossible, placée à l'intérieur 
comme elle l'est, de maintenir quelque temps suffisamment étanche. En effet, quand 
cette garniture est en ficelles, en éloupe, en coton, en caoutchouc, etc., la tempéra- 
ture de la vapeur qui passe à l'intérieur ne tarde pas, surtout lorsqu'elle est à une 
forte pression, comme, par exemple, dans les locomotives, à détériorer ces substances; 
il se déclare alors des fuites, et !a vapeur, s'insinuant entre le cylindre extérieur et le 
piston, se rend dans la chambre d'eau où elle a pour effet d'entraver l'amorçage de 
l'injecteur et très-souvent de le désamorcer s'il est déjà en fonction. 

Quand la garniture du piston est métallique, on n'en tire pas un meilleur résultat : 
le petit diamètre des anneaux, la rareté de leurs mouvements et le peu d'espace qu'ils 
parcourent, la difficulté d'obtenir et de conserver des cylindres et des anneaux d'une 
forme parfaite, l'usure, l'oxydation, la dilatation inégale, font que d'un moment à 
l'autre il se déclare aussi des fuites qui peuvent être inaperçues et sans conséquence 
pour des machines dont le piston est continuellement en mouvement, mais qui, dans 
l'injecteur, ont pour effet d'empêcher ou de suspendre son fonctionnement. 

La gravité et la fréquence des inconvénients provenant de ces garnitures ont été 
constatées dans les applications multipliées de cet appareil; par suite, de nombreuses 
tentatives ont été faites pour les éviter; les unes, quoique réalisant une amélioration 
notable, exigent cependant encore des garnitures; les autres, qui ont le mérite d'une 
grande simplicité, ont sacrifié la faculté de régler convenablement l'eau d'aspiration, 
remplaçant ainsi un inconvénient par un autre plus grand. En dehors de ces modifi- 
cations, on a essayé tous les genres de garnitures, et, malgré toutes ces recherches, on 
n'est pas arrivé à constituer un injecteur qui ait donné pleine satisfaction. On en est 
si loin, qu'on peut citer un certain nombre d'exemples dans lesquels on refuse d'em- 
ployer cet appareil, et d'autres où on ne l'applique que concurremment avec des 
pompes. Le nouvel appareil échappe à cette première série d'inconvénients; voici com- 
ment il y parvient (1) : 

Injecteur perfectionné (fig. 1). — Un régulateur d'eau, A, indépendant de la tuyère B, 
se meut séparément en glissant extérieurement à la tuyère; ce régulateur est entière- 
ment plongé dans la chambre d'eau C, de telle sorte qu'il est complètement séparé 
de tout contact avec la vapeur, se meut dans un milieu où il n'existe relativement au- 



(1) Il a été fait, aux chemins de fer de l'Ouest, de nombreuses expériences d'après un pro- 
gramme et des instructions dressés par M. Mayer, ingénieur en chef du matériel et de la 
traction, sur cinq injecleurs de diverses provenances, au point de vue de l'influence que les diffé- 
rences des formes et des proportions qui existaient entre ces appareils pouvaient exercer sur leur 
fonctionnement. Quelques-uns des résultats de ces expériences ont motivé les dimensions de 
plusieurs parties des organes intérieurs du nouvel appareil. 



ARTS MÉCANIQUES. 



261 



cune pression, et par suite ne donne lieu à aucune espèce de chance de fuite de va- 
peur ou d'introduction d'air contre laquelle il faille se prémunir. 

La tuyère B, qui n'est, à proprement parler, que le bout du tuyau de vapeur E, est 
jointe à ce tuyau au même point que l'enveloppe I; la vapeur se trouve ainsi complè- 
tement séparée de la chambre d'eau et sans communication possible avec celle-ci, 
excepté par l'orifice de la tuyère lorsque, pour faire fonctionner l'injecleur, on 
recule l'aiguille G. 

Un pignon H, ajusté dans un appendice faisant partie de la chambre d'eau, engrène 
dans la crémaillère qui existe sur le régulateur d'eau et sert à le faire mouvoir, de ma- 
nière à rapprocher ou à éloigner son extrémité conique de la partie correspondante de 
la cheminée D, pour déterminer des ouvertures d'aspiration en rapport avec les di- 
verses pressions auxquelles l'injecteur doit fonctionner. Un petit levier K est fixé sur 
l'axe du pignon H ; ce levier est muni d'un arc de cercle sur lequel sont pratiquées des 
encoches indiquant les ouvertures qui conviennent pour chaque pression ; un ressort 
pénètre dans ces encoches et maintient au besoin le régulateur dans la position 
voulue. 

Fonctionnement de l'injecteur : aspiration. — Pour faire fonctionner l'injecteur, on 
recule d'abord le régulateur A de la quantité voulue, au moyen du pignon H; on ouvre 
ensuite la tuyère pour donner passage à la vapeur en reculant, d'une petite quantitt' 
d'abord, l'aiguille G (il suffit d'un sixième à un demi-tour de l'aiguille suivant les pres- 
sions) ; la vapeur s'élance alors dans la cheminée, entraîne l'air qui existe dans celte 
cheminée et dans le tuyau d'aspiration, et crée ainsi une portion de vide que l'eau 
vient remplir, ce qui détermine l'aspiration. 

Injection. — Une fois l'aspiration obtenue, on ouvre entièrement la tuyère en ache- 
vant de reculer l'aiguille; la vapeur arrive dans la cheminée en plus grande quantité, 
se condense presque complètement dans l'eau dont l'aspiration continue, et lui im- 
p:ime sa vitesse modifiée par le rapport des masses ; l'eau s'élance alors par l'orifice de 
la cheminée, franchit l'espace libre qui existe entre cet orifice et celui du tube diver- 
gent 0, pénètre dans ce tube, soulève la soupape de retenue M et enfin se rend dans 
la chaudière. 

On voit que le piston F (fig. 6) des appareils ordinaires, ainsi que ses garnitures 
intérieures sont radicalement supprimés dans le nouvel injecteur, lequel conserve 
néanmoins les moyens de régler séparément l'eau par le régulateur A et la vapeur par 
l'aiguille G, et présente, en outre, l'avantage de faire mouvoir ces deux pièces indépen- 
damment et sans en entraîner aucune autre. On comprend dès lors que le nouvel appa- 
reil ne comporte aucune chance de fuite, soit entre les compartiments intérieurs, soit 
de ces compartiments vers le dehors, et que, par suite, il évite toutes les chances de 
désarmorcement ou de difficulté d'aspirer qui en dépendent, ainsi que les pertes de 
temps, les soins et les frais d'entretien qui sont occasionnés par le piston et les garni- 
tures des injecteurs ordinaires. 

Ces avantages, déjà très-considérables par eux-mêmes et résultant de la suppression 
du piston, ne sont pas les seuls que présente le nouvel appareil. 



262 



ARTS MÉCANIQUES. 



On sait qu'il est d'autant plus difficile d'aspirer l'eau, quel que soit, d'ailleurs, le genre 
d'appareil qu'on emploie, que cette eau est plus chaude. En effet, dès qu'une portion 
de vide est produite, l'eau se vaporise spontanément en raison de ce vide d'abord, 
mais surtout en raison de sa température, et cette vaporisation tend à détruite le vide 
dans une proportion d'autant plus grande que la température de l'eau est plus élevée. 

Or, dans les injecteurs ordinaires, l'eau aspirée se trouve immédiatement en contact 
avec la tuyère B (fig. 6) par laquelle passe la vapeur; ce contact a pour effet de chauf- 
fer l'eau d'aspiration et d'en convertir, indépendamment de la vaporisation spontanée, 
une partie en vapeur qui remplit le vide qui avait été produit dans la chambre d'eau. 
Si, en ce moment, la hauteur de l'aspiration approche des limites auxquelles l'injecteur 
peut fonctionner, l'aspiration ne peut se compléter et il devient impossible de l'amor- 
cer, à moins qu'on ne puisse diminuer la hauteur de l'aspiration pour suppléer à l'im- 
perfection du vide qui résulte de cette production de vapeur. 

Lorsque l'eau d'aspiration, au lieu d'être prise à la température ambiante, possède 
une température assez élevée, comme, par exemple, quand elle a été réchauffée dans le 
tender des locomotives, ou lorsqu'on se sert de l'eau de condensation, comme dans les 
machines fixes, la vaporisation spontanée est beaucoup plus prononcée et vient aug- 
menter l'inconvénient décrit ci-dessus; on se voit alors forcé ou de diminuer encore la 
hauteur de l'aspiration ou d'abaisser la température de l'eau. 

Un deuxième effet de ce contact, consécutif du premier, réside dans la condensation 
d'une partie de la vapeur qui passe par la tuyère; cet effet est surtout très-sensible et 
très-influent lorsque, pour la mise en marche de l'injecteur, il s'agit de déterminer 
l'aspiration. En ce moment le passage annulaire de la vapeur, produit par le recule- 
ment de l'aiguille, a au plus un demi -millimètre dans le sens du rayon ; on comprend 
que, dès que l'eau aspirée arrive en contact avec la tuyère, une partie notable de la 
vapeur qui s'écoule par cet étroit passage est facilement condensée; il en résulte, prin- 
cipalement aux faibles pressions, que l'aspiration commencée s'interrompt tout à 
coup. 

Ces effets du contact de l'eau d'aspiration contre la tuyère à vapeur exercent leur 
mauvaise influence non-seulement sur la mise en marche de l'injecteur, mais encore 
sur son fonctionnement quand il est en pleine marche; il est nécessaire d'entrer dans 
quelques détails à ce sujet. 

Lorsque l'injecteur est en marche, l'aiguille est entièrement reculée, et la vapeur sort 
à gueule bée par l'orifice de la tuyère; dans ce cas réchauffement de l'eau contre la 
tuyère et la condensation de la vapeur dans celle-ci ont toujours lieu, mais, eu égard 
aux quantités d'eau et de vapeur qui s'écoulent, ces deux effets sont relativement moins 
prononcés qu'au moment de l'aspiration; néanmoins la quantité de vapeur ainsi con- 
densée dans la tuyère doit être considérée comme perdue quant à la quantité de mou- 
vement qu'elle possédait, et qu'elle ne peut plus transmettre à l'eau aspirée qu'elle au- 
rait rencontrée plus loin dans la cheminée. Il en résulte donc, en réalité, une perte do 
force, et par conséquent une diminution de puissance de l'injecteur, c'est-à-dire un 
rendement moins grand par rapport à ses dimensions. 



ARTS MÉCANIQUES. 



263 



Ce moindre rendement ne constitue pas, il est vrai, un bien grand inconvénient, 
puisqu'il suffirait, pour y obvier, de donner à l'injecteur un peu plus de diamètre pour 
produire l'alimentation voulue; mais ce qui est plus important, c'est la difficulté de 
varier la quantité d'eau débitée qui en résulte. En effet, l'injecteur étant en marcbe et 
la vapeur sortant à plein orifice de la tuyère, on ne peut varier l'alimentation qu'en 
augmentant ou en diminuant la quantité d'eau aspirée,; or, si l'on augmente la quan- 
tité d'eau, outre qu'il se condense encore plus de vapeur dans la tuyère, il ne s'en 
écoulera plus assez pour entraîner ce surcroit de liquide et l'appareil se désengrènera 
en crachant l'eau. Si, au contraire, on veut diminuer la quantité d'eau, réchauffement 
contre la tuyère, étant réparti sur un petit volume d'eau, déterminera une vaporisation 
telle que l'appareil se désamorcera en crachant la vapeur. 

Il doit être bien entendu que celte difficulté de varier l'alimentation dans les injec- 
teurs ordinaires n'est pas absolue. Lorsque ces injecteurs sont en parfait état, c'est-à- 
dire quand la garniture du piston est bien étanche, on peut, mais à de fortes pressions, 
varier l'alimentation de 70/100 à 80/100 en agissant sur l'eau seulement, et en variant 
l'eau et la vapeur, ce qui exige un certain tâtonnement impraticable dans la plupart des 
cas, on peut varier l'alimentation de 50/100 environ. 

Mais si aux inconvénients résultant du contact de l'eau contre la tuyère, inconvé- 
nients qui sont permanents, vient s'ajouter la plus petite fuite de vapeur par la garni- 
ture du piston, non-seulement alors l'aspiration devient très-difficile à obtenir, mais il 
devient très-difficile aussi de régler l'eau de manière que l'injecteur n'en laisse pas se 
perdre et impossible de varier l'alimentation : les moindres changements dans la pres- 
sion de la vapeur, ou dans quelques autres des conditions dans lesquelles l'appareil 
fonctionne, amènent des désamorcements. On a ainsi l'explication de toutes les hési- 
tations, de tous les caprices qui ont été remarqués dans le fonctionnement des injec- 
teurs ordinaires et de la répulsion qu'ils rencontrent encore quelquefois. 

Si maintenant on se reporte à la fig. 1, on remarquera que le régulateur A est dis- 
posé de manière à isoler la chambre d'eau, et par conséquent l'eau qu'elle contient et 
qui se rend à l'aspiration, de tout contact avec la tuyère, dans laquelle passe la vapeur, 
en maintenant un intervalle N entre la chambre d'eau et la tuyère, qui empêche à la 
fois l'eau de s'échauffer contre celle-ci et d'y condenser une partie de la vapeur qui s'y 
trouve. Cette disposition, en supprimant radicalement la cause des inconvénients qui 
viennent d'être décrits, est d'une très-grande importance et a la plus grande influence 
sur les hauteurs et la température de l'eau d'aspiration et sur les limites des pressions 
auxquelles le nouvel injecteur peut fonctionner, sur la puissance d'aliraent3lion et sur 
la quantité dont on peut la faire varier, sur la facilité de la mise en marche, sur la 
promptitude et l'infaillibilité de son fonctionnement (1). 



(1) En évitant l'évaporalion de l'eau d'aspiration contre la tuyère à vapeur, on évite également, 
contre celle-ci, les dépôts des sédiments et des sels contenus dans l'eau. C'est un avantage très- 
important dans un grand nombre de cas, et notamment dans l'application des injecteurs aux 
chaudières de marine. 



264 



ARTS MÉCANIQUES. 



Aussi, avec Tinjecteur perfectionné, obtient-on très-couramment, et quelle que soi 
la pression sous laquelle il fonctionne, des résultats qui ne peuvent être réalisés dans 
les mêmes limites par les injecteurs ordinaires. Quelques-uns de ces résultats, constatés 
par des expériences faites sur des injecteurs en service depuis plusieurs mois sur une 
locomotive, et au point de vue de leur puissance d'alimentation et de sa variabilité, 
sont inscrits dans le premier tableau ci-joint. Le deuxième tableau indique les résultats 
d'expériences faites sur les injecteurs, fonctionnant sur la chaudière de la machine 
fixe des ateliers, au point de vue de la hauteur d'aspiration qu'ils peuvent atteindre 
aux diverses pressions. Ce tableau indique que les nouveaux injecteurs, sous une 
pression de 3 atmosphères et demie, peuvent aspirer à 2 mètres; au-dessus de cette 
pression on pourrait aspirer de plus bas, mais le local n'a pas permis de faire cette ex- 
périence, qui était d'ailleurs sans grand intérêt comme application aux locomotives. 

En résume, les nouveaux injecteurs présentent les avantages suivants : 

Suppression du piston et de ses garnitures; 

Construction moins dispendieuse et plus courante; 

Moins de longueur et plus de simplicité dans l'appareil ; 

Frais d'entretien à peu près nuls; 

Mise en marche facile et prompte ; 

Plus grandes limites dans les pressions; 

Plus grande hauteur et plus grande température de l'eau d'aspiration; 
Plus grande puissance et plus grande variabilité d'alimentation; fonctionnement 
certain (1). 



(1) L'injecteur de 6 millimètres produit environ le double de l'alimentation nécessaire aux ma- 
chines à marchandises qui consomment le plus d'eau; en voici un exemple relevé sur une de ces 
machines, en service sur l'une de nos grandes lignes dont le profil présente des rampes et des 
courbes très-prononcées. 



Distance de Batignolles à Chartres, 93 kiiom. 

Différence de niveau à Lartoire -\- 140 mètres. 

Différence à Chartres -j- 102 mètres. 

Poids du train 340 tonnes. 

Diamètre des pistons 0,44 

Course des pistons 0,00 

Diamètre des roues 1,40 

Durée totale du trajet 350 minutes. 

Durée, arrêts déduits 280 minutes. 



Durée des alimentations 154 minutes. 

Section de l'injecteur 25 mm ,6 

Puissance d'alimentation pour 

7 atmosphères l',786 

Alimentation pendant 154 mi- 
nutes = 25°"\6 X l',"86 X 

151 minutes = 10,854 litres. 

Par kilomètre, en moyenne 116 litres. 



La durée totale de 134 minutes se décompose en dix- neuf alimentations, dont sept de 13 mi- 
nutes, cinq de 7 minutes, quatre de 5 minutes, deux de 3 minutes et une de 2 minutes. 



ARTS MÉCANIQUES. 



265 



PUISSANCE D'ALIMENTATION. 

Expériences faites sur la locomotive à marchandises n° 635 des chemins 

de fer de l'Ouest. 



PRESSIONS 

en 


ASPIRATION. 


DÉBIT EN LITRES PAR MINUTE. 


Hauteur 


Température 


Maximum 
par millimètres 


Intermédiaire 
en variant 


Minimum 
en variant 


atmosphères 


en 


en degrés 


carrés 
du 


l'ouverture d'eau. 
En 


les ouvertures d'eau 
et de vapeur. 


absolues. 


mètre . 


centigrades. 


petit diamètre 
du tube divergent. 


proportion 
de d. 


En proportion 
de </. 


a 


b 


C 


d 


e 


f 




mètre. 


degrés. 


litres. 






1,25 


0,10 


15 


0,874 


» 


n 


1,50 


0,10 


15 


0,944 


» 


)> 


2,00 


0,60 


15 


1,048 


» 




3,00 


0,60 


17 


1,071 


72/100 


53/100 


5,00 


0,60 


17 


1,625 


73/100 


55/100 


7,00 


0,70 


17 


1,786 


66/100 


40/100 


9,00 


0,75 


17 


2,144 


44/100 


25/100 


Expériences faites sur une des chaudières de la machine fixe des ateliers de Batignolles 




au point de vue de la hauteur d'aspiration. 




atmosphères. 


mètres. 


degrés. 








1,25 


0,10 


15 








1,50 


0,40 


15 










M 




2,00 


0,90 


15 








3,00 


1,50 


15 




» 




3,50 


2,00 


15 








5,00 


1,50 


50 






» 



LÉGENDE DE LA PLANCHE 295. 

Fig. 1. Section longitudinale de l'injecteur Giffard, perfectionné par M. Turck. 
Fig. 2. Extrémité de l'aiguille servant à fermer et à ouvrir la tuyère à vapeur. 
Fig. 3. Section transversale suivant là ligne 1-2 de la figure 1. 
Fig. k. Elévation de la partie de l'appareil correspondante à la section de la 
figure 3. 

Tome XI. — 63' année. 2' série. — Mai 1864. 34 



266 



ARTS MÉCANIQUES. 



Fig. 5. Autre section transversale de l'appareil suivant la ligne 3-4 de la figure 1. 
Fig. 6. Injecteur Giffard ordinaire vu en section longitudinale. 
Les injecleurs représentés ici sont destinés à être placés horizontalement, ainsi que 
l'indiquent, d'ailleurs, les soupapes de refoulement. 

A, régulateur d'eau indépendant, pouvant se mouvoir séparément à l'intérieur de 
la chambre d'eau, à l'aide d'une crémaillère qu'il porte à sa surface externe. 

B, tuyère pour l'injection de la vapeur; elle fait suite à l'arrivée de vapeur. 

C, chambre d'eau formée par le cylindre extérieur de l'appareil, la cheminée D et 
le régulateur d'eau A. 

D, cheminée dans laquelle se font l'aspiration et le mélange d'eau et de vapeur. 

E, arrivée et tuyau de vapeur. 

G, aiguille servant à ouvrir et à fermer la tuyère B. 

H, pignon engrenant dans la crémaillère du régulateur d'eau A pour le faire 
mouvoir. 

I, enveloppe ou cylindre extérieur contenant tous les organes de l'appareil. 

K, levier de commande du pignon H, sur l'axe duquel il est fixé. Il porte, ainsi que 
l'indique la figure 4, un arc de cercle qui reçoit les encoches destinées à indiquer les 
ouvertures d'eau qui conviennent le mieux pour chaque pression ; un ressort pénètre 
dans ces encoches, et maintient ainsi le régulateur d'eau dans la position qui lui est 
donnée. 

L, boîte à étoupe placée sur l'axe du pignon H; c'est un surcroît de précaution 
contre la rentrée de l'air extérieur dans la chambre d'eau. 

M, soupape de refoulement disposée pour éviter, autant que possible, la contre- 
pression et les contractions de l'eau dans les passages. 



ARTS MÉCANIQUES. 

Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur une 
machine balayeuse présentée par M. Tailfer, rue Saint-Étienne, 9, Paris- 
Balignolles. 

Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité des arts mécaniques l'examen 
d'une machine balayeuse inventée par M. Tailfer. Nous avons visité ces ma- 
chines dans les ateliers du constructeur, où il en existe déjà onze. M. Tailfer 
a voulu être en mesure de les faire fonctionner sur les plus larges voies dans 
la traversée de Paris. 

Lorsqu'on parle d'une balayeuse mécanique, on est assez disposé à croire 



ARTS MECANIQUES. 



267 



qu'on l'a vue fonctionner en Angleterre, où ce genre de nettoyage des chaus- 
sées est bien plus usité qu'en France (1). Cependant, à Londres particuliè- 
rement, où beaucoup de balayeuses ont été jadis essayées, une seule a sur- 
vécu, c'est la machine de Withworlh. 

Elle est fort simple, et nous allons en rappeler, en quelques mots, la 
description générale, pour établir en quoi celle dont nous avons à vous par- 
ler diffère de la machine anglaise. 

La balayeuse de Wilhworth est formée par une suite de rangées de balais 
assemblés symétriquement sur deux chaînes sans fin, tendues chacune par 
deux poulies sur lesquelles elles s'enroulent. Les balais font remonter la boue, 
après l'avoir poussée devant eux, sur une glissière qui les déverse dans une 
caisse à l'avant, portée par le chariot moteur. 

La poulie du haut est commandée par une petite roue d'engrenage dont 
les dents sont engagées dans celles d'une grande roue ajustée sur l'essieu du 
chariot. 

On voit donc que, dans la machine de Withworlh, une suite de balais mon- 
tés sur de doubles chaînes sans fin poussent la boue en avant pour la por- 
ter dans un tombereau. 

En France, M. Jouneau, conducteur des ponts et chaussées, attaché au dé- 
partement de la Nièvre, a construit, sur le principe de Wilhworth, une ma- 
chine perfectionnée ; elle a été l'objet de rapports favorables des ingénieurs 
de son département, MM. Boucaumont et Grissot de Passy. Elle diffère de 
celle de Wilhworth par d'ingénieux détails, et surtout par la séparation de la 
caisse qui porte la boue de la balayeuse proprement dite. Il y a alors deux 
essieux, et par le fait deux véhicules séparés, dont le second, à l'aide d'une 
disposition particulière des cloisons, aurait l'avantage d'opérer la séparation 
des matières. 

La machine balayeuse de M. Tailfer, dont nous reproduisons le dessin, est 
des plus simples, et c'est précisément par son extrême simplicité qu'elle se 
distingue de celles qui viennent d'être décrites : elle n'a pas, d'ailleurs, la 



(1) Bibliographie à consulter : 

Annales des ponts et chaussées, 2 e semestre de 1841. Note sur une machine à ébouer, par 
M. Devilliers du Terrage, inspecteur divisionnaire. 

ld., 2 e semestre de 1850. Rapport de M. Daru, au ministre des travaux public?, sur les chaus- 
sées de Londres et de Paris. 

Bulletin de la Société d'encouragement, 1856, 2" série, t. 111, p. 583. Rapport de M. Herpin sur 
une machine à balayer de M. le docteur Colombe. 

Annales des conducteurs des ponts et chaussées. Mémoires et documents, 1861. N°" de juillet 
et août 1863. 



2f>8 



ARTS MÉCANIQUES. 



prétention d'emmagasiner la boue; elle la déplace en bourrelet, pour laisser 
le soin de l'enlèvement aux tombereaux ordinaires. 

C'est une charrette attelée d'un cheval, avec un siège de conducteur. Sur la 
roue elle-même est ajustée une poulie qui porte une chaîne sans fin, laquelle 
enveloppe à son tour une seconde poulie d'un plus petit diamètre, qui donne 
le mouvement de rotation à un balai. 

Le balai a pour centre un axe de fer qui reçoit le mouvement de la poulie. 
Cet axe est entouré d'un arbre conique en bois qui porte, comme les balais 
ordinaires, une brosse de piazava (1). Cette brosse a 1 ra ,70 de longueur. D'un 
côté, celui qui reçoit le mouvement, elle touche presque l'arrière de l'une 
des roues de la charrelte; elle s'éloigne de l'autre de manière à laisser une 
base de 0,50 au pied de la perpendiculaire à l'axe de la route. C'est là le 
point essentiel de la balayeuse de M. Tailfer. 

L'axe du balai est rattaché à deux pièces de bois mobiles sur l'essieu. Au 
moyen d'une tringle qui est sous la main du conducteur, on les déclanche, 
et elles s'abaissent vers la chaussée, lorsqu'on veut faire fonctionner le 
balai. La même manette relève la brosse lorsque le balayage doit cesser, et 
un embrayage automatique la maintient alors en dehors du contact de la 
chaussée. 

Le poids total de la balayeuse, dont le coffre est en tôle légère, est de 
970 kilog. 

Les deux roues y entrent pour un poids de 258 kilog. 

La brosse, en forme de cône tronqué très-légèrement accusé, pèse. . 50 — 

Les chaînes, armatures en fer, brancards servant de support 111 — 

Voiture et brancards ordinaires 551 — 

Total pareil 970 kilog. 



Quel est, maintenant, le résultat du fonctionnement de la balayeuse? 
Lorsque le cheval est mis en marche, que la brosse est abaissée , celui-ci 



(I) Piazava, piassaba ou piassava. C'est un jonc des Antilles qui arrive en France placé contre 
les parois des navires contenant des chargements de sucre brut. 

Dans le service municipal de la ville de Paris, on a constaté qu'un balai de piazava dure de 
trente à quarante jours : pendant le même temps, un cantonnier usait de 20 à 30 balais de 
bouleau. Un balai de piazava coûte de 3 à 4 francs, suivant la dimension de la souche ; le prix 
d'un balai de bouleau est de 15 centimes. La dépense est sensiblement la même; mais la quantité 
du travail qu'on obtient avec le premier outil est bien supérieure. 

Le kilogramme de jonc de piazava coûte de 1 fr. 50 à 1 fr. 70 c. 

Le Bulletin a déjà publié une note sur celte curieuse matière (voir 2 e série, t. IX, 1862, p. 5i), 
el l'on peut voir, par les prix qui y sont consignés, qu'en 1858 la matière valait environ trois fois 
meins qu'elle ne vaut aujourd'hui. 



ARTS MÉCANIQUES. 



269 



reçoit un mouvement de rotation de Fa poulie ajustée; mais ce mouvement, 
oblique à l'axe, a pour conséquence de chasser, par le côté ouvert, toute la 
boue que rencontre le hérisson, et de former un bourrelet de boue parallèle 
à la direction de la voilure, et une largeur de l m ,70 de chaussée se trouve 
nettoyée. Une seconde voiture, qui marche parallèlement à la première, 
avec l'inclinaison de l'axe au balai dans le même sens, repousse latéralement 
le bourrelet et nettoie l m ,70 de chaussée, et ainsi de suite, suivant la largeur 
de la route, et le volume du bourrelet qu'il faut, en fin de compte, enlever 
avec une charrette ordinaire. 

Suivant qu'on se sert d'un balai dont l'inclinaison, sur l'axe de la chaus- 
sée, est à droite ou à gauche, le bourrelet se trouve formé à droite ou 
à gauche de la charrette. 

Lorsque nous avons vu fonctionner la balayeuse de M. Tailfer, le résultat 
de son travail, sur une partie de la rue Saint-Etienne, à Batignolles, nous a 
paru très-satisfaisant. Au pas ordinaire du cheval, la boue était très-régulière- 
ment enlevée, la chaussée pavée devenait propre, et le bourrelet se formait 
latéralement pour être retroussé sans effort et poussé de côté par une 
seconde machine. 

D'après une note qui nous a été remise depuis , huit voitures ba- 
layeuses, dans un espace d'une heure dix minutes, auraient approprié 
40,600 mètres carrés de chaussée ; ce qui correspondrait, suivant l'inven- 
teur, au travail de 100 hommes environ. 

On devrait conclure de cette expérience qu'une voiture balayerait au 
moins par heure 5,000 mètres carrés, équivalents à peu près au travail de 
13 hommes, à raison de 400 mètres par heure et par homme. En admettant 
le prix de revient par heure à 1 fr. 80 cent, pour le véhicule, celui par 
l'homme à 0 fr. 30 c, le rapport de la dépense serait de 1 fr. 80 c. à 3 fr. 90 c. 
par heure (13 X 0,30) ou 3 fr. 90 c. l'unité de travail, résultat tout à fait à 
l'avantage de la balayeuse. 

La similitude dans les éléments de comparaison est trop incertaine pour 
qu'il y ail à rappeler les résultats d'expériences faites avec la machine de 
Withworth ; d'ailleurs l'une enlève la boue, l'autre la laisse en bourrelet con- 
tinu sur la chaussée. 

Mais l'office d'une brosse d'éboueur est-il de monler la boue dans un tom- 
bereau, au lieu de laisser ce soin à la pelle du charretier et de son ma- 
nœuvre? 

Une brosse, un balai n'est pas l'outil le plus convenable pour enlever de 
la boue à 1 mètre 1/2 environ au-dessus du sol. La boue, qui fait subir aux 



270 



ARTS MÉCANIQLKS. 



brins du balai toute la pression de son poids, encrasse et gâte le balai, et doit 
le rendre moins apte à sa fonction de nettoyer. 

On ne gagne rien en économie de transport, puisqu'il faut toujours, en fin 
de compte, transborder, si on ne veut mener tout l'appareil aux décharges 
ou lieux de dépôt, qui sont toujours à des distances assez éloignées. 

M. Tailfer nous semble donc avoir rendu à sa machine éboueuse son véri- 
table principe. Le mouvement circulaire donné au hérisson, qui commu- 
nique à la boue un mouvement horizontal, nous paraît heureux dans sa 
simplicité; il détache l'outil des détritus et les chasse par la ligne la plus 
courte, et cet effet se produit même après une seconde et une troisième ma- 
chine qui attaquent à leur tour les bourrelets de boue alignés par les précé- 
dentes. 

Toutefois, dire que ces machines supprimeront le balayage à la main, 
c'est ce que nous sommes loin d'affirmer. Il y aura des dispositions acciden- 
telles de chaussées qui se prêteront mal à la rigidité de l'axe du hérisson; il 
y aura des états pâteux dans le macadam qui seront parfois rebelles à l'ac- 
tion de la brosse. Il serait à regretter que quelques expériences donnant des 
résultats négatifs ne fissent pas prolonger les essais que le service municipal 
ne manquera pas d'entreprendre. 

Nous croyons que la simplicité et les bonnes combinaisons des éboueuses 
de M. Tailfer seront un puissant auxiliaire dans un service aussi considérable 
que celui de la ville de Paris : elles ne gênent point la circulation, elles sont 
d'une manœuvre facile, et ne doivent donner lieu qu'à des frais d'entretien 
peu élevés. 

Nous vous proposons, en conséquence, de remercier M. Tailfer de son 
intéressante communication , et en même temps de faire insérer dans le 
Bulletin de la Société le présent rapport et le dessin qui l'accompagne. 

Signé Baude, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 10 février 1864. 



LÉGENDE DE LA PLANCHE 296 REPRÉSENTANT LA MACHINE BALAYEUSE 

DE M. TAILFER. 

Fig. 1. Vue de profil de la machine. 
Fig. 2. Vue en dessus. 



ARTS MÉCANIQUES. 



271 



Fig. 3. h et 5. Détails relatifs à différents organes. 

A, charrette ordinaire portée sur deux roues, dont l'une quelconque sert à mettre 
en mouvement la brosse ou balai cylindrique. 

B, brosse cylindrique en piazava. 

C, C, pièces de bois jumelles portant l'axe de la brosse; elles oscillent sur l'essieu 
qui leur sert d'axe de rotation, et s'étendent parallèlement de chaque côté de la voi- 
ture, qu'elles dépassent à l'arrière de quantités inégales. 

D, supports inclinés rattachant le balai aux jumelles C, C. 

E, feuille de tôle recourbée, recouvrant la brosse à une petite distance, afin d'em- 
pêcher les projections de boue. 

F, poulie motrice calée indifféremment sur l'une des roues de la charrette. 

G, chaîne de transmission du mouvement de la poulie F à la brosse. 

H, H, guides de la chaîne, fixés l'un au support D, et l'autre à l'une des jumelles C. 

I, levier servant à relever ou à abaisser la brosse, lorsqu'on veut la faire fonctionner: 
il se compose d'une longue barre de fer, passant dans l'intérieur de la charrette et se 
terminant en avant par un bras vertical, dont la poignée est à portée de la main du 
conducteur lorsqu'il est assis sur son siège. 

J, chaîne d'attache de la brosse au levier I. 

Par suite de ces dispositions, les jumelles C, les supports D, la brosse avec sa 
feuille de tôle, la chaîne J et le levier I forment un tout solidaire qui bascule à vo- 
lonté sous la main du conducteur, de telle sorte que, suivant la position qu'on donne 
au levier, la brosse se trouve relevée comme dans la figure 1 ou abaissée surla chaussée 
pour fonctionner. Dans le premier cas, le levier est maintenu par un simple loquet ii 
ressort (fig. 4 et 5), sous lequel il vient s'engager; dans le second, le conducteur, 
sans quitter son siège, appuie sur un marchepied qui est à sa portée, et il fait rentrer 
le loquet en même temps qu'il maintient par la poignée le levier I, qui s'incline en 
sens inverse et laisse tomber la brosse. 

L, peitte poulie sur laquelle passe la chaîne de transmission G; elle est placée sur 
l'axe de la brosse, et disposée de telle sorte que, au moyen d'un embrayage qui fonc- 
tionne en même temps que le levier I, elle est rendue folle lorsque la brosse est re- 
levée, et fixe lorsqu'elle est abaissée ; cet embrayage est établi d'après les dispositions 
suivantes : 

M, tige fixe placée horizontalement à l'arrière de la charrette. 

N, tringle verticale montée à l'extrémité de l'axe de la brosse et commandant le 
système d'embrayage de la petite poulie L; cette tringle, qui touche constamment la 
tige M, est courbée vers la partie supérieure, en sorte que, lorsqu'on fait basculer le 
levier I pour abaisser la brosse, le coude qu'elle forme, pressant contre la lige, met 
en prise l'embrayage de la poulie L. Dès qu'on remonte la brosse, la tringle remonte 
en même temps, et son coude, passant au-dessus de la tige M, débraye immédiatement 
la brosse. (M.) 



272 



ARTS CHIMIQUES. 



ARTS CHIMIQUES. 

Rapport fait par M. A. Chevallier, au nom du comité des arts chimiques, sur 
le rois durci de MM. Latry et comp., rue du Grand-Chantier, 7. 

Messieurs, vous avez renvoyé à l'examen du comité des arls chimiques le 
travail qui vous a été adressé par M. Latry. Dans ce travail, il fait connaître 
les procédés qu'il met en usage pour obtenir, par agglomération, agglutina- 
tion, pression, moulage à chaud, et par refroidissement, un nouveau pro- 
duit, composé de sciure de bois et d'albumine de sang, auquel il a donné le 
nom de bois durci. Le produit obtenu par M. Latry sert a faire des objets 
d'ébénisterie, des articles de bureau, des bijoux de deuil, des médailles, des 
plaques ouvrées, des manches de couteau, des moulures employées en hor- 
logerie , maroquinerie, brosserie, et dans les encadrements, etc. 

L'idée d'agglutiner les sciures de bois et d'obtenir par l'agglutination des 
objets divers a été déjà le sujet de plusieurs tentatives, mais on n'obtenait 
pas jusqu'ici le fini voulu. La délicatesse artistique obtenue par M. Latry 
constitue une invention qui doit fixer non-seulement l'attention du public, 
mais aussi celle des hommes pratiques. 

Au sujet des agglutinations des sciures, on trouve dans le Dictionnaire de 
l'industrie, publié en l'an IX (article Sculpture) : 1° que, dans divers cabinets, 
il existe des médailles et divers autres objets obtenus en prenant un moule en 
creux, remplissant ce moule de sciure détrempée dans une colle claire, puis 
faisant subir au tout une certaine pression; 

2° Que des sciures mêlées à de la térébenthine {Dictionnaire de l'industrie, 
p. 338), amenées à l'état de pâte, puis moulées, pouvaient donner des vases 
ayant de l'analogie avec ceux du Japon. 

Dans le Bulletin de la Société d'encouragement (t. XXII, p. 95), on trouve 
que M. Rray, ébéniste, à Paris, a présenté, en 1823, à la Société un meuble 
en bois moulé, fabriqué avec des sciures de bois de diverses couleurs, agglu- 
tinées avec un excipient très-tenace, de manière à obtenir une pâte qui, à 
l'état liquide, étendue sur des objets d'ébénisterie ou de menuiserie, se dur- 
cissait et pouvait ensuite recevoir le vernissage. Cette présentation, qui parut 
intéressante, valut à son auteur, de la part du gouvernement, une récom- 
pense pécuniaire, et un encouragement de la part de la Société, qui donna à 
cet industriel des indications pour perfectionner ce nouvel enduit. 

On a dû, depuis 1823, ne pas propager cette idée, car on n'en trouve pas 



ARTS CHIMIQUES. 



273 



traces dans le commerce. Depuis lors, en 1826, M. Sébastien Lenormand, 
dans les Annales de l'industrie, indiqua un mode d'obtenir, au moyen de la 
sciure de bois, des ornements en relief. Il donnait à ce produit le nom de 
stuc ligneux. Ces ornements étaient le résultat d'un mélange de colle de 
Flandre, de colle de poisson, dans lesquelles on ajoutait, au moment où elles 
étaient liquides, de la sciure ou poudre de bois, de manière à obtenir une 
pâle, que l'on coulait dans des moules. Cette première pâte, après dessic- 
cation, était recouverte d'une seconde pâte, faite avec de la colle et de la 
sciure, plus grossièrement préparée. Ces pâtes, ainsi disposées, étaient 
ensuite pressées dans les moules, au moyen d'une planche chargée d'objets 
pesants. 

Nous avons eu occasion de voir ces moulages, mais ils étaient grossière- 
ment confectionnés et n'avaient pas de solidité. 

Maintenant que nous avons fait connaître ce qui a été tenté antérieurement, 
nous allons décrire les opérations qui ont permis à M. Latry d'obtenir les 
objets fabriqués dans son importante usine. 

Ancien mode de fabrication. — En 1855, MM. Lepage, Talrick eurent l'idée 
de faire, avec de la sciure de bois et de l'albumine du sang, des objets moulés; 
ils prirent un brevet et firent des essais industriels qui n'eurent pas tout le 
succès désiré. 

C'est alors que M. Latry, à qui l'on proposa le brevet et qui l'acheta, 
chercha le moyen d'en tirer tout le parti possible; il dut spécialement s'occu- 
per de faire des produits pouvant être livrés au commerce. 

Après de nombreuses recherches, des modifications importantes au point 
de vue du travail et du mécanisme, M. Latry est parvenu à créer une nou- 
velle industrie, qui, par la beauté de ses produits, fait de sa fabrique une 
usine de première classe. 

Le but que l'on s'était proposé en 1855, lors de la prise du brevet, était 
d'obtenir une matière analogue aux agglomérés de poudre d'écaillé, de 
corne, etc., en utilisant les sciures de divers bois (palissandre, bois des Iles). 

L'albumine du sang est la matière agglutinante qui vient relier les sciures 
employées dans la fabrication ; si elle n'est pas indispensable a l'obtention 
des objets fabriqués, elle est, du moins, d'un grand secours, d'une grande 
utilité ; elle donne de la densité, ou plutôt un état particulier aux sciures 
agglomérées (le durcissement). 

Au commencement de l'exploitation, il se présentait des difficultés nom- 
breuses que M. Latry a dû vaincre. Nous allons, aussi brièvement que pos- 
sible, indiquer les inconvénients rencontrés dans la fabrication primitive. 

Le chauffage étant irrégulier, les moules ne recevaient pas une chaleur 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Mai 1864. 35 



274 



ARTS CHIMIQUES. 



constante; les produits obtenus n'avaient pas cette perfection indispensable 
aux objets d'art. Les plaques de chauffe devenaient gauches et s'usaient irré- 
gulièrement. On ne pouvait obtenir des pièces un peu importantes. Le ma- 
niement des objets un peu volumineux était dangereux pour les ouvriers, si 
ce n'est impossible. Le refroidissement des moules sur la presse faisait perdre 
beaucoup de calorique et entravait les opérations. Les premières modifica- 
tions consistèrent à obtenir plus de régularité dans le calorique, en entrete- 
nant la chaleur des plaques de chauffe au moyen de boulons portés au rouge 
et renouvelés constamment. Mais l'usure trop rapide des boulons, leur gau- 
chissage, leur refroidissement trop prompt offraient encore des inconvénients 
auxquels on dut remédier. Déjà, à celte époque, on refroidissait les moules 
non plus sous les presses à compartiments, mais sur des presses à main 
disposées spécialement à cet effet. 

Mode actuel de fabrication. — Le mode actuellement employé, après bien 
des essais et des modifications dus à MM. Latry et comp., consiste à travailler 
de la manière suivante : 

Des sciures de bois, et de palissandre surtout, réduites en poudres très- 
fines, sont humectées avec une quantité convenable de sang mélangé d'eau 
et portées dans une étuve chauffée de 50 à 60°; là, elles se sèchent. C'est avec 
ces poussières que s'identifie l'albumine du sang. L'agglomération s'opère 
avec des sciures de même nature ou des sciures semblables. Le moulage est 
fait dans des bagues contenant des matrices en acier poli, destinées à repro- 
duire, avec toute la finesse possible, diverses créations artistiques. Les pous- 
sières sèches sont empilées dans les moules, de manière qu'après la com- 
pression il n'y ait pas d'excès de matières premières, conséquemment de 
bavures. 

La pression est obtenue au moyen d'une presse hydraulique d'une très- 
grande puissance. 

Les plaques sont chauffées au gaz, de façon que le calorique soit main- 
tenu à un degré voulu pendant toute l'opération. 

Les moules, munis de leurs bagues, se meuvent dans des rainures dispo- 
sées de façon qu'ils ne puissent éprouver aucune variation. 

Dans la course de la pression, un point d'arrêt fixe les plaques à leur dis- 
lance respective; la distance est calculée de façon à recevoir un moule muni 
de sa bague dans chaque compartiment. 

Les plaques dites de chauffe sont munies, chacune, d'un appareil à gaz fixé 
a elles, de façon à suivre le mouvement d'ascension ou de descente qu'on 
fait subir aux plaques, suivant la pression donnée aux diverses bagues. 

Des tubes amènent le gaz de manière qu'à chaque trou corresponde 



ARTS CHIMIQUES. 



275 



un jet. Chacun des tubes est double, et une partie rentre concentriquement 
dans l'autre. Le tube central de cet appareil fournit, au moyen d'un ventila- 
teur, de l'air froid venant de l'extérieur. C'est autour de ce tube aérateur que 
se trouve distribué le gaz destiné à chauffer les plaques à compartiment. La 
régularité du calorique permet d'obtenir des objets de la plus grande netteté. 
Le chauffage au gaz est onéreux, mais il est largement compensé par l'avantage 
qu'il offre dans le travail. En effet, le gaz employé pour le chauffage industriel 
vaut encore aujourd'hui 30 centimes le mètre cube. 

Ce prix est une cause de son peu d'emploi dans l'industrie. 

La quantité de gaz brûlée chez M. Latry est de 40,000 mètres cubes pour 
deux presses, soit 12,000 francs environ de gaz par an, soit 40 francs par 
jour. 

On ne saurait se rendre, de prime abord, un compte exact de l'action 
exercée par l'albumine du sang sur la sciure dans l'obtention du bois durci. 
Longtemps on a présumé que cette action était la même que celle produite 
par l'albumine des œufs sur les tissus. Cette action ne pouvait s'expliquer 
ainsi, puisque les poudres de bois sont moulées primitivement avec l'albumine 
du sang, et le tout séché à l'étuve. On a dû rechercher une autre cause du 
phénomène produit. L'examen de la sciure a fait reconnaître la présence de 
la résine dans une certaine proportion. Ce fait a été confirmé par des essais. 
M. Latry a reconnu que la résine, en présence de l'albumine du sang, déter- 
mine une adhérence plus forte, car, si l'on prend des sciures de bois 
blanc ou de bois résineux (charme et hêtre), on obtient des agglomérés, 
mais ils ne sont pas denses, et ne peuvent résister à l'action de l'eau bouil- 
lante. L'addition de 33 centièmes de sang (albumine du sang) leur donne une 
solidité plus grande, mais il arrive encore, au bout de dix à quinze minutes de 
contact avec l'eau bouillante, que le produit se désagrège et n'a plus de con- 
sistance; avec 66 centièmes, les objets sont plus denses, plus brunâtres, 
plus résistants, mais ils n'ont pas la valeur de ceux faits avec des sciures 
de bois résineux. D'après cela, on voit que le sang, sans être indispensable 
dans la fabrication, est d'une grande utilité. Par le séchage, le sang des abat- 
toirs acquiert une teinte brunâtre, intense, et présente des parcelles bril- 
lantes, favorables à l'aspect des produits. 

Chauffé de 170 à 200°, le sang, par un commencement de fusion, acquiert 
une propriété adhésive telle, qu'après le refroidissement ses parties ont 
conservé une adhérence notable entre elles. 

On peut considérer comme une espèce de fusion cette opération du chauf- 
fage, car, si l'on ouvre les moules pendant le travail, on trouve une pâte 
molle, noirâtre, semi-liquide, pour ainsi dire analogue au bitume en fusion. 



276 



ARTS CHIMIQUES. 



C'est à ce moment, probablement, que les parties les plus délicates des ma- 
trices se trouvent remplies, et fidèlement reproduites après le refroidissement. 

Dans la fabrication faite avec les sciures de palissandre ou autres, il se 
produit un phénomène assez intéressant. L'air est expulsé, le mélange de 
sciure et d'albumine du sang subit une fusion; il se forme une matière nou- 
velle, ressemblant au tissu ligneux, et on obtient un bois dur, dense, ca- 
pable de subir tous les travaux d'ébénisterie. Ce phénomène est dû, selon 
M. Lalry, à l'action simultanée de la résine contenue dans les sciures et de 
l'albumine du sang, en présence de la chaleur et de la pression. La matière 
acquiert à ce moment la teinte brun noirâtre, et, après le refroidissement, une 
densité telle, que, sous le même volume, elle pèse 1,300 (l'eau étant 1,000), 
tandis que la sciure albuminée ne pesait que 800. 

Le comité des arts chimiques ne s'est, dans le rapport, occupé que de la 
question industrielle, mais il a constaté que les objets d'art faits dans les 
ateliers d'ébénisterie, moulés spécialement pour le bois durci à l'usine de 
Grenelle, mériteraient une visite de la commission des beaux-arts, et que ces 
objets, à cause de leur beauté artistique, pourraient vivement l'intéresser. 

Il est d'avis qu'il y a lieu : 

1° De remercier M. Latry de son intéressante communication ; 

2° D'imprimer le présent rapport dans le Bulletin de la Société (1). 

Signé À. Chevallier, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 2" janvier \ 864. 



(1) M. Latry est le seul fabricant qui ait obtenu, à l'Exposition de 1862 de Londres, quatre mé- 
dailles et une citation honorable : 
Une médaille pour la fabrication du blanc de zinc ; 

Une médaille pour l'obtention d'une carte-porcelaine sans danger pour la santé publique, en 
utilisant le blanc de zinc à celte fabrication ; 

Une médaille pour avoir obtenu, avec des produits perdus, une substance dure, connue sous le 
nom de bois durci; 

Une médaille pour son application industrielle ; 

Une citation honorable pour l'ensemble de ces applications industrielles : 

Le jury anglais ne pouvant, selon ses règlements, donner une aulre marque de satisfaction. 

(A. C.) 



BEAUX-ARTS APPLIQUES A L* INDUSTRIE. 



277 



BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A L'INDUSTRIE. 

Rapport fait par M. le baron de Silvestre, au nom de la commission des 
beaux-arts appliqués à l'industrie , sur l'application du graphite de Sibérie , 
présenté par M. Alibert, à la fabrication des crayons. 

Messieurs, vous savez que c'est en explorant, comme géologue, cette 
immense contrée qui s'étend de la Russie d'Europe aux frontières de la 
Chine, et particulièrement la province d'Irkoutsk, que M. Alibert rencontra 
les premiers indices d'un magnifique dépôt de graphite, dont il entreprit 
aussitôt l'exploitation, et dont le gouvernement russe lui fit généreusement 
l'abandon. Un précédent rapport qui vous a été fait par notre honorable Pré- 
sident (1), au nom du comité des arts chimiques, et à la suite duquel vous 
avez décerné à M. Alibert votre plus haute récompense, la médaille d'or, 
vous a fait connaître l'importance de cette nouvelle découverte, surtout en 
ce qu'elle a d'intéressant pour la science et pour l'industrie. 

Votre commission des beaux-arts, selon que vous l'en avez chargée, vient 
vous faire, aujourd'hui, un rapport sur l'application spéciale de la mine de 
Sibérie à la fabrication des crayons. 

Sans préjuger de l'avenir du graphite, eu égard aux avantages qu'en pour- 
ront tirer la science et l'industrie, nous pouvons dire que ce sont les beaux- 
arts qu'intéresse le plus, aujourd'hui, la découverte de M. Alibert. On sait, 
en effet, que la fabrication des crayons, fabrication qui est d'une utilité si 
générale, souffrait chaque jour davantage de la privation de bon graphite 
depuis l'entier épuisement des mines de Borrowdale, dans le Cumber- 
land (2). 

Par suite de cet épuisement, les fabricants de crayons étaient obligés, de- 
puis longtemps déjà, de tirer parti de certaines mines de graphite exploitées 
en Italie, en France, en Espagne, en Suède, en Allemagne et dans quelques 
parties de l'Amérique. Mais ces graphites, qui ne se rencontrent guère qu'en 
poussière ou en rognons disséminés dans la roche, et qui sont, d'ailleurs, 
très-inférieurs en qualité aux anciens graphites de Borrowdale, contiennent 



(1) Voir Bulletin de mars 1864, p. 129. 

(2) I) y a quelques années, en 1858, une Société s'est formée en Angleterre dans le but de dé- 
couvrir de nouveaux gisements dans la mine même de Borrowdale; mais après de pénibles et d'in- 
fructueux travaux, tout espoir de succès étant perdu, la mine a été complètement et définitive- 
ment abandonnée. [Noie du Rapporteur.) 



278 



BEAUX-ARTS APPLIQUÉS A l/lNDUSTRIE. 



une assez grande quantité de feldspath, de silex, de fer sulfuré et d'autres 
substances dont la présence rendait indispensables certaines opérations 
laborieuses pour amener la mine à un degré suffisant de purification. 
Aujourd'hui, grâce à la nouvelle découverte de M. Alibert, grâce à l'abon- 
dance et à la pureté relative de la mine de Sibérie, on peut revenir et on 
revient, en effet, à des procédés de purification beaucoup plus simples. 

Quel que soit l'état de pureté d'une mine naturelle de graphite, elle ne 
saurait se présenter avec une cohésion et une homogénéité telles qu'on puisse 
scier ou tailler dans sa masse des crayons sans défaut, de longueurs suffi- 
santes, et de tous les degrés de dureté. On ne peut, non plus, être assuré 
d'avance qu'il ne s'y trouvera pas incorporées quelques particules de silex ou 
d'autres matières pouvant nuire à la qualité des crayons, inconvénient qu'on 
a reproché souvent aux crayons taillés dans les mines naturelles les plus 
pures, comme celles du Cumberland, par exemple. Il convient donc, en 
général, de faire subir aux mines, même réputées les plus riches, une opéra- 
tion préliminaire de trituration et de purification. 

Cette opération, qui consiste à pulvériser la mine et à la traiter par des 
agents chimiques propres à la débarrasser des corps étrangers qui peuvent 
s'y trouver mêlés, permet d'en former une pâte suffisamment pure et homo- 
gène. C'est à cette pâte, mêlée à une quantité d'argile fine proportionnée à la 
dureté que doivent avoir les crayons, qu'on donne, par divers moyens, mé- 
caniques ou autres, la forme de minces baguettes, lesquelles sont coupées 
de longueur, séchées et exposées ensuite à une température élevée. 

La pâle sans mélange d'argile, soumise à une puissante compression, peut 
aussi servir à façonner, à la scie, d'excellents crayons de duretés différentes. 
Ce procédé, déjà employé avec succès en Angleterre, par M. Brookedon, au 
moment où la plombagine du commerce devenait très-rare, n'avait pas reçu 
d'application véritablement industrielle. M. Alibert vient tout récemment 
de faire, dans la même voie, de nouvelles et heureuses tentatives, dont il 
nous a montré les résultats. 

M. Alibert a présenté de nombreux échantillons de crayons, obtenus avec 
son graphite, à votre commission, qui les a examinés avec soin et les a sou- 
mis a des épreuves ra-ultipliées. Elle est d'avis que ces crayons ne laissent 
rien à désirer, et qu'ils peuvent parfaitement répondre non-seulement à tous 
les besoins, mais même à toutes les exigences des consommateurs. Nous 
ajoutons que M. Alibert a mis sous les yeux de votre commission, et à 
l'appui de la bonne qualité de ses produits, les témoignages écrits les plus 
flatteurs des principaux artistes français et étrangers. 

Les crayons que votre commission a eus dans les mains sont sortis des ate- 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



279 



liers de M. Faber. Ce fabricant, bien connu de vous, et qui, depuis long- 
temps, est en possession de fournir d'excellents crayons au commerce, est le 
seul, jusqu'aujourd'hui, qui emploie le graphite de M. Alibert. Pour vous 
donner, Messieurs, une idée de l'importance de la fabrique de crayons que 
M. Faber a établie à Stein, près Nuremberg, il suffira de vous dire qu'il 
occupe, dans ses vastes ateliers, un millier d'ouvriers, tant hommes que 
femmes et enfants ; que son exploitation nécessite l'emploi de plusieurs 
machines soit à eau, soit à vapeur, et qu'il confectionne, chaque jour, de 4 a 
500 grosses de crayons ; enfin que M. Alibert lui a livré, pour une première 
fois, il y a un an environ, 50,000 kilogrammes de graphite. 

Les fabricants anglais maintiennent encore leurs bons crayons au prix 
élevé de 1 franc la pièce, au détail, tandis que M. Faber livre ceux qui pro- 
viennent de la mine de Sibérie à 4 francs la douzaine. Ce prix modéré, qui 
peut le devenir encore davantage, est déjà de nature à satisfaire la classe si 
nombreuse des personnes, artistes ou autres, qui recherchent les crayons de 
la meilleure qualité. 

Messieurs, d'après ce qui précède, votre commission des beaux-arts a l'hon- 
neur de vous proposer : 1° d'adresser de nouveaux remercîmenls à M. Ali- 
bert pour le service important que, par sa découverte, il a rendu particu- 
lièrement à la fabrication des crayons; 2° d'ordonner l'insertion du présent 
rapport dans le Bulletin (1). 

Signé le baron de Silvestre, rapporteur. 
Approuvé en séance, le 4 mai 1864. 

ARTS ÉCONOMIQUES. 

Rapport fait par M. Lissajous, au nom du comité des arts économiques, sur 
les violons de M. Morisseau, rue des Fonlaines-du-Temple, 9. 

Un humble fabricant de sabots, M. Morisseau, s'est un jour mis en tête 
de fabriquer des violons. Dépourvu des moyens d'exécution qui appar- 



(t) Le précédent rapport a été fait uniquement en vue de l'application du nouveau graphite de 
Sibérie à la fabrication des crayons. Si la commission des beaux-arls avait eu pour mission de faire 
un rapport sur la fabrication des crayons en général, elle aurait cru de toute justice, et même de 
son devoir, de citer avec un éloge mérité plusieurs de nos fabriques françaises. Il faut espérer que 
le graphite de Sibérie, dont la source est si abondante, en s'introduisant chez nous, mettra l'in- 
dustrie du pays en état de rivaliser avantageusement avec les meilleures fabriques étrangères, 
ainsi qu'elle a su le faire depuis l'époque où la plombagine du Cumberland était devenue une 
véritable rareté dans le commerce. 



280 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



tiennent à la lutherie, il a été entraîné à simplifier son travail, en employant 
des procédés en rapport avec les habitudes de sa profession ; il a donc pris 
un premier bloc de bois dans lequel il a sculpté, en quelque sorte, la table 
inférieure, les éclisses et le manche de l'instrument; puis il a pris un 
deuxième bloc plus mince, dans lequel il a taillé la table supérieure, avec 
cette nervure presque médiane qu'on appelle la barre d'harmonie, et qu'on 
rapporte habituellement, au moyen d'un collage, sur la table du violon, 
pour l'aider à soutenir la pression des cordes. L'instrument étant ensuite 
complété par l'addition d'un chevalet, d'un cordier, de quatre cordes tendues 
par leurs chevilles, M. Morisseau s'est trouvé en possession d'un violon dans 
lequel les collages étaient réduits à la partie strictement indispensable. Ce 
genre de travail pouvait être considéré , à coup sûr, comme une œuvre 
d'adresse et de patience ; mais doit-on y voir un progrès sérieux dans l'art de 
la facture? C'est ce que nous allons examiner, et nous étudierons la question 
sous trois points de vue qui sont également intéressants en matière de lu- 
therie : 1° nature du travail ; 2° forme et aspect de l'instrument; 3° sonorité. 

Le travail, tel que M. Morisseau l'exécute, exige des masses de bois bien 
plus épaisses, qu'il est, par conséquent, plus difficile d'avoir à un degré de 
dessiccation complète. Le travail de sculpture qu'il exécute à la main pour- 
rait, il est vrai, être abrégé par l'emploi d'une machine, comme on le fait 
depuis longtemps dans la lutherie. D'autre part, y a-t-il avantage à éviter les 
collages dans un instrument qui est toujours soustrait systématiquement à 
l'action de l'humidité? Tout le monde sait que c'est là un perfectionnement 
illusoire, et que la colle, bien choisie et bien employée, offre plus de résis- 
tance que le bois lui-même. Une seule considération peut militer en faveur 
du système de M. Morisseau, et c'est la suivante : si un violon est fait avec 
des bois qui ne sont pas arrivés à leur dernier degré de dessiccation, ou que 
le vernis ne défend pas suffisamment contre l'action de l'humidité de l'air, 
le bois des tables peut éprouver des variations dans ses dimensions trans- 
versales ; tandis que les éclisses, cette cloison de forme contournée, qui suit 
le profil du violon et réunit les deux tables, conservent un périmètre constant, 
par cela seul que leurs fibres sont dirigées dans le sens même du contour. Il 
résulte de là, dans les collages, un travail de distension qui fait plus d'une 
fois décoller les tables. Rien de pareil dans les instruments de M. Morisseau : 
son violon se comporte, en quelque sorte, comme un bloc unique où toutes 
les parties travaillent de la même manière et dans le même sens ; aussi a-t-il 
pu faire des violons satisfaisants avec des bois presque verts, et qu'il avait 
simplement desséchés en les chauffant sur un feu flambant de façon à les 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



281 



carboniser à la surface. C'est là, pour nous, le mérite le plus réel de l'instru- 
ment de M. Morisseau. 

Examinons maintenant la forme et l'aspect de ces violons. Comme forme, 
M. Morisseau a cherché à se rapprocher des dispositions générales qui ap- 
partiennent à la bonne lutherie, et dont les modèles sont à la disposition de 
tout le monde ; mais de là à donner à un instrument cette pureté de con- 
tours, cette grâce particulière dans les courbures, en un mot ce fini de galbe 
qui rappelle la main de l'artiste, il y avait loin, et M. Morisseau s'est tenu, à 
cet égard, notablement au-dessous des exigences de la lutherie artistique. 
Comme couleur et comme vernis, ses instruments n'ont que le mérite de la 
simplicité; il serait difficile d'y retrouver le souvenir de ces tons chauds si 
recherchés des artistes, de ces glacis transparents et légers sous lesquels le 
moiré d'une belle table s'illumine de reflets chatoyants où l'œil de l'amateur 
croit retrouver des effets d'un véritable tableau. 

Comme sonorité, les violons de M. Morisseau sont satisfaisants. Nous ne 
pouvons partager l'enthousiasme paternel de l'auteur, qui les placerait vo- 
lontiers à côté des Stradivarius. 

Si votre rapporteur s'exprime avec cette netteté sur la valeur des instru- 
ments qui nous sont soumis, c'est qu'il a pris la précaution de corroborer son 
opinion de l'avis d'artistes éminents et spéciaux. MM. Guérin, ancien profes- 
seur au Conservatoire impérial de musique , Deloffre, chef d'orchestre au 
Théâtre-Lyrique, Ferrand, chef d'orchestre à l'Opéra-Comique, se sont réu- 
nis en commission pour examiner les violons dont il s'agit. Ils ont été una- 
nimes à reconnaître leur imperfection comme vernis et comme forme, leur 
bonne et franche sonorité. Quant à leur solidité, elle ne peut être mise en 
doute. 

Si M. Morisseau peut arriver à donner satisfaction aux artistes en amélio- 
rant le vernis et la forme de ses instruments, en en abaissant le prix assez 
pour vaincre la répugnance que les artistes éprouvent à sortir de leurs ha- 
bitudes, il aura fait une chose utile en fournissant aux violonistes des instru- 
ments de fatigue dont la qualité, déjà satisfaisante, s'améliorera peut-être 
avec le temps. 

Votre comité, considérant les efforts méritoires de M. Morisseau plutôt 
encore que la nouveauté des moyens employés par lui, vous demande de 
remercier l'auteur de son intéressante communication et d'insérer le pré- 
sent rapport au Bulletin. 

Signé J. Lissajous, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 20 avril 1864. 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Mai 1864. 36 



282 



ARTS ÉCONOMIQUES. 



ARTS ÉCONOMIQUES. 

Rapport fait par M. Priestley, au nom du comité des arts économiques, sur 
la table géographique de M. Jager , rue Belhomme, 4, à Paris-Montmartre. 

La table géographique que M. Jager a présentée à la Société d'encourage- 
ment se compose d'un guéridon, dont chaque face a reçu une carte mappe- 
monde représentant l'un ou l'autre hémisphère, le pôle correspondant en 
occupant le centre. 

Une disposition très-simple permet d'amener à la partie supérieure celle 
des faces de la table sur laquelle se trouve la carte que l'on veut con- 
sulter. 

M. Jager a adopté le mode de projection de Postel, c'est-à-dire que le rayon 
des cercles représentant chaque hémisphère a été partagé en 90 parties 
égales, qui correspondent aux 90 degrés du quart du méridien terrestre. 
La limite équatoriale des hémisphères a reçu plusieurs graduations ; l'une 
d'elles contient les degrés de la division nonagésimale, une autre les 
24 heures de la rotation du globe en heures et minutes. 

Quoique peu de parallèles figurent sur la carte, la position d'un point 
choisi se lit facilement. Un fil tendu, partant du centre et amené sur ce 
point, détermine sur la division équatoriale sa longitude. Un curseur à pointe 
qui se meut le long d'une aiguille graduée, mobile autour du centre, in- 
dique la latitude. Une deuxième aiguille, pouvant faire avec la première un 
angle quelconque, permet d'apprécier les différences d'heures et de distances 
entre deux points déterminés. 

La table géographique est recouverte d'une glace, sur laquelle sont repré- 
sentées les principales étoiles des différentes constellations de l'hémisphère 
boréal. La carte pouvant recevoir un mouvement indépendant, quelques 
questions intéressantes peuvent être abordées. 

Le plateau de la table peut recevoir diverses inclinaisons. En le plaçant 
dans une position verticale, M. Jager, au moyen de l'aiguille qu'il garnit de 
deux pinnules, essaye de donner une idée du procédé employé pour fixer la 
latitude d'un point du globe et des usages du graphomètre. 

Le comité des arts économiques, en raison des efforts que fait M. Jager 
pour vulgariser une science aussi utile que la géographie, a l'honneur de 



ARTS ÉCONOMIQUES. 283 

vous proposer de le remercier de sa communication et d'insérer le présent 
rapport au Bulletin. 

Signé Priestley, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



ARTS ÉCONOMIQUES. 

Rapport fait par M. Duchesne, au nom du comité des arts économiques, 
sur le tire-bouchon davier de MM. Bruneaux et Somsou, négociants à 
Château- Thierry. 

Messieurs, vous avez chargé votre comité des arts économiques d'examiner 
un nouveau tire-bouchon appelé davier, et de vous en rendre compîe. 

Ce tire-bouchon, inventé par MM. Bruneaux et Somsou, négociants à 
Château-Thierry, n'a aucune ressemblance avec les tire-bouchons déjà 
connus et qui ont quelquefois leur utilité spéciale. Il n'a la prétention que 
de remplacer les tire-bouchons usuels qui sont dans tous les ménages, 
et surtout le foret, si usité chez les marchands de vin, traiteurs et limo- 
nadiers. 

MM. Bruneaux et Somsou ont donné à leur tire-bouchon le nom de 
davier, à cause de sa ressemblance avec l'outil de dentiste portant ce nom. 

Son emploi est des plus simples; on s'en sert de la manière suivante : 

Avec l'extrémité courbe de l'instrument, on enlève un peu de la cire à 
cacheter, puis on le glisse entre le bouchon et le col de la bouteille en 
inclinant légèrement la main pour que l'acier suive le verre ; lorsque l'on 
n'éprouve plus de résistance, c'est que l'instrument est assez enfoncé ; on 
imprime alors au manche un mouvement circulaire de manière à ramener 
le crochet sous le bouchon, et aussitôt on opère l'enlèvement par une trac- 
tion en ligne droite. Le bouchon ne se trouve ainsi ni coupé ni altéré, et 
peut encore être utilisé. 

Le foret dont se servent] les marchands de vin perce nécessairement le 
liège, divise souvent le bouchon par la moitié et écrase toujours le goulot 
de la bouteille. Ces inconvénients n'existent plus avec le tire-bouchon davier 
qui offre encore un autre avantage. 

Ainsi, il arrive quelquefois que le bouchon a été choisi trop petit pour le 
goulot de la bouteille, ou que, par suite de sa vétusté, il s'est ramolli; lors- 
qu'on veut alors employer les tire-bouchons ordinaires, presque toujours on 



284 



ARTS MÉCANIQUES. 



les enfonce, et on se trouve dans la nécessité de décanter le liquide. Si pareille 
difficulté se présente avec le tire-bouchon davier, il suffit d'enfoncer légère- 
ment le bouchon dans la bouteille et de glisser ensuite le crochet sous le 
bouchon qui flotte sur le liquide; on le tire au dehors avec la plus grande 
facilité. 

Nous ne croyons pas utile d'insister plus longtemps sur les avantages de ce 
petit instrument de ménage, d'un prix très-modique ; mais nous ajouterons 
que nous nous en servons depuis trois mois, que nous le trouvons beaucoup 
plus commode que l'ancien tire-bouchon, dont nous avons complètement 
abandonné l'usage. 

Votre comité des arts économiques vous propose : 1° De remercier 
MM. Bruneaux et Somsou de leur intéressante communication ; 2° d'insérer 
le présent rapport au Bulletin. 

Signé Duchesne , rapporteur. 
Approuvé en séance, le 13 janvier 1864. 



ARTS MÉCANIQUES. 

Léonard de Vinci, inventeur de la tondeuse automatique 
a lames iiélicoïdes (Pl. 297). 

Note par M. Alcan, membre du comité des arts mécaniques. 

Plusieurs auteurs ont mentionné d'une manière générale la variété des 
recherches scientifiques et des applications mécaniques de Léonard de Vinci, 
et entre autres Venturi dans YEssai sur les ouvrages physico-mathématiques de 
Léonard de Vinci, et surtout l'auteur de l'Histoire des sciences mathématiques en 
Italie , depuis la renaissance des lettres jusqu'à la fin du x\u e siècle. Le passage 
suivant, sur les travaux du grand artiste de la renaissance , m'a surtout 
frappé. 

« INous citerons plusieurs machines pour laminer le fer, pour faire des 
« cylindres, des limes, des scies, pour tondre les draps, pour raboter, pour 
« dévider; un pressoir mécanique, un marteau pour les batteurs d'or, une 
« machine pour creuser les fossés, une autre pour labourer la terre à l'aide 
« du vent, les appareils de sondage , une roue adaptée aux bateaux pour les 
« faire mouvoir, et une infinité d'autres machines dont nous ne saurions ici 
« faire l'énumération. Il fit construire un grand nombre d'appareils ingénieux 



ARTS MÉCANIQUES. 



285 



« d'une utilité toute domestique ; il avait imaginé un tournebroche dont la 
« rotation s'effectue par le mouvement ascensionnel de l'air raréfié, par le feu 
« des fourneaux qui chauffent par-dessous, et des lampes à courant d'air.» 
(Tome III, page iï.) 

Cette nomenclature , particulièrement curieuse à cause du nom de l'inven- 
teur et de l'époque de ces inventions, éveilla vivement ma curiosité, et, 
après d'assez longues recherches, j'appris que ces diverses inventions devaient 
être décrites dans des cahiers manuscrits , dont une partie avait été rapportée 
des bibliothèques de Milan, à la suite de la campagne d'Égypte par le premier 
Consul, et déposée à la bibliothèque particulière de l'Institut de France. C'est 
là que j'ai pu, en effet, prendre connaissance de quelques cahiers où les inven- 
tions sont croquées à la plume, accompagnées de notes écrites à rebours, si je 
m'en rapporte à Venturi, qui dit dans l'essai précédemment cité : « Léonard de 
Vinci écrivait de droite à gauche à la manière des Orientaux. » Ne pouvant 
déchiffrer cette écriture, je priai un praticien élève de l'École des chartes , un 
professeur de paléographie, de vouloir bien m'aider dans mes recherches; mais 
il fut obligé d'y renoncer faute de temps, attendu, me dit-il, que ce serait un 
travail de plusieurs mois. 

Dans cette situation, je m'attachai tout particulièrement à l'étude des cro- 
quis, et fus assez heureux pour pouvoir réunir ceux épars concourant à la 
tondeuse du drap; ils sont reproduits, pl. 297, avec une exactitude religieuse; 
je me suis permis seulement de les coordonner méthodiquement dans leur 
disposition , afin de les faire comprendre comme je les comprends moi-même. 

Fig. 1 est la représentation isolée de l'organe tondeur, le cylindre a, armé 
des lames en hélices l, L 

La fig. 2 indique, sur une échelle plus grande, l'assemblage de ces lames sur 
le cylindre. L'extrémité de ce cylindre est terminée par une lanterne à che- 
villes c, pour recevoir la transmission des dents d'une roue d'engrenage. 

La fig. 3 donne un détail en perspective du cylindre tondeur a, développé 
avec ses lames /, et la position de cet organe par rapport au drap f, dont la 
coupe du poil est facilitée, grâce à la position de la lame fixe b. Les lames / du 
cylindre de rotation tournent tangentiellement à cette lame fixe contre la 
surface de l'étoffe à raser. 

Cette lame devait avoir la largeur de l'étoffe à tondre. Celle ci devait être 
tendue de la manière indiquée dans la figure 4. Elle entre dans une espèce de 
pince P en se déroulant et passe au-dessus du cylindre-ensouple E pour s'en- 
rouler sur celui E'. 

La fig. 5 montre en détail le moyen de serrage de la pièce de drap par un 
coin chassé entre deux jumelles x et x'. 



m 



ARTS MÉCANIQUES. 



La fig. 6 paraît un tracé graphique, où le drap f est représenté par une pro- 
jection de profil, et l'organe tondeur a par un cercle. 

Le bâti rectangulaire L M N 0, fig. 7 et 8, n'offre rien de particulier, si 
ce n'est une modification dans la manière d'enrouler la partie de la surface 
tondue, la tablée, comme on dit aujourd'hui ; en effet, le drap ne pouvant 
être tondu à la fois qu'entre les montants LM et ON, une fois que la tondeuse 
avait parcouru cette surface, il fallait rendre l'étoffe libre et enrouler la partie 
tondue autour de l'ensouple E'; cette manœuvre déroulait en même temps une 
nouvelle longueur de tissu. A cet effet, on devait opérer le desserrage et le ser- 
rage du coin et, par conséquent, du drap en agissant sur l'espèce de treuil t, 
au moyen du bras de levier Q, fig. 9 , qui déterminait le serrage ou le desser- 
rage, suivant la direction imprimée au bras de levier. 

Une fois le desserrage opéré, on pouvait enrouler la pièce sur l'ensouple E' 
en tournant la manivelle m sur laquelle est placée la vis v, engrenant avec la 
roue droite R, fixée sur l'axe de l'ensouple E', fig. 4. 

Pour opérer conformément à l'indication que je viens de donner, il fallait 
nécessairement que la tondeuse fût douée d'un double mouvement simultané, 
d'une rotation autour de son axe, et d'un mouvement de translation le long de 
la surface à tondre. Le premier de ces mouvements paraît très-nettement 
indiqué en élévation, fig. 7, et en projection horizontale, fig. 8; une manivelle q 
porte une vis sans fin r, engrène avec une roue horizontale à chevilles ; l'axe 
vertical s de cette roue est fileté et engrène avec une roue droite R', dont l'axe 
forme l'arbre de la tondeuse. Quant au mouvement de la translation, il est 
moins clairement dessiné , il est cependant indiqué dans la figure 7 ; il parait 
avoir été déterminé parles anneaux n d'une espèce de chaîne qui opérait sur 
les fuseaux de la roue à lanterne R', et une fois arrivée h l'extrémité de sa 
course, l'on faisait revenir la tondeuse à sa position initiale au moyen d'une 
petite manivelle à la main agissant dans le sens voulu sur l'axe de la ton- 
deuse. 

Si je ne me trompe, il résulte de la description précédente que la tondeuse 
de Léonard de Vinci a une analogie extraordinaire , presque une identité 
avec les premières tondeuses automatiques, dites transversales, opérant 
sur le drap immobile. Ces tondeuses, connues en Angleterre sous le nom de 
Levis, le sont en France sous celui de Collier, leur importateur au commen- 
cement de ce siècle. (Voir le Bulletin de la Société d'encouragement, 1831, 
t. XXXIX, p. 443, pour se faire une idée des services rendus par cette 
invention.) 

Un résumé de la manière générale d'opérer avec la tondeuse du grand 
artiste justifiera , je pense, l'analogie que je viens d'établir. Le chef ou extré- 



SACCHARIMETRIE. 



287 



mité longitudinale du drap à tondre est fixé à des cordes ou pièces de toile, 
comme on le voit en h, fig. 4. Les deux mâchoires de la pince P sont desser- 
rées, on tourne la manivelle m jusqu'à ce que le commencement du drap arase 
le montant LM ; on serre alors les mâchoires ou pinces au moyen du levier Q, 
agissant sur la tête de la vis d. 

La tablée, ou surface entre les montants verticaux, se trouve tendue; on 
agit alors sur la manivelle q. Le cylindre tondeur tourne et avance horizonta- 
lement le long du bâti ; arrivé à l'extrémité de sa course, on peut le faire 
revenir à sa position initiale par une petite manivelle à main agissant sur le 
cylindre dans le cas où la tonte serait insuffisante, et, si elle est bien faite, on 
desserre la mâchoire et on tourne la manivelle m pour enrouler la partie ton- 
due et dérouler la suivante à tondre, et ainsi de suite jusqu'à ce que la pièce 
soit terminée. 

C'est du moins ainsi que j'ai compris ces remarquables croquis. Je ne crois 
pas m'être trompé dans leur explication générale, quoique je ne sois pas cer- 
tain d'avoir pu me fixer d'une manière précise sur tous les détails des mouve- 
ments, ni même de les avoir donnés d'une manière complète. Pour pouvoir être 
plus afïirmatif, il serait nécessaire de s'aider du texte. Si je me suis décidé à 
passer outre, c'est parce que les figures m'ont paru assez significatives pour en 
tirer une conclusion certaine et assez intéressante pour engager d'autres plus 
compétents à continuer le travail d'exploration concernant les applications de 
la mécanique, proposées ou réalisées par un génie bien justement célèbre, il 
est vrai, mais si extraordinairement fécond, que l'on connaît à peine de nom 
ses importants travaux scientifiques et ses innombrables inventions indus- 
trielles. Elles seraient cependant assez remarquables pour faire la célébrité 
d'un grand nombre d'inventeurs contemporains des plus éminents, si elles 
étaient toutes aussi pratiques que l'était celle que nous venons d'examiner. 



SACCHARIMÉTRIE. 

mode d'évaluation du rendement en sucre cristallisé des jus sucrés, 
particulièrement de ceux de la canne et de la betterave , et des 
dissolutions de sucres bruts, par m. clerget, 

Membre du comité des arls économiques. 



Il ne saurait suffire, pour apprécier les rendements en sucre cristallisé 
que peuvent donner les jus sucrés, de constater la quantité de sucre réel 



288 



SACCHARIMÉTRIE. 



(C 12 , H", 0") que ces jus contiennent, car on sait que, jusqu'à présent, on n'a pu 
extraire ce sucre, soit en totalité, soit même en quantité d'une proportionnalité 
constante, à cause des autres substances solubles qui l'accompagnent. La seule 
constatation de la densité des jus, constatation qui sert cependant de base à la 
prise en charge dans les fabriques de sucre de betterave, donne des indications 
sur le rendement qui s'éloignent encore plus de la vérité que celles qui ré- 
sultent de la connaissance de la richesse saccharine, car cette densité est l'ex- 
pression non-seulement de la présence du sucre, mais encore des autres ma- 
tières solubles déjà mentionnées, qui en retiennent une forte proportion dans 
les résidus de la fabrication, écumes ou mélasses. Mais, si la reconnaissance du 
titre saccharin et celle de la densité sont impuissantes, chacune considérée iso- 
lément, pour une appréciation du rendement, elles peuvent, au contraire, en les 
faisant concourir simultanément à cette appréciation, donner d'importants 
résultats. 

C'est ce que j'ai depuis longtemps indiqué, et ce qui se trouve sommairement 
consigné dans mon Mémoire sur la saccharimétrie optique. J'ai cru devoir le 
rappeler dans la séance du Conseil de la Société d'encouragement du 30 mars 
1864, à l'occasion de l'intéressante communication, faite par notre éminent 
Président M. Dumas, de son procédé de régularisation des essais des sucres 
bruts par l'alcool préalablement saturé de sucre pur. J'ai fait remarquer que le 
procédé de M. le Président, qui s'applique spécialement aux sucres bruts, lais- 
sait subsister l'intérêt qui pouvait s'attacher au mode d'appréciation que j'ai 
proposé non-seulement pour ces sucres, mais encore pour les jus naturels, sur- 
tout pour celui de la betterave, et M. le Président a bien voulu m'inviter à 
déposer un résumé de mes observations; tel est l'objet de la présente note. 

Il est évident que, lorsque du sucre est seul dissous dans de l'eau, il peut 
suffire, pour le doser, de prendre la densité de la liqueur à une température 
donnée. Une table dressée depuis longtemps, que l'on trouve dans divers 
ouvrages de chimie et que je reproduis ici (table I), indique, pour chaque 
degré du densimèlre centésimal, en opérant à la température de -+- 15°, la 
quantité de sucre ainsi dissous. Or des expériences synthétiques m'ont fait 
reconnaître que les substances solubles qui accompagnent le sucre, dans les 
jus de betterave particulièrement, affectent sensiblement la densité des liquides, 
comme le ferait le sucre seul; d'où l'on doit conclure que la densité peut 
suffire pour indiquer très-approximativement la quantité totale des matières 
solubles, sucre et substances diverses qu'ils renferment. D'un autre côté, la 
saccharimétrie optique, telle que je l'ai réglée, donnant le moyen de doser le 
sucre avec exactitude et très-promptement, la densité rapprochée de l'analyse 
optique permet de déterminer, par différence, la quantité des substances di~ 



SACCHARIMETRIE. 289 

verses qui accompagnent le sucre, et c'est de ce rapprochement que je conclus 
l'évaluation du rendement, me fondant sur cette considération que l'on trouve, 
dans les écumes et les mélasses où se concentrent ces substances, une quantité 
à peu près égale de sucre, dont on n'a pu obtenir la cristallisation. 
Exemple de l'évaluation : 

La densité d'un jus de betterave étant reconnue égale à 5° centésimaux, on 
doit admettre, en se reportant aux observations qui précèdent et en consultant 
la table précitée, qu'il contient, par hectolitre, un poids total de substances 



diverses solubles, le sucre compris, de 13k. 06 

Et si, en recourant à la saccharimétrie optique, on reconnaît que 

le sucre entre dans ce poids pour 1 1 00 

On en conclut, par différence, que le poids des substances solubles 

autres que le sucre est de 2 06 

Or, en retranchant ce poids de celui qui exprime la richesse sac- 
charine, on aura, pour l'évaluation du rendement 8 94 



Le tableau II ci-joint, dont cet exemple est extrait, présente les résultats de 
vingt-cinq essais de jus divers de betterave. 

Quant à la pratique de la méthode que je propose, elle peut se réduire, pour 
la suite des opérations d'une fabrique, à un seul essai par jour, exigeant très- 
peu de temps, une demi-heure peut-être. 

En effet, toutes les cuves servant aux défécations étant exactement jaugées, il 
est facile de composer, pour tous les emplis d'une journée, un échantillon moyen, 
en prélevant sur chaque empli et en versant dans un même récipient une 
faible quantité proportionnelle de jus ne s'élevant jamais à plus d'un décilitre. 
Ce serait alors, à la fin de la journée ou à l'expiration de chaque période de 
vingt-quatre heures, dans les fabriques où le travail se continue pendant la 
nuit, que l'on prendrait la densité de l'échantillon moyen et son titre sac- 
charin, en ayant recours à la saccharimétrie optique, qui, au cas particulier, 
n'exige pas de pesée et se réduit à observer le liquide dans un tube, après 
l'avoir clarifié par le sous-acétate de plomb. 



Tome XI. 



— 63 e année. 2 e série. 



— Mai 1864. 



37 



290 



SACCHA.RIMÉTRIE. 



I. QUANTITÉS de sucre indiquées par le densimètre centésimal dans les mélanges 

de sucre et d'eau. 



DEGRÉS 


SUCRE 


DEGRÉS 


SUCRE 


Ciensii n xiri(juL& 


pnnf pnn d 'i ik 1 00 litrpQ 


nontim pf rinn pq 


rnnfpnii flanc \ 00 1 i f rpc 


à4-15°T rô . 


de mélange. 


à-f 15°T re . 


de mélange. 


Degrés. 


Kilogrammes. 


Degrés. 


Kilogrammes. 


0 1 


0-26 


5 1 


13 33 


02 


0-52 


5 2 


13 59 


0 3 


0-78 


5 3 


13 85 


04 


1 04 


5 4 


1411 


0 5 


1-31 


5 5 


14 37 


0 6 


1-57 


5 6 


14-63 


0-7 


1 83 


5 7 


14 89 


0 8 


2 09 


5 8 


15-15 


0 9 


2 35 


5 9 


15 42 


1 0 


2 61 


6 0 


15 68 


11 


2-87 


6 1 


15-94 


1-2 


313 


6 2 


16 20 


1 3 


3-40 


6 3 


16-46 


1-4 


3 66 


6-4 


16 72 


1 S 


3-92 


6 5 


16 98 


1 6 


4 18 


6-6 


17 24 


1 7 


4.44 


6-7 


17 51 


18 


4-70 


6 8 


17 77 


19 


4-96 


6 9 


18 03 


2.0 


5-23 


70 


18- 29 


2.1 


5-49 


7 1 


1855 


2 2 


5-75 


7-2 


18 81 


2 3 


6 01 


7 3 


19 07 


2.4 


6 27 


7-4 


19 34 


2 5 


6 53 


7-5 


19 60 


2 6 


6-79 


76 


19 86 


2 7 


7 05 


7 7 


CIA 4 c\ 

20 . 12 


2.8 


7-32 


7 8 


20 38 


2 9 


7-58 


7 9 


20.64 


3 0 


7-84 


8 0 


CIA l~if\ 


3 1 


8 10 


81 


Cl 4 Ai* 

21 16 


3 2 


8.36 


8.2 


21 . 43 


33 


8- 62 


8 3 


21 69 


34 


8-88 


84 


21 95 


3 5 


9. 14 


8 5 


22. 21 


3 6 


9 41 


8 6 


22 47 


37 


9. 67 


8.7 


22 73 


38 


9. 93 


88 


22 . 99 


3 9 


10.19 


8 9 


23 25 


4 0 


10.45 


9 0 


23 52 


41 


10.71 


9.1 


23 78 


4-2 


10 97 


9 2 


24 04 


4 3 


11.23 


9 3 


24 30 


44 


11.50 


9.4 


24.56 


4 5 


11.76 


9 5 


24 82 


4.6 


12.02 


96 


25 08 


47 


12.28 


9.7 


25.35 


48 


12.54 


9.8 


25.61 


49 


12 80 


99 


25.87 


5.0 


13. 06 


100 


26 13 



CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 



291 



II. ESSAI des jus de 25 betteraves , et évaluation du rendement en sucre brut, 
par le rapprochement de la densité et du titre saccharimé trique. 



Numéros 


Densité 


Quantité approximative 


Quantité rée'le de sucre 


Quantité approxima- 


Rendement 






par hectolitre et d'a- 


par hectolitre, d'après 


tive des substances 


ou 


d'ordre 


DES JUS 


près la densité, des 


la sa ' é ie o 
a sacciarime rie op- 


solubles autres uele 
sou esauresqu 


quantité approximative 






substances solubles, le 


de 


des essais. 


à -|- 15o T' e . 


sucre compris. 


tique. 


sucre- 


sucre extiactible. 




Degrés. 


Kilogrammes. 


Kilogrammes. 


Kilogrammes. 


Kilogrammes. 


17 


4.3 


11-23 


8. 45 


2 78 


5-67 


18 


4-4 


11-50 


8.63 


2 87 


5 76 


19 


4-4 


11.50 


8.71 


2-79 


5 92 


20 


4.4 


11.50 


9.43 


2-07 


7-36 


21 


4.5 


11-76 


9. 43 


2-33 


7 10 


22 


4.6 


12.02 


9-17 


2-85 


6 32 


23 


4-6 


12.02 


8-74 


3-28 


5 46 


24 


4.7 


12.28 


10-48 


1 -80 


8 68 


25 


4.7 


12.28 


9 71 


2-57 


7 14 


26 


4-8 


12.54 


9.35 


3 19 


616 


27 


4-8 


12.54 


10.87 


1-67 


9-20 


28 


5-0 


13.06 


9 58 


3 48 


6 10 


29 


5-0 


13.06 


10 10 


2 96 


7.14 


30 


50 


13.06 


9. 89 


3-17 


6 72 


31 


5 3 


13.85 


11. 05 


280 


8 25 


32 


5.4 


14.11 


1177 


2.34 


9 43 


33 


5.5 


14.37 


12 05 


2-32 


9 73 


34 


5.7 


14.89 


11 51 


3- 38 


8 13 


35 


5.7 


14-89 


1151 


3 38 


8.13 


36 


5.8 


15.15 


1195 


3 20 


8. 75 


37 


5.8 


15-15 


12 13 


3 02 


9.11 


38 


5.9 


15.15 


9.76 


5.39 


4.37 


39 


5.8 


15.42 


11. 41 


401 


7.40 


40 


6.0 


15.68 


12.58 


3 10 


9.48 


41 


6.5 


16.98 


14.38 


2 60 


11 78 





CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 

Sur les alliages d'argent et de zinc; par M. Eug. Peligot. 

« La rareté toujours croissante des monnaies d'argent, par suite de la plus-value 
que ce métal a acquise depuis la découverte des mines d'or de la Californie et de l'Aus- 
tralie, a rendu nécessaire le remaniement partiel de notre système monétaire. On sait 
qu'il est question de fabriquer au titre de 835 millièmes des monnaies d'argent divi- 
sionnaires. La différence de 65 millièmes, qui représente environ 7 pour 100 du 
poids du métal précieux, aurait pour résultat de compenser l'écart qui existe en partie 
ou qui pourrait exister entre la valeur nominale et la valeur intrinsèque de ces 
monnaies. 



292 



CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 



« Les études qui ont été faites sur les propriétés du nouvel alliage monétaire, formé 
de 835 parties d'argent et de 165 parties de cuivre, ont établi que sa fabrication ne 
présente aucune difficulté. Sa malléabilité est à peu près la même que celle de l'alliage 
actuel. Si sa couleur est un peu plus jaunâtre, la différence ne peut être constatée que 
par des moyens de comparaison très-délicats. Il présente, à la vérité, le phénomène 
de la liquation d'une façon plus marquée encore que l'alliage à 900 millièmes; mais 
avec une tolérance de titre un peu plus large, qui ne serait encore que de 3 millièmes 
au-dessus et au-dessous de titre légal, au lieu de 2 millièmes actuellement en vigueur 
pour les monnaies à 900 millièmes, les refontes, occasionnées presque toujours, pour 
les monnaies d'argent, par les effets de la liquation, seront, comme aujourd'hui, fort 
peu fréquentes. 

« Néanmoins, en étendant les études que j'ai dû faire, comme chef du laboratoire 
des essais de la Monnaie, sur l'alliage projeté, je me suis demandé si l'introduction 
d'un troisième métal, le zinc, dans les divers alliages d'argent, ou même si la substi- 
tution du zinc au cuivre dans ces alliages, n'aurait pas pour résultat de les rendre plus 
homogènes, tout en leur conservant les qualités précieuses qui les font employer depuis 
si longtemps. C'est ce qui m'a conduit à exécuter les expériences qui font l'objet de 
cette Note. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que ces expériences ont un caractère 
purement scientifique. Elles n'ont nullement pour objet d'entraver, même de la façon 
la plus indirecte, les mesures proposées par l'Administralion. En matière de monnaie, 
une innovation quelconque, si légère qu'elle soit, ne peut être proposée qu'autant 
qu'elle s'appuie sur des faits connus et qu'elle a reçu par avance la sanction de l'opi- 
nion publique. Aussi ai-je pensé que je devais présenter ce travail à l'Académie, afin 
que ses résultats, entrant ainsi dans la circulation, pussent être discutés et contrôlés 
au point de vue des applications qu'ils peuvent recevoir ultérieurement. 

« Bien que l'idée de faire entrer le zinc dans les alliages d'argent soit bien simple, 
aujourd'hui surtout qu'on sait combien ce métal est propre à la préparation de produits 
similaires, je n'ai trouvé nulle part la trace de tentatives faites dans cette direction. 
L'habitude qu'on a de considérer comme immuable la nature des alliages d'argent et 
de cuivre, dont la composition est fixée et circonscrite par la loi, est peut-être la cause 
de cette lacune; les indications sommaires qu'on trouve dans les auteurs sur ce sujet 
ne sont pas, d'ailleurs, de nature à provoquer des études entreprises dans cette voie ; 
ainsi Berzélius, dans son Traité de chimie, mentionne l'argent et le zinc comme for- 
mant une masse métallique cassante et à grain fin ; d'après le Dictionnaire des arts et 
manufactures, «l'argent etlezinc se combinent facilement. Composés cassants, blancs- 
« bleuâtres : texture grenue à grain fin; sans emploi. » 

« J'ai étudié : 

« 1° Les alliages d'argent, aux titres légaux, dans lesquels le zinc remplace tout le 
cuivre : 

« 2° Les alliages d'argent, aux mêmes titres légaux, dans lesquels une partie du 
cuivre est remplacée par le zinc; 

« 3° Quelques alliages atomiques formés par ce dernier métal et l'argent; 



CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 



293 



« Chacune de ces matières a été fondue dans les mêmes conditions, coulée dans la 
même lingotière, transformée en lame de même dimension. Enfin les prises d'essais ont 
été faites symétriquement aux mêmes endroits de la lame. 

« La préparation de ces alliages est facile. Après avoir fondu l'argent ou l'alliage de 
cuivre et d'argent, on retire le creuset du feu et on y introduit le zinc enveloppé dans 
un morceau de papier. On brasse avec une tige de fer la matière restée liquide, et on 
la coule dans une lingotière préalablement chauffée. 

« Une petite quantité de zinc se volatilise et brûle à l'air au moment où la combi- 
naison s'effectue. Aussi convient-il de forcer un peu le poids de ce métal, ainsi qu'on 
le fait pour tous les alliages dont il est l'un des éléments constituants. L'expérience 
apprend bien vite à connaître dans quelle proportion ce poids doit être augmenté. 

« L'alliage est coulé dans une lingotière verticale en fer, en deux parties, dont les 
rebords sont joints par un anneau avec vis de pression. La plaque métallique qu'on 
obtient ainsi se trouve fabriquée dans les mêmes conditions que les lames monétaires, 
bien que ses dimensions soient moindres. Elle a 13 centimètres de longueur sur 
14 centimètres de largeur. Son épaisseur est de 5 millimètres. Avec le bourrelet supé- 
rieur formant masselotte, elle pèse environ 1 kilogramme. 

« Les alliages d'argent au titre légal, dans lesquels la totalité ou une partie du cuivre 
se trouve remplacée par le zinc, sont doués d'une remarquable malléabilité. En effet, 
chacune des plaques dont je viens de parler a été coupée en deux parties égales dans 
le sens de sa longueur ; l'une des nouvelles plaques a été ensuite laminée et transformée, 
sans subir de recuit, en une lame de 58 centimètres de longueur et de 1 millimètre 
d'épaisseur, en conservant sa largeur primitive, soit 7 centimètres; aucune d'elles n'a 
été déchirée ni même gercée par le laminage. 

« Les prises d'essais, sous forme de rondelles du diamètre et du poids des pièces 
de 1 franc, ont été faites aux mêmes points, savoir; 



Tête de la lame J ~„ ô b ° r f' 

.... centre. 



/ n° 1. 
j n° 2. 



Milieu de lame. 



n° 3 bord. 

n° 4 centre. 



i- S bord. 

Pied de la lame. 



i n° 
1 n° 



6 centre. 



« Les centres n 08 2, 4 et 6 ont été prélevés sur le même plan horizontal que les 
bords; ils proviennent, par conséquent, du milieu de la plaque primitive avant qu'elle 
eût été coupée et qu'une des parties eût été laminée. Comme dans les alliages d'argent 
les parties symétriques présentent le même titre, il était superflu de déterminer la 
composition de la partie restante. 

« Les essais ont été faits par le procédé de la voie humide, dont l'emploi n'offre pour 
ces alliages aucune difficulté. 

« Le tableau qui suit fuit connaître la composition de ces alliages: 



294 



CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 



ALLIAGES D'ARGENT ET DE ZINC 
correspondant 



au 1 er titre : 
orfï'vrerie, 
médailles, etc. 



Argent. 
Zinc. . . 



950 

50 



1000 



à l'alliage 
monétaire. 



Argent. 900 
Zinc... 100 



1000 



au 2 e titre 
bijoux, etc. 



Argeut. 
Zinc. . . 



800 
•200 



TITRES TROUVES EN MILLIEMES. 



951,4 

952,4 
952,0 
951,8 
951,7 
951,9 



»i. 

2. 
3. 
4. 
5. 
6. 



904,9 
903,6 
904,7 
904,7 
903,8 
905,0 



N°'l. 
2. 
3. 
4. 
5. 
6. 



1000 



800,8 
800,8 
800,3 
8iil ,6 
801,0 
800,8 



ALLIAGES TERNAIRES 
correspondant 



au titre 
monétaire. 



Argent. 900 
Cuivre. 50 
Zinc. . . 50 



1000 



au 2 titre. 



Argent. 800 
Cuivre. 1U0 
Zinc... 100 



1000 



avec l'alliage 
à 900°. 



Argent. 835 
Cuivre. 93 
Zinc... 72 



TITRES TROUVES EN MILLIEMES. 



•1. 

2. 
3. 
4. 
5. 
6. 



902,6 
901,9 
902,8 
903,0 
901,0 
902,1 



■1. 
2. 
3. 
4. 
5. 
6. 



805,8 
801,8 
805,8 
804,8 
804,8 
802,3 



•1. 
2. 
3. 
4. 
5. 
6. 



1000 



837,7 
837,2 
837,2 
837,7 
837,5 
837,7 



« On voit, par l'inspection de ce tableau, dans lequel les numéros d'ordre indiquent 
les titres des parties de chaque lame spécifiées ci-dessus, que ces alliages présentent 
une homogénéité remarquable, qui permettrait de les utiliser dane les mêmes condi- 
tions que les alliages de cuivre et d'argent. Les écarts de litres pour les différentes 
parties de la même lame sont insignifiants; ils dépassent rarement 1 millième. 

« Les titres, pris dans leur ensemble, sont généralement un peu plus élevés que 
ceux que je cherchais à produire. C'est la conséquence du manque d'habitude pour 
doser avec exactitude l'excès de zinc qu'il convient d'ajouter en raison de la perte due 
;i la volatilité de ce métal. Cet écart vient aussi de ce que plusieurs de ces alliages ont 
été fabriqués non pas avec des métaux neufs, mais avec les mêmes matières refondues 
et additionnées de zinc ou d'argent. Il eût été bien facile, assurément, d'arriver à une 
composition plus rigoureuse 5 mais cette précision élait inutile à chercher pour le but 
que je me proposais d'atteindre. 

« Ces divers alliages ont une belle couleur blanche. Comparée à celle des alliages 
de cuivre contenant la même quantité d'argent, il m'a semblé que l'alliage ternaire 
à 835 millièmes est au moins aussi blanc que l'alliage monétaire à 900 millièmes. Il 
a, par conséquent, plus de blancheur que celui qui est proposé pour faire les nouvelles 
monnaies. 

« L'alliage ternaire au deuxième titre est également plus beau que l'alliage actuel 
à 800 millièmes. Pour les alliages binaires d'argent et de zinc, leur teinte est peut-être 
un peu plus jaunâtre que celle de l'argent pur. Il faut, dans ce dernier cas, beaucoup 
d'habitude et d'attention pour apprécier ces différences. 

« La fusibilité de ces nouveaux alliages est notablement plus grande que celle des 
.'illiages d'argent et de cuivre. Ils sont très-sonores, très- élastiques. Quand l'action 



CHIMIE MÉTALLURGIQUE. 



295 



trop prolongée du laminoir les a rendus cassants, le recuit leur restitue immédia- 
tement une grande malléabilité. 

« L'élude des alliages atomiques ne m'a pas conduit à des résultats bien dignes 
d'attention. Avec équivalents égaux d'argent et de zinc, soit 765 d'argent et 235 do 
zinc, et avec 2 équivalents d'argent pour 1 de zinc, on a des produits assez malléables, 
tandis que les composés Ag 4- 2Zn et 2 Ag + 3Zn sont trop cassants pour être 
laminés. 

« Un intérêt d'actualité m'a conduit à préparer et à étudier l'alliage composé de 

Argent 835 

Cuivre 93 

Zinc 72 

1,000 

« Il suffit, pour l'obtenir, d'ajouter 78 grammes de zinc environ par kilogramme 
de monnaie actuelle. 

« Si la manière la plus économique de fabriquer de nouvelles monnaies consiste à 
utiliser les anciennes en les refondant, soit pour en modifier le litre ou le poids, soit 
pour remplacer celles dont la vétusté a fait disparaître les empreintes, l'emploi de cet 
alliage présenterait plusieurs avantages : il procurerait à l'Etat une économie sensible, 
le prix du zinc n'étant guère que le cinquième de celui du cuivre qu'il remplacerait, 
et cela sans diminuer d'une façon appréciable la valeur d'une monnaie d'appoint, qui 
est destinée à être répartie entre un très-grand nombre de mains; de plus, il intro- 
duirait, dans la circulation, des pièces aussi belles, aussi blanches que celles qu'il est 
question de remplacer ; la conservation de ces pièces serait aussi bonne probablement, 
et leur homogénéité comme titre ne laisserait rien à désirer. Ce ne sont là, d'ailleurs, 
que des prévisions; des expériences nombreuses permettront seules de décider ulté- 
rieurement si elles sont fondées. 

« Je puis être un peu moins réservé à l'égard de la conservation des autres alliages 
binaires et ternaires, comparée à celle des produits de même titre employés pour fa- 
briquer l'orfèvrerie ou la bijouterie. Les alliages contenant du zinc noircissent beau- 
coup moins sous l'influence de l'acide sulfhydrique et des composés sulfurés que l'air 
contient accidentellement. Le cuivre, en effet, paraît avoir une influence considérable 
sur l'altération des alliages ordinaires, altération due essentiellement à la production 
des sulfures de cuivre et d'argent. Aussi les objets au deuxième titre, tels que les bijoux 
d'argent, noircissent plus vite que les pièces d'orfèvrerie au premier titre. L'affinité du 
soufre pour le zinc étant très-faible et le sulfure formé par ce métal étant, en outre, 
incolore, l'alliage formé de 800 d'argent et 200 de zinc conserve sa blancheur et son 
éclat dans des dissolutions de polysulfures, dans lesquelles noircissent rapidement les 
alliages légaux d'argent et de cuivre et même l'argent à l'état de pureté. C'est, au point 
de vue des applications industrielles, une propriété des plus importantes. On sait, en 
effet, combien la fabrication des objets en argent se trouve entravée par celte altération, 
qui enlève si vite à ce métal deux de ses plus précieuses qualités, l'éclat et la blancheur. 



296 



ARTS MECANIQUES. 



Une lame d'argent et de zinc subit même de la part de l'air, sous le rapport de la sul- 
furation, une altération d'autant moindre que son litre est plus bas. 

« L'absence du vert-de-gris formé par le contact des liqueurs acides peut offrir aussi 
un certain intérêt. L'alliage h 800 et 200 de cuivre, mouillé de vinaigre, donne bientôt, 
comme on sait, une dissolution d'acétate de cuivre. Avec l'alliage zincifère correspon- 
dant, on a, il est vrai, un liquide qui n'est pas exempt de zinc; mais on s'accorde gé- 
néralement à considérer les sels de ce dernier métal, quand ils sont en faible quan- 
tité, comme étant moins vénéneux que les composés cuivriques. 

« Je dois faire observer, en terminant ce travail, que l'introduction du zinc dans 
les monnaies ne serait pas un fait aussi nouveau qu'il peut paraître au premier abord. 
Nos monnaies de cuivre contiennent 1 pour 100 de zinc, et cette faible quantité a suffi 
pour leur donner des qualités que n'ont ni les monnaies de cuivre rouge ni celles qui 
ne contiennent que du cuivre et de l'étain. Enfin les petites monnaies suisses qui ont 
été fabriquées à Paris, il y a quelques années, renferment du zinc associé au cuivre, 
au nickel et à l'argent. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences.) 



ARTS MÉCANIQUES. 

Des méthodes graphiques usitées pour étudier le mouvement du tiroir dans les 
machines a vapeur fixes; par m. v. vldal , in&énieur civil. 

I. Épure ordinaire. 

La méthode la plus naturelle pour étudier les rapports qui existent entre les diffé- 
rentes positions de l'excentrique d'une machine à vapeur et les positions correspon- 
dantes du tiroir consiste à faire une épure, sur laquelle on trace un certain nombre 
de positions '.du rayon d'excentricité, de la bielle, de la lige du tiroir et d'un point 
déterminé, le milieu, par exemple, du tiroir. On réduit, bien entendu, toutes les 
pièces à leurs lignes d'axes; on marque sur la circonférence un certain nombre de 
points; puis, traçant de chacun de ces points pris pour centres des arcs dont le rayon 
est égal à la longueur de la bielle du tiroir, on peut déterminer, sur la direction dans 
laquelle se font les oscillations, tout autant de positions de l'extrémité de cette bielle, 
et, par suite, du tiroir lui-même. 

Cette méthode est simple, mais très-imparfaite; l'épure ne peut être tracée qu'à une 
échelle réduite, souvent dans des proportions très-petites en raison delà longueur de 
la bielle, et, par suite, lorsqu'il s'agit d'interpréter les résultats, de mesurer à l'échelle 
certainesjlongueurs indiquées par l'épure, les erreurs s'amplifient, et l'on n'a plus 
aucune précision, aucune garantie d'exactitude. 



ARTS MÉCANIQUES. 



297 



II. Seconde méthode. 

Un ingénieur allemand, M. Mùller, a imaginé une méthode qui permet de réduire 
un peu la dimension de l'épure, et surtout de déterminer très-clairement non-seule- 
ment les positions successives d'un point déterminé du tiroir, mais aussi la loi suivant 
laquelle les orifices d'admission et d echappemenlsont successivement démasqués, puis 
recouverts par le tiroir. 

On trace deux angles rectangulaires OX et OY (fig. 1). L'origine 0 représente le 

centre de la circonférence 
que décrit l'excentrique. 
L'axe horizontal OX est la 
direction dans laquelle se 
meut le tiroir, et si l'on 
suppose que la rotation se 
fasse de gauche à droite , 
comme celle des aiguilles 
d'une montre, on trace une 
ligne OM, indiquant la di- 
rection du grand rayon de 
l'excentrique au moment où 
la manivelle est à l'un de ses 
points morts. En opérant, comme tout à l'heure, du point M, avec une ouverture de 
compas égale à la longueur de la bielle, on décrit un arc de cercle, qui détermine, par 
son intersection avec la ligne OX, la position de la tête B de la tige du tiroir, lorsque 
la manivelle est à l'un de ses points morts. 

Considérons une autre position du rayon d'excentrique, soit OM', faisant un angle a> 
avec OM — . Un second arc de cercle décrit du point M' nous donnerait, comme tout à 
l'heure, la nouvelle position B' du point B. 

Mais au lieu de supposer que la ligne suivant laquelle le tiroir oscille reste invariable 
dans l'espace, tandis que l'excentrique tourne, on peut, puisqu'il ne s'agit ici que de 
positions relatives, imaginer que le rayon de l'excentrique soit invariablement fixé, et 
que la ligne d'oscillation du tiroir tourne autour du même point 0, mais en sens 
inverse. 

On mènera donc, par le pointO (voird'autre part, fig. 2), une ligne faisant, avec OX, 
l'angle »; puis, du point A, correspondant à l'extrémité du rayon d'excentricité qui 
maintenant est supposé fixe, on décrit une circonférence ayant pour rayon la longueur 
de la bielle; son intersection avec le rayon tracé sous l'angle » détermine un point B; 
joignant OB, on a la distance à laquelle se trouve la tête de la tige du tiroir, distance 
comptée à partir de l'axe moteur pour cette nouvelle position relative. 

Un diagramme de ce genre indique donc, d'une manière très-simple et très-claire, 
la variation dans la distance du tiroir pendant que l'excentrique tourne autour de l'axe 
moteur. Il suffirait, pour cela, de tracer à l'échelle la circonférence que décrit l'excen- 

Tùme XI. — 63 e année. 2' série. — Mai 1864. 38 




298 



ARTS MÉCANIQUES. 




Fig. 2. 



Irique el deux rayons, l'un horizontal OX, l'autre vertical OY, on détermine un 
point A tel que l'angle A 0 Y = /, S étant l'avance angulaire, puis, de ce point A, avec 

un rayon égal à la longueur de la 
bielle, on décrit une seconde cir- 
conférence. Traçons maintenant 
une ligne quelconque faisant un 
angle a avec l'axe horizontal OX. 
Elle coupe la seconde circonfé- 
rence en un point B,, etOB, est 
la dislance à laquelle se trouve 
l'extrémité de la bielle, lorsque la 
manivelle a tourné d'un angle» à 
partir de son point mort. — Ce 
nouveau diagramme est évidem- 
ment plus net que l'épure ordi- 
naire, où toutes ces distances se 
mesurant sur une direction uni- 
que, les différentes positions de 
la tête de la tige du tiroir étaient 
comprises entre des limites très- 
étroites et ne pouvaient être dis- 
tinguées que par des numéros d'ordre. 

Si l'on veut avoir, nu lieu de la position de la tête de la tige, celle d'un point quel- 
conque du tiroir, par exemple de son milieu, il suffit évidemment de décrire du 
point 0 une nouvelle circonférence ayant celle dislance pour rayon, et on prolongera 
les lignes qui représentent les déplacements du tiroir jusqu'à cette nouvelle circonfé- 
rence. Il faut, en effet, augmenter ou diminuer d'une quantité constante les distances 
représentées par les longueurs telles que 0 B. 

Les constructeurs disposent presque toujours le tiroir de telle façon que l'avance 
linéaire soit !a môme pour la marche en avant et pour la marche en arrière du tiroir, 
c'est-à-dire de telle façon que, la manivelle étant à l'un ou à l'autre de ses points morts, 
le centre du tiroir soit à des distances égales à droite et à gauche du centre de ses 
oscillations. 

Si l'on admet qu'il en soit ainsi, il est bien facile de déterminer graphiquement la 
loi suivant laquelle varient les orifices qui, destinés à l'échappement et à l'admission de 
la vapeur, sont successivement ouverts, puis démasqués. On marque sur laligneOXles 
deux positions que la tête de la tige du tiroir occupe aux moments où la manivelle 
motrice est à ses deux points morts, et du point 0 on décrit une circonférence dont le 
diamètre est égal à cette distance. (On remarquera que les deux points en question 
sont à des distances inégales du point 0.) 

La distance BB,, comprise sur chaque rayon entre cette nouvelle circonférence ayant 
son centre en 0 et la circonférence ayant son centre en A qui définit les excursions 



ARTS MÉCANIQUES. 



successives du tiroir, indique alors le chemin décrit par un point quelconque du tiroir 
à partir de sa position moyenne, puisque tous les points du tiroir parcourent simulta- 
nément des chemins égaux. 

Traçons deux nouvelles circonférences concentriques à cette dernière, et dont les 
rayons en diffèrent de quantités égales, soit au recouvrement extérieur e, soit au re- 
couvrement intérieur î; les longueurs comprises sur chaque rayon entre ces nouvelles 
circonférences, et la circonférence, primitive qui indique les déplacements, représentent 
les ouvertures des orifices d'admission et d'échappement à un moment donné. Ce n'est 
que la traduction graphique d'un principe élémentaire des distributions à tiroir. 

Il suffit de jeter les yeux sur un diagramme de ce genre pour voir immédiatement 
quelles sont les positions du tiroir et les ouvertures des lumières qui correspondent à 
une position déterminée de la manivelle motrice et inversement quelle est la position 
de la manivelle motrice qui correspond à une ouverture déterminée de l'un ou l'autre 
des oriiices, à une excursion déter minée du tiroir à partir de sa position centrale. 

Celte seconde méthode de représentation graphique donne encore lieu à plusieurs 
objections. 

1° On sera obligé, le plus souvent, d'employer une échelle réduite. 

2° Les intersections des différentes circonférences se font sous des angles aigus, et 
par suite il est difficile de déterminer avec exactitude les positions de la manivelle pour 
lesquelles soit l'admission, soit l'échappement commence ou finit sur l'une et l'autre 
face du piston. 

3° Cette méthode ne peut s'appliquer au cas où l'avance angulaire et l'excentricité 
sont variables comme dans certains systèmes de distribution analogues à ceux des 
locomotives. D'un autre côté, c'est la seule méthode que l'on puisse adopter avec une 
confiance absolue lorsque les bielles qui commandent le tiroir ont une faible longueur. 

III. Formules relatives au mouvement du tiroir. 

Les autres méthodes usitées pour trouver la marche du tiroir peuvent être appelées 

méthodes mixtes , en ce sens 
qu'elles exigent l'établissement 
préalable d'une formule analy- 
tique. — En revanche, elles con , 
duisent à des tracés très-simples, 
et d'une grande précision , toutes 
les fois que les bielles qui com- 
mandent le tiroir sont un peu 
longues. 

Soient OD (fig. 3) le rayon de 
la circonférence décrite par l'ex-. 
centrique ; OX, la direction sui- 
vant laquelle le tiroir se déplace; 
OY, une perpendiculaire à cette ligne; OZ, la direction dans laquelle se meut le. 




300 



ARTS MÉCANIQUES. 



pislon, direction qui peut, du reste, être inclinée d'une manière quelconque par 
rapport à la direction du tiroir. 

La manivelle étant à son point mort, c'est-à-dire en R a , le rayon d'excentrique est 
en OD 0 , et cette ligne fait un angle <f avec la perpendiculaire OY à la direction du 
liroir. 

La manivelle motrice occupe t-elle une position OR faisant avec la première un 
angle «, l'excentrique vient en 0 D, et l'angle DOD 0 est aussi égal à a>. La tète [de la 
lige du tiroir, qui était en B 0 , vient en B, et le milieu du tiroir A 0 vient en A. 

Cherchons à déterminer la distance OA. 

Abaissant la perpendiculaire D E sur OX, on a évidemment 

OA — OE -f- EB -f- BA 

= OD cos DOE + l/DB 2 — DE 2 + BA 

Soit OD = r, DB = f, BA == l v OA = x 

On en conclut 

x — r sin («f H- «) + /, + l \ 1 — -tt cos ' ( <fv + u ) j 



Or le développement d'une expression telle que (1 — x)* est 



a i j_ Ai*. A A A A 

1 2 1.2* 1.2.3 1.2.3.4 



Soit 1 ~ 2 X — 8 xi ~ 16* ~~ 128 



Par suite 



|t__£cos* [ < f+«)] i ,=ï — ^-coé» ( e r+«)-^cos*(<f+«)-^yCos 6 (cr-4-«) — 



Les termes de ce développement diminuent très-rapidement. 

En effet, r, l'excentricité, se compte toujours par centimètres; elle est comprise, 
en général! entre 0 m ,05 et 0 m ,08. La longueur / de la bielle s'estime en décimètres. 

Par conséquent, la fraction ~ , à fortiori £ , et les puissances successives de ^ 
sont des quantités très-petites et décroissantes. 



ARTS MÉCANIQUES. 



301 



Ces quantités décroissantes sont encore multipliées par les puissances successives 
d'un cosinus, c'est-à-dire d'une autre fraction. La série est donc très-convergente, 
et l'on n'a jamais à s'inquiéter que des premiers termes. 

Ceci étant posé, on peut exprimer comme il suit le déplacement du tiroir : 

l r 2 r ; j fS j f \ 

x = r sin (<f + ») + + l — ~f -75» cos* (<£ 4- «) ! 1 H- ^ cos* + ») + g y cos4 + «) 

5 r 6 

+ 64-^cos 6 (<T+») 

c'est-à-dire que la distance entre le centre de l'axe et le milieu du tiroir se compose 
de trois parties : 

1* Une partie constante l -\- /,; 

2° Une partie périodique simple r sin (cT-f-w), dont les limites extrêmes sont — r 
et -f r; 

3° Une autre partie périodique, dont la valeur est très-petite et presque toujours 
inappréciable, s'élevant à peine à quelques millimètres. 

Nous allons calculer la valeur des premiers termes de la partie périodique complé- 

mentaire pour certaines valeurs assignées au rapport -j, ou du moins la plus grande va- 
leur qu'ils puissent atteindre dans chaque révolution de l'axe moteur, lorsque le co- 
sinus de l'angle (<T -f- «) atteint son maximum, c'est-à-dire que <f -f- « — 0° ou 180°. 



jï 



302 



ARTS MÉCANIQUES. 



M. «M' <0 



o o © t- 

O 30 C^l 00 — 

o co o S; o 

— -h o o 

o o o o o 

o o o o o 

o o o o o 




ARTS MÉCANIQUES. 



303 



Ce tableau permet de se rendre compte des valeurs que le terme complémentaire 
peul acquérir dans chaque cas particulier, et, quelle que soit la longueur de la bielle /, 
on voit que la valeur de ce terme dépassera bien rarement quelques millimètres; on 
peut donc, en général, le négliger complètement sans erreur sensible. 

La distance entre l'axe moteur et le milieu du tiroir est donc exactement 

x=l+ rsin (/+«) +~^-cos 2 (Jf-f ») |i 4- ~ cos 2 (<T + «) +g£ cos 4 («T + «)J 
ou approximativement 

X zz l 4- l x -jr r sin (J* -+• a). 

Les constructeurs disposent toujours le mécanisme (et un examen attentif de la ques- 
tion, au point de vue mécanique, montre qu'ils ont raison) de façon à ce que l'avance 
soit la môme à droite et à gauche, c'est-à-dire de façon à ce que, la manivelle motrice 
étant placée successivement à ses deux points morts, le tiroir soit à égales distances en 
avant ou en arrière de sa position médiane. 

Supposons qu'il en soit ainsi; que la manivelle soit à son premier point mort 

a = 0° et œ t zz. I + l x + r sin 5 
Pour le second point mort 

a = 180° et x 2 =zl-hl i — r sin <P. 

La demi-somme de ces quantités représente la dislance de l'axe au centre d'oscil- 
lation; elle est évidemment égale à i + / . 

Si nous rapportons les différentes positions du tiroir à ce centre d'oscillation, nous 
aurons la relation simple 

£ = r sin [a + S) 

c'est-à-dire que ces distances varient comme les ordonnées d'une sinusoïde rapportée à 
des aies rectangulaires. Nous verrons plus loin que Ton peut encore donner une autre 
image de ce mouvement. 

Si l'on veut voir ce qui se passe en réalité, si l'on tient à une rigueur absolue, on 
sait que l'on a 

x = i, + r sin (<T 4- ») 4- l\/ i — cos 2 («T 4- ») 

Faisons « = o* 



x t — l t + r sin f 4- ly 1 — — cos 2 ; 



304 



ARTS MÉCANIQUES. 



puis ffl = 180° 



r 2 

cos 2 £ 



/ r* 

x 2 — l t — r sin J H- / y 1 — -p- 
La distance de l'axe au milieu de l'excursion est rigoureusement égale à 



et si l'on rapporte à ce point le mouvement du tiroir 

l — r sin (jv-l- »\ + / j —Ç cos 2 (cT + »] — ]/l — ^ cos 2 J^J 

Par conséquent, la différence entre les valeurs exacte et approchée du déplacement 
du tiroir est égale au ternie périodique complémentaire 



l j/l -Q 2 cos 2 (J* + *] — |/l -Ç) 2 cos 2 cT. } 

Remarquons, d'ailleurs, que 
| 1 _^cos 2 (<r+*)j } = 1 — ^- cos 2 (/ + «) — i £! C os 4 (cT+«) — ^^.cos 6 (/ + <.) 

r * i r » j r 4 1 r 6 5 r 8 

et (1— -^-cos 8 ^) 4 =1— cos 2 g cos' 1 / — ^ cos^ — j^g-^ cos 8 (cT 4- 

Le terme périodique est donc 
— j cos 2 <T — cos 2 («T + a ) J + i_ | cos 4 <f — cos 4 («T + «) j + Ç ! cos 6 cT — cos 6 (<T 4- ») j 



5 r 8 
128 l s 



| cos 8 J — cos 8 (<f + a) j 



Pour chaque tour de manivelle, il atteint une valeur maximum lorsque cos (<f-{- » = o). 
Il se réduit alors à 

r 2 ( 1 r 2 1 r 4 5 r 6 "i 
cos 2 J 1 1 + g _ cos 2 «r + — cos 4 <f + yë cos 6 «T ■+• j 

Le tableau ci-joint indique les valeurs que peut prendre cos' J", suivant les valeurs 
assignées à l'avance angulaire. 



ARTS MÉCANIQUES. 



305 





Cos 2 cT 


^Cos 2 «P 

8 






l 


0.12500 


5. 




0.99240 


0.12405 


10 




0.96986 


0.12123 


15 




0.93301 


0.11663 


'20 




0.88302 


0 11038 


25 




0.82140 


0.10268 


:îo 




0.75000 


0.09375 


3 5 




0.67101 


0.08388 



En rapprochant les indications de ce tableau de celles du tableau précédent, on voit 
que Ton est parfaitement en droit de négliger complètement ce terme périodique com- 
plémentaire, sauf le cas où la bielle du tiroir est excessivement courte, et de repré- 
senter simplement le déplacement du tiroir à droite et à gauche de sa position moyenne 
par l'expression 

| z=r sin ('«f -+-«}. 
Le sinus est nul et le tiroir est dans sa position moyenne, lorsque 

a + o m — — 

ou bien 

«4-^=180 « — 180— J. 

On voit, d'ailleurs, sans faire aucun calcul, que toutes les positions sont symétriques 
à droite et à gauche de la position moyenne. 

Nous pouvons maintenant reprendre l'exposé d'un autre çenre de représentations 
graphiques. 

IV. Troisième méthode. 

On trace encore deux axes rectangulaires (voir d'autre part, fig. 4) OX, O Y, et une 
ligne O Q faisant avec O X un angle Q O^X = <P; puis on décrit du point O un angle 
ayant pour rayon le rayon même d'excentricité r. Supposons maintenant que OX soit 
la position de la manivelle à l'un des points morts. Considérons une position quel- 
conque de la manivelle, représentée par la ligne OM, qui fait, avec OX, l'angle «, 
et abaissons sur OQ la perpendiculaire M P. MP est évidemment égal à r sin [a> -f- ; 
c'est précisément la distance dont le tiroir est écarté de sa position moyenne lorsque 
la manivelle a tourné d'un angle. 

Rien n'est donc plus facile que de trouver la position du tiroir qui correspond à une 
Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Mai 1864. 39 



306 



ARTS MÉCANIQUES. 



position 



('terminée de la manivelle et réciproquement. Cette épure donne des indica- 
tions très-exactes, parce qu'elle peut être 
construite en vraie grandeur. Mais on ne 
saurait encore se servir de celte méthode 
lorsque l'excentricité et l'avance angulaire 

■ I sont variables. 
Veut-on savoir quelle est, à un moment 
H donné, l'ouverture de l'orifice d'admission , 
il suffit de mener une parallèle à 0 Q à une 
' distance égale du recouvrement extérieur ; 
Mm représente donc l'ouverture d'admis- 
sion qui correspond à l'angle », car 

Mm = MP — mP = P — e. 



De même Mm, sera l'ouverture de l'ori- 
fice d'échappement. L'admission com - 
mence évidemment en A, pour finir en A 2 ; 
l'échappement, en A 3 pour finir en A 4 . 
Veut-on savoir pour quelle position les lumières du cylindre sont entièrement dé- 
couvertes, admettons que leur largeur soit égale à a; nous tracerons pour l'admission 
une nouvelle parallèle à A, A 2 à la distance «, et ses intersections avec la circonférence 
indiqueront les positions correspondantes de la manivelle. 
Cette méthode est due à M. Reuleaux. 




Fis. 4. 



V. Quatrième méthode. 

La courbe £ = rsin (« + S) représente, comme on t'a déjà remarqué, une sinu- 
soïde, si l'on regarde £ comme une ordonnée et » comme une abscisse rapportées à 
deux axes rectangulaires. 

Mais, en coordonnées polaires, cette équation est celle d'une circonférence de rayon 
égal à | r, l'origine étant placée en un point de la courbe. On peut donc représenter 
graphiquement le déplacement du tiroir par des cordes divergentes dans un cercle 
fixe. Eu adoptant ce dernier mode de représentation, on aura donc encore à tracer un 
cercle, mais son rayon n'est que la moitié du rayon du cercle indiqué par la méthode 
précédente. On peut donc tracer la courbe en vraie grandeur, ou même à une plus 
grande échelle, pour avoir plus de précision. 

La même méthode peut, d'ailleurs, s'appliquer à tous les cas, sans exception, qui 
se présentent dans les distributions à tiroir. 

Considérons donc celte équation en coordonnées polaires. 

\ — r sin [a + <f). 

On sait qu'elle représente un cercle dent Je rayon est ? r, cl dont le (entre se dé- 



ENGRAIS. 



307 



terraine en construisant un triangle rectangle A OC, ayant pour côtés de l'angle 
droit 0 A = | r sin S et A C = £ r cos <f. 

Nous tracerons donc (fig. 5) deux axes rectangulaires OX et OY; puis une ligne OC 

faisant avec OY un angle COY = <T; sur 
cette direction, prenant une longueur égale 
à 1 r, nous tracerons un cercle, et nous aurons 
tous les éléments d'une représentation gra- 
phique du mouvement du tiroir. 

Pour avoir l'ouverture d'admission à un 
moment donné, nous savons qu'il faut re- 
trancher sur toutes les longueurs qui repré- 
sentent les déplacements du tiroir une lon- 
gueur égale au recouvrement extérieur e. 
Nous tracerons donc, en prenant le point 0 
pour centre, une circonférence ayant e pour 
rayon ; et, pour une portion quelconque 0 Y 
de l'excentricité faisant un angle a> avec la 
position relative au point mort, VP repré- 
sentera la quantité dont l'ouverture d'admission est démasquée en cet instant. De 
même U P représentera l'ouverture d'échappement au même instant, 0 V étant la lon- 
gueur du recouvrement intérieur. 

Telle est toute la théorie du nouveau diagramme, qui est incontestablement le plus 
simple et le plus clair de tous ceux que l'on peut tracer pour représenter graphique- 
ment le mouvement du tiroir dans une machine à vapeur fixe. L'idée première de ce 
diagramme paraît s'être présentée à peu près à la même époque à plusieurs personnes; 
mais c'est surtout M. Zeuner qui en a fait ressortir tous les avantages et en a développé, 
les différentes applications dans son traité classique sur les distributions de vapeur à 
tiroir. 

ENGRAIS. 

SUR LE GUANO DE POISSONS DE NORWÉGE; PAR M. ADOLPHE UOBIERRE. 

L'exploitation des matières fertilisantes, en vue d'une production agricole plus 
considérable, soulève de hautes questions d'économie industrielle ; parmi celles-ci , 
je n'en sache pas de plus vaste et de plus séduisante que la mise en rapport des ri- 
chesses de la mer avec la couche arable vivifiée par le travail humain. Qu'elle four- 
nisse aux populations la nourriture directe sous forme de poissons ou de mollus- 
ques, ou la nourriture indirecte sous forme d'engrais, la mer nous apparaît comme 
un réservoir de vie, d'une éternelle et incommensurable fécondité. Les populations 
ichthyophages sont partout des plus belles et des plus fortes que l'on connaisse; les 
Norwégiens et les Suédois, ces énergiques descendants des Normands, qui faisaient 




308 



ENGIU1S. 



naguère trembler l'Europe, offrent, sous ce rapport, des exemples sur lesquels l'éco- 
nomiste doit méditer ; et, en ce qui concerne l'action indirecte de la mer sur les popu- 
lations, il suffit de réfléchir aux procédés de fumure de certaines localités, l'île de 
Noirmoutiers, par exemple, pour comprendre que la mer stérile d'Homère ait perdu 
sa signification . 

Le Ministre de l'agriculture et du commerce a fait publier, dans le Moniteur uni- 
versel du 9 mars 1863, un intéressant article extrait des Annales du commerce exté- 
rieur, traitant des pêcheries norvégiennes, ainsi que des moyens d'en utiliser les res- 
sources. Ce sujet rentrait dans le cadre ordinaire de mes études. Au point de vue 
agricole, une vaste industrie accessoire est à créer en effet. Plusieurs fois déjà on avait 
tenté de la réaliser, mais dans des conditions trop onéreuses; un courageux pionnier 
de l'agriculture, M. Rohart, a fait mieux : avec peu de ressources matérielles, mais 
un grand courage, il a donné l'exemple d'une énergique tentative, et il s'est imposé 
la pénible tâche d'aller sur les côtes où s'effectue la pêche, pour en recueillir les débris 
trop souvent dérobés à l'agriculture. C'était là une intelligente entreprise et une bonne 
action. 

Un capitaine du port de Nantes a eu l'obligeance de me rapporter de Christian- 
sùnd un échantillon de guano de poisson fabriqué par M. Rohart, et je crois utile de 
faire connaître aux agriculteurs la composition de celle substance fertilisante. Pour 
montrer tout d'abord l'importance d'un tel sujet, je rappellerai sommairement que, 
d'après les documents du Moniteur, la pêche du hareng, dans les parages de Rergen et 
des îles Lofoden, a produit, en 1862, 740,000 tonnes de poisson, soit 858,400 hec- 
tolitres, d'une valeur moyenne de 11 fr. 40 c. la tonne de poisson frais, ce qui cor- 
respond à 8,436,000 fr. ; 25,000 à 30,000 pêcheurs, moulant 5,000 à 6,000 em- 
barcations environ, y sont occupés, ainsi que 403 navires de commerce et autres, 
montés par 1,892 hommes, et jaugeant 182,500 tonneaux. 

En 1862, la pêche de la morue a élé exceptionnellement mauvaise; elle n'a pro- 
duit que 12 millions de poissons, soit la moitié du rendement d'une année moyenne. 

6,ti00,000 poissons, à peu près, ont été apprêtés ronds (rundfisli), et 4,200,000 
ouverts et séchés sur des rochers (klipftsk). Le reste a servi à la consommation des 
pêcheurs, ou a élé perdu. On n'évalue qu'à 15,000 tonnes (17,400 hectolitres), 
c'est-à-dire au tiers environ d'une année moyenne, l'huile obtenue, et à 7,000 tonnes 
(8,120 hectolitres), soit le tiers d'une année moyenne, la rogue tirée du poisson. 

On estime qu'en moyenne 20 poissons séchés plats, et 27 à 28 poissons séchés 
ronds, pèsent 18 kilogrammes (1 vog); le poids total de la marchandise préparée 
celle année serait donc de 8,100,000 kilogrammes seulement, tandis qu'il était, en 
1860, de 18,900,000 kilogrammes, et, en 1861, de 15,040,000 kilogrammes. 

D'après de nouveaux documents insérés dans le Moniteur du 24 décembre 1863, le 
produit de la pêche du hareng, en 1863, est évalué à environ 730,000 tonnes, ré- 
sultat inférieur à celui de 1862, qui a été considéré comme bon. Le nombre des 
hommes occupés par cette industrie s'est élevé jusqu'au chiffre de 30,000, — toute 
une population ! 



ENTRAIS. 



.109 



La pêche de la morue a produit, en 1863, 17,400,000 poissons, chiffre qui n'est 
supérieur que de 5,400,000 à celui de 1862, considéré comme exceptionnellement 
mauvais. 

Année moyenne, le produit des pêcheries nonvégiennes est de 20 à 25 millions de 
morues, représentant 100 millions de kilogrammes de poids vif; il paraîtrait que le 
poids des déchets jetés à la mer atteint 33 pour 100. 

On voit, par ces chiffres, quelle quantité de débris, têtes, queues, entrailles, ver- 
tèbres, on pourrait recueillir, sans compter les poissons non comestibles, propres à la 
fabrication de l'engrais. 

Le document officiel auquel j'emprunte ces chiffres traite des moyens d'affranchir 
le pêcheur norwégien et l'acheteur français à la recherche de rogue, des trois ou 
quatre intermédiaires dont l'action, en 1862, a fait monter le baril de rogue, de 28 fr. 
ou 33 fr. 60 c, prix des îles Lofoden, à 50 et môme 56 fr. le baril, à Bergen. Il si- 
gnale aux chambres de commerce la possibilité de faire étudier la question des appro- 
visionnements économiques de rogue par M. Rohart. Cet industriel est mieux placé 
que personne, en effet, pour apprécier une situation commerciale à l'amélioration de 
laquelle les pêcheurs norvégiens et français ont beaucoup à gagner. 

J'arrive à l'examen du guano de poisson qui m'a été remis par M. le capitaine 
Peillac, et dont M. Rohart a organisé la fabrication sur la côte de Norwége. 

Il se présente sous forme de masse jaunâtre, en petits fragments de volume uni- 
forme, exhalant une odeur de morue sèche, et révélant, par leur aspect, l'action d'une 
légère modification accomplie sous l'influence de la chaleur. Les réactifs susceptibles 
de dissoudre les phosphates, tels que l'eau chargée d'acide carbonique ou de certains 
principes salins, agissent rapidement sur l'engrais de Norwége ; la nature de son tissu 
organique indiquait celte aptitude à une dissolution qui, pour être facile, n'a pas 
cependant les inconvénients qu'on reproche, à juste titre, à des matières en partie 
ammoniacales. Réduit en poudre très-fine, puis tamisé et exposé ensuite, pendant cinq 
heures, à une température de 100 degrés centigrades, le guano norwégien perd 
10 pour 100 d'humidité. Analysé sec, il a fourni : 




Matières organiques et principes volatils i 62.40 



Moyenne. 
62. 20 



0.97 



34 00 



0.50 



2.33 



traces 



100.00 



Azote : 9.5 pour 100. 



(1) On a confondu avec le phosphate de chaux une petite proportion de phosphate de magnésie. 



310 



ENGRAIS. 



Avec ses 10 pour 100 d'humidité, le guano de poisson de Norwége devait donc ren- 
fermer les proportions de matières indiquées ci-dessous (colonne A). La colonne B in- 
dique le résultat de l'analyse effectuée directement sur une portion d'engrais humide, 
c'est-à-dire à l'état marchand : 

Matières organiques et principes volatils au rouge 
(eau, 10 pour 100 ; mat. org., 55.98) 

Chlorures alcalins 



A 


B 


Moyenne. 




| 66 90 
1 65.90 


I (\R ftfï 
j OO . 4U 


0.87 


i 0.90 
1 0 89 


j 0 89 


30.60 


i 30 00 
1 30.20 


j 30.10 


049 


< 0.49 
| 0.49 


j 0.49 


2.06 


2 12 


2 .12 


100.00 


100.00 


100.00 


8 55 


8.60 


p. 100 



Silice insoluble 

Carbonate de chaux 

Azote 

M. Vohl a récemment publié, dans le Polytechnisches Journal, une analyse du 
guano artificiel de Norwége, qui assignait à cet engrais une richesse correspondant à 
29 pour 100 environ de phosphate de chaux des os, et à 7.74 pour 100 d'azote ; l'hu- 
midité de la malière analysée s'élevait à 17 pour 100. On voit que mes chiffres diffèrent 
sensiblement de ceux de M. Vohl, et l'homogénéité parfaite de l'échantillon qui m'a 
été directement apporté de Norwége par le capitaine Peillac ne me laisse aucun doute 
sur l'exaclitude de mon essai. 

Le chimiste dont l'analyse vient d'être citée conseille aux agriculteurs de traiter 
l'engrais norwégien par l'acide sulfurïque. Je me garderai de l'imiter. La nature a 
donné aux détritus dérivant de l'organisme, et particulièrement aux débris de poisson, 
une constitution chimique et une agrégation physique telles que, sous les influences 
multiples du sol et des forces végétatives, les matériaux de ces détritus sont graduel- 
lement assimilés par les plantes. Tel sera l'effet de l'engrais norwégien, dont tout 
l'azote et tout l'acide phosphorique seront utilement employés, contrairement à ce 
qui arrive souvent dans l'usage du guano du Pérou ou des superphosphates; ces en- 
grais ne répondent pas toujours, en effet, aux espérances qu'on avait conçues en les 
achetant, et, de deux choses l'une, ou leur azote se volatilise, ou leurs phosphates sont 
détournés du lieu assigné à leur action. Les expériences faites par MM. Stockardt et 
Kauch, en vue de constater la dépense effective du guano péruvien pendant telle ou 
telle phase du développement de la plante, ont permis de reconnaître que les produits 
osseux qui, dans le commencement de la végétation, ne fournissent que 5.79, alors 
que le guano fournit 12.85, donnent, au contraire, à l'époque de la floraison, 20.57, 
tandis que le guano ne fournit plus que 10.75. De là des tentatives intéressantes 
pour atténuer ces inconvénients du guano péruvien, en l'employant à faibles doses 
plusieurs fois répétées. Dans les cultures des terrains primitifs ou de transition, il est 
bien reconnu que le guano péruvien est loin de fournir, en une période de trois années, 
les résultats que procure le noir d'os. 



COMMERCE. 



311 



Faut-il ajouter que, suffisamment chargé de carbonate pour concourir à la neutra- 
lisation des sols acides, le guano norwégien ne renferme cependant pas une telle 
quantité de principe calcaire, que l'action dissolvante des landes ou terres récemment 
défrichées fasse défaut à son but principal, — la dissolution du phosphate des os, — 
ainsi que cela se présente pour les noirs de sucreries du nord de la France, générale- 
ment très-riches en carbonate de chaux (15 à 25 pour 100). 

Uitliser au profit de l'agriculture des résidus naguère abandonnés, concourir tout à 
la fois à l'amélioration du sort des pauvres pêcheurs norwégiens et des [cultivateurs 
français, créer un fret à la marine et un lien nouveau entre deux peuples dont le temps 
et les événements semblent augmenter, chaque jour, la sympathique solidarité, c'est, 
comme je l'ai dit plus haut et comme j'aime à le répéter en terminant, faire tout à la 
fois une chose sensée et une bonne action. A ce double titre, la fabrication courageu- 
sement installée sur la côte de Norwége mérite des encouragements qui, je l'espère, 
ne lui feront défaut ni en France, ni dans une contrée où la qualité de Français est un 
titre à la plus cordiale hospitalité. (Journal d'agriculture pratique.) 



COMMERCE. 

Note sur l'importance comparée des communications entre l'Inde et l'Occident, 
par les trois routes maritimes du golfe persique, du golfe arabique et suez, 
et du cap de bonne-espérance, d'après les mouvements les plus récents de la 
navigation et du commerce; par le baron charles dupin. 

« Il y a déjà sept ans, en 1857, une commission, composée de MM. Cordier, Élie 
de Beaumont, Dufrénoy, l'amiral Dupetit-Thouars, et le baron Charles Dupin, rap- 
porteur, fut choisie pour examiner et juger les Mémoires relatifs aux éludes du canal 
maritime de Suez, présentés à l'Académie par le directeur de cette importante entre- 
prise. 

« L'examen approfondi de la commission porta sur la partie géologique des ter- 
rains à traverser , sur les filtrations possibles et sur ce qu'on pouvait redouter 
des ensablements occasionnés par des vents venus du désert, sur la nature et 
l'étendue des travaux que nécessiterait l'exécution; sur le port et l'entrée à créer 
dans la Méditerranée, à perfectionner dans la mer Rouge; sur les possibilités et 
l'avenir de la navigation; enfin sur les avantages respectifs du canal maritime et 
d'un chemin de fer dont la préférence était vivt^.ent préconisée par quelques per- 
sonnes puissantes de la nation la plus intéressée dans le choix de ces voies si diffé- 
rentes. 

« Nous reproduisons ici sommairement les motifs de la commission en faveur de la 
navigation maritime à travers l'islhme de Suez, comme étant la seule qui pût donner 
la préférence sur la voie du cap de Bonne-Espérance. Nous ferons voir ensuite, par les 



312 



COMMERCE. 



faits les plus récents, à quel point l'expérience vérifie maintenant la théorie présentée 
par la commission. 

« Les raisonnements et les conclusions relatifs au chemin de fer syrien, qu'on 
voulait alors étendre jusqu'au golfe Persique, faisaient voir que celte voie serait encore 
plus défavorable pour établir une communication directe entre l'Inde et l'Europe. 
Tout le monde a fini par adopter sur ce point le jugement du rapport approuvé par 
l'Académie. » 

lxamen des concurrences entre les diverses voies artificielles pour communiquer 
entre l'europe et l'asie orientale. 

Chemin de fer égyptien. 

« En Egypte même, le canal maritime trouvera pour première concurrence le che- 
« min de fer, déjà presque terminé, d'Alexandrie au Caire, et que l'on continue avec 
« activité jusqu'à Suez. 

« Sur ce chemin, les transports des voyageurs et des produits précieux pourront 
« avoir une très-grande vitesse, par exemple 60 kilomètres par heure; tandis que les 
« navires qui suivront le canal maritime, s'ils transportent des produits communs, 
« ne parcourront guère que 8 à 10 kilomètres par heure. 

« A la rigueur, et pour plus grande vitesse, les marchandises pourront être trans- 
« portées en six heures par le chemin de fer d'Alexandrie à Suez, et le parcours des 
« marchandises communes, sur le canal maritime, pourra demander vingt heures; 
« supposons trente, et, si l'on veut, trente-cinq pour la plus petite vitesse. Voilà le 
« plus grand retard. 

« Mais, pour être économique, le transport des marchandises sur le chemin de fer 
«■ exigera qu'on prenne un temps beaucoup moins court que six heures. 

« Il est une autre considération bien plus grave que la différence de quelques 
« heures, sur un parcours total de 20,000 kilomètres entre l'Inde et l'Angleterre ou 
« la France. 

« L'avantage caractéristique d'un canal maritime, c'est qu'entre l'expéditeur et la 
« personne à laquelle est adressée la cargaison un seul et même navire prend la 
« marchandise au départ et la délivre à l'arrivée, sans arrêts, sans débarquements, 
« sans embarquements intermédiaires. 

« Mais, avec un chemin de fer entre deux mers, tel que celui de l'Egypte, il est 
i loin d'en être ainsi. Supposons, par exemple, qu'un navire de 1,000 tonneaux, 
« chargé dans un port d'Europe, entre dans le port d'Alexandrie ; il faudra d'abord 
« qu'on débarque, avec ordre, avec soin, 1 million de kilogrammes de marchan- 
« dises, ensuite qu'on les charge sur une longue ligne de waggons. Il en faudra plus 
« de cent. 

« En arrivant à Suez, il faudra reprendre le million de kilogrammes et le charger, 
« suivant l'occurrence, sur un ou plusieurs navires supposés présents et prêts à 
« partir. 



COMMERCE. 



313 



« On peut concevoir tout ce qu'il faudra de temps pour accomplir celle multiplicité 
« d'opérations. Mais il y a bien d'autres inconvénients que le temps consommé. Si les 
« objets à transporter sont fragiles, s'ils craignent d'être tachés, déchirés, mouillés, etc., 
« l'on multiplie le péril d'endommager les produits par ces débarquements et ces 
« embarquements successifs. Nous l'éprouvons pour les meubles que nous faisons 
ce voyager sur des chemins de fer, et même pour des objets chargés et déchargés sous 
« nos yeux. 

« En 1851, lorsqu'il a fallu transporter à Londres des statues, des bas-reliefs, et 
« les beaux produits de la manufacture de Sèvres, malgré beaucoup de surveillance, 
« la seule complication d'un chargement à Paris, sur le chemin de fer du Nord, 
« et d'un embarquement intermédiaire à Dunkerque, a suffi pour produire des acci- 
a dents déplorables et pour briser les objets d'art les plus précieux. 

« Il est un autre inconvénient, et capital. Quand les marchandises sont transpor- 
« tées sans changer de mains, le capitaine du navire répond personnellement de la 
« conservation et du bon état des objets. Mais, quand les objets n'arrivent que par 
« une deuxième, une troisième main, après deux voyages de mer entrecoupés par un 
« transport sur un chemin de fer, on ne sait plus à qui s'en prendre contre le mau- 
« vais état des objets transportés. Lorsque trois personnes sont responsables d'un 
« même dommage, sans qu'on puisse l'attribuer à l'une plutôt qu'à l'aulre, en 
« réalité personne n'est plus responsable ; le commerce, alors, n'a ni sécurité ni 
« garantie. 

« Aux yeux des expéditeurs, de tels inconvénients suffiront pour faire préférer 
« incomparablement un canal maritime traversé par le navire unique, sans débar- 
« quements, sans embarquements intermédiaires. Dans ce système, on trouvera 
« qu'au total le transport de la mer Rouge à la Méditerranée, même pour les envois 
« de marchandises communes, exigera beaucoup moins de temps qu'avec le chemin 
« de fer le mieux organisé. On préférera le canal pour la responsabilité réelle, pour 
« la conservation des objets, pour l'économie du transport et pour la célérité finale. 

« Nous avons raisonné dans l'hypothèse d'un roulage ordinaire ou d'une accéléra- 
« lion moyenne. 

« Mais, quand il s'agit de transports très-accélérés, l'avantage est bien plus grand 
« pour un canal maritime. Aujourd'hui ce sont les navires paquebots à grande vitesse 
« qui font ce genre de transports; ils parcourent par heure environ 18 kilomètres; 
« ils franchiront le canal en 8 heures. 

« Avec le chemin de fer intermédiaire, il faudra deux paquebots au lieu d'un pour 
« chaque voyage. On parcourra la distance de la mer Rouge à la Méditerranée en 
« sept heures, en six heures si l'on veut, au lieu de huit heures; mais ces deux 
« heures de gagnées, il faudra les compenser par un débarquement et par un embar- 
« quement aux extrémités de la voie ferrée. Les voyageurs préféreront tous la voie du 
« canal, qui les laissera dans les mêmes logements à bord, sans déranger leurs 
« effets. A l'égard des masses d'or et d'argent, au lieu de les débarquer et de les 
« rembarquer, puis de les exposer à travers l'Egypte pour gagner deux heures, on 

Tome XI. — 63° année. T série. — Mai 1864. 40 



314 



COMMERCE. 



« préférera les laisser clans la soute et sous la clef d'un capitaine d'un seul et même 

« navire. 

« Le chemin de fer entre Alexandrie, le Caire et Suez ne servira donc au passage 

« de mer en mer ni pour les transports à petite vitesse des marchandises communes, 

« ni pour les transports accélérés des trésors et des produits précieux envoyés d'une 

« mer à l'autre, ni pour la traversée des voyageurs. La voie ferrée sera simplement 

« une voie locale de l'Égypte, pour la circulation intérieure et pour les envois parti- 

« culiers de la vallée du Nil aux deux mers qui l'avoisinent. » 

RÉSULTATS LES PLUS RÉCENTS PRÉSENTÉS PAR LA NAVIGATION DES INDES ORIENTALES. 

« En Angleterre, on a déjà reçu les tableaux officiels de la navigation et du com- 
merce des deux présidences de Madras et de Bombay, pour l'année qui commence en 
avril 1862 et finit en avril 1863; on a bien voulu nous en donner communication, et 
ces documents nous suffisent. 

« Ils présentent distinctement, pour Bombay et pour Madras, les transports d'en- 
trée et de sortie opérés par les trois grandes voies qui se présentent lorsqu'on veut 
comtnuniquer entre l'Inde et l'Occident. 

a Première voie de communication : le golfe Persique et V Euplxrate. 

« Valeur des produits de toute nature suivant celte voie et prenant pour point de 
départ ou d'arrivée : 



« C'est la centième partie du commerce actuel de l'Orient avec l'Occident. Certai- 
nement, si le commerce des provinces qui formaient autrefois l'empire du Roi des 
Rois n'avait pas de beaucoup surpassé cette modeste somme, il n'aurait jamais figuré 
parmi les principales sources d'opulence pour les grandes cités qui faisaient l'admira- 
tion de l'antique Asie. 

« Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les objels de luxe ont presque 
tous disparu d'un commerce qui, pendant un grand nombre de siècles, leur avait dû 
sa splendeur et son importance. Le croira-t-on? je n'ai trouvé parmi les tributs 
de l'Inde, qu'on pourrait appeler précieux, que des tissus de cachemire pour 
567,075 francs, et des soieries pour 60,000 francs. Le moindre magasin de nou- 
veautés, dans Londres et dans Paris, rougirait de ne pas vendre, dans un an, pour une 
plus forte somme de produits qui conviennent à nos classes, je ne dis pas très-opu- 
lentes, mais à celles qui possèdent seulement une fortune modérée. A côté de ces 
produits, ce qui prend la place des anciens trésors de l'industrie des bords du Gange 
et de l'Indus, c'est du fer, de l'acier, du cuivre anglais; ce sont des mousselines, des 
percales, des calicots venus de Manchester et de Glascow. De telle sorte qu'aujourd'hui 
c'est par l'Inde que la Grande-Bretagne, en faisant un parcours immense à travers 



Madras. 
Bombay 



1,205,323 francs. 
28,843,527 » 



30,048,850 francs. 



COMMERCE. 



315 



l'Atlantique et l'Océan oriental, fait pénétrer ses marchandises à bas prix, pour 
les vendre aux peuples appauvris qui bordent le golfe Persique, l'Euphrate et le 
Tigre. 

« Passons à la seconde voie de communication de l'Inde avec l'Occident. Il faut 
mettre à part les produits qui s'écbangent avec le golfe Arabique et la mer Rouge, 
excepté le port de Suez. 

« Cette ligne, beaucoup plus pauvre que les précédentes, ne fait qu'un commerce 
qui ne dépasse pas, en 1862-63, 

Pour Madras 1,704,448 francs. 

Pour Bombay 6,279,863 » 

7,984,311 francs. 
« C'est le quart du commerce avec le golfe Persique. 

« Ici, les objets de luxe disparaissent en presque totalité; ce sont le cuivre, l'acier, 
le fer et les calicots de l'Angleterre qui prennent la place de ces objets précieux que 
l'Inde exporte encore moins au midi qu'au nord de l'Arabie. 

« Reste le commerce exprimé séparément pour Suez et la Médilerranée, sur lequel 
il faut fixer toute votre attention. Pour l'Egypte, pour les peuples riverains de la Médi- 
terranée et pour l'Angleterre, la valeur totale des importations et des exportations se 
réduit à ces deux faibles sommes : 

Pour Madras 30,292 francs (1). 

Pour Bombay 3,270,770 » 

3,301,062 francs. 

« En retirant de ce total la part que peuvent réclamer l'Égypte, la France, l'Italie 
et toutes les nations qui bordent la Méditerranée, vous pouvez concevoir le peu qui 
reste pour l'Angleterre. Afin de lui laisser la part principale, concédons-lui les neuf 
dixièmes du total, et disons qu'elle fait par Suez, aller et retour, un commerce qui 
peut aller jusqu'à 3 millions de nos francs. Retenons bien cette somme. 

« Voilà tout le grand commerce obtenu par l'Angleterre avec l'occident et le midi 
de l'Inde, en se contentant du chemin de fer d'Alexandrie à Suez pour tenir lieu d'un 
canal maritime. 

« Reste la troisième voie, celle que les partisans d'un passé de quatre siècles vou- 
draient conserver à tout prix. Par cette voie la plus longue, dont le parcours n'est pas 
moindre de 5,000 lieues ou 20,000 kilomètres pour aller d'Angleterre aux côtes de 
Coromandel et de Malabar, voici quelle est aujourd'hui la somme des importations 



pour l'année 1862-63 : 

Madras 119,712,897 francs. 

Bombay 563,217,893 » 

682,930,790 francs. 



(1) Peut-être faut-il joindre à ce chiffre une somme peu considérable pour quelques produits 
laissés à Pointe-de-Galles, île de Ceylan, et qui passent ensuite à Madras. 



316 



NOTICES INDUSTRIELLES. 



C'est-à-dire deux cents fois autant par le cap de Bonne-Espérance que par l'isthme de 
Suez, lorsqu'on le franchit au moyen d'un chemin de fer. 

« Par conséquent, maigre" le secours qu'offre ce chemin, aussi longtemps qu'on 
n'aura pas terminé le profond et large canal qui permettra qu'un même navire passe 
d'Orient en Occident avec une économie supérieure à 2,000 lieues sur le parcours, 
199 tonneaux contre 1 continueront d'être transportés par la voie la plus longue, la 
plus lente et la plus dangereuse. 

« Voilà pourquoi les nations les plus éclairées de l'ancien et du nouveau monde 
sont unanimes dans leurs vœux pour le prompt achèvement d'une canalisation mari- 
time que vous avez ainsi caractérisée dès 1857 : « La conception et les moyens d'exé- 
« cution du canal maritime de Suez sont les dignes apprêts d'une entreprise utile à 
a l'ensemble du genre humain. » Et la commission ajoutait : « Par ces simples mots, 
« nous croyons exprimer, dans sa plus grande étendue, le jugement le plus favorable 
« de toute l'Académie. » 

« L'Académie peut voir, par les résultats qu'offre la plus récente expérience, à 
quel point les démonstrations et les prévisions présentées par la commission de 1857 
sont aujourd'hui confirmées. Nous avons perdu deux des membres les plus éminents 
parmi ceux qui composaient cette commission, MM. Cordier et Dufrénoy, inspecteurs 
généraux des mines; et les infirmités de l'amiral Dupetit-Thouars, si glorieusement 
conquises dans les combats et sur les mers, nous privent du concours de son expérience 
et de ses lumières. Mais les vérités que nos illustres confrères ont contribué à établir, 
et que les faits les plus récents confirment avec tant d'éclat, sont pour eux un honneur 
durable et digne de l'Académie. » [Comptes rendus de l'Académie des sciences.) 



NOTICES INDUSTRIELLES 

EXTRAITES DES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

Moyen économique de recueillir le bleu de Prusse contenu dans 
les résidus de la fabrication des cuirs vernis, giar M. le docteur 
Wiederhold, de Cassel. — Dans la préparation du vernis pour les cuirs, le bleu 
de Prusse n'est pas décomposé, mais se combine avec une résine et se précipite par le 
refroidissement et le repos. On peut recouvrer ce bleu par la méthode suivante : on 
prend 1 partie du résidu déposé, et l'on fait dissoudre 1 partie de soude calcinée 
brute dans 10 parties d'eau, que l'on porte de 70 à 80° centigrades. On mêle le tout 
dans un vase de grès et l'on agile bien toule la masse; on laisse déposer et l'on filtre. 
On reprend alors le résidu et on le lave avec de l'eau chauffée à 80 ou 100° centi- 
grades, jusqu'à ce que le liquide ne ramène plus au bleu le papier de tournesol rougi; 
on filtre toutes les eaux de lavage et on les réunit. On traite ensuite le résidu avec 
7 parties d'acide chlorhydrique ordinaire bouillant; on filtre et on lave le dépôt jusqu'à 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



317 



ce que le liquide ne rougisse plus le papier bleu de tournesol. On mêle ensuite, dans 
un vase de capacité suffisante, tous les liquides obtenus. Il se reforme alors du bleu de 
Prusse très-pur, qui se précipite. Onle recueille sur un filtre, on le lave bien, on le sèche 
comme à l'ordinaire, et on peut l'employer de nouveau. (Neue Gewerbeblàltern fur 
kurhessen et Dingler's Polytechnisches Journal.) 

Caméléon employé comme mordant pour donner à plusieurs bois 
l'aspect du palissandre ou du noyer, par Jîft. le docteur Wiedcrhold. 

— Une solution concentrée d'hypermanganale de potasse (caméléon minéral) est 
très-propre à la teinture du bois. On étend cette solution sur la surface que l'on veut 
teindre, et on la laisse agir jusqu'à ce que l'on ait obtenu la nuance désirée. Cinq mi- 
nutes suffisent ordinairement pour donner une nuance foncée. Au reste, les diverses 
sortes de bois ne se comportent pas de la même manière. Le poirier et le cerisier se 
teignent très-facilement; il suffit d'une couple d'essais pour reconnaître les propor- 
tions convenables. L'action du mordant consiste en ce que l'hypermanganate de po- 
tasse est décomposé par les fibres végétales, qui précipitent du peroxyde brun de man- 
ganèse que l'influence de la potasse, mise en même temps en liberté, fixe d'une 
manière durable sur les fibres. Lorsque l'action est terminée, on lave soigneusement 
les objets en bois avec de l'eau , on les laisse sécher, on les buile et on les polit par 
les moyens ordinaires. L'effet que produit ce mordant sur plusieurs bois est vraiment 
remarquable ; sur le cerisier surtout, il donne une très-belle couleur rouge. La cou- 
leur ainsi produite par le caméléon résiste très-bien à l'air et à la lumière; il ne faut 
qu'un temps très-court pour l'obtenir, et l'on peut même appliquer ce procédé à des 
bois déjà enduits de colle. Ces propriétés rendent, dans beaucoup de cas, le caméléon 
préférable à un grand nombre d'autres mordants. [Ibid.) (V.) 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

PROCÈS-VERBAUX. 

Séance du 4 mai 1864. 

Présidence de M. Dumas. 

Correspondance manuscrite. — M. Plagnol, ouvrier mécanicien, rue Élisa-Borey, 
à Paris, soumet à la Société différentes inventions qui lui sont propres, telles qu'un 
niveau universel, un compteur mécanique, des machines pour les papiers peints. 
(Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Joseph Labriola, rue du Temple, 169, demande l'examen d'un propulseur 
sous-marin propre à remplacer avantageusement les hélices et les roues. (Renvoi 
au même comité.) 



318 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



M. Bertcher fils, à Douai, demande l'examen d'un foyer tubulaire'a flamme divisée, 
à air chaud et fumivore, inventé par feu son père. (Renvoi au comité des arts éco- 
nomiques.) 

M. Voirin, constructeur-mécanicien, rue Mayet, 17, prie le Conseil de faire examiner 
les perfectionnements qu'il a apportés aux machines lithographiques et typographiques. 
(Renvoi au comité des arts mécaniques.) 

M. Robin, à Bicêtre, appelle l'attention de la Société sur un système à leviers mo- 
biles de son invention. (Renvoi au même comité.) 

M. Toussaint- Lemai Ire, rue Saint-Denis, 290, transmet une notice sur un ventila 
teur désinfectant de son invention. M. le Président, en renvoyant cette affaire au 
comité des arts économiques, la recommande à toute son attention, l'Administration 
s'occupant, en ce moment, avec une grande sollicitude, de toutes les questions rela- 
tives à l'assainissement des fosses d'aisances. 

M. Megnard, ingénieur, rue de Rivoli, 40, adresse une notice sur le régulateur 
électrique universel de son invention, applicable aux températures, aux pressions et 
aux mouvements de toute nature. (Renvoi au comité des arts économiques.) 

M. Bourgoise, rue de Lancry, 56, prie la Société de se faire rendre compte des 
applications diverses qu'il a faites de son système de filtrage des eaux. (Renvoi 
au même comité.) 

MM. Dupuy et comp., à Bayonne (Basses-Pyrénées), transmettent un mémoire sur de 
nouvelles allumettes chimiques de leur invention. (Renvoi au comité des arts chi- 
miques.) 

M. Chevallier, membre du Conseil, rappelle, à cette occasion, que la Société a 
accordé une annuité de brevet pour des allumettes d'un système analogue. 

M. le Président invite le comité des arts chimiques à s'occuper activement de cette 
question, l'une des plus importantes qui puissent fixer l'attention de la Société. Per- 
sonne n'ignore le danger des allumettes chimiques ordinaires, et les nombreux acci- 
dents qu'elles occasionnent. Ce serait donc un véritable bienfait que de les faire dispa- 
raître et d'encourager la fabrication des allumettes qui n'offrent aucun danger. 

M. Jager, à Paris-Montmartre, en remerciant la Sociélé de la médaille qu'elle lui 
a décernée pour sa table géographique, demande la permission de lui soumettre de 
nouveau cet appareil avec tous les procédés de démonstration qu'il comporte. (Renvoi 
au comité des arts économiques.) 

S. Exc. M. le Ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics 
transmet deux exemplaires du n° 11 du Catalogue des brevets d'invention pris en 
1863. 

M. Charles de Labarthe prie la Société de vouloir bien annoncer, dans son Bul- 
letin, la formation d'une société qui vient de se fonder, à Paris, sous le litre de comité 
d'archéologie américaine, et dont le but est de recueillir tous les renseignements 
propres à éclairer l'histoire et la civilisation de l'Amérique, avant la découverte de ce 
continent par Christophe Colomb. (Renvoi à la commission du Bulletin.) 

M. Legrand adresse ses remercîments pour son admission, comme membre titu- 



SÉANCES DU CONSEIL d' ADMINISTRATION. 



319 



laire, dans la commission des fonds. Désirant justifier cette marque de considéra- 
tion, et coopérer à la prospérité et au développement de la Société, il prend l'engage- 
ment de verser, à partir du mois de janvier prochain, une cotisation annuelle de 
500 fr.;il espère, plus tard, en constituer le capital, de manière qu'elle devienne une 
cotisation perpétuelle. 

M. Le grand annonce, en même temps, que la souscription ouverte par ses soins 
dans V industrie de la savonnerie et de la parfumerie a produit, jusqu'à ce jour, une 
somme de 7,000 fr., dont le versement a été fait entre les mains de M. Le Tavernier, 
trésorier de la Société. Il demande que cette somme soit convertie en obligations de 
chemins de fer au nom de la Société, et indique l'emploi qui devra en être fait con- 
formément au vœu des souscripteurs. 

M. Barreswil, membre du Conseil, communique, au nom de M. Perrault, tanneur 
à Paris, une traduction, faite par ce fabricant, d'un mémoire sur l'analyse quantita- 
tive des acides tannique et gallique dans les matières tannantes, publié par le doc- 
teur Hugues Fleck, de Dresde. (Renvoi à la commission du Bulletin.) 

M. Barreswil apprend en même temps au Conseil que M. Gratien Milliet, l'un 
de ses nouveaux membres, vient de créer une caisse de secours en faveur des indus- 
tries céramique et verrière. 

Les premiers fonds de cette caisse sont faits de la manière suivante : M. Le- 
bœuf-Milliet, 500 fr.; M. Gratien Milliet, 300 fr.-, M. Adrien Lebœuf, 300 fr. ; 
total, 1,000 fr. M. Gratien Milliet prie M. Barreswil de continuer celte 
souscription. 

M. le Président remercie MM. Milliet et Lebœuf de leur généreuse initiative, et 
adjoint M. Salve'lat, membre du Conseil, à M. Barreswil, pour suivre et diriger les 
opérations de cette souscription, conformément aux intentions des fondateurs. 

Nécrologie. — M. le Président annonce que la Société vient de perdre M. Bros- 
sette, l'un de ses lauréats et l'un de ses membres les plus dévoués. M. Brosselte est 
décédé le 22 avril dernier. II y a peu de semaines, il s'occupait encore avec activité 
de la souscription ouverte dans l'industrie des cuirs. 

Rapports des comités. — M. Pihet lit, au nom du comité des arts mécaniques, un 
rapport sur une machine à graver les bouteilles de M. Grùn. (Adoption et insertion 
au Bulletin, avec dessin.) 

M. le baron de Silveslre fait, au nom de la commission des beaux-arts appliqués à 
l'industrie, un rapport sur ï 1 application, à la fabrication des crayons, du graphite de 
Sibérie, découvert et exploité par M. Alibert. (Voir plus haut, p. 277.) 

M. Victor Bois rend compte, au nom du comité des arts mécaniques, de l'ou- 
vrage de MM. Emile Vuigner et Fleur-Sainl-Denis sur le pont construit à Kehl 
sur le Rhin. (Adoption et insertion au Bulletin.) 

M. Cavé lit, au nom du même comité, deux rapports : 1° sur l'appareil dit 
préservateur à frein permanent, présenté par MM. Tanne}/ et Maître- Jean 2° sur les 
ateliers de chaudronnerie de cuivre pour les ustensiles de cuisine de M. Jouet 
( Adoption et insertion de ces rapports au Bulletin. ) 

M. Benoît lit, au nom du même comité, deux rapports : 1° sur le trigonomètre et 



320 



SÉANCES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



ie théodolite présentés par M. Richard, major au 47 e de ligne; 2° sur le niveau-gra" 
phomèlre-équerre de MM. Dupuis, Rabouin, O'Sullivan et Leroyer. (Adoption et 
insertion de ces rapports au Rulletin, avec dessins.) 

Communications. — M. Bazet lit une note sur le recuit du verre. Il explique que, 
dans son nouveau système d'arche, la force élastique des gaz entraînés soulève une 
soupape pyrométrique reliée au registre du foyer qui fait poids; de telle sorte que ce 
registre se ferme quand la soupape s'ouvre, et réciproquement, en maintenant ainsi 
automatiquement la température du recuit. (Renvoi au comité des arts chimiques.) 

M. Silbermann donne quelques explications sur une machine électrique à plateau 
de verre de M. Hempel. (Renvoi au comité des arts économiques. ) 

Nominations. — M. Graliot, directeur-gérant de la papeterie d'Essonne et memhre 
de la Société, sollicite l'admission de cette compagnie comme membre de la Société 
d'encouragement. 

Sur la proposition de M. le Président, le Conseil vote à l'unanimité son admission 
immédiate. 

Sont ensuite nommés membres de la Société, après présentation préalable, 
MM. Alibert, minéralogiste; 

Crepaux, capitaine du génie; 

Gueldry, gérant des ateliers des forges d'Audincourt ; 

Latry, fabricant de bois durci ; 

Orsat, fabricant de blanc de céruse et de minium; 

Mascart, ingénieur civil ; 

Mazard, ingénieur civil. 



Dans la liste des membres du Conseil d'administration publiée au Bulletin d'avril 1864, un 
membre nouvellement élu a été omis au comité d'agriculture; c'est M. Boitel inspecteur 
général de l'agriculture, rue de Madame, 34. Les membres titulaires de ce comité sont donc : 



OMISSION. 



MM. Huzard, 



MM. Hervé Mangon, 



Darblay aîné, 
Moll , 

Brongniart, 
A. Dailly, 



Bourgeois, 

Boitel, 

Chatin. 



TAKIS. — IMPKIMEME DE M me V e UOUCHAIlU-HCiARD , IlLE DE L'ÉPERON, 5. — 



18C4. 



63 e ANNÉE. DEUXIÈME SÉRIE. TOME XL — Juiu 1864. 



BULLETIN 

DE 

LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT 

POUR L'INDUSTRIE NATIONALE. 



CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

DÉCISION RELATIVE A LA NOMINATION DE MEMBRES ADJOINTS. 

Conformément à l'arrêté pris le 16 janvier 1855, 

M. Barreswil entendu d'une part, dans la séance publique du 20 avril 1864, 
pour le comité des arts chimiques ; 

Et M. Duchesne, d'autre part, dans la même séance, pour le comité des 
arts économiques, 

Le Conseil, après délibération, a décidé que chacun de ces comités était 
autorisé à présenter une liste de candidats pour la nomination d'un membre 
adjoint au premier et de deux membres adjoints au second. 



CONSEIL D'ADMINISTRATION. 

Monsieur, 

Nous appelons voire attention sur des dispositions nouvelles, délibérées 
récemment, après un examen attentif, par le Conseil de la Société d'encou- 
ragement. 

Elles ont pour but d'assurer la perpétuité de la Société, d'en accroître les 
forces et d'en garantir la libre action, dans l'intérêt de l'industrie française. 
Tome XI. — 63 e année. 2° série. — Juin 1864. 41 



322 



CONSEIL D'ADMINISTRATION. 



Les circonstances sont changées; mais, loin de restreindre le rôle de la So- 
ciété, elles l'ont élargi et grandi. Il est donc nécessaire que ses ressources 
s'élèvent à la hauteur de la mission qu'elle a désormais à remplir, et que le 
personnel de ses membres, par sa stabilité, garde la tradition et maintienne 
les principes que nous avons reçus de nos fondateurs. 

Par délibération, en date du 1 er juin 1864, le Conseil de la Société d'en- 
couragement pour l'industrie nationale a décidé que les membres de la Société 
prendraient, désormais, les titres suivants : 

1° Donateurs. Membres perpétuels. — Ils reçoivent le Bulletin de la Société 
à perpétuité. Ce droit est transmissible soit à un établissement public, soit à un 
établissement reconnu comme étant d'utilité publique, enfin à un membre 
de la Société, ou à une personne qui sera admise à en faire partie, suivant 
les formalités ordinaires, après la transmission. — La cotisation est de 
1,000 francs une fois payés. 

2° Membres souscripteurs à vie. — Ils reçoivent, pendant leur vie, le Bul- 
letin de la Société. — La cotisation est de 500 francs une fois payés. 

3° Membres ordinaires. — Ils sont soumis à la cotisation annuelle de 
36 francs. 

Les noms des membres perpétuels et des membres à vie figurent en tête 
de la liste des membres de la Société, avec ceux de ses bienfaiteurs. 

Les donations et souscriptions perpétuelles ou à vie sont capitalisées; le 
capital en est inaliénable : elles forment des chapitres spéciaux au budget de 
la Société. 

4° Abonnés ne faisant pas partie de la Société. — Le Conseil a autorisé la 
commission de rédaction à adresser le Bulletin, moyennant le rembourse- 
ment des frais de publication (12 francs par an), aux ouvriers et contre- 
maîtres qu'elle jugera dignes de cette marque d'intérêt. 

Le Conseil fait appel avec confiance à tous ceux de ses membres et à tous 
les esprits éclairés qui s'intéressent à la prospérité industrielle du pays el 
aux idées de généreux progrès que la Société d'encouragement représente. 

Agréez, je vous prie, Monsieur, l'expression de nos sentiments de haute 
considération. 



Le Secrétaire général, Sénateur, 
membre de l'Académie des sciences, 



Le Président, Sénateur, 
membre de l'Académie des sciences. 



Baron DUPIN. 



DUMAS. 



AGRICULTURE. 



323 



AGRICULTURE. 

Rapport fait par M. Hervé Mangon, au nom du comité d'agriculture, sur les 

PRAIRIES EN PAYS DE MONTAGNES, de M. BaRGNÉ. 

Messieurs, vous avez renvoyé à votre comité d'agriculture, le 7 mai 1862, 
un mémoire et un ouvrage de M. Bargné, intitulé : Irrigations et prairies com- 
binées à convertir les inondations en une riche conquête. La difficulté d'entre- 
prendre, dans la saison la plus favorable, le voyage que nécessitait la visite 
des travaux explique le long relard apporté à la présentation de ce rapport. 

Placé à l'origine même des rivières torrentielles qui descendent des mon- 
tagnes de la Lozère, M. Bargné a été vivement frappé des ravages causés par 
les grandes eaux; il a fait une étude attentive de leur mode d'action, pour 
chercher les meilleurs moyens de prévenir leurs dangers, et d'utiliser au 
profit de l'agriculture leurs forces si redoutables aujourd'hui. La propriété 
de l'auteur présentait des surfaces étendues en voie de désagrégation ; il a su 
arrêter les ravages des eaux torrentielles, transformer, à peu de frais, en 
prairies de bonne qualité des terrains sans valeur, et prouver, par des faits, 
la possibilité d'une heureuse transformation de ces localités déshéritées. Les 
résultats obtenus et l'importance du sujet méritent une sérieuse attention. 

Il serait impossible de suivre l'auteur dans les longs développements de 
ses nombreux écrits. On se bornera à une analyse sommaire de son ouvrage. 
Yoici à peu près dans quels termes M. Bargné résume l'énoncé des pro- 
blèmes dont il s'est proposé d'obtenir la solution : 

1" Préserver les terres en pente des dévastations torrentielles; 

2° Protéger les vallées contre les ravages des inondations; 

3° Enrichir les terres arables des alluvions fines que charrient les eaux ; 

4° Augmenter l'étendue des prairies, dont le développement assure l'amé- 
lioration de l'agriculture. 

La création de prairies suffisamment étendues sur les terres en pente per- 
met, selon l'auteur, d'atteindre ce quadruple résultat. 

Si l'on parvient, en effet, à gazonner un terrain en pente, les eaux torren- 
tielles ne peuvent plus le raviner, et il se trouve à tout jamais conquis à la 
culture. D'un autre côté, les eaux, retenues par un sol spongieux et bien 
herbé, s'écoulent avec plus de lenteur et produisent des crues moins fré- 
quentes et moins redoutables. Enfin les pelouses gazonnées retiennent à leur 



324 



AGRICULTURE. 



profit les matières fertilisantes des eaux limoneuses qui les arrosent; elles 
nourrissent de nombreux troupeaux et fournissent des engrais abondants aux 
terres cultivées en céréales ou autres plantes usuelles. 

Le point de départ de toutes les améliorations et de tous les progrès est 
donc la création de gazons protecteurs sur les terres en pente ravinées par 
les eaux torrentielles et désagrégées par les intempéries. 

Pour former ces gazons irrigués par les eaux des pluies, M. Bargné trace 
de larges rigoles d'arrosage, à très-faibles pentes, à la surface du sol régula- 
risée autant que possible, ameublie et semée en foin; il établit ensuite, de 
distance en dislance, dans les ravins, de petits barrages en pierres sèches, 
qui jettent les eaux dans les rigoles d'arrosage. 

Le résultat de ces travaux, simples et peu coûteux, se comprend aisément. 
Les eaux, arrêtées à chaque pas par les petits barrages, ne peuvent plus ac- 
quérir assez de vitesse et se réunir en masses suffisantes pour devenir dan- 
gereuses. L'entraînement et le ravinement du sol ne sont donc plus possibles. 
D'un autre côté, les eaux dérivées dans les rigoles d'arrosage se déversent 
lentement sur de grandes surfaces et laissent déposer les matières limoneuses 
qu'elles charrient. Bientôt l'herbe se développe, et le liquide ne s'écoule 
qu'en filtrant, pour ainsi dire, à travers le gazon, auquel il abandonne ses 
principaux éléments de fertilité. 

Dès lors, le torrent est éteint, selon l'expression de M. Bargné; le sol, bien 
loin de se dénuder, comme il le faisait avant les travaux, s'exhausse et s'amé- 
liore à chaque crue. Des surfaces dénudées, presque jusqu'au rocher, se 
couvrent d'un riche tapis de verdure et d'une couche de terre végétale qui 
atteint, en quelques années, 0 m ,10 ou 0 ra ,l- d'épaisseur. 

Lorsque les ravins qui traversent les terres à améliorer ont une certaine 
importance, les eaux, en temps de crue, y prennent une vitesse torrentielle 
et charrient des pierres ou des graviers qu'il faut bien se garder de laisser 
arriver dans les rigoles d'arrosage et sur les terres gazonnées. M. Bargné em- 
ploie, dans ce cas, un appareil de son invention, très-simple et fort ingénieux, 
qu'il convient de signaler; car il permet d'appliquer à des arrosages de col- 
matage les eaux torrentielles, si redoutées jusqu'à présent des irrigateurs. 
Les eaux du torrent, dans l'appareil de M. Bargné, sont réunies entre deux 
parapets en pierres brutes. Le fond du lit, ainsi encaissé, est garni d'une 
grille en fer ou en bois, à barreaux espacés de 0 m ,005 environ, placée au-des- 
sus de la rigole d'arrosage. Une partie de l'eau limoneuse passe à travers la 
grille et se rend, par la rigole d'irrigation R, sur les terrains à arroser, tan- 
dis que les pierres et les graviers, entraînés par l'excès d'eau, continuent 
leur chemin dans le lit naturel du torrent. 



AGRICULTURE. 



325 




M. Bargné a fait l'application des différents procédés de gazonnement que 
l'on vient de décrire à 5 ou 6 hectares de terrains, sur le petit domaine du 
Vivier, qu'il possède dans la commune de Cassagnas (Lozère). Les circon- 
stances ne lui ont pas permis d'étendre davantage ces opérations sur sa pro- 
priété; mais l'exemple qu'il a donné d'un gazonnement en pleine montagne 
a vivement frappé un certain nombre de propriétaires qui confient en ce mo- 
ment à M. Bargné l'amélioration de terrains étendus en voie de désagréga- 
tion. 

M. Bargné a estimé à 180 fr. ou 200 fr. par hectare les frais d'établisse- 
ment des pelouses gazonnées; elles donnent, après peu d'années, dans de 
bonnes conditions, 3,000 kilog. de foin par hectare. 

Certaines eaux charrient, dit- on, des limons trop glaiseux pour être fécon- 
dants; mais celte circonstance est extrêmement rare, et les surfaces qui 
pourraient être traitées par les méthodes que recommande M. Bargné sont 
véritablement énormes. Une grande partie de l'arrondissement de Florac, en 
particulier, pourrait se transformer ainsi en bonnes prairies de montagnes. 

Telles sont, en résumé, Messieurs, les méthodes employées et proposées 
par M. Bargné. Il est inutile de vous faire remarquer que l'établissement de 
prairies sur les terrains en pente et en voie de désagrégation est recommandé 
depuis longtemps, aussi bien que la construction de barrages sur les ravins, 
pour modérer la vitesse des eaux et les faire refluer au besoin dans des ri- 



AGRICULTURE. 



goles d'arrosage. M. Polonceau a consacré à ces travaux tout un chapitre de 
son excellent ouvrage (1). 

Mais M. Bargné a ajouté aux procédés connus un perfectionnement très- 
sérieux fréquemment applicable en pays de montagnes, c'est la grille destinée 
à séparer les eaux limoneuses, si précieuses pour l'arrosage, des cailloux et 
des graviers qu'elles charrient. Cet appareil parait dû à 31. Bargné; il fait hon- 
neur à son esprit d'invention, et constitue en sa faveur un titre véritable à la 
reconnaissance des cultivateurs qui emploient des eaux torrentielles. 

M. Bargné a, d'ailleurs, d'autres mérites dans la question du gazonnemenl 
des montagnes; il a, pour ainsi dire, l'instinct des travaux de cette espèce; 
il a exécuté lui-même, en praticien consommé, des opérations intéressantes 
qui serviront d'exemples à ses voisins. Plein de confiance dans ses procédés, 
il s'est fait dans son pays l'apôtre du gazonnement des terrains escarpés, et 
son ouvrage pourra servir de guide à des cultivateurs de contrées plus éloi- 
gnées. 

On vient de rendre compte des écrits et des travaux de M. Bargné; mais 
quelques explications sont encore nécessaires pour montrer comment les 
travaux de gazonnement et de colmatage, dans les pays de montagnes, se rat- 
tachent, en France, à des intérêts d'un ordre très-général et d'une impor- 
tance considérable. 

Il serait inutile de rappeler ici, avec détails, comment les eaux des pluies 
qui tombent sur les parties élevées des montagnes se rassemblent en suivant 
les pentes du sol, forment des ravins, enlèvent la mince couche de terre vé- 
gétale qui recouvre la roche et l'entraînent, à l'état de limons, dans les 
vallées inférieures et jusque dans la mer. 

L'intensité de ces actions destructives et leurs inconvénients s'aggravent do 
jour en jour. On conçoit, en effet, que l'eau se rassemble d'autant plus vile 
en masses suffisantes pour produire des accidents, qu'elle tombe a la surface 
d'un terrain déjà plus lisse et plus imperméable, d'une roche plus dénudée, 
en un mot. 

Les inondations des vallées inférieures deviennent alors plus fréquentes et 
plus redoutables, parce que les eaux, au lieu de s'absorber en partie dans 
le sol et de suinter peu à peu entre les racines et les liges des végétaux, se 
réunissent en totalité et s'écoulent, en quelques heures, sur les flancs dénu- 
dés des montagnes. Cette influence désastreuse de la dénudation des mon- 
tagnes, sur le régime des cours d'eau, ne saurait être mise en doute. C'est a 



(1) Des eaux relativement à l'agriculture, pages 71, 76 et 157, figures 15 à 23. 



AGRICULTURE. 



327 



l'origine même des torrents qu'il faut chercher à les modérer, si l'on veut 
porter un remède efficace aux désastres des inondations. 

Au point de vue de la richesse territoriale du pays tout entier, la question 
n'est pas moins sérieuse. On se rend, en effet, difficilement compte de la masse 
énorme des terres et des matières fertilisantes que les fleuves reçoivent des 
torrents et portent à la mer. La Durance, pour ne citer qu'un seul exemple, 
transporte, chaque année, 11,000,000 de mètres cubes de limons, contenant 
autant d'azote assimilable que 100,000 tonnes d'excellent guano, autant de 
carbone que pourrait en fournir, par an, une forêt de 49,000 hectares d'é- 
tendue. 

Il y a donc le plus grand intérêt à retenir les terres arables sur les flancs 
des montagnes, soit pour régulariser le régime de nos cours d'eau, soit pour 
utiliser les immenses richesses agricoles que nous laissons perdre chaque 
année. 

Le reboisement a été signalé de tout temps comme l'un des plus puissants 
moyens pour prévenir la dénudation des montagnes, et de vastes opérations 
de cette nature s'exécutent en vertu de la loi du 28 juillet 18G0. Les travaux 
de gazonnemenl ont été moins généralement appréciés, et plus rarement ap- 
pliqués jusqu'à présent; ils ne sont assimilés aux reboisements que par la loi 
récente du 8 juin 1864. Il importe d'autant plus de préciser leur rôle et leur 
importance. 

Ce n'est point ici le lieu de discuter les avantages respectifs du boisement 
et du gazonnement des montagnes : on dira seulement que ces deux procédés 
de culture doivent, suivant les circonstances, prêter leur concours à l'œuvre 
de la régénération des montagnes. Sur certains points, la végétation arbus- 
tive est la plus avantageuse ; sur d'autres, le gazonnement simple sera préfé- 
rable; ailleurs, enfin, quand on pourra réunir des eaux troubles et fécon- 
dantes, on devra créer des pelouses irriguées et limonées, véritables prairies 
d'une fertilité croissante. 

Les exemples d'opérations de cette nature se rencontrent dans quelques 
parties des montagnes de la Lozère, et montrent tout ce que l'on peut obte- 
nir de travaux d'ensemble bien dirigés. 

La plus grande difficulté que rencontrent les travaux d'amélioration des 
montagnes est la nécessité d'interdire la dépaissance pendant les premières 
années, au moins, des opérations; ces difficultés augmenteront avec les pro- 
grès mêmes de l'œuvre du reboisement, et des intérêts très-graves seraient 
compromis si le bétail ne retrouvait pas en qualité, dans les prairies, ce qu'il 
perd en étendue par la mise en défense de ses anciens parcours. La création 
de prairies dans les montagnes est le seul moyen de prévenir les plaintes 



328 



AGRICULTURE. 



légitimes, et de sauvegarder le développement de l'une des branches les plus 
essentielles de noire production agricole. 

La dent du mouton, en détruisant toute végétation sur d'immenses espaces, 
a produit sans doute bien des ravages et causé peut-être nos plus grandes 
inondations. Mais il ne faut pas confondre l'abus de la dépaissance avec 
l'usage de ce précieux moyen d'entretien du bétail, et déclarer la guerre à 
l'industrie pastorale, parce que l'excès du parcours a produit quelquefois de 
véritables désastres. 

Non-seulement l'industrie pastorale des montagnes produit certaines den- 
rées alimentaires plus économiquement qu'on ne pourrait le faire ailleurs; 
non-seulement elle assure l'aisance des usagers des terres en pente, mais 
encore elle fait sentir à de grandes dislances, dans la plaine, sa bienfaisanle 
influence; la culture serait, pour ainsi dire, impossible dans plusieurs de 
nos plus belles régions du Midi, si les troupeaux ne pouvaient aller, pendant 
l'été, chercher dans la montagne la nourriture que leur refusent les terres 
basses desséchées par la chaleur. 

Peu de personnes ont vu d'assez prés celte belle et curieuse industrie 
pastorale de nos montagnes pour apprécier ses avantages, son utilité, je 
dirais presque le respect qu'elle mérite. Il faut avoir causé longtemps avec 
les bergers et les buronniers pour comprendre sa grande importance absolue 
et son indispensable nécessité dans le mécanisme agricole de certaines con- 
trées. Il faut avoir étudié ailleurs la production de la laine et l'enlrelien du 
bétail pour mesurer la grandeur des ressources h attendre de la créalion et du 
perfectionnement de pàlurages et de prairies sur de vastes étendues de mon- 
tagnes, oii nul travail ne saurait être aussi lucratif et aussi profitable au ré- 
gime hydraulique de la France. 

L'expression pâturages de montagnes n'éveille dans l'esprit de beaucoup de 
personnes que l'image de la stérilité, de l'appauvrissement causé par l'abus de 
la dépaissance et de la pauvreté agricole poussée à sa dernière limite. Cette 
idée, souvent trop vraie, est heureusement complètement inexacte dans cer- 
tains pays. Aux environs d'Aubrac, par exemple, une surface de montagne 
peu considérable nourrit par chaque buron, pendant l'été, 45 veaux, 5 porcs 
et 50 vaches, qui donnent plus de 3,700 kilogrammes de fromage. Tels 
sont les pâturages ménagés qu'il faut chercher à conserver et à créer. Dans 
les circonstances favorables a la formation des pelouses arrosées, on fera 
mieux encore, on fera de véritables prairies fauchables. 

La création de grandes surfaces gazonnées et de prairies arrosées, dans les 
montagnes, développera les ressources de l'industrie pastorale, permettra 
d'en faire légitimement disparaître les abus, de mettre en défense et de boi- 



CHEMINS DE FER. 



320 



ser facilement des surfaces aujourd'hui dénudées; enfln elle exercera la 
plus heureuse influence sur le régime de nos cours d'eau torrentiels. C'est 
dire assez le grand intérêt national de ces travaux, si modestes en appa- 
rence et si utiles en réalité. 

D'après ce qui précède, Messieurs, votre comité d'agriculture a l'honneur 
de vous proposer : 

1° De remercier M. Bargné de sa communication ; 

2° De l'inviter à continuer ses travaux de formation de prairies limonées 
sur les terrains montagneux; 

3° D'ordonner l'insertion de ce rapport dans votre Bulletin, avec un cro- 
quis sur bois d'un barrage à grille de M. Bargné. 

Signé Hervé Mangon, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 29 juin 1864. 



CHEMINS DE FER. 

Rapport fait par M. Baude, au nom du comité des arts mécaniques, sur le 
mémoire de M. Emile Vuignier, relatif aux travaux exécutés pour 
l'établissement du chemin de fer du camp de chalons (1). 

Messieurs, M. Vuignier, ingénieur en chef de la Compagnie des chemins 
de fer de l'Est, a fait hommage à la Société de l'ouvrage dont nous venons de 
donner le titre, et votre comité des arts mécaniques a jugé qu'il pouvait ne 
pas être sans intérêt pour vous d'en entendre un compte rendu. 

Ce n'est pas par la hardiesse, la grandeur ou la difficulté des travaux que se 
distingue le chemin de fer du camp de Châlons, qui a 25 kilomètres de longueur 
entre la ligne de Strasbourg, de laquelle il se détache, et Mourmelon, commune 
sur laquelle est établi le camp, mais c'est par la promptitude de l'exécution, 
puisque celle-ci n'a duré que soixante-cinq jours. Comment ce tour de force, 
avec des formalités d'expropriation, avec plusieurs centaines de 1,000 mètres 
cubes de terrassement, avec des viaducs sur la Marne et sur plusieurs autres 
vallées secondaires, avec deux stations, avec les changements de voies, plaques, 
quais de chargement et de déchargement qu'elles comportent, enfin avec une 



(1) Un volume de texte et un atlas de 18 planches gravées. Chez Dunod, éditeur, quai des 
Augustins, 49. . 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Juin 1864. 42 



330 



CHEMINS DR KIR. 



vois de fer el ses croisements, a-l-il pu être accompli en si peu de temps? 
C'est à quoi nous initie le mémoire de M. Yuignier. On peut réussir dans ces 
tentatives hardies, sur une ligne secondaire et de peu de longueur, lorsque 
chacun s'ingénie à seconder la volonté du Souverain, qui avait particulière- 
mont en vue le bien-être de ses soldats campés pour la première fois sur un 
terrain assez inhospitalier ; mais, malgré le désir de satisfaire aux désirs des 
populations, toujours insatiables dans la jouissance immédiate du chemin de 
fer promis, nous ne saurions conseiller les procédés ingénieux et expéditifs 
de M. Vuignier pour les lignes qui restent à faire. 

31. Yuignier avait étudié un projet de chemin de fer de Châlons au camp, 
en vue de certaines dispositions qui semblaient arrêtées, lorsque l'Empereur 
arriva à Châlons, le 24 juin 1857, pour examiner l'installation définitive du 
campement. Le lendemain de cette visite, le tracé de la compagnie dut être 
complètement abandonné. 

Le nouveau tracé devait se détacher de la ligne principale à 1,200 mètres 
en avant de Châlons, traverser la Marne, franchir la vallée, attaquer le faîte 
séparatif de la vallée de la Marne de celle de l'Aisne, au village de la Veuve, 
et venir toucher le camp, après avoir traversé le ruisseau de Chenu, affluent 
de la Vesle. 

Aussitôt on se mit à dresser les projets définitifs : le 3 juillet suivant, la 
Compagnie des chemins de fer de l'Est passait une couvention avec S. Exc. 
M. le Ministre des travaux publics pour la concession de l'embranchement de 
Mourmelon ; l'ingénieur en chef, muni de pleins pouvoirs, passait des mar- 
chés d'exécution avec l'entrepreneur de la ligne de Mulhouse, et plusieurs 
autres entrepreneurs de la localité; en vertu d'un arrêté du préfet de la Marne, 
on procédait aux prises de possession des terrains, aux règlements des in- 
demnités de dommage, et, grâce au consentement des propriétaires qui 
livraient le terrain moyennant l'intérêt de 5 p. 100 sur le capital que fixe- 
raient les décisions du jury d'expropriation, on pouvait, dès le 12 juillet, don- 
ner le premier coup de pioche sur le chemin de fer du camp de Châlons. 

Ce coup de pioche a été suivi de bien d'autres, et vivement répétés ; car, 
dès le 12 septembre, les ingénieurs délégués par l'Etat procédaient à la 
réception des travaux, et, dès le 15, le chemin donnait passage au train de 
l'Empereur, c'est-à-dire que l'exécution avait eu lieu en soixante-cinq jours, 
M. Vuignier accomplissant ainsi la promesse faite de livrer le chemin dans 
le délai de deux mois. 

Le doute semblait défier la Compagnie d'atteindre un pareil résultat, et ce 
n'est pas sans lutte que M. Vuignier eut à se défendre des propositions, bien- 
veillantes d'ailleurs, des Ministres, qui voulaient mettre à sa disposition des 




ft alignements 



.K/LMm< -,,/<■/ rt.rr . 



BnUtàm-d» 1» Si/cir/r- d'-Enoeuraaamént fibmmikè* .fane/ Nf J3# 



Pl. 298. 




Inip./.,7r>u>urruj- , r. i/c Ltrfé/tèiA- ;ffi. Pari* ■ 

CHEMIN DE FER DU CAMP DE CHALONS, PAR M.EMILE VUIGNIER . 



Ai/ J,s/>/im<\i/r/ rf <rr 



CHEMINS DE FER. 



331 



régiments d'infanterie. On lui aurait ainsi fait perdre du temps au lieu d'en 
gagner. Ce n'est pas la foule qui fait marcher rapidement un travail de ce 
genre; la bonne organisation d'un chantier, la libre disposition d'ouvriers 
exercés valent bien mieux, et ce n'est pas à des travaux de l'ordre de ceux 
qu'on rencontre dans les constructions de chemins de fer que les troupes 
peuvent être utilement employées. 

On ne devra pas chercher des types nouveaux dans un travail aussi rapi- 
dement exécuté. Toutefois, dans les travaux d'art, nous citerons, pour leur 
élégante simplicité, les charpentes des estacades et ponts de la Marne et du 
canal latéral, celles de la vallée de la Vesle à Bouy et à Mourmelon. Il ne sera 
pas même sans intérêt, pour les lecteurs du Bulletin, d'avoir, en dessin, le 
spécimen des premiers ouvrages, le pont sur la Marne, dont le prix de revient 
a clé de 244 fr. 68 cent, le mètre courant, y compris les culées. 

On trouvera dans le mémoire de M. Vuignier d'intéressants détails sur le 
prix de revient des ouvrages; nous nous bornerons a dire que la dépense 
totale, y compris les pertes d'intérêt et les frais d'administration, a été de 
2,393,420 fr. 40 cent., ce qui fait revenir le kilomètre à 130,755 fr. Ce prix 
ne comprend rien pour le matériel roulant, waggons et locomotives, mais il 
est peu élevé, même pour un chemin à une seule voie, si on le compare 
au prix moyen de la plupart des embranchements des lignes françaises. 

L'embranchement de Mourmelon est donc livré à l'exploitation depuis plus 
de six ans, et après avoir cité, d'après M. Vuignier, le chiffre de la dépense, 
il convient peut-être de parler des produits. Le produit brut kilométrique 
a été : 



1838 7,925 fr. 

1859 8,399 

1860 9,093 

1861 9,214 

1862 8,587 

1863 8,478 



Si l'on considère qu'avec l'intérêt du capital du matériel roulant, il est 
presque impossible d'exploiter un chemin à moins de 8,000 fr. par kilomètre, 
si peu fréquenté qu'il soit, on verra que la Compagnie perd tout l'intérêt du 
capital primitif de 3,300,000 fr. C'est ainsi que les grandes Compagnies ont 
été parfois placées dans l'obligation de faire à l'intérêt public des sacrifices que 
permettaient autrefois les larges concessions de l'État, sacrifices sous lesquels 
elles succomberaient aujourd'hui, s'ils étaient renouvelés. 

M. Vuignier n'avait pas à prévoir les conséquences de la construction de 
l'embranchement du camp de Châlons; son affaire était de mener heureuse- 



332 



ARTS MÉCANIQUES. 



ment à fin un travail entrepris dans des conditions aussi exceptionnelles, et 
il a réussi. La célérité, dont aucun autre chemin de fer ne peut donner 
d'exemple, n'a nui ni à l'économie ni à l'exécution du projet. Nous vous 
proposons donc, Messieurs, de remercier M. Emile Vuignier de l'envoi de son 
intéressant mémoire, et de faire insérer le présent rapport dans le Bulletin 
de la Société, avec le dessin qui l'accompagae. 

Signé Baude, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 23 mars 1864. 



PLANCHE 298, RELATIVE AU CHEMIN DE FER DU CAMP DE CHALONS. 

Fig. 1. Plan général indiquant le tracé du chemin de fer. 

Fig. 2. Coupe transversale d'une paléedu pont établi sur la Marne. 

Fig. 3. Coupe longitudinale et élévation longitudinale partielles du même pont. 

Fig. 4. Profil en long du chemin de fer. 

Fig. 5. Section transversale du pont établi sur le canal. 

Fig. 6. Elévation partielle du même pont. 



ARTS MÉCANIQUES. 

Rapport fait par M. Cavé, au nom du comité des arts mécaniques, sur 
la fabrique de casseroles en cuivre de M. Jouet, quai de Javelle, 9. 

Messieurs, vous avez chargé le comité des arts mécaniques de visiter les 
ateliers de chaudronnerie de cuivre pour casseroles et ustensiles de cuisine 
de M. Jouet; je viens en son nom vous rendre compte de cet examen. 

Depuis des siècles la fabrication de la batterie de cuisine s'est toujours 
faite au marteau. Elle est la base première de la chaudronnerie, dans laquelle 
l'ouvrier ne devient réellement habile qu'après un apprentissage très-long; 
aussi cette industrie est-elle restée le privilège de quelques localités. 

On a tenté, à plusieurs reprises, d'emboutir la casserole avec le mouton, 
puis avec le balancier; mais le travail, devenant beaucoup plus long, néces- 
sitait plusieurs recuits et beaucoup de passes; il en résultait que les produits 
n'étaient pas sans reproche, et, sous plusieurs rapporls, ils étaient loin de 
remplir le but désiré. 



ARTS MÉCANIQUES. 



333 



Pour qu'une casserole soit bien faite, il faut que le fond en soit plus fort 
que les bords. Or l'emboutissage par le mouton ou le balancier fait précisé- 
ment le contraire ; le fond devient plus mince, en sorte que le métal est re- 
poussé vers les bords qu'il rend alors plus épais ; et encore n'a-t-on fait de 
cette manière que des ustensiles légers, trop sensibles aux coups de feu aux- 
quels l'art culinaire reproche de brûler les mets. 

Dans l'atelier qu'il a créé, M. Jouet s'est proposé de remédier aux défauts 
de l'ancienne fabrication. Pour y arriver, il a employé la presse hydraulique 
qui est déjà appliquée à l'emboutissage de la vaisselle de fer. Voici comment 
l'opération se pratique : 

Le piston de la presse, qui monte verticalement, porte un mandrin sur 
lequel se pose le flan (plaque de cuivre ronde); celui-ci a un diamètre su- 
périeur à celui que doit avoir le fond de la casserole, afin de pouvoir en 
former les bords. Une bague, supportée en dessus par une vis semblable 
à celle des balanciers, descend sur le flan et le presse modérément sur une 
autre bague qui repose sur le cylindre hydraulique. Les bords de ce flan étant 
ainsi contenus, le piston de la presse pousse le mandrin qui fait alors passer 
la partie centrale du flan dans la bague supérieure, en l'obligeant à se rétré- 
cir. On voit que, de cette manière, les bords du flan ne peuvent se plisser, 
et que la matière est obligée de se dilater au lieu de se comprimer sur les 
côtés, comme c'est le cas lorsqu'on opère avec le mouton ou le balancier; en 
un mot, le fond conserve toute son épaisseur, grâce à l'allongement des 
bords qui subissent un véritable étirage. Avec une presse ainsi disposée, on 
peut emboutir une casserole ou une marmite en une ou plusieurs passes, 
suivant l'épaisseur et la hauteur des bords. 

L'emboutissage terminé, la casserole subit un ou plusieurs recuits, puis 
elle passe au tour, qui la dresse et la polit. 

Le tour porte sur le nez un mandrin destiné à recevoir la casserole ; sur 
le banc de ce tour est un chariot-support, qui peut aller et venir dans le sens 
longitudinal ; enfin sur ce chariot est un autre support muni de deux galets 
qui peuvent se rapprocher ou s'éloigner à volonté l'un de l'autre, pour com- 
primer la casserole des deux côtés à la fois ; en sorte que, ces galets étant ame- 
nés sur les bords de la casserole et mis en pression, il suffit de les faire mou- 
voir longitudinalement pour étirer le métal. Grâce à celte disposition, on 
peut amincir à volonté et allonger le milieu de la hausse de la casserole sans 
loucher au fond et au bord supérieur. 

Après cette opération, l'ouvrage se termine par les moyens ordinaires -, 
c'est également par les moyens ordinaires que se font les plais ovales et autres 
ustensiles analogues. 



334 



tissai; u. 



D'après les renseignements fournis par M. Jules Huart, gérant de l'usine, 
il résulterait de ce mode de fabrication que les produits obtenus offrent aux 
consommateurs des avantages réels sur ceux qui se font au marteau, tant sous 
le rapport de l'élégance qu'au point de vue du prix de revient. 

Le comité, reconnaissant que l'établissement de M. Jouet est organisé de 
manière à fournir de bons produits, me charge de vous proposer de remer- 
cier cet industriel de la communication qu'il vous a faite, et d'insérer le pré- 
sent rapport au Bulletin. 

Signé Cave, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 4 mai 1 86 i. 



TISSAGE. 

Rapport fait par M. Callon, au nom du comité des arts mécaniques, sur certains 

PERFECTIONNEMENTS APPORTES AUX MÉTIERS A TISSER par M. FiLLON, TUe dû 

la Goulte-d'Or, 4.6, à la Chapelle. 

M. Fillon, demeurant à Paris, rue de la Goulte-d'Or, 46, a soumis à la 
Société un métier à tisser, auquel il a appliqué divers perfectionnements qui 
se trouvent décrits dans un brevet d'invention de 15 ans, en date du 8 oc- 
tobre 1862 

Votre comité des arls mécaniques , auquel l'examen du métier de 
M. Fillon a été renvoyé, m'a chargé de vous en rendre compte. 

M. Fillon a cherché à résoudre le problème, si souvent posé, de la substi- 
tution du papier fort au carton dans la mécanique du métier Jacquard. Il 
n'emploie pas, comme l'ont fait plusieurs inventeurs, un papier sans fin, 
mais bien une série de feuilles ayant la dimension des carions ordinaires. 
Seulement, au lieu de l'enliassage ordinaire par des ficelles, qui offrirait peu 
de solidité avec l'emploi du papier, il emploie trois rubans collés sur 
toute la largeur du papier, et percés, sur chaque feuille, d'un œil qui s'en- 
gage dans les repères du cylindre de la mécanique. 

Celte disposition parait répondre parfaitement au but proposé. 

L'ensemble des papiers s'enroule et se déroule, selon les besoins du dessin, 
sur deux tambours qui tendent constamment à être entraînés en sens con- 
traire l'un de l'autre, au moyen de contre-poids suspendus à l'extrémité de 



TISSAGE. 



335 



petites cordes enroulées sur l'un de ces tambours. Afin que ces conlre-poids 
se fassent toujours équilibre, et que les papiers, tout en étant maintenus 
dans un état de tension convenable, puissent être facilement enroulés à 
chaque instant, la partie des arcs qui reçoit les cordes des contre-poids est 
conique, et la conicité est réglée de manière que le rayon d'enroulement 
augmente ou diminue proportionnellement à celui des tambours, à mesure 
qu'il y a, sur chacun d'eux, un nombre de tours plus ou moins grand des 
bandes de papier. 

C'est un artifice de construction connu, et dont M. Fillon ne saurait ré- 
clamer la conception; mais l'application qu'il en fait semble nouvelle et bien 
entendue. 

Le cylindre présente une disposition particulière pour changer simultané- 
ment la position des douze repères, qui se trouvent au nombre de trois sur 
chacune des quatre faces. Ce déplacement a lieu longitudinalement d'une 
quantité égale à la distance des trous contigus du cylindre. 

Par suite de ce déplacement, le papier peut servir deux fois, la moitié du 
dessin étant faite par la rangée des trous pairs, et l'autre moitié par la rangée 
des trous impairs. 

Le brevet indique, en outre, diverses modifications de détail qui n'ont 
rien d'assez caractéristique pour qu'il y ait lieu de les décrire. 

J'indique cependant un perfectionnement qui n'est pas dans le brevet, 
mais que nous a signalé M. Fillon, lorsque la commission s'est transportée 
dans l'atelier où fonctionne son métier. Grâce à un apprêt dont il se réserve 
le secret, il arrive à donner à son papier, sans en changer l'aspect, une 
propriété assez remarquable, c'est de devenir extrêmement peu hygro- 
métrique. 

Nous avons expérimenté deux bandes, l'une en papier ordinaire, l'autre en 
papier préparé. Ces bandes, à l'état sec, avaient exactement la même lon- 
gueur de 517 mm : en les mouillant, le papier non préparé s'est allongé 
d'environ 6 mm , ou à peu près de 1 °/ 0 . 

Le papier préparé n'a pas atteint tout à fait 558 mm , soit un allongement 
proportionnel de 0,17 °/o> ou cinq à six fois moindre que dans le pre- 
mier cas. 

Cette propriété du papier préparé par M. Fillon assure une marche pré- 
cise dans les conditions hygrométriques les plus variées où le métier puisse 
se trouver placé. 

Nous ajouterons, enfin, que le métier dont il s'agit est bien combiné dans 
toutes ses parties, et qu'il porte le cachet d'une pratique intelligente. 
En résumé, le comité des arts mécaniques a l'honneur de proposer au 



336 



GÉODÉSIE. 



Conseil de remercier M. Fillon de la communication, et d'ordonner l'inser- 
tion, au Bulletin, du présent rapport. 

Signé J. Callon, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 9 mars 1864. 



GÉODÉSIE. 

Rapport fait par M. Benoît, au nom du comité des arts mécaniques, sur un 

INSTRUMENT POUR EFFECTUER, SUR LE TERRAIN, LES OPÉRATIONS GÉOMÉTRIQUES, 

en fournissant des données qui en facilitent les calculs dans le cabinet, imaginé 
par M. Ducournau, boulevard Morland,Ç>. 

Messieurs, M. Ducournau vous a présenté, sous le nom de niveau-mètre, 
tin instrument destiné à fournir, dans le cours des opérations géométriques 
sur le terrain, auxquelles on l'emploie, des données propres à faciliter les 
calculs de cabinet, qui en sont la suite obligée. Vous avez renvoyé cet instru- 
ment et un mémoire explicatif en deux parties, avec figures, dont il est 
accompagné, à votre comité des arts mécaniques. Je suis chargé de vous 
rendre compte de l'examen qui en a été fait. 

Ainsi que le dit M. Ducournau, le corps en bois de son instrument est une 
sorte de bloc ayant la forme d'un quartier de gros œuf, de 30 centimètres de 
diamètre et de 48 centimètres de longueur, qu'on aurait obtenu par deux 
sections planes passant par son centre et dirigées, l'une suivant son axe de 
ûgure et l'autre perpendiculairement à cet axe. 

Ce corps est installé sur un trépied ordinaire, de manière que sa grande 
face plane soit horizontale et la petite verticale. Le diamètre de l'ovoïde, suivant 
lequel ces deux faces se rencontrent, est alors horizontal, et sert de ligne de 
foi. A l'une de ses extrémités est établi l'axe vertical de pivotement d'une 
alidade à lunette, qui peut être écartée de la ligne de foi jusqu'à former avec 
elle un angle de 45°. La mesure de cet angle est donnée par une portion 
de limbe de 30 centimètres de rayon, dont l'axe se confond avec cet axe de 
pivotement, et qui est appliquée sur le bord opposé de la môme grande face 
plane mentionnée. 

Mais ce qui dislingue d'un quart de graphomètre, ou d'un huitième de 



GÉODÉSIE. 



337 



cercle répétiteur, la partie de cet instrument décrite, c'est que la division du 
limbe n'est point faite en degrés égaux, comme c'est l'usage ; mais bien par 
des traits inégalement espacés, qui embrassent, avec la ligne de foi, des 
angles successifs, dont les tangentes sont respectivement égales à 1, 2, 3, 
4, 5, G..., 200, demi-centièmes du rayon : ce que la graduation spéciale du 
limbe indique. 

Enfin, contre la petite face plane du corps de l'instrument, de laquelle il a 
été question, et parallèlement à la ligne de foi, est fixée une seconde lunette, 
occupant une position horizontale quand le limbe de l'instrument est disposé 
horizontalement, et qui sert à s'assurer constamment que la ligne de foi, 
placée d'abord dans le plan vertical de la droite du terrain, que M. Du- 
cournau nomme la Ligne d'opération, ne s'en est pas écartée. Celle-ci n'est 
autre qu'une droite perpendiculaire au plan vertical dans lequel l'auteur 
suppose que se trouvent les divers points du terrain, dont il faut déterminer 
la distance au plan vertical qu'elle occupe. 

En d'autres termes, M. Ducournau suppose que l'opérateur est toujours 
placé au sommet de l'un des angles aigus d'un triangle rectangle, et qu'il 
doit déterminer la longueur du côté opposé, d'après la longueur mesurée de 
la ligne d'opération ou côté du triangle où il se trouve, et le nombre fourni 
par son instrument appliqué à l'observation de cet angle aigu. 

Le mécanisme de réunion du corps de l'instrument au trépied permettant 
d'en ramener le limbe dans un plan vertical, tout en laissant sa lunette fixe 
dans une direction horizontale, en s'aidant, pour cela, dit l'auteur, d'un fil 
à plomb ou d'un niveau, on conçoit que l'on peut effectuer sur des triangles 
rectangles verticaux, ayant seulement l'hypoténuse en pente, toutes les 
opérations praticables sur des triangles rectangles horizontaux, et, par consé- 
quent, calculer d'après la longueur mesurée de la ligne d'opération et les 
nombres fournis par l'instrument, tant les hauteurs verticales observées que 
les différences de niveau demandées. 

Le mémoire de M. Ducournau, bien qu'il ne soit pas rédigé dans un 
langage parfaitement géométrique, n'en contient pas moins la solution de 
problèmes de géométrie pratique donll'exécution des grands travaux publics 
exige la solution. On voit que l'auteur doit être habile à l'œuvre, et nous 
avons remarqué le parti qu'il tire de son instrument, pour rapporter sur 
le terrain une courbe dont la forme a été préalablement arrêtée sur les plans 
d'un projet. 

Disons, avant de terminer, que toutes les opérations décrites par M. Du - 
cournau sont également praticables à l'aide des instruments ordinaires, tels 
que graphomèlres, cercles et théodolites, divisés en degrés égaux. Que la 

Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — Juin 18C4. 43 



338 



ÉCLAIRAGE. 



simplicité des calculs numériques, dont- il donne de nombreux exemples, peut 
être également obtenue en écrivant sur le papier où on les fait, à côté des 
nombres de degrés fournis par ces instruments, les valeurs des tangentes tri- 
gonométriques naturelles correspondantes, relevées dans une petite table 
donnant leurs longueurs en parties du rayon, pour les 45 premiers degrés 
du quart de cercle, de 15' en 15'; valeurs qui sont identiques avec les indi- 
cations numériques fournies par l'instrument de M. Ducournau. Qu'on doit 
ainsi préférer les instruments de géométrie pratique divisés en degrés, qui 
n'astreignent pas à l'emploi exclusif de triangles rectangles. Les instruments 
ayant leur limbe divisé en petits arcs inégaux, correspondant à des parties 
égales marquées sur la tangente au point zéro de la graduation, et à partir de 
ce point, ne sont, en effet, utilement employés que pour les opérations dans 
lesquelles on ne doit considérer que des triangles rectangles ; comme cela a 
lieu, par exemple, dans le levé géométrique d'un paysage ou de toute autre vue, 
ainsi que votre rapporteur l'a plusieurs fois pratiqué, pour remplacer avec 
avantage la méthode du Cadre treillissé et celle de la glace à réticule. 

Tels sont, Messieurs, les informations que votre comité des arts mécaniques 
m'a chargé de vous donner, et j'ai l'honneur de vous prier en son nom : 

1° De remercier M. Ducournau de son intéressante communication ; 

2° D'insérer le présent rapport dans votre prochain Bulletin. 

Signé Benoît, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 10 février 1864. 



ÉCLAIRAGE. 

Rapport fait par M. V. de Luynes, au nom du comité des arts économiques, 
sur la lampe a pétrole de M. Marmet, à Nevers. 

Les découvertes récentes de nombreux et abondants gisements de pétrole 
en Amérique ont fait naître parmi les industriels l'idée de les utiliser, et 
c'est à l'éclairage qu'on en a fait les premières applications. On se servait 
déjà, pour l'alimentation des lampes, de liquides analogues, tels qu'huiles 
de schiste, hydrogène liquide, etc., et l'on sait que la disposition des appa- 
reils varie nécessairement avec la nature du liquide employé. 11 a donc fallu 
approprier les becs d'éclairage aux nouvelles conditions de combustibilité de 
ces liquides. Le système que M. Marmet a présenté à la Société a pour but 




Imp Larno i<rcn+r , r de L actif , 38. Paris 

LAMPE A PÉTROLE, PAE M. M ARME T 



ÉCLAIRAGE. 



339 



d'opérer la combustion des huiles d'Amérique de la manière la plus utile et 
la plus économique. 

Dans ce système, M. Marmet s'est principalement proposé : 

1° De régler la combustion du liquide de telle sorte que, malgré sa nature 
hétérogène, la flamme ait une intensité constante ; 

2° D'empêcher dans l'intérieur de l'appareil toute élévation de température 
pouvant augmenter la combustibilité du liquide et rendre, par cela môme, 
son emploi dangereux. 

Pour satisfaire à ces conditions, M. Marmet a adopté l'ensemble des dispo- 
sitions suivantes : 

Un disque mobile placé au-dessus de la mèche, et qui se manœuvre à 
l'aide d'un levier placé dans le pied de la lampe, permet d'éteindre immédia- 
tement la flamme en évitant la mauvaise odeur due aux vapeurs de pétrole 
qui se dégageraient après la combustion. Ce disque présente, en outre, l'avan- 
tage de permettre de régler la flamme comme celle d'un véritable bec de gaz. 

Une disposition spéciale du porte-mèche et de la crémaillère empêche, 
tout en assurant le jeu facile de la mèche, toute communication de chaleur 
par le tube porte-mèche. 

Une mèche dormante entourant la mèche brûlante dans sa partie infé- 
rieure donne à celte dernière une alimentation régulière, en y permettant 
l'introduction des huiles lourdes et légères à la fois. 

La mèche brûlante est contenue dans un manchon cylindrique, isolé 
par un espace vide du réservoir à huile, et ne communiquant avec lui que 
par un petit canal horizontal. De cette manière, toute élévation notable de 
température devient impossible dans l'intérieur du réservoir. 

Enfin la construction de la lampe est complétée par d'autres petits détails 
qu'il serait difficile de comprendre sans le secours d'une figure, et dont on 
saisit facilement le buta l'inspection du dessin qui accompagne la description 
de M. Marmet. 

Dans les expériences que nous avons faites, la lampe de M. Marmet a tou- 
jours fonctionné avec régularité et avec une intensité de lumière sensible- 
ment constante. 

La dépense, pour le modèle qui est placé sous les yeux de la Société, 
a été de 3 à A centimes environ par heure, en supposant les huiles 
à 1 fr. le litre, ce qui est le prix de vente en détail. La dépense serait donc 
sensiblement diminuée, dans le cas où un emploi général de ces lampes per- 
mettrait d'acheter en gros le liquide combustible. 

Au bout de six heures de combustion, la température de la lampe ne 
s'était pas élevée d'une manière notable. Nous croyons que, sous ce rapport, 



340 



ÉCLAIRAGE. 



elle présente les conditions de sécurité qu'on peut désirer, vu la nature 
combustible du liquide employé. 

Votre comité, Messieurs, pense donc que la lampe de M. Marmet présente 
des avantages réels comme intensité de lumière et économie de dépense; et 
il a l'honneur de vous proposer de remercier M. Marmet de son intéres- 
sante communication, et d'ordonner l'insertion, au Bulletin, du présent 
rapport, avec le dessin de la lampe et la légende explicative. 

Signé V. de Luynes, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 12 août 1863. 



LÉGENDE DE LA PLANCHE 299 REPRÉSENTANT LA LAMPE DE M. MARMET. 

Kig. 1. Section verticale de la lampe passant par l'axe. 

Fig. 2. Section horizontale suivant la ligne X Y de la figure 1 . 

Fig. 3. Elévation de la hague porte-mèche. 

Fig. 4. Plan de la bague porte-mèche. 

A, réservoir d'huile. 

15, bouchon à vis fermant l'ouverture par laquelle on verse l'huile dans le ré- 
servoir. 

C, tube de la mèche. 

D, ouverture pour l'entrée de l'huile du réservoir dans le tubeC. 

E, tube pour le courant d'air intérieur à la mèche. 

F, conduit pour le courant d'air extérieur à la mèche. 

G, bague porte-mèche munie d'une lige à crémaillère que fait mouvoir un pignon, 
comme dans les lampes ordinaires ; la mèche est placée à l'intérieur de cette bague, et, 
au moyen des petits boutons saillants qu'on remarque sur les figures 3 et 4, elle est 
pressée contre la paroi externe du tube E qu'elle coiffe. 

H, bouton de commande du pignon qui fait monter ou descendre la mèche. 

I, manchon coiffant la mèche et faisant suite au tube C, sur lequel il se visse. 

J, disque mohile placé au-dessus du tube E, et pouvant être abaissé sur la mèche 
de manière à éteindre la lampe sans avoir besoin de faire mouvoir le bouton H; il 
sert, suivant la hauteur qu'on lui donne, à régler l'intensité de la flamme qui s'épa- 
nouit autour de sa circonférence. 

K, tige à l'extrémité de laquelle se visse le disque J, muni, à cet effet, d'une douille 
filetée; celle lige, qui occupe l'axe du tube E, est maintenue verticalement par deux 
colliers dans lesquels elle glisse à frottement. 

L, levier de manœuvre du disque; il est placé sous le réservoir d'huile, et est com- 
mandé par un houlon extérieur M. 

N, galerie mobile portant la cheminée en verie. M. 



ARTS ÉCONOMIQUES. 311 



ARTS ÉCONOMIQUES. 

Rapport fait par M. Duchesne , au nom du comité des arts économiques, sur 
un appareil pour le gonflage des animaux de roucheiue présenté par 
M. Béliard, rue Saint- Maur-Popincourl, 14. 

Si l'agriculture s'occupe surlout des bestiaux au point de vue de l'alimen- 
tation, l'industrie tire parti des différents produits des animaux qui lui four- 
nissent des ressources abondantes, et parmi eux on compte surtout le com- 
merce des peaux. 

Mais, pour que l'enveloppe cutanée des moutons, des veaux et des bœufs 
conserve toute sa valeur, il faut qu'elle soit entière et, autant que possible, 
sans défauts. 

Le travail qui consiste à dépouiller les animaux qui viennent d'être tués 
se fiiil dans les abattoirs par des bouchers habitués à pratiquer cette 
opération. 

Quoiqu'elle ne soit généralement confiée qu'à des hommes jeunes et ro- 
bustes, elle est considérée comme très-fatigante, parce qu'elle demande à 
être faite rapidement, pendant que l'animal est encore chaud et afin de 
livrer promplement la viande aux consommateurs. C'est pour arriver à un 
dépouillement plus prompt, moins coûteux pour les bouchers, moins pé- 
nible pour les ouvriers, que M. Béliard a eu l'idée d'employer l'air com- 
primé par une machine pour le gonflage des bestiaux ( terme employé dans 
les abattoirs), en substituant un simple tube de caoutchouc et un robinet au 
lourd soufflet des garçons bouchers. 

Aussitôt que l'animal est abattu et saigné, on procède au gonflage qui se 
pratique en poussant le bout d'un soufflet sous la peau du ventre, et en intro- 
duisant de l'air qui, passant dans les mailles du tissu cellulaire, sépare la 
chair de la peau et permet ensuite d'enlever facilement celte dernière au 
moyen du couteau. 

Celle opération du gonflage est fatigante pour les garçons bouchers, qui 
sont obligés de faire là une pénible gymnastique en s'asseyant sur le manche 
du soufflet pour peser de tout le poids de leur corps, puis en se relevant, et 
ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils aient jugé la peau assez décollée. 

Pour le gonflage d'un mouton, un homme met quatre minutes; pour le 
gonflage d'un veau, cinq minutes; enfin, pour gonfler onbouffer un bœuf, il faut 
le travail incessant de deux ou même de trois garçons bouchers pendant vingt- 
cinq minutes, et encore faut-il qu'ils aient eu l'attention de le brocher au- 



Vil 



ARTS ECONOMIQUES. 



pnravant, c'est-à-dire d'avoir introduit péniblement et avec de grands efforts 
une grande broche en fer sous la peau de l'animal, pour faciliter le passage 
de l'air d'un ou de deux soufflets. Ils favorisent aussi le décollement de la 
peau en la battant rapidement avec un morceau de bois, qui oblige l'air à 
se répandre sous tous les points de la surface. En été surtout, et par les 
grandes chaleurs, ce hallage doit hâter la décomposition de la viande. 

Nous nous sommes transporté à l'abattoir Popincourt pour voir fonction- 
ner l'appareil provisoire de M. Béliard. 

Cet appareil a été établi dans le grenier d'un des bâtiments; il consiste en 
un corps de pompe foulante mue à bras d'homme, au moyen de laquelle 
on emmagasine l'air comprimé à trois ou qualre atmosphères dans trois cy- 
lindres en tôle rivée. De ces cylindres partent un ou plusieurs tubes en 
caoutchouc, assez longs pour descendre dans les aleliers où l'on gonfle les 
animaux. 

Le lube est muni d'un robinet que le garçon boucher ouvre ou ferme à 
volonté. 

Lorsque l'animal a élé aballu, le garçon boucher introduit la lance de son 
tube dans une petite ouverture pratiquée à la peau du ventre ; il ouvre le 
robinet, et le gonflage se fait à vue d'œil, sans peine, sans efforts et avec une 
rapidité merveilleuse. 

Pour un nioulon, il ne faul que 1 minute au lieu de 4, 
Pour un veau, — 2 — 5, 

Pour un bœuf, — 5 — 25; 

et encore, dans ce dernier cas, on n'est plus obligé de brocher l'animal. 

Des centaines d'animaux ont élé ainsi gonflés devant nous ou devant les 
garçons bouchers de l'abattoir Popincourt, et, sans aucune exception, ils ont 
approuvé, comme nous, ce procédé si simple, en demandant que l'appli- 
cation en soit faite d'une manière générale et permanente dans le plus bref 
délai possible. Ils observent que par ce moyen le travail de dépeçage est plus 
facile, et que la chair est plus nette et plus belle. 

L'économie est, d'ailleurs, assez considérable. Il faut tenir compte, en 
effet, d'une partie du temps que les garçons bouchers perdent presque com- 
plètement à attendre que l'animal soit entièrement gonflé, en y ajoutant né- 
cessairement le temps des deux ouvriers occupés au soufflet. Celle dépense 
ne peut pas être estimée à moins de 15 à 20 cent. 

Si l'on vend le mètre d'air comprimé 15 cent., chaque bœuf ne consom- 
mant, qu'un demi-mètre cube d'air pour le gonflage, celle préparation ne 
coûterait que 7 1/2 cent, au lieu de 15 cent., et donnerait donc une éco- 
nomie de 50 pour 100. 



ARTS MÉCANIQUES. 



343 



M. Béliard a établi, par des calculs, qu'une machine qui fournirait 
500 mètres cubes d'air pour le service d'un abattoir donnerait encore à 
l'entrepreneur 55 fr. de bénéfices nets par chaque jour de travail. 

Le nouveau procédé de M. Béliard offre donc des avanlages certains et 
prouvés par l'expérience ; aussi votre comité des arts économiques s'empresse 
d'en recommander l'emploi, et il vous propose, en outre, 

1° De remercier M. Béliard de son intéressante communication; 

2° De décider l'insertion du présent rapport au Bulletin. 

Signé Duchesne, rapporteur. 

Approuvé en séance, le 27 janvier 1864. 



ARTS MÉCANIQUES. 

EXPOSÉ DES PRINCIPES DE LA THÉORIE MÉCANIQUE DE LA CHALEUR ET DE SES 
APPLICATIONS PRINCIPALES, PAR M. CH. COMBES. 

Avant de continuer la suite des articles publiés dans le Bulletin de 1865 (*) sur les 
principes de la théorie mécanique de la chaleur et ses applications, je dois signaler et 
rectifier une erreur commise dans le chapitre I er , § V (**), qui m'a conduit à présenter 
comme générales et applicables à tous les corps l'équation (I) 



et l'équation (III) du§X (***) 

- ~ fit). 



d 2 t 
dpdv 

Ces formules s'appliquent seulement aux corps dont les deux chaleurs spécifiques 
c et c, seraient indépendantes, la première de la pression p et la seconde du volume 
spécifique v. 

Le lecteur verra facilement que cette erreur n'a aucune influence sur les applications 
contenues dans les chapitres suivants. Voici comment elle doit être rectifiée : 

La fin du § V, chapitre I er , à partir du 4 e alinéa (page 20) commençant par ces mots : 
Désignons par etc., est à remplacer par l'analyse suivante : 



(') Voir 2 e série, t. X, p. 12, 69, 327, 591 et 660. 
H H-, P- 22. 

D W-» P- 32. 



344 



ARTS MÉCANIQUES. 



Désignons par c, la chaleur spécifique d'un corps à volume constant et par c sa chaleur 
spécifique à pression constante, c et c 4 seront généralement variables avec la température, 
la pression et le volume spécifique, et, comme la température est elle-même déterminée 
quand ces deux derniers éléments le sont, nous pouvons considérer c et c, comme des 
fonctions de p et de v. Leurs différentielles complètes seront donc composées de deux 
termes, comme les différentielles de la température t et de la chaleur interne U (§ III , 
page 15), et nous pourrons écrire : 



de 



dp 
de 
dp 



(S) * - (£) *= 



de, 



*. - (s) * - m 



dv. 



[à) 



Reportons nous à la figure du § IV que nous reproduisons ici. La chaleur dépensée 

pour obtenir un accroissement BC = dp de la pression p 
du corps, son volume OA demeurant constant, sera, en 
vertu de la définition même, exprimée par c t St, c, dési- 
gnant la chaleur spécifique à volume constant corres- 
pondante à la pression p et au volume v, et St l'accrois- 
sement de la température t qui détermine l'accroisse- 
ment de la pression. La valeur St nous est donnée par 
l'équation (a) du §111, en y faisant dv = o, puisque 
le volume ne varie pas, et nous avons en conséquence: 



Y 


ce 




B 






1 


B' 


i 







St 



dt 



= F', (p, v) dp, et cjt = c,F' p (p, v) dp. 



La quantité de chaleur nécessaire pour produire maintenant l'accroissement CC' = dv 
du volume du corps, tandis que sa pression reste invariable et égale à AC=/) -f dp, 
sera exprimée par c'S' t, c' désignant la chaleur spécifique à volume constant corres- 
pondante à la pression + dp et au volume v, ct S' t l'accroissement de température 
qui accompagne l'accroissement du volume. Or c', en vertu de l'équation («), surpasse 
c la chaleur spécifique correspondante à la pression initiale p et au volume v de 

(ap (Ip ' dc sorte quc c '= c + (s) dp ' 

La valeur de S't est fournie par l'équation (a) du § III, en y faisant dp=o, puisque 
la pression reste constante, et y remplaçant p par p + dp. En conséquence, 

c'S't = (c+ dp) F', [p + d P} v) dv. 

La quantité totale de chaleur dQ nécessaire pour amener le corps du volume v et de 
la pression p au volume v + dv et à la pression p + dp, dc l'état initial représenté par 
les coordonnées du point B à l'état infiniment voisin représenté par les coordonnées du 
point C', par le chemin BCC/, est donc exprimée ainsi : 



ARTS MÉCANIQUES. 



345 



(1) dQ — c l F, (p, «) <fp+cF, (p + dp,v)dv + (^) F, (pA-dp,v) dpdv. 



Nous (rouverons de même, pour l'expression de la quantité de chaleur nécessaire pour 
amener le corps de l'état initial B à l'étal final C' par le chemin BB'C, ou de la quan- 
tité de chaleur restituée quand le corps est ramené de l'état C à l'état B, en rétrogra- 
dant par le môme chemin : 



Les valeurs (1) et (2) de dQ ne diffèrent entre elles que de quantités infiniment pe- 
tites du second ordre, ainsi que cela doit être pour que l'excès de la première sur la 
seconde soit égal à l'équivalent calorifique du travail représenté par l'aire du rectangle 
infinitésimal BCC'B', lequel équivalent est exprimé par kdpdv. 

En effaçant dans les seconds membres les infiniment petits du second ordre qui s'é- 
vanouissent devant les quantités infiniment pelilesdu premier ordre, les derniers termes 
disparaissent, puisqu'ils renferment les deux fadeurs dp et dv. On doit aussi sub- 
stituer respectivement à F'- [p + dp,v) et F' p (p, v + dv) qui sont multipliés par do 
et dp, les fonctions F' v (p, v), F' p (p, v) qui se rapportent à l'état initial B du corps 
et ne diffèrent des premières que de quantités infiniment petites, pourvu que F',, et 
F'„ soient des fonctions continues de p et de v. Moyennant ces suppressions et substi- 
tutions, les valeurs (1) et (2) de dQ se réduisent l'une et l'autre à : 




dQ = c.FV (P>f) dp + cF'„ 



[p,v) dv, 



qui, en reprenant les notations usuelles du calcul différentiel, s'écrira ainsi : 




Celte valeur de dQ doit être identique avec celle du § III p. 17 : 




et cette identité exige les deux équations : 




(B) 



(G) 




v. on lire : 



(£) * = "' - (1) *i « Osf) * = <" - (£) <*• 



Tome XI. — 03" année. 2 e série. — Juin 1804. 



Ai 



346 



ARTS MÉCANIQUES. 



En remplaçant dans (A), dp 0u par leurs valeurs respectives ci- 

dessus, on obtient ces deux expressions nouvelles de dQ : 

dQ = Cl dt + (c - cj (-^f)dv, (A') 

dQ = crft _ [e - cj (-^-)^, (A") 

dont on pourra souvent faire usage. 

En conservant dans les valeurs (1) et (2) les infiniment petits du second ordre, l'ex- 
cès de la première valeur sur la seconde et-t égal à l'équivalent calorifique \dpdv du 
travail dpdv, ce qui nous donne, en réunissant les termes où dp, dv et dpdv entrent 
comme facteurs, l'équation : 

c [F, (p + dp, v) — F, {p, v) ] dv — c, [F'„ (p, r + dv) — F' p (p, »)] dp 

+ [ (-^") F', (p + dp,v)- (^-) F' p (p, 9 + dv)] dpdv = Adpdv. 

Or, F', [p -f- cZp, v) — F'„ (p, t') n'est autre chose que la dérivée seconde 

F",., ( P ,v)X dp; 

de même F' p (p, v + cfo) — F' p (p, n'est autre chose que la dérivée seconde 

F",., (p, v) X dv, 
d i t 

et, comme on a : F" p , y (p,v)= F"„. P [p, ^) = - - , les deux premiers termes du pre- 
mier membre de l'équation précédente se réduisent à : 

d?t 

[c — Cf ) F" p ., (p, t) </pdu ou (c — c ( ) dpdv. 

On doit aussi remplacer dans le dernier terme du premier membre F'„ (p -\-dp, v) 
et F' p (p, « -f dv) respectivement par les fonctions F'„ (p, n), F' p (p, u) qui se rap- 
portent à l'état initial du corps et ne diffèrent des premières que de quantités infi- 
niment petites, lesquelles, multipliées par dpdv, donneraient des infiniment petits du 
troisième ordre qui s'évanouissent devant des infiniment petits du second ordre. 
Moyennant ces réductions et substitutions, en écrivant à la place de F'„ {p, v), F' p (p, v) 

respectivement et (~!h ) ' e * su PP r ' manl ei & n ' e facteur dpdv commun aux 

deux membres, l'équation devient : 

(c - dJTv + (p) ~ (S)" Of) = A ' (I > 

formule générale applicable à tous les corps. 



ARTS MÉCANIQUES. 



347 



S'il en existe pour lesquels la chaleur spécifique c à pression constante soit indépen- 
dante de la pression et la chaleur spécifique e 4 à volume constant indépendante du vo- 
lume, on aura pour ces corps j^jrj) = o et (J^) — °\ ' a formule générale se ré- 
duit alors à : 

(c ~ M dfk = A M 

Si, pour ces mêmes corps, la relation entre la température, le volume et la pression 
dît 

est telle que - — r- soit invariable, la différence c — c. des deux chaleurs spéciDquessera 
dpdv 

aussi constante. 

Les corps qui suivraient, dans les variations simultanées de température, de pression 
et de volume, les lois de Mariolte et de Gay-Lussac satisferaient à la condition d'inva- 

riabilité de C'est ce qui a lieu, sinon rigoureusement, du moins à très-peu près, 

entre les limites fort écartées de pression et de température auxquelles M. Regnault a 
étendu ses expériences pour les gaz appelés permanents, parce qu'on n'est pas parvenu 
à les liquéfier, tels que l'hydrogène, l'oxygène, l'azote. M. Regnault a constaté, en 
outre, que leur chaleur spécifique à pression constante n'éprouve aucun changement 

appréciable avec la pression, de sorte que l'on a pour ces corps Çjy) = o; il n'a fait 

aucune observation directe sur leur chaleur spécifique à volume constant. Mais tous les 
faits connus, parmi lesquels les plus saillants sont l'invariabilité môme de la chaleur 
spécifique à pression constante et les très-remarquables expériences par lesquelles 
M. Joule et M. Regnault ont établi, chacun de son côté, que l'augmentation de volume 
de ces gaz, lorsqu'elle a lieu sans production de travail mécanique extérieur, n'occa- 
sionne aucune variation de température, s'accordent pour montrer que ni l'écartement 
ou le rapprochement de leurs molécules, ni leur changement de position les unes par 
rapport aux autres ne donnent lieu à un travail mécanique intra-moléculaire appré- 
ciable. Si donc le volume d'un gaz est maintenu constant tandis qu'il est chauffé, au- 
cune partie de la chaleur qu'il reçoit n'est convertie en travail mécanique extérieur on 
intérieur. La totalité en est employée à élever sa température, dont l'élévation doit être, 
par conséquent, proportionnelle à celte chaleur, quel que soit le volume du gaz; en 
d'autres termes, la chaleur spécifique c { est indépendante du volume, comme la chaleur 

spécifique c l'est de la pression, et l'on a aussi (^^) — °- 

L'équation simple (I a ) peut donc être appliquée aux gaz permanents. On verra dans 
le chapitre suivant les conséquences de ce principe. 



La fin du § X, chapitre I, page 52, à partir des mots En rapprochant celle équa- 
tion..., etc., sera remplacée par ce qui suit : 



348 



ARTS MECANIQUES. 



En rapprochant cette équation de celle du § V 

applicable aux corps dont les chaleurs spécifiques c et c, seraient indépendantes, la pre- 
mière de la pression et la seconde du volume, et divisant l'une par l'autre pour éliminer 
c — c, , il vient : 

G£-) x (tK) _ 

dH ~ ? "'* ' ' 

dpdv 

relation très-simple entre la fonction <p(/), qui est la même pour tous les corps, et les 
fonctions dérivées de celle qui exprime la température t d'un corps satisfaisant à la 
condition précédente. Tour déterminer celte fonction générale, il suffirait de connaître, 
pour un seul de ces corps, s'il en existe de tels, la relation algébrique t = F (p, v) qui 
donne sa température en fonction de son volume spécifique et de la pression à laquelle 
sa force élastique fait équilibre. 



CHAPITRE III (Suite). 

XLl. La formule (I) etla méthode de calcul exposées dans le § XL (*) s'appliquent sans 
difficulté à l'écoulement des liquides à une température élevée; cette application con- 
duit à des résultats que M. Zeuncr a signalés dans un mémoire intitulé : Uber den ausfluss 
von Doempfen und ' hocherhilzlen Fliissiykcilen, etc. (Zurich, 10 janvier 1864). Suppo- 
sons que de l'eau à la température de lo9°,22 soumise à la pression de sa propre va- 
peur, qui sera de 6 atmosphères ou 62004 kilog. par mètre carré (tableau du § XXVI) (**), 
s'écoule dans l'air par un orifice pratiqué en un point de la paroi d'une chaudière situé 
au-dessous du niveau de l'eau; que, pendant la durée de cet écoulement, la pression 
de la vapeur dans la chaudière soit maintenue constante et que la pression de l'air 
extérieur reste invariablement égale à 10534 kilog. par mètre carré; la vitesse de l'é- 
coulement, dans la section où la pression du mélange d'eau et de vapeur sera devenue 
égale à la pression extérieure, sera donnée par la formule (l) : 

W 2 Q + U. — IL 
— = Pi v^p 2 v 2 + J 2 . 

.Nous connaissons les pressions p, et p 2 qui sont données et respectivement égales à 
62004 et 10334 kilogrammes. Le volume i\ est ici celui du kilogramme d'eau liquide à 



(*) Voir Bulletin de 1863, 2' série, t. X, p. 661 et 665. 
(") Voir — idem, — p. 351. 



ARTS MÉCANIQUES. 



349 



J59°,22 de température et sous la pression correspondante de 62004 kilog.; il diffère 
assez peu de celui de l'eau à la température de 5 ou 4°, pour qu'on puisse négliger la 
dilatation et prendre r 1 = 0 mc ,001. Nous admettons que, pendant le passage de la 
pression intérieure^, à la pression extérieure p 2 , le fluide sortant delà chaudière, qui 
sera un mélange d'eau et de vapeur dans des proportions à déterminer, ne reçoit ni 
n'émet aucune chaleur; nous devons, par conséquent, poser Q = 0, et nous ferons 
usage, pour déterminer la proportion pondérale w? 2 de vapeur d'eau conlenue dans un 
kilogramme du mélange d'eau et de vapeur qui s'écoule avec la vitesse W, de l'équa- 
tion (m) du § XXXIX (*), laquelle, à cause de m t = o, se réduit ici à : 



cdt m„ r, 



a + t 



Les limites de l'intégrale du premier membre sont = 159°, 22, t 2 = 100°. En pre- 
nant, avec M. Regnault, la chaleur spécifique de l'eau : 

c - 1 + 0,00004/ + 0,0000009 

et substituant à a le nombre 273, le calcul donne (§ XXX) (**) : 



0 _ C / f = 1,0561561 L. -rj^ + 0,0002057 X 59,22 — 0,00000045 X 13351 s 
= — 0,150358. 

r 2 , chaleur de vaporisation de l'eau à la température f a == 100°, est égal à : 

600,5 + 30,5 — 100,5 = 536,5. 

r 0 536,5 . '.J'''-\,~, . , \ , 
■ — = -„^— = 1 ,4o8 : 1 equalion (c) nous donne donc pour w 2 : 

0,150358 

m * = -pâT = °' l ° 4(,; 

c'est-à-dire que le jet sortant de la chaudière, au moment où il est arrivé à la pression 
extérieure, est un mélange d'eau et de vapeur à la température commune de 100", et 
composé de 0 k ,1046 de vapeur et 0\8954 d'eau. 

On a maintenant tous les éléments nécessaires pour déterminer le volume spéci- 
fique v 2 et la chaleur interne TJ 2 de l'unité de poids du mélange d'eau et de vapeur qui 
sort de la chaudière. Le volume spéc ifique de la vapeur d'eau à 100° et sous la pression 



(*) Voir Bulletin de 1863, 2 e série, t. X, p. 667. 
(") Voir — idem, — p. 591. 



350 



ARTS MÉCANIQUES. 



d'une atmosphère étant de l n,c ,C4G, on a, en négligeant la dilatation de l'eau de 0° 
à 100° : 

v 2 =± 0,1046 X 1,646 4 e 0,001 X 0,8954 = 0»», 17307. 

La chaleur interne du kilogramme de vapeur d'eau à saturation et à 100° est (tableau 
du § XXVI) de 596, 7G unités au-dessus de la chaleur de l'eau à 0°. 

La chaleur interne de l'eau liquide à la température de 100° est, en négligeant la 
petite quantité de travail mécanique due à l'expansion de l'eau liquide entre 0° et 100° 
sous la pression d'une atmosphère, de 100,5 unités au-dessus de la chaleur de l'eau à 0°. 
Nous avons, en conséquence : 

U 2 = 0,1046 X 596,76 + 0,8954 X 100,5 = 152,4088. 

Nous avons, d'ailleurs, pour la chaleur interne de l'eau liquide à la température de 

159°, 2 2 : 

Uj = 159,22 + 0,00002 X f$@r + 0,0000003 X 159,22 3 = 160,938 

La substitution des valeurs numériques connues ou précédemment déterminées dans 
îa formule, savoir : 

Pl = 62004 ; », = 0,001 ; p 2 = 1033V ; t> 2 = 0,17307 ; Q = 0; U, = 160,938; 
U 2 — 152,4088; g = 9,8088; A = ^ 
nous donne en déQnilive : 

W = 192,54. 

Si nous désignons par n l'aire de l'orifice d'écoulement, ou, plus exactement, de cette 
section de la veine fluide où la pression est devenue égale à celle de l'atmosphère exté- 
rieure, exprimée en mètres carrés, le volume de fluide, mélange d'eau liquide et de vapeur, 
sorti dans l'unité de temps, sera exprimé en mètres cubes par le produit Wn, et son 

Wn 

poids en kilogrammes par , ou, en remplaçant W et r 2 par leurs valeurs nume- 

192 54 

riques déterminées ci-dessus, par - n — iH2,4-9 n lil ° s - 

Si l'eau à la température de 159°, 22, en franchissant l'orifice d'écoulement et passant 
de la pression de G alm. à une atmosphère, se comportait comme de l'eau à la tempéra- 
ture ordinaire, conservait sensiblement son volume, et ne subissait qu'une vaporisation 

W 2 Q-t-u, — u 2 

négligeable, les formules ordinaires, ou la formule -y— — p^ — p 2 v 2 + ^ , 

dans laquelle il faudrait faire Q = 0; U 2 = U,; ^ = ^===0,001; p, = G2001 ét 
p 2 = 10554, nous donneraient pour la vitesse W : 

W = v/ S 1,67 X 19,6176 — 3l m ,838 ; 



ARTS MÉCANIQUES. 



351 



et pour le poids, exprimé en kilogrammes, de l'eau écoulée dans une seconde de temps, 
n. désignant toujours la section de l'orifice ou plutôt la section de la veine liquide où 
la vitesse est W : 

31,838 m nnn 

w xn= 31838 n - 

On voit que la vitesse d'écoulement serait plus de six fois moindre et la quantité pon- 
dérale du fluide écoulé dans un même temps près de 52 fois aussi grande que ne l'in- 
dique la formule déduite de la théorie mécanique de la chaleur, et dans laquelle on tierf 
compte de la vaporisation considérable qui a lieu à mesure que l'eau se trouve soumise 
à une pression progressivement décroissante de G alm. à une atmosphère. Il est vrai que 
les valeurs à attribuer à la section il peuvent, pour un orifice de grandeur et de forme 
données dans la paroi du vase, être assez différentes suivant que l'écoulement est accom- 
pagné ou non d'une abondante vaporisation. 

Considérons maintenant des pressions dans la chaudière, très-éloignées de celle de 
6 atmosphères, toutes choses restant égales d'ailleurs. Supposons d'abord la pression 
intérieure égale à 2 atmosphères seulement, ou 20GG8 kilog. par mètre carré. La 
température correspondante f t sera de 120°, GO. p 2 étant toujours supposé égal à 10354 
et f 2 à 400°, on a l'intégrale : 



120,60 



— 0,054584. 



- r * est toujours égal à 1,458, et l'équation (a) nous donne : 
a h- /, 

0,054384 n niTnr 
m > = -T438- = °'° 3796 - 

Le jet sortant de la chaudière est donc composé de 0\0579G de vapeur et 0\9620i 
d'eau liquide. Son volume spécifique r 2 est donc : 

c 2 = 0,03796 X 1,640 4- 0,001 X 0,96204 — 0 m %0634. 

Nous avons : 

U 2 = 0,03796 X 596,76 + 0,96204 X 100,5 = 119,338; 
U, = 120,60 + 0,00002 X t2l),G0 2 -+- 0,0003003 X 12W 3 = 121,417; 

U, — U 2 = 2,079. 

La substitution des valeurs précédentes dans 'a formule nous donne : 

W 

~ = 206(18 X 0,001 - 10334 X 0,0634 4- 424 X 2,079 — 216,988V ; 



352 



ARTS MÉCANIQUES'. 



et enfin : 

W = \? 19,(5176 X 246,9884 = 69,0082. 

La quantité pondérale de fluide qui sortira de la chaudière dans l'unité de temps par 
in orifice <!e il mètres carrés sera : 

v 2 0,0634 

Si nous supposons maintenant la pression dans la chaudière égale à 12 atmosphères 
ou 124008 kilogrammes par mètre carré, à laquelle correspond la température 
t t == 188°, 41, toutes choses restant égales d'ailleurs, nous trouvons, en effectuant les 
mômes calculs : 

m 2 — 0 k ,151G; 
r 2 = 0.1516 X 1,040 + 0,001 x 0,8484 - 0,250382; 
U 2 = 0,1510 X 590,70 + 0,8484 X 100,5 = 175,733; 
U t = 188,41 -f 0,00002 X 188ÂT 2 + 0,0000003 X 188AÏ 3 = 191,1204; 

U, — U 2 = 15,3934; 

W * 

~~ — 124008 X 0,001 — 10334 X 0,250382 -f- 424 X 15,3934 = 4003,3620; 
et, enfin, 

VV = \/ 19,6176 X 4063,3620 = 282'", 33. 

La quantité pondérale de fluide qui sortira de la chaudière dans une seconde sera : 
Wn 282,33 



0,250382 



n = 1127,59 ilK 



On voit que, pour des pressions de 2, 6 et 12 atmosphères dans la chaudière, les 
vitesses W du fluide sortant sont respectivement G9 m , 01, 192 m ,54 et 282 m ,53, et les 
quantités pondérales de fluide écoulé dans l'unité de temps proportionnelles respecti- 
vement aux nombres 1097,92, 1112,49 et 1127,59. 

Ces derniers nombres vont en croissant avec les pressions dans la chaudière; mais ils 
augmentent si peu pour des pressions qui varient pourtant dans le rapport de 2 à 12 ou 
1 à 6, qu'on pourrait, en pratique, considérer la quantité pondérale de fluide qui jaillit 
par l'orifice d'écoulement comme indépendante de la pression dans la chaudière, entre 
les limites de 2 et de 12 atmosphères, résultat très-remarquable, et qui, s'il est confirmé 
par l'expérience, fournira une nouvelle preuve, à posteriori, de l'exactitude des prin- 
cipes fondamentaux de la théorie mécanique de la chaleur. 

XLII. Je reviens, avant de quitter ce sujet, à l'écoulement des gaz qui suivent exac- 
tement les lois de Mariolte et de Gay-Lussac. Si nous désignons respectivement par f, 
et t 2 les températures correspondantes aux pressions , p 2 et aux quantités de chaleur 
internes U, et U a , nous avons : 



ARTS MÉCANIQUES. 353 
p.v.nsR (a-Mj,); p. 2 v 2 =K (a + « 2 ); U, — U 2 = c 4 (*,— r 2 ), 



Substituant ces valeurs dans la formule générale = — p 2 v 2 



c t désignant la chaleur spécifique à volume constant. 

W* _ Q-fU, — U 2 

% 

celle-ci devient : 

W 2 Ail f 2 ) + Q-t-c, — 

2? r a 



et, en vertu de la relation AR == c — c t , § (XV) (*) , 

W» _ c (Jt — f a )+Q 
2<7 ~ A 



(«) 



L'équation précédente entre la vitesse finaled'ccoulementd'ungazpermanent, la tem- 
pérature ti qu'il possédait dansl'espace où il était primitivement à l'état de repos, la tem- 
pérature finale t 2 à laquelle il est arrivé à son passage par l'orifice d'écoulement et la 
quantité de chaleur Q que chaque unité de poids de ce gaz a reçue dans le trajet du 
réservoir à l'orifice, subsiste en tous cas et indépendamment des frottements ct autres 
résistances passives que le gaz a eu à surmonter dans ce trajet. En effet, si ces frotte- 
ments et résistances passives ont donné lieu, par chaque unité de poids, à un travail 

W* 

résistant F, la demi-force vive — sera diminuée d'autant, et l'on devra, par consé- 

quent, introduire le terme — F dans le second nombre de l'équation (a). Mais le travail 
résistant F sera accompagné du développement d'une quantité de chaleur équivalente, 
exprimée par A F, laquelle s'ajoutera, dans le second membre de la même équation, à 

W 2 

la chaleur Q reçue de l'extérieur. Ceci introduira donc dans la valeur de -r— un terme 

2# 

AF 

additif —r- précisément égal numériquement au terme soustractif — F et le fera dispa- 
raître. Aussi, lorsqu'on suppose que l'écoulement a lieu, sans addition ni soustraction 

W 2 _C 
~% ~~ Â 

à laquelle nous sommes parvenu, en suivant une voie différente, dans le § XXXIX, 
dans l'hypothèse que le gaz ne subit, en passant d'une vitesse nulle à la vitesse W, 
aucune résistance passive. La môme relation subsiste dans tous les cas entre la vitesse 
W et l'excès f, — t 2 de la température initiale sur la température finale, quelles que 
soient la forme de l'orifice ou ajutage, la longueur du tuyau qui le précède et autres 
causes qui peuvent occasionner des résistances au mouvement. Ces circonstances influe- 
ront à la fois sur la vitesse W et la différence t t — f 2 des températures, lesquelles aug- 

W ! 

menleront ou diminueront ensemble, de telle sorte que la demi-force vive restera 

2j 



de chaleur, de sorte que l'on ait Q = 0, l'équation (a) se réduit à — =— - [t t — / a ) 



(') Voir Bulletin de 1863, 2 e série, t. X, p. 77. 
Tome XI. — 63 e année. 2 e série. — 



Juin 1864. 



45 



354 



ARTS MÉCANIQUES. 



toujours dans le même rapport avec l'abaissement de la température t t — t 2 . Si le gaz, 
dans son trajet, s'élève ou s'abaisse d'une bauleur verticale H assez considérable pour 
qu'on doive tenir compte de l'action de la gravité, il faudra introduire dans la formule 
générale le travail moteur ou résistant dû à cette action pour une unité de poids du gaz, 
et la formule ainsi complétée devient : 

W'^ Q+c K-M , H _ Q + c (h—U) ± AH 

2g A — A » \ J 

le signe -f- ou le signe — devant être pris, suivant que le gaz s'est élevé ou abaissé en 
passant du réservoir à l'orifice d'écoulement. 

Concevons, par exemple, un espace très-grand renfermant de l'air à la température 
f, entretenue constante, et que cet espace soit surmonté d'une cheminée verticale de 
hauteur H, débouchant dans une région supérieure de l'atmosphère. Supposons que les 
pressions, dans le grand espace considéré et au sommet de la cheminée, soient telles 
qu'il s'établisse un courant ascendant par celle-ci ; que l'espace diminue à mesure qu'il 
se vide d'air, ou que l'air sortant y soit remplacé à mesure par une quantité d'air égale 
en poids et en volume, à la même température par conséquent, et qu'enfin les parois 
de la cheminée soient imperméables à la chaleur et qu'aucune chaleur ne soit ni reçue 
ni émise par le courant d'air durant son ascension. La formule [m) nous donnera alors 
la relation entre la vitesse W de l'air à sa sortie de la cheminée et l'excès de la tempé- 
rature <j sur la température t 2 avec laquelle il sort, en y faisant Q = 0 et adoptant le 
signe — devant le terme À H. Cette relation sera donc : 

W* c (t t — t a ) — AH 

2g ~ A 

Pour que la valeur de W ne soit pas imaginaire, c'est-à-dire pour que le courant 
s'établisse, il faut que l'abaissement de température t t — t % soit supérieur à — H : 

C 

1 

remplaçant A par et c par la chaleur spécifique de l'air 0,2575, on voit que t i — î 2 

doit être plus grand que JqqY • Ainsi, pour un courant ascendant par une cheminée 

verticale de 600 mètres de hauteur, par exemple, l'abaissement de température de l'air 
depuis la base inférieure de la cheminée jusqu'à son sommet serait nécessairement de 
plus de 5°, 958. Mais cet abaissement de température n'augmente que fort peu, pour 
des vitesses de l'air déjà assez grandes. Ainsi, en admettant que l'air s'écoule avec une 

W 2 

vitesse de 10 mètres par seconde, qui est déjà considérable, — est seulement égal a 
= 5,097, et l'abaissement de température, dans le trajet d'une cheminée de 



19,6176 

600 mètres de hauteur, sera — 1 2 — "j^y- = 6° ,008, au lieu de 5°,958, qui cor- 



SIDÉRURGIE. 



355 



respond au cas d'une vitesse nulle ou plutôt extrêmement petite. II est facile de s'as- 
surer que, dans les circonstances ordinaires de la pratique, l'abaissement de tempéra 
lure ne peut modifier sensiblement les lois de l'écoulement des gaz dans les tuyaux de 
conduite ; qu'il est permis, par conséquent, d'en faire abstraction et de continuer à ap- 
pliquer les formules connues qui supposent l'invariabilité de la température dans tout le 
parcours. 

(La suite au prochain cahier.) 



SIDÉRURGIE. 

Etudes sur l'acier, par M. de Cizancourt, ingénieur des mines. (Extrait.) 

On sait que l'usine de Saint-Seurin, près Bordeaux, a été l'une des premières, en 
France, à essnyer le procédé Bessemer pour la fabrication de l'acier, procédé qui est 
aujourd'hui en voie d'application dans plusieurs de nos grands établissements métal- 
lurgiques. M. de Cizancourt, qui a eu l'occasion d'étudier de près cette importante 
méthode, s'est livré, à cette occasion, à un ensemble de recherches tant au point de 
vue des phénomènes qui se passent dans l'appareil Bessemer que sous le rapport du 
rôle que jouent les gaz dans là fabrication et la constitution des aciers en général. Le 
résultat de ces recherches forme l'objet d'un mémoire fort étendu qui a été publié 
dans les Annales des mines (1), et dont nous allons extraire les parties les plus impor- 
tantes relatives à la méthode Bessemer. 



Suivant l'auteur, c'est à tort que, dans ces derniers temps, on a donné le nom d'acier 
à une série de produits nouveaux qui ne sont plus du fer, mais qui sont loin, néan- 
moins, de posséder toutes les qualités attribuées autrefois au véritable acier. « Avant 
le grand mouvement industriel caractérisé par les chemins de fer et l'emploi toujours 
croissant des machines, l'acier était réservé à des usages spéciaux assez limités pour 
lesquels on faisait appel à ses propriétés particulières, souvent même en exigeant dans 
le même produit leur réunion complète à un degré supérieur. L'acier, pour ces usages, 
outils, tranchants, ressorts fins, coins monétaires, molettes, etc., paraissait ne pouvoir 
être remplacé par aucun corps. Dans ces conditions on était arrivé à établir la valeur 
des aciers d'après leur origine et suivant leur mode de fabrication, dans des limites 
où l'expérience du consommateur ne permettait plus de sérieuses indécisions. 

« Mais, depuis cette époque de progrès que je viens de rappeler, l'acier a été de jour 
en jour plus largement utilisé; il a été substitué au fer pour des emplois dans lesquels ce 
dernier avait été un instant considéré comme suffisant. L'extension de son rôle résulta 



(1) Annales des mines, 6 e série, t. IV, p. 225. 



356 



SIDÉRURGIE. 



surtout de la nécessité de remplacer le fer par un métal plus parfait, dans des condi- 
tions de prix analogues. C'est ainsi que l'on vit successivement employer l'acier pour 
les glissières, les bandages, les pointes de croisement, les tiges, les arbres et les rails, 
parce qu'on reconnut avec raison que, malgré son prix élevé, il était cependant, dans 
certains cas, d'un usage plus avantageux que le fer, par suite de sa dureté, de sa téna- 
cité, de son poli et de sa grande résistance à l'usure et à la déformation dans le 
travail ; mais, dans ces applications nouvelles, il est apparent que l'on ne fait plus 
appel en môme temps à toutes les qualités précieuses de l'acier, comme la trempe, la 
pureté, la finesse du taillant, la grande élasticité et la faculté que possèdent seuls les 
vrais aciers de reprendre la trempe d'une manière stable après de nombreux retours 
nu feu, et de conserver leurs autres propriétés malgré les fatigues du travail auquel ils 
sont employés. On est arrivé, par suite, à consommer, sous le nom d'acier, des pro- 
duits qui n'en possèdent les caractères essentiels que d'une manière plus ou moins 
complète et plus ou moins stable, et l'on est devenu de moins en moins difficile sur 
la nature de l'acier en général. 

« Après avoir constaté le mal, dont les conséquences sont trop faciles à apprécier, 
il ne reste, pour faire disparaître toute cause d'erreur, qu'à remonter aux sources, en 
faisant appel au bon sens et à l'expérience pratique. Avec M. Le Play, je dois donc dé- 
clarer que je ne puis considérer comme aciers que les aciers de tout le monde, ceux 
auxquels un emploi industriel suffisamment long et suivi de succès a permis de con- 
server ce nom sans contestation. La seule mesure qui puisse servir de base à un clas- 
sement des aciers est la valeur commerciale, valeur constatée par une vente régu- 
lière après que les causes de perturbation ont été écartées sous la puissante influence 
du temps et de l'expérience. » 

Études sur le procédé Bessemer. 

Ici l'auteur passe à l'examen de la méthode Bessemer, en prenant pour base de son 
étude le Rapport sur les expériences pour la conversion en acier des fontes d'Italie, 
par le procédé Bessemer, exécutées dans l'usine de M. Bessemer à Sheffield, par le 
comité royal italien près V Exposition internationale de Londres, en 1862. Nous ne le 
suivrons pas dans la description qu'il donne du procédé lui-môme, car il en a été 
déjà plusieurs fois question dans le Bulletin (1) ; mais nous allons reproduire le rap- 
port du comité royal italien, en indiquant, avec M. de Cizancourt, que, pendant le trai- 
tement à l'appareil Bessemer, les points sur lesquels l'opérateur doit porter toute son 
attention sont : l'allure des étincelles ou flammes qui sortent du convertisseur [conver- 
ler), c'est-à-dire de l'appareil mobile dans lequel la fonte liquide est placée, celle des 
fumées qui se montrent au haut de la cbeminée et qui ne sont pas toujours visibles 
ailleurs, à cause des parties lumineuses des flammes; le bruit de la fonte dans le 



(1) Voir 2« série, t. IV, p. 27; t. VI, p. 423 et 498; et t. VII, p. 528. 



SIDÉRURGIE. 



357 



convertisseur 5 la hauteur du manomètre fixé sur le tuyau qui amène l'air du réser- 
voir (1); enfin la durée de chacun des phénomènes accusant les phases de l'affinage 
et la durée totale de l'opération. 

RAPPORT DU COMITÉ ROYAL ITALIEN. 

La commission, composée de MM. les ingénieurs A. Ponsard, directeur des forges royales de la 
Toscane, chevalier C. Perazzi et E. Grabau, ingénieur au corps royal des mines, et présidée par le 
commissaire Devincenzi, commissaire général pour l'exposition internationale de Londres, suivant 
la décision prise par le comité royal de faire exécuter les expériences pour la lranformation en 
acier de fontes italiennes par le procédé Bessemer, se rendit à Sheffield le 6 octobre, où elle s'ar- 
rêta pendant six jours, et présente aujourd'hui, au même comité royal, la relation suivante sur les 
essais faits et les résultats obtenus. 

Les fontes italiennes, envoyées dans ce but au comité royal, étaient de trois provenances. 

L'administration cointéressée des mines et fonderies royales de Toscane envoya : 



Kilogrammes. 

Fonte grise mangancsifère 3.000 

— imitée manganésifère 3.000 

— grise nou inanganésifère 3.000 

Le chevalier Jules Curioni, membre du comité royal, envoya : 

Kilogrammes. 

Fonte grise du nouveau haut fourneau de Valle-Camouica, de M. Gregorini. 3.000 
Fonte truitée du haut fourneau de Pisogue, de M. S. Damioli 3.0U0 

Enfin les fonderies royales de Mongiana envoyèrent : 

Kilogrammes. 

Fonte grise 3.000 

— mouchetée 3.000 

— blanche 3.000 



L'appareil qu'emploie M. Bessemer, dans son usine de Sheffield, contient environ 1,500 kilog. 
de fonte ; le vent y arrive avec la pression d'une atmosphère, et la quantité d'air dont on peut dis- 
poser est de 54 mètres cubes environ par minute. 

La fonte est fondue au réverbère, le combustible employé est le charhon fossile (houille). 

On a opéré de la même façon dans toutes les expériences; après la fusion de la fonte au réver- 
bère et l'achèvement de la période de conversion au moyen de l'air injecté dans l'appareil Besse- 
mer, et avant de verser le produit dans les lingotières, on y ajoute environ 7 p. 100 de fonte inanga- 
nésifère de Siégen ou de Toscane, fondue préalablement dans un petit compartiment du four à 
réverbère. Les particularités de chaque opération et les résultats obtenus sont consignés dans le 
tableau suivant : 



(1) Cette hauteur indique, outre les variations propres à la machine, celles qui résultent des 
différences de pression sur les tuyères. 



358 



SIDÉRURGIE. 



'SNOiivAaasao 










CN 


ce — 

— CM 00 




RENCE 

la fonte 
■ obtenu. 


■|ejoi a| jus 
001 Jnoj 


R 

•* 


CN 

— © 

CM 


ÎN "» 

vji ?l ^ O 


30 1/2 


O 


14 1/2 

20 

17 1/2 




■W 5 \ 
fa S 'S 
fa 

— " ï 


■sioSuij .ins 
001 ln °d 


CM 
CN 


19 

21 1/2 

Il o/4 


CN CM Vf" 

— S"» O CN 
CN CN CN -*H 


33 1/2 


o 


CN 

00 — © 

vj. ce 


17 1/2 


'snuajqo siiupo.id sap I 




cn ce m 


"* o -h m 


CN 




O — « ÎM 





fa h. t- — 



J22 



■* o 

o cm © 

CN O CN 



O t-~ r- 

0>3-*>H 



00 t-> 
CN © Ô 



CN v* SQ 



■w 5 

H H 

H o 

ss 

O 



~© * 



00_ • 



cn »*c 

O CM CM 
O © r* 



"* r~ © © 
Cî © vr oo 
© © CM 



oo oo 
eso 

~" ce 



H 
O 
H 



O a. 
fa S 



v*« © 

i— l 

ce ce ce 



CM © — 00 

oo ce *h © 
ce ce ^ 



© t~ ce 

CN O © 

•sr ce cm 



aaioplaid ajuoj 
= [ np 001 jno .I 



I- l> I- I- 



ce ce «* 

CM « -rt 
o t- © 





© v*. © © 
. 1 - oc t - ( ~ 


© ce © © 

r- l- n 


© 


ce 


œ © © 


ce 


•3XI1NYD0 


Jfoo" o © oo oo~ 

;£ 00 CN © 00 


oo"»;e oo oo" 

00 © 00 © 


t£>~ 


© 


oo oo""©" 

OO 00 1» 


1.189. 



(man- 
alline) 


(cris- 








o 








rj 
U 




Folloi 


3 

a 


~ ce 



"« "tt "S ■« a. 

"«i ~* ~* a> 
a S 



"B "O 



CN © 



H S 



•3J3q.iaA3.i nu 
ajuoj .!| 

34pUOJ 4H0a I 



g © 00 

E .-i a cm 
j CM CM 



CN CM CM CM CM 



O 

eu 
S 
M 

U 
O 



tr.© I- O © 

on sh cm ce 

— CM CM CM CM 



ce ce © r~ 
cm ce cm ce cm 



© t~ 
oo ce — »- 

ce ce cm cm 



•aauauaiïxaj ap 



S5 

co 

m — - 

CN ■__ 



"C s g- 



S te bc — 
i « o u 



.2 >- 

- a 



"a 

CJ o 



O CJ *- o 
fa O fa 



A3 « ed 

OOU^ — » » M 

"S'a 5 c'a 2_S " 
o o o ~ o "S a "S 

B = 3-s= a E S 
©00.30000 

fa fa fa ; ; — 



S = 

^ C u 



a -H 

5 « « 

Ses 

ïb'5b 
□ □ 
o o 



t-2© 



^ oe © , n 



" CM < 



'SJAiiejipui 



u "B S — C»jS •« 



.2 ' 
F 3 - 



S - 



.£3.2 c o 
n 5 j » S 

l'ii'l-ï 

C ^ 7j eu ai 
* - fS 



: tJ •- <« 



c — 

o s s 



I -s 



5** E 
- c o 



£ ? 8 



e = § " 



o o 



" 2".- "a 

" !•= fi 



> ■ ; - s o c 

£j£ r»B« 

■ B « 3 J O-J 

° 2 

^ B cTH m 
<o g ua a. - r — 



o g c : 

g 



°" 

I:" ï 



„ B -g 

JS si 



* o : 



b r 

g -Su. 
I S 
x c ; 

Sr! 3 



s-s,s _-T- j 

_^ x c r - c « 



^ c c E b | c 1 



ï E 



: — — c *■ 



SIDÉRURGIE. 



359 



Les aciers obtenus avec les fontes manganésifèrcs de Follonica sont de même qualité, et les dif- 
férents essais de trempe, d'élirement au gros et au petit marteau, et même au laminoir, auxquels 
on les soumit, en démontrèrent les excellentes qualités. 

On en peut dire autant des aciers obtenus avec les fontes grises de Lombardie, en sorte qu'il est 
difficile de donner les particularités qui les distinguent des premières. 

L'acier oblenu avec la fonte truitée de Lombardie est de qualité un peu inférieure aux premiers ; 
ainsi qu'à celui obtenu avec la fonte toscane, à l'essai duquel, au lieu d'ajouter à la fin de 
l'opération de la fonte de Siégen, on ajoute de la fonte de Toscane blanche, très-manganésifère et 
cristalline. 

La fonte mouchetée de Mongiana donna de l'acier de qualité inférieure ; on ne put obtenir l'acier 
avec la fonte grise de la même fonderie; on n'essaya pas la blanche, prévoyant la mauvaise réussite 
de l'opération. 

Afin de mettre les industriels italiens à même d'examiner les résultats qu'on obtint, la commis- 
sion a cru devoir faire exécuter sous ses yeux, pour en constater l'identité, quatre canons, 
des lances de différentes épaisseurs, et une nombreuse série de verges de différents calibres. En 
outre, elle jugea convenable de conserver plusieurs lingots d'acier brut et quelques fragments, afin 
que le comité royal pût les mettre à la disposition des industriels qui voudraient les essayer. 

Après avoir donné cette exposition succincte des résultats obtenus, la commission croit de son 
devoir de manifester l'opinion qu'elle s'est formée sur la question très-importante de l'introduction, 
en Italie, du procédé Bessemer. 

Les nombreuses expériences faites montrent à l'évidence que les fontes toscanes et lombardes, 
surtout celles manganésifères, donnent d'excellents aciers avec le procédé Bessemer. 

Si l'on considère que, grâce à ce procédé, par la seule opération de soumettre pendant quelques 
minutes la fonte en fusion à l'action d'un fort courant d'air, on peut retirer des fontes italiennes 
de l'acier fondu d'excellente qualité, en lingots de toute dimension, sans consommation de com- 
bustible, il est aisé de se rendre compte de l'immense avantage qu'on pourra tirer de son appli- 
cation. 

Il est, en effet, incontestable que l'industrie sidérurgique italienne, dont le développement est 
aujourd'hui limité par le défaut de combustible, retrouvera dans ce procédé une vie nouvelle, 
puisqu'il permettra de fabriquer en Italie l'acier fondu à un prix non supérieur, et avec une con- 
sommation de combustible inférieure à celle qu'exige aujourd'hui la fabrication du fer. 

La sidérurgie européenne, préoccupée de la révolution qu'amène avec lui le procédé Bessemer, 
s'est, tard il est vrai, mais en un seul moment, décidée à l'adopter hardiment. 

Il fonctionne déjà depuis plusieurs mois dans quelques établissements anglais, parmi lesquels 
celui très-important de M, John Brown et comp., de Sheffield, que la commission a visité. 

En Prusse aussi, il est en activité dans les grandes usines de M. Krupp. 

EnFrance, dans celle de M. Jackson, à Saint-Seurin-sur-lTsle, le procédé est introduit depuis en- 
viron trois ans, et les principaux établissements, comme ceux de Schneider auCreusot, etdePetin- 
Gaudet à Rive-de-Gier, ont déjà pris des licences pour son application; de plus, M. Gaudet, que 
la commission a eu le plaisir de rencontrer dans l'usine de M. Bessemer, assure que dans le cou- 
rant du mois il fonctionnera dans ses établissements. 

Ce procédé fut également introduit en Suède, où son application rend de grands services ; on a 
adopté là les dispositions convenables pour que la fonte sortant du haut fourneau soit versée directe- 
ment dans l'appareil Bessemer, économisant ainsi les dépenses de la fusion. 

L'application toujours croissante de l'acier dans la fabrication des canons et des fusils, ainsi que 
la grande tendance qu'on a à substituer l'acier au fer, dans la construction des bateaux, des chau- 
dières, des arbres moteurs et axes importants, dans le matériel des chemins de fer et les outils 
agricoles, assurent à celle industrie le plus brillant avenir. 

La commission, convaincue des résultais économiques que la fabrication de l'acier par ce pro- 
cédé peut apporter à l'industrie nationale, ne peut se dispenser de faire des voeux pour que les 



360 



SIDÉRURGIE. 



industriels italiens le prennent en sérieuse considération; elle espère également que le gouverne- 
ment voudra entreprendre une série d'expériences sur les produits que le comité royal lui enverra, 
et en rendre publics les résultats. 

Elle se croit enfin obligée d'exprimer ses remercîments à MM. Bessemer et Longsdon pour l'ex- 
quise complaisance et la franchise avec lesquelles ils ont mis leur établissement à la disposition de 
la commission, montrant par là que leur procédé n'avait rien à craindre d'une sérieuse et pratique 
investigation. 

G. Devincenzi, président; A. Ponsard, C. Perazzi, E. Grabau. 

M. de Cizancourt croit devoir ajouter, à la suite de cet intéressant rapport, qu'il 
partage complètement les idées qui y sont émises : les résultats obtenus, les conseils 
donnés, le but proposé aux recherches, aux essais, aux applications, tout y est exposé 
de la manière la plus heureuse et la plus utile. Mais, conformément aux principes 
qu'il a posés en commençant, il fait des réserves à l'égard des noms qui devront être 
définitivement donnés aux divers produits qu'on obtient avec les fontes provenant des 
différents minerais. 

Considérant le tableau des opérations compris dans le rapport, il fait remarquer que 
le procès-verbal d'une opération déterminée aurait pour inconvénient, s'il était pré- 
senté isolément, en dehors d'une série dont la description complète et détaillée con- 
duirait trop loin, d'exposer le lecteur à confondre les phénomènes accidentels de 
l'opération avec les phénomènes généraux qui se retrouvent dans presque tous les 
essais et permettent d'apprécier les réactions fondamentales. Il donne alors, en 
conservant les données exposées de l'opération (a), le type d'allure qu'on serait con- 
duit à établir d'après la moyenne d'un certain nombre d'opérations régulières, faites 
sur le traitement de fontes de même nature; de cette manière, il est conduit à diviser 
la durée de 22 minutes en quatre périodes distinctes : 

V e période. — Durée de 7 à 8 minutes; production des étincelles jusqu'à l'arrivée 
de la flamme. 

2 e période. — Durée de 8 minutes; augmentation de la flamme; formation du dard. 

3 e période. — Durée de 2 minutes; détonations, éruptions, projections. 

k e période. — Durée de 3 à k minutes; accélération de la flamme, augmentation 
du pouvoir lumineux jusqu'à la chute de la flamme. 

Discussion des expériences. — Les premiers faits que l'auteur fait ressortir de ces 
expériences sont ceux-ci : 

Lorsqu'on opère sur des fontes de môme origine, la durée du traitement à l'appareil 
Bessemer est plus longue pour les fontes grises que pour les fontes truilées, et même 
sensiblement plus longue pour ces dernières que pour les fontes blanches. 

En moyenne, celte durée est plus longue pour les fontes provenant de minerais oxy- 
dés oligistes que pour les fontes de même nuance provenant de minerais carbonalés 
ou hydroxydés. 

Pour une même fonte, l'augmentation du temps de fusion au réverbère, au delà de 
certaines limites, est suivie d'une opération plus rapide à l'appareil Bessemer, avec 
allure moins régulière, éruptions plus abondantes et résultat moins Lon. 



SIDÉRURGIE. 



361 



La principale cause des éruptions paraît être le manque de fluidité de la masse. 
Dans les opérations régulières, ce manque de fluidité ne se manifeste que dans la troi- 
sième période; mais, dans les opérations irrégulières, les éruptions se montrent dès 
le début de l'opération et continuent pendant presque toute la durée. Le manque 
de fluidité paraît donc exister déjà réellement lors de l'introduction de la fonte dans 
l'appareil. 

Il importe d'adopter pour les fours à refondre les formes qui donnent la fonte la 
plus fluide, et en môme temps qui offrent le moins de danger d'affinage. 

On doit associer toujours les fontes peu fluides avec celles qui le sont le plus, et par- 
ticulièrement avec les fontes grises qui sont ordinairement chargées de silicium et ré- 
sistent mieux à l'action du réverbère ; l'intervention de ces dernières donne lieu à une 
augmentation de la durée du traitement. 

Le manganèse agit favorablement sur la marche des opérations, et sa présence dans 
les fontes est utile, car elle contribue à faire disparaître les éruptions. 

Diverses publications et communications ont fait connaître qu'en Angleterre on est 
arrivé à traiter avec succès des fontes au coke, notamment celles qu'on obtient avec 
les hématites rouges du Cumberland (hématie cleator) et avec les fers spathiques et les 
hématites de la forêt de Dean (Weardale iron), qui donnent de bons produits : on y 
ajoute toujours, à la fin de l'opération, de 7 à 10 p. 100 de fonte de Siegen. Toute- 
fois on n'a encore signalé, parmi les fontes avantageusement traitées, que les fontes 
au coke u 0 ' 1 et 2, provenant de bons minerais traités avec du coke de bonne qualité. 
Ces résultats suffisent pour prouver que l'emploi du bois n'est point indispensable 
pour obtenir des fontes trailables et donnant des produits pouvant être utilisés. 

Lorsqu'on emploie des minerais différents, les phénomènes d'allure sont changés, 
mais ces changements sont peu importants; ils portent particulièrement sur la cou- 
leur des flammes et l'abondance des éruptions. Quant à la durée du traitement, elle est 
surtout modifiée par le numéro de la fonte. 

Enfin les conclusions du mémoire italien montrent comment la qualité des produits 
dépend toujours principalement de celle des minerais. 

Continuant ensuite la discussion, l'auteur examine la nature des combustions pro- 
duites dans les quatre périodes de l'opération, et il puise, dans cet examen, de nou- 
velles indications sur les conditions que doivent remplir les fontes pour présenter une 
allure régulière et donner un traitement acceptable, a On voit, dit-il, que ce 
qu'il importe d'obtenir pour arriver à une bonne marche de l'opération, c'est le dé- 
part régulier du carbone et celui des corps étrangers avant que le fer n'ait atteint sa 
très-haute température. Il paraît utile, sinon nécessaire, d'accepter dans les fontes 
l'existence du silicium, qui fait les frais de la combustion initiale, jusqu'au moment 
où la température est suffisamment élevée pour que le départ du carbone puisse se 
faire. Plus le carbone sera combustible (ce qui est le cas des fontes blanches), moins 
la présence des corps qui fournissent la combustion initiale sera indispensable. On 
conçoit, par suite, qu'il soit possible, dans certains cas, d'affiner des fontes trè-^- 
pures. 

Tome XI. — 63* année. 2 e série. — Juin 1864. 46 



362 



SIDÉRURGIE. 



« L'étude pratique doit porter sur le rôle et le mode d'introduction des corps parti- 
cipant à la combustion qui précède la combustion vive du fer, et qui, par leur nature, 
pourraient favoriser le départ du soufre et du phosphore, et des corps qui échappent à 
l'affinage de certaines fontes. 

« II peut être utile d'étager, pour ainsi dire, le départ du carbone au moyen des 
coupages de fontes, en partant de cette donnée que le carbone combiné se brûle avant 
îe carbone graphite, ce qui est suffisamment prouvé par la durée relative du traitement 
des différentes fontes. 

« Le manganèse participe probablement à la combustion initiale; il possède, en 
outre, la propriété d'augmenter la fluidité des laitiers. 

« 11 existe un moyen qui permet d'éviter les coupages, et de préparer directement les 
fontes pour le traitement à l'appareil Bessemer; il consiste à opérer sur la composition 
du lit de fusion destiné h être passé au haut fourneau. » A cet égard M. de Cizancourt 
recommande de généraliser ce mode de préparation, qui permet d'introduire dans la 
fonte tous les corps dont la présence est nécessaire pour assurer la régularité des com- 
bustions successives et conserver la fluidité dans toutes les périodes du traitement; 
il y a là toute une série d'essais à tenter, particulièrement pour l'attaque du soufre et 
du phosphore. 

Nature des produits. — L'auteur, traitant de la nature des produits obtenus, fait 
remarquer qu'on doit les distinguer surtout d'après l'origine des minerais qui ont fourni 
la fonte. II considèredonc le procédé Bessemer comme une méthode d'affinage permet- 
tant d'obtenir des produits fondus, qu'il est conduit à distinguer en acier Bessemer 
produit par le traitement des fontes provenant des minerais aciéreux, et en métal Bes- 
semer obtenu avec des fontes provenant de minerais non aciéreux. L'acier Bessemer, 
ainsi défini, est propre à la plupart des emplois de l'acier; mais, à cause de son faible 
prix de revient et de la facilité avec laquelle on peut l'obtenir par masses, il semble 
appelé à rendre de grands services pour toutes les nouvelles applications de l'acier dans 
la voie desquelles la grande industrie paraît entrée définitivement. Le métal Bessemer, 
dans des conditions de prix de fabrication analogues devient, dans certains cas, un métal 
supérieur au fer. Il est destiné aux grosses pièces, arbres, rails, etc., particulièrement 
pour tous les emplois pour lesquels les retours au feu ne sont pas nécessaires et qui 
n'exigent aucune qualité autre qu'une grande résistance. 

Enfin les aciers Bessemer produits à l'appareil par le traitement d'une même fonte 
peuvent être obtenus avec les divers degrés de dureté qu'il est d'usage d'établir pour 
'es aciers d'une même origine et d'une même fabrication. Le métal Bessemer, toujours 
plus difficile à obtenir, ne paraît pas présenter une série aussi étendue de termes éli- 
rables, et l'élude des diverses duretés se trouve pour lui remplacée par celle du maxi- 
mum de résistance ou de soudabilité. 

Considérations générales sur la méthode Bessemer. — « Cette méthode réalise une 
grande économie de combustible sur les consommations exigées par les méthodes an- 
térieurement connues pour arriver à fournir un produit analogue. Son produit est 
fondu, et, dans tous les cas, doit être comparé au métal ou à l'acier fondu qu'on ob- 



SIDÉRURGIE. 



363 



tient avec les méthodes usuelles en employant la fusion au creuset, la seule encore 
aujourd'hui industriellement pratiquée. 

«Si, pour établir la comparaison, on part de la fonte comme dans le procédé Besse- 
mer, on admettra qu'd faut, pour affinage suivi de cémentation, au moins 2 1/2 de 
houille pour 1 de fer cémenté, et pour fusion 2 1/2 de coke pour 1 de métal fondu. 
Le coke évalué à un rendement de GO p. 100, cela donne environ 7 parties de houille 
consommée pour 1 de produit obtenu. Si, au lieu d'employer la cémentation, on 
affine pour fer, et si l'on refond ce fer au creuset avec un mélange de fonte de Siegen, 
on obtiendra un produit inférieur en réalisant une économie de 1 do bouille. Si enfin 
on puddle pour acier et refond le produit au creuset, la consommation sera réduite de 
la même quantité et il reste encore, en nombres ronds, à dépenser G parties de houille 
pour 1 de métal fondu. 

a La méthode Bessemer part de la fonte liquide qui, en réalité, est le véritable pro- 
duit du haut fourneau; elle exige, il est vrai, une consommation de force pour la 
marche de la machine soufflante; mais cette force peut être fournie par un moteur 
quelconque, et n'exige pas impérieusement une consommation de combustible pour 
sa production. La seule consommation nécessaire est celle qui provient de l'obligation 
de chauffer le convertisseur et la poche de distribution; le poids de ce combustible 
s'élève au plus aux 2/10 du métal obtenu. 

« Dans le cas où la fonte destinée au convertisseur doit être refondue, la fusion 
consomme environ 60 p. 100 du poids de la fonte ou houille; par conséquent, même 
dans le cas le plus défavorable, il suffit d'une partie de combustible, houille ou équiva- 
lent, en employant l'appareil Bessemer, pour remplacer les 6 ou 7 parties de combus- 
tible évaluées en houille, qui sont toujours exigées par les autres méthodes, pour arri- 
ver au produit comparable. Il y a donc toujours en faveur du traitement Bessemer une 
économie de 5/6 ou de 6/7 de combustible. 

a La main-d'œuvre, la consommation de terre réfractaire, l'entretien de la machine 
donnent lieu à des frais peu élevés dont on peut se faire facilement une idée. Pour l'ar- 
senal de Woolwich, M. Bessemer évalue le prix de revient de son acier à 162 fr. la 
tonne, en employant des fontes de 89 à 91 fr. la tonne. En dehors de toute autre con- 
sidération, la méthode Bessemer présente donc une grande économie, et cette écono- 
mie porte surtout sur le combustible, ce qui est très-intéressant pour les pays et le.s 
régions où le combustible est cher. 

« La fonderie dite au petit creuset donne couramment des lingots de 20 à 40 kilogr.; 
par exception, déjà des lingots de 100 kilogr. Les convertisseurs, suivant leurs dimen- 
sions, peuvent donner, par opération, le produit fondu par masses de 1,000, 2,000, 
jusqu'à 5,000 kilogr., et les appareils connus permettent d'espérer le succès d'autres 
plus puissants encore. 

« Le produit s'obtient par des réactions chimiques. Toutes les manœuvres à exécu- 
ter pendant l'opération peuvent être faites par des machines à vapeur ou hydrauliques, 
sans autre intervention que celle d'un oj éraleur habile. L'homme, dans cette méthode, 
observe, juge et dirige; ii est vrai que, par compensation, elle exige un opérateur doué 



364- 



SIDÉRURGIE. 



d'une certaine habilelé. Cela constitue toutefois une bien grande différence avec le 
travail physique si pénible des fours à puddler et des fonderies. 

« Le métal et l'acier Besserner offrent tous deux une grande résistance. Dans les expé- 
riences faites à Woolwich par le colonel E. Wilmot, les aciers Besserner ont résisté à 
des charges de plus de 100 kilogr. par millimètre carré, et se sont montrés plus 
tenaces que les bons aciers ordinaires. Le métal et l'acier peuvent être obtenus très- 
économiquement et fournis par masses avec la plus grande facilité. Leur emploi dans 
les organes des machines offre de nouveaux moyens d'augmenter la puissance de ces 
machines, par suite celle des outils destinés aux élaboralions métallurgiques. » 

De la division des opérations en métallurgie. 

Le principe de la division des actions chimiques en opérationsdistinctes, et en accep- 
tant le contact du combustible, sauf à déterminer toujours le sens de la combustion, 
a été aussi fécond en mélallurgie que l'a été d'une manière plus générale, dans l'in- 
dustrie, le principe de la division du travail dont il n'est plus qu'un cas particulier. 
Le haut fourneau fut la première grande application de cette division des opérations 
de la métallurgie qui, depuis sa découverte, se distinguent en carburations et en oxy- 
dations. 

M. de Cizancourt examine ce qui se passe dans le haut fourneau où le carbone joue 
un rôle prédominant, et où, en tirant parti de toute sa puissance, comme agent chi- 
mique et calorifique à la fois, on se débarrasse de l'oxygène minéralisateur, on arrive 
à un produit franchement métallique déjà susceptible d'applications utiles (la fonte), 
et l'on profile de la haute température d'une zone restreinte pour faire disparaître les 
gangues. Tout repose donc sur la carburation, qui permet, en dernier lieu, la sépara- 
tion à l'état liquide par le fait des densités. 

Dans l'appareil Besserner, au contraire, c'est l'action de l'oxygène qui prédomine, 
et à laquelle on fait appel pour se débarrasser du carbone en excès que le haut four- 
neau a forcé d'accepter dans la fonte. Cet appareil appartient donc, par sa nature, h 
la série des appareils oxydants inverses et complémentaires du haut fourneau, parmi 
lesquels il doit être signalé comme celui qui repose sur le principe le plus simple. Il 
fournit le retour au métal moins carburé, par une opération qui s'effectue d'une ma- 
nière remarquable sans combustible. L'oxygène intervient seul comme agent chi- 
mique, et la chaleur nécessaire à la continuation de la réaction est fournie par celte 
réaction elle-même. Le convertisseur se contente de la chaleur qui reste à la fonte à 
sa sortie du haut fourneau, et, comme solution heureuse et économique, il dispense, 
en donnant un produit directement fondu, d'une opération des plus dispendieuses, 
la fusion au creuset, et, en donnant son produit par masses, d'une opération qui exige 
de grandes consommations de forces, le soudage des trousses ou paquets. Ses produits 
peuvent, à la coulée, recevoir une première forme qui simplifie le travail de la forge; 
ils sont toujours, par suite de la séparation effectuée à l'état liquide, exempts des 
laitiers et scories, dont l'impulsion, par moyens mécaniques, nécessite beaucoup de 



SIDÉRURGIE. 



365 



travail et entraîne de grands déchets. Enfin, dans le convertisseur lui-même, on peut 
limiter ou développer l'action de l'oxygène, et dans ce dernier cas provoquer le retour 
à l'action du carbone contre l'oxygène en excès qui empêcherait le produit de s'éti- 
rer, en faisant une simple addition de fonte liquide dont le poids peut être déter- 
miné avec une précision suffisante pour donner le produit définitif qu'on se propose 
d'obtenir. 

La rapidilé et l'économie sont donc obtenues dans ce système métallur gique, comme 
dans ceux qui reposent sur le même principe de division des actions chimiques en 
opérations distinctes, à la condition d'éviter la ligne droite, c'est-à-dire en obéissant 
aux forces opposées qui se développent, et en les laissant agir jusqu'à l'arrivée de cer- 
tains points fixes, choisis de manière à ne pas s'éloigner outre mesure de la direc- 
tion qu'on doit suivre. En oulre, il n'est pas sans importance de remarquer que le 
convertisseur agit sur des masses de même ordre que le haut fourneau, ce qui n'existe 
avec aucun des appareils d'affinage pour lesquels on est obligé de fractionner, par doses 
très-petiles, les masses provenant des hauls fourneaux ; car ces derniers produisent par 
dizaines de tonnes, tandis que les foyers d'affinage prennent la fonte par centaines de 
kilogrammes, et la rendent en fer ou en acier par dizaines de kilogrammes. La mé- 
thode Bessemer, dans ses applications possibles, fait donc apparaître, entre les appa- 
reils métallurgiques , la proportionnalité qui en avait disparu depuis l'adoption du 
haut fourneau. 

Résumé et conclusions. 

Dans la seconde partie de son travail, M. de Cizancourt se livre à l'étude des gaz dans 
la fabrication et la constitution des aciers; il examine leur nature, les moyens em- 
ployés pour éviter leurs actions nuisibles, les réactions chimiques auxquelles ils 
donnent lieu, les conséquences et les applications pratiques qu'on en peut tirer; enfin 
il montre la pénétralion et la présence de ces gaz dans les aciers chauffés et solides. 
Nous laissons de côté celle partie théorique pour laquelle nous renvoyons au mémoire 
original, et nous donnons le résumé et les conclusions posés par l'auteur. 

Dans toutes les méthodes connues, l'acier est toujours obtenu comme résultat de 
la réaction de l'oxyde de carbone gazeux sur le fer. 11 suffirait d'ailleurs, s'il pouvait 
exister quelques doutes sur ce point, de passer en revue les diverses méthodes, en 
montrant que la mise en présence de l'oxyde de carbone gazeux avec le métal en éla- 
boration se retrouve encore, à un moment de l'opération, dans le cas où ce gaz est 
fourni par la fonte soumise à l'affinage, aussi bien que quand il est apporté par une 
matière étrangère au métal. Le puddlage pour acier et la méthode Bessemer offrent un 
exemple du gaz fourni par réactions opérées sur la fonte; les divers cas de cémen- 
tation montrent l'oxyde de carbone apporté directement en dehors de la masse métal- 
lique. 

II y a lieu d'observer que, parmi toutes les méthodes employées pour la produc- 
tion de l'acier, la cémentation ordinaire est celle dans laquelle l'action de l'oxyde de 



366 



SIDÉRURGIE. 



carbone sur le fer est à la fois la plus nette, la plus len!e et la plus progressive; celle 
qui laisse au temps, cet élément si souvent indispensable, la part la plus large et la 
plus complète. Il no paraîtra donc pas étonnant que, de toutes les méthodes connues, 
la cémentation soit encore certainement celle qui permet d'obtenir d'une base fer- 
reuse donnée l'acier le plus parfait, c'est-à-dire celui qui conserve avec le plus de 
force ses propriétés aciéreuses. 

a Pour arriver, dit l'auteur, à préciser les conditions de l'étirage des divers produits 
métallurgiques qui ont pour base le fer, j'ai étudié spécialement le rôle des gaz du 
carbone et de l'oxygène dissous ou retenus dans ces produits, en les acceptant tels 
qu'ils se présentent dans les appareils métallurgiques plus ou moins mélangés d'azote. 
.5'ai fait porter l'examen sur les différents faits qui permettent d'observer les méthodes 
employées pour la production de l'acier, et particulièrement les méthodes nouvelles, 
• omme la méthode Bessemer qui présente une série complète de produits fondus nou- 
veaux. J'ai cherché ensuite à déterminer ce qui était le résultat des actions ou de la 
présence des gaz dans les diverses élahorations que les aciers subissent dans les ate- 
liers, soit quand la fusion intervient, soit quand les aciers obtenus sont simplement 
préparés, par le réchauffage, à recevoir les effets du travail mécanique. Les faits que j'ai 
cités, la discussion qui m'a permis de les classer prouvent que les actions des gaz du 
carbone et de l'oxygène, étudiées dans la production et dans les élaborations, se 
montrent partout semblables. 

« Les gaz carburants, caractérisés par l'oxyde de carbone, conduisent, par réaction 
chimique, à l'introduction du carbone, à l'état de dissolution, dans les masses fer- 
reuses solides, dissolution dont l'une des propriétés est la malléabilité à chaud et à 
froid. Les proportions dans lesquelles le carbone peut être ainsi introduit sont va- 
riables; elles donnent naissance, entre certaines limites, à une série continue de pro- 
duits élirables ou d'aciers de diverses duretés. Les gaz caiburants se retrouvent, en 
outre, toujours en dissolution dans les aciers liquides et retenus dans les aciers au 
rouge; ils deviennent ainsi partie constituante de leur masse, et donnent à ces mé- 
taux , dans ces conditions de température, un état physique particulier; de plus, 
par leur présence et leur dégagement, ils protègent le métal élirable contre les actions 
des gaz oxydants. 

« Les gaz oxydants, dans lesquels l'oxygène ou l'acide carbonique domine, font dis- 
paraître la faculté d'étirage, dès qu'ils peuvent exister dans les masses ferreuses ou 
aciéreuses, partout où leur action oxydante n'est pas contre-balancée; s'ils agissent sur 
un point, leur action se manifeste par une crique insoudable; lors du refroidissement 
des produits fondus, leur dégagement se manifeste avec violence. 

« Les actions des gaz sont, dans les deux cas, d'autant plus vives que la tempéra- 
ture du métal est plus élevée; l'action des gaz oxydants est, par suite, plus à redouter 
pour les produits liquides que pour les produits solides, car on a vu qu'aux tempéra- 
tures élevées et à l'état fondu les gaz existent toujours dans les métaux du fer, par 
suite d'une propriété analogue à celle que possèdent le cuivre et l'argent. L'examen 
des faits m'a conduit à expli